La Mitsva du Compte de l’Omer : lois, cas pratiques et subtilités halakhiques – Rav Yekutiel Farkash

La Mitsva du Compte de l’Omer : lois, cas pratiques et subtilités halakhiques – Rav Yekutiel Farkash

 

La Mitsva de compter le Sefirat HaOmer est inscrite dans la Torah et s’étend sur quarante-neuf jours, du lendemain de Pessa’h jusqu’à la veille de Chavouot. Si cette Mitsva concerne au premier chef les hommes, les femmes ont coutume de la pratiquer également, et des règles précises en régissent chaque aspect. Ce cours détaille les lois fondamentales de la Sefira : le moment où elle doit être accomplie, les cas d’oubli, les situations de doute, et les nombreuses subtilités que tout fidèle doit connaître pour honorer cette Mitsva dans les meilleures conditions.

 

Rav Yekutiel Farkash

 

Deux volets d’une même Mitsva

Dans le cours précédent, nous avons abordé le premier grand volet des lois du Compte de l’Omer : les comportements propres aux jours de la Sefira — ce qui est permis, ce qui est interdit, et toutes les règles qui s’y rattachent. Le présent cours se concentre sur le second volet : la Mitsva du compte elle-même. Quelles en sont les lois ? Que se passe-t-il en cas d’erreur ou d’oubli ? Ces deux volets correspondent d’ailleurs à deux paragraphes distincts du Choulhan Aroukh : le premier, au siman 489, traite de la Mitsva du compte proprement dite ; les suivants, quelques simanim plus loin, traitent des comportements liés aux jours de Sefira.

La Mitsva du Compte de l’Omer est explicitement mentionnée dans la Torah : « Ousfartem lakhem » — « Vous compterez pour vous-mêmes. » Le verset est connu de tous : à partir du lendemain du Chabbat de Pessa’h, on compte sept semaines complètes, soit quarante-neuf jours, pour arriver au cinquantième jour, qui est Chavouot. Selon la tradition des Midrashim, rapportée par les Rishonim, le sens profond de ce compte réside dans l’impatience ardente qu’éprouvait le peuple d’Israël à l’idée de recevoir la Torah au mont Sinaï. Sachant que tel était le but de la sortie d’Égypte, ils comptaient chaque jour comme on compte les jours avant un événement extraordinaire et désiré de tout cœur.

Les femmes et la Mitsva du compte

La Mitsva du Compte de l’Omer est une Mitsva liée au temps (Mitsva chehazman gramah) : elle s’applique à des jours précis, et non à l’année entière. En principe, les femmes sont exemptées de telles Mitsvot. En pratique, cependant, la coutume établie veut que les femmes aussi comptent le Sefirat HaOmer, par souci de hiddour — d’embellissement de la Mitsva — même si elles n’en sont pas obligées de droit.

Il importe de clarifier un point souvent mal compris : le Compte de l’Omer n’est pas lié à la prière d’Arvit (la prière du soir). Dans les sidourim et dans l’ordre habituel des offices, la Sefira apparaît certes après la prière du soir, mais il ne s’agit que d’un ordre de convenance. Une femme qui n’a pas le temps ou la possibilité de prier Arvit — en raison d’enfants en bas âge, d’obligations domestiques ou d’autres empêchements — peut et doit quand même compter l’Omer. Il suffit de s’arrêter quelques secondes, à n’importe quel moment de la nuit, et de prononcer : Baroukh Ata… » suivi de la formule du jour. La Mitsva est accomplie, et l’on peut reprendre ses occupations.

La décision de l’Admour Hazaken : pas de travaux lourds avant de compter

L’Admour Hazaken tranche qu’aussi longtemps que l’on n’a pas encore compté le Sefirat HaOmer, il est interdit d’effectuer des travaux lourds. Il en découle une conséquence pratique importante : une femme qui ne compte pas se trouve potentiellement dans l’interdiction d’effectuer tout travail de ce type — lessive, travaux ménagers importants — jusqu’à l’aube. C’est pourquoi l’Admour Hazaken recommande que les femmes comptent en tout état de cause. Ainsi, pour récapituler : les femmes sont exemptées de droit, la coutume est de compter, ce compte est indépendant de la prière du soir, il peut s’effectuer en trente secondes, et ne pas compter expose à une interdiction de travaux pour toute la nuit.

Le moment de la Mitsva

Comme pour toute Mitsva, on s’empresse de l’accomplir sans tarder (zerizout). Le moment idéal pour compter est le début de la nuit. Toutefois, la Mitsva reste valable jusqu’à l’aube : passé ce moment, il n’est plus possible de compter avec une bénédiction (bracha).

Les hommes, qui sont obligés de compter, doivent savoir qu’à partir d’une demi-heure avant le coucher du soleil — moment à partir duquel l’heure du Compte de l’Omer approche — il leur est interdit de commencer quoi que ce soit susceptible de les entraîner et de leur faire manquer la Mitsva. Le Choulhan Aroukh est explicite : à partir d’une demi-heure avant le coucher du soleil, il est interdit de commencer un repas important ou de consommer une quantité substantielle d’aliments de type mezones (patisseries), jusqu’à ce que l’on ait compté. En revanche, boire est permis. Il est également interdit d’entreprendre une tâche longue susceptible de faire oublier la Mitsva.

Que se passe-t-il si l’on a commencé à manger avant le coucher du soleil, même par inadvertance dans cette demi-heure ? On n’est pas tenu d’interrompre le repas : on peut le terminer, puis compter. En revanche, si quelqu’un a commencé à manger après le coucher du soleil, il est obligé d’interrompre son repas dès qu’il s’en souvient et de compter avant de poursuivre.

Le gardien (Chomer) pour ne pas oublier

Un homme qui rentre du travail affamé et se trouve dans la demi-heure avant le coucher du soleil peut demander à sa femme, à sa mère ou à toute autre personne de lui rappeler de compter l’Omer avant qu’il ne l’oublie. Ce « gardien » (chomer) est efficace pendant la demi-heure précédant le coucher du soleil. Après le coucher du soleil, les autorités halakhiques sont divisées quant à son efficacité. Selon la lecture de l’Admour Hazaken au siman 489, paragraphe 17, le gardien ne serait plus efficace après le coucher du soleil, une fois que l’obligation de compter est entrée en vigueur.

Oubli la nuit : compter le jour sans bénédiction

En pratique, dans les synagogues, cet oubli ne se produit pratiquement jamais : le hazzan récite la Sefira à voix haute lors de la prière d’Arvit, et tout le monde compte avec ferveur. Mais pour celui qui prie chez lui, l’oubli peut survenir. Si l’on se rappelle le lendemain matin qu’on a oublié de compter la nuit précédente, que faire ?

La réponse est claire : on peut et on doit compter pendant la journée, mais sans bénédiction. La bénédiction sur le Compte de l’Omer ne s’applique qu’à la nuit, jusqu’à l’aube. Une fois le jour levé, on compte sans bracha — on prononce la formule complète du jour, mais sans la bénédiction préliminaire. Cette Sefira diurne sans bracha préserve la continuité du compte pour toute la saison.

Le crépuscule (Bein Hashmashot) : une zone de doute

Le Bein Hashmashot — littéralement « entre les deux luminaires » — est la période comprise entre le coucher du soleil et l’apparition des étoiles. Halakhiquement, ce moment est safek yom safek laïla : il est incertain s’il s’agit encore du jour ou déjà de la nuit. Les Mitsvot dont le moment est diurne doivent être accomplies avant le Bein Hashmashot ; celles qui sont nocturnes doivent attendre la sortie des étoiles.

Que se passe-t-il si l’on a oublié de compter toute la nuit et tout le jour, et que l’on s’en souvient seulement au Bein Hashmashot — après le coucher du soleil mais avant la sortie des étoiles ? On compte sans bénédiction. La question est de savoir si l’on peut reprendre le compte avec bénédiction les nuits suivantes. Les autorités sont divisées. L’auteur du Hilkhot Shlomo, chapitre 11, cite des raisons valables pour permettre de continuer à compter avec bénédiction dans ce cas. La position retenue est que même si l’on n’a compté qu’au Bein Hashmashot du jour manqué, on peut continuer à compter avec bénédiction les nuits suivantes.

Avoir manqué un jour entier : compter sans bénédiction

Si l’on a complètement oublié de compter un jour — ni la nuit, ni le jour — et qu’on s’en souvient la nuit suivante, la règle du Choulhan Aroukh est sans ambiguïté : on continue à compter, mais sans bénédiction, quelle que soit la raison de l’oubli — inadvertance ou volonté délibérée. La raison en est que la Torah exige « Cheva Chabot Temimot » — sept semaines complètes. Dès qu’un jour manque, la complétude (temimout) n’est plus assurée. On continue néanmoins à compter, car certains décisionnaires estiment que chaque nuit est une Mitsva en soi et que manquer un jour ne ruine pas le compte des autres nuits.

Il est rapporté au nom de grands Hassidim qu’ils continuaient à compter avec bénédiction après avoir manqué un jour. Certains livres évoquent cette pratique. Cependant, le Rabbi — le Rabbi de Loubavitch — a insisté à plusieurs reprises sur la décision du Choulhan Aroukh, et dans notre communauté, la règle est de compter sans bénédiction dès lors qu’un jour a été manqué.

Le doute : a-t-on compté ou non ?

Que se passe-t-il si une personne ne sait plus avec certitude si elle a compté la nuit précédente ? Elle se souvient d’avoir pensé à compter, mais ne se rappelle pas si elle l’a effectivement fait. Dans un tel cas de doute, elle peut continuer à compter avec bénédiction les nuits suivantes. Le principe général en halakha est safek berakha lehakel : en cas de doute sur une bénédiction, on est indulgent.

Si elle se souvient de ce doute pendant la journée, il est préférable de compter sans bénédiction pour s’assurer de la continuité. Même si elle ne le fait pas, elle peut continuer les nuits suivantes avec bénédiction, en s’appuyant sur les décisionnaires qui estiment que le doute ne compromet pas la suite du compte.

Ne pas perdre la bénédiction : se faire libérer par un autre

Quelqu’un qui se trouve dans la situation de ne plus pouvoir faire la bénédiction — parce qu’il a perdu un jour — ne doit pas pour autant se priver de toute bénédiction. Les décisionnaires indiquent qu’il peut demander à un autre de prononcer la bénédiction à voix haute, l’écouter et répondre Amen, puis compter lui-même. Le principe est celui de Chomea ke’oneh — « celui qui écoute est comme celui qui prononce » — lorsque l’on a l’intention d’acquitter son obligation par l’écoute.

Cependant, deux restrictions importantes s’appliquent :

Premièrement, une femme ne peut pas acquitter l’obligation d’un homme. Puisque les femmes sont exemptées du Compte de l’Omer — et que leur propre compte est un acte volontaire — elles ne peuvent pas libérer de son obligation un homme qui y est tenu.

Deuxièmement, et pour la même raison, une mère ne peut pas acquitter l’obligation de son fils — même un garçon mineur ayant atteint l’âge d’éducation (Hinnoukh) — par sa propre récitation. Car le garçon est obligé de droit rabbinique (miderabanan), et une femme exemptée ne peut libérer quelqu’un d’une obligation, fût-elle rabbinique. La mère peut acquitter l’obligation de sa fille, mais pas celle de son fils.

La bénédiction ne bloque pas la Mitsva

Un principe fondamental : la bénédiction ne conditionne pas la Mitsva elle-même. Quelqu’un qui a soufflé dans le Chofar à Roch Hachana, ou lu la Meghila, sans prononcer la bénédiction préliminaire, a néanmoins accompli la Mitsva. Il en est de même pour le Compte de l’Omer : compter sans bénédiction est valable après coup (bediavad). Ce n’est pas l’ordre idéal — l’ordre requis est de bénir, puis de compter — mais si cela s’est produit, la Mitsva est accomplie.

Prononcer le compte par inadvertance avant la bénédiction

Le Choulhan Aroukh met en garde contre une situation fréquente et délicate : si, après le coucher du soleil (ou dès le Bein Hashmashot), l’on prononce la formule du jour avant d’avoir récité la bénédiction, on ne peut plus bénir pour cette nuit.

L’exemple typique : un ami vous demande « quel jour sommes-nous dans l’Omer ? » Vous répondez « aujourd’hui c’est le 28e jour ». Si cet échange a eu lieu après le coucher du soleil, vous avez déjà compté — même sans avoir eu l’intention de vous acquitter de la Mitsva — et vous ne pouvez plus réciter la bénédiction ce soir-là. Dans ce cas, il faut demander à quelqu’un d’autre de bénir à voix haute et de vous libérer par votre écoute et votre Amen.

Le Choulhan Aroukh recommande de commencer à être vigilant dès le Plag Hamincha — une heure et quart de temps relatif avant le coucher du soleil. À partir de ce moment, il vaut mieux éviter de mentionner le numéro du jour de l’Omer. En cas de nécessité, on peut dire : « Hier c’était le 24e jour », laissant ainsi entendre que ce soir sera le 25e, sans avoir prononcé la formule du jour.

Si l’on a quand même dit le chiffre, mais sans avoir prononcé le mot « aujourd’hui » (hayom), on peut encore bénir cette nuit-là. La mention du chiffre seul, sans le mot « aujourd’hui », ne constitue pas un compte au sens halakhique.

Répondre « oui » à une question sur le compte

Une subtilité importante : si quelqu’un vous demande « aujourd’hui c’est bien le 28e jour de l’Omer ? » et que vous répondez « oui », vous n’avez pas compté — ni l’un ni l’autre. Celui qui a posé la question l’a formulée comme une interrogation, et vous n’avez répondu que par une confirmation. Les deux peuvent donc encore compter avec bénédiction. En revanche, si l’un de vous dit explicitement « aujourd’hui c’est le 28e jour » et que l’autre répond « oui » en acquiesçant pleinement, il y a matière à discussion — répondre « oui » à une déclaration peut être assimilé à une adhésion équivalant à avoir prononcé soi-même les mots.

La position debout et la connaissance du jour

Le Compte de l’Omer doit être accompli en position debout, comme le déduisent les décisionnaires du verset « Ousfartem lakhem ». Être debout signifie ne pas s’appuyer sur quelque chose de telle sorte que, si ce support disparaissait, on tomberait. Un léger appui qui ne conditionne pas l’équilibre du corps n’est pas considéré comme une véritable position allongée.

Avant de réciter la bénédiction, il faut savoir quel jour on va compter. L’Admour Hazaken précise, en ses propres termes, que l’on doit bénir en sachant ce sur quoi on bénit : si l’on ne connaît pas le numéro du jour, on ne sait pas sur quoi on bénit. En pratique, en synagogue, cela ne pose pas de problème car le hazzan indique le jour. Chez soi, il est courant qu’un proche aide à rappeler le jour — cela est tout à fait permis.

Ne pas interrompre entre la bénédiction et le compte

Il ne faut pas interrompre le compte entre la bénédiction et la récitation de la Sefira — ni par la parole, ni même par le silence. Si, après avoir béni, on entend un ami réciter la bénédiction et que l’on veut répondre Amen, on ne le fait pas. En revanche, si l’on a béni mais pas encore compté, et que l’on n’a pas parlé de sujets étrangers à la Sefira, on peut encore compter normalement avec sa bénédiction.

Durant la bénédiction elle-même, il est formellement interdit de faire quoi que ce soit — même une tâche légère. Lorsqu’on s’adresse au Saint béni soit-Il en disant Baroukh Ata Hachem, c’est un moment d’exclusivité devant D.ieu, et non le moment de s’occuper d’autre chose.

Corriger une erreur dans le compte

Si l’on a compté un mauvais jour, on peut se corriger à condition de le faire immédiatement (tokh kédei dibbour). On prononce la formule correcte, et la Mitsva est accomplie. Si l’on s’est rendu compte de l’erreur plus tardivement en entendant les autres compter un autre chiffre, on compte à nouveau le chiffre exact. Doit-on aussi répéter la bénédiction ? La Michna Broura l’exige, mais selon l’Admour Hazaken, il semble que l’on n’ait pas besoin d’une nouvelle bénédiction — la Sefira corrigée suffit.

Compter sans mentionner les semaines

Si l’on a oublié de mentionner les semaines dans la formule — par exemple en disant « aujourd’hui le 12e jour de l’Omer » au lieu de « aujourd’hui le 12e jour, soit une semaine et cinq jours de l’Omer » — on a néanmoins accompli la Mitsva après coup (bediavad). Il est toutefois recommandé, si l’on s’en souvient à temps, de répéter la formule complète sans bénédiction.

Compter en abréviations ou en lettres hébraïques

Une question délicate se pose : si l’on a dit, par inadvertance, « aujourd’hui Lamed-Guimel » au lieu de « aujourd’hui trente-trois jours » — notamment le jour de Lag BaOmer — a-t-on compté ? Les décisionnaires sont partagés. C’est pourquoi, à l’approche de Lag BaOmer, avant d’avoir compté, il faut éviter de dire aux enfants « aujourd’hui c’est Lag BaOmer, allons aux feux de joie ! » La prudence s’impose.

Conclusion

Que ces jours de Sefira soient empreints d’une authentique préparation spirituelle. Comme nous l’avons évoqué lors du cours précédent, ce sont des jours qui exigent une Ra’hamim — une miséricorde divine particulière — afin que nous arrivions à Chavouot dans la force et la joie, en méritant pleinement la réception de la Torah.

Amen veAmen.

Discours du Rav Mendy Kotlarsky au 27ème Congrès des Chlouhim de Paris aux Beth Haya Mouchka.

Discours du Rav Mendy Kotlarsky au 27ème Congrès des Chlouhim de Paris aux Beth Haya Mouchka.

Le Rav Mendy Kotlarsky a pris la parole lors du 27e Congrès des Chlou’him de Paris, en présence du Rav Mendel Azimov, du Rav Levi Azimov et de l’ensemble des émissaires. Son discours était placé sous le signe du thème central du Kinous : Hatov Hachem Letovim — D.ieu est bon envers les bons. Dans une allocution à la fois intime et inspirante, il a rappelé que la plus grande bénédiction que le Rabbi nous ait accordée, c’est d’avoir les uns les autres.

 

 

 

Une chance et un privilège

Lé’haïm, mes frères. Pour moi, c’est un véritable privilège que d’avoir l’occasion d’être ici, au Kinous des Chlou’him de Paris, aux côtés du Rav Mendel Azimov, du Rav Levi Azimov et de tous les émissaires réunis ce soir. En vérité, cette assemblée est quelque chose qui procure au Rabbi une immense, une profonde satisfaction — Na’hat — lorsque l’on se retrouve ensemble, lorsque l’on fait un Farbrenguen ensemble. Ces kinousim régionaux, où tous se rassemblent en un seul lieu, c’est le Rabbi lui-même qui en a eu l’initiative. Pour nous, c’est un privilège que de pouvoir en faire partie, d’être témoins des succès extraordinaires, du développement et de toutes les grandes choses que les Chlou’him de Paris accomplissent, guidant une véritable mission dans le monde entier.

Je voudrais donc commencer par porter un Lé’haïm : que tout ce que nous avons vu, tout ce dont nous débattons ce soir, se réalise l’année prochaine à un niveau encore supérieur — lech’at’hila ariber — en nous appuyant sur tout ce que nous avons construit par le passé. Car nous vivons aujourd’hui dans une époque où tout ce que nous avons fait jusqu’ici n’est plus seulement une question de petits pas. Avec les outils dont nous disposons, avec tout ce que nous avons entre les mains, nous pouvons grandir, nous transformer et conduire notre mission de manière bien plus grande encore.

À la mémoire du Rav Moishy Voda

Avant tout, je souhaite mentionner la mémoire du Rav Moishy Voda, fils du Rav Tsvi Yossef, de mémoire bénie. S’il avait pu se rendre au Kinous de Paris, il aurait toujours cherché à être présent ici, aux côtés du Rav Chemouel, du Rav Mendel et du Rav Levi. Je leur adresse, ainsi qu’à vous tous, mes vœux de succès immense.

Et comme nous pouvons le lire dans le thème de ce Kinous : Hatov Hachem Letovim — D.ieu est bon envers les bons.

Le message fondateur : la confiance du Rabbi en ses émissaires

Nous connaissons tous la Si’ha célèbre que le Rabbi a prononcée sur ce sujet. Mais il faut savoir — et ressentir — que la toute première chose sur laquelle doit reposer tout ce que nous faisons, c’est la certitude que nous représentons les émissaires du Rabbi. Nous avançons avec la force du Rabbi, avec la confiance, les bénédictions et les capacités qu’il nous a transmises. Le Rabbi croit en nous. Le Rabbi nous a donné les moyens d’agir. Nous n’avons qu’à accomplir ce que Hatov Hachem Letovim nous appelle à faire.

Le sens profond de « D.ieu est bon envers les bons »

Qu’est-ce que cela signifie réellement, ce principe de Hatov Hachem Letovim ? C’est l’une des choses qui me touche le plus profondément. Lorsqu’on le voit à l’œuvre, lorsqu’on perçoit les bénédictions qu’il génère, on comprend : c’est quand un Chalia’h fait du bien à un autre Chalia’h. Voilà ce que c’est — la bonté, la bénédiction, le don que le Rabbi nous a offert : nous nous avons les uns les autres.

Hatov Hachem Letovim, c’est quand un émissaire voit son collègue voisin, celui qui se trouve à ses côtés, et qu’il se préoccupe de sa famille. On le voit au quotidien : un Chalia’h reçoit quelque chose d’inattendu — un don, une opportunité — et il ne le garde pas pour lui seul. Il le partage avec les Chlou’him de sa région. Il se rend à la Yéchiva et ne pense pas seulement à son propre fils : il veille aussi sur le fils d’un autre émissaire, celui qui n’a pas vu ses parents depuis longtemps.

Et l’on voit les bénédictions qui arrivent aux Chlou’him eux-mêmes.

Un récit : la bonté reçue comme une mission

Voici une histoire que j’ai entendue un jour, une histoire très particulière. Quelqu’un avait besoin d’un rendez-vous chez un médecin et se trouvait dans une situation difficile. Il ne connaissait pas personnellement le Rav concerné, mais il l’appela quand même. Et ce rav, au milieu de la nuit, décrocha son téléphone et lui rendit ce service. Lorsque cet homme se retrouva en audience avec le Rabbi et lui raconta l’histoire, le Rabbi lui dit : « Tu crois que tu as rendu service à quelqu’un d’autre — mais le Saint béni soit-Il t’a donné l’occasion de faire ce bien, parce que tu en es capable. Faire du bien à un autre émissaire, à un autre Juif, à une autre personne. »

La pratique concrète : commencer par ceux qui nous sont proches

Voilà donc la première chose : si tel est le thème de ce Kinous, chacun doit commencer par réfléchir à sa propre famille. Quel bien pouvez-vous faire pour la Chlou’ha qui travaille avec vous ? Pour vos enfants ? Pour le Chalia’h qui est votre voisin ?

50 ans de la révolution éducative du Rabbi

Ce soir, il nous faut également souligner le cinquantième anniversaire de l’Année de l’Éducation — Shnat Hachinuch — (5735 / 1974-1975) et de la campagne d’apprentissage des versets bibliques par cœur. Le Rabbi a transformé chacun de nous, les Chlou’him, et chaque Juif, et chaque enfant — non seulement pour savoir, non seulement pour faire, mais pour conduire, pour apprendre et pour enseigner tout ce que nous faisons. Cette révolution, c’est celle du Rabbi qui a cru en chaque Juif et en chaque enfant : si nous savons quelque chose, nous devons l’enseigner ; si nous avons quelque chose, nous devons le partager. Faire ce bien avec ce que nous possédons — voilà ce qui brisera, avec l’aide de D.ieu, tous les murs de l’exil.

L’espoir de Jérusalem

Avec l’aide de D.ieu, nous continuerons. Et lors du prochain Kinous Hachlouhim, que nous soyons ensemble — tous les émissaires qui doivent s’y trouver — à Jérusalem la sainte. Lé’haïm ! Lé’haïm !

Discours du Rav Berel Kesselman, Chalia’h à Paris 16e sud, au 27ème Congrès des Chlouhim de Paris

Discours du Rav Berel Kesselman, Chalia’h à Paris 16e sud, au 27ème Congrès des Chlouhim de Paris

Au 27e Kinous Hachlouhim, le Rav Berel Kesselman, Chalia’h dans le 16e arrondissement (sud) de Paris, a pris la parole pour raconter une histoire qui n’avait rien d’ordinaire. En deux ans, sans un euro en poche — avec même un solde négatif en banque —, il a réussi à acquérir un local imposant pour son Beth Habad, mètre carré par mètre carré, grâce à la Providence divine et à une chaîne de Juifs envoyés l’un après l’autre. Ce soir-là, devant ses confrères Chlou’him réunis, il a livré non pas un discours, mais un témoignage : celui d’un homme qui a appris à ne jamais décider seul et à laisser le Rabbi tenir les rênes.

 

 

Une nuit de miracles comme point de départ

Tout commence, raconte le Rav Kesselman, il y a exactement deux ans, lors du Kinous. Cette nuit-là, l’un de ses confrères Chlou’him avait raconté pendant des heures des histoires de miracles, des récits du quotidien où la main de D.ieu se manifestait à chaque détour. Le lendemain matin, au réveil, quelque chose avait changé en lui. Sans plan préconçu, sans stratégie élaborée, il s’était dit qu’il allait simplement aller voir le local qui se trouvait juste à côté de chez lui — un Franprix disponible dans son quartier. Il était entré, avait fait le tour des lieux, et s’était pris à rêver : « C’est à nous, ça. »

Ce qui avait commencé comme une fantaisie du matin était devenu, en l’espace de quelques semaines, une intention sérieuse. Il avait demandé conseil à son beau-père, le Rav Mendel Azimov, dont tout le monde dans son entourage connaît la règle d’or : s’il ne vous décourage pas, c’est que c’est une bra’ha. Et effectivement, son beau-père n’avait pas découragé. Puis il avait consulté son oncle, qui, lui, lui avait dit de ne rien faire. La leçon retenue de toutes ces consultations allait devenir le fil conducteur de toute l’aventure : il faut toujours demander, il ne faut jamais décider seul.

Le local d’en face, ou comment D.ieu envoie les bonnes personnes au bon moment

Quelques mois plus tard, un juif — dont il ne précise pas l’identité par discrétion — le croise pour une raison technique et lui pose une question inattendue : « Pourquoi vous ne regardez pas le local d’en face ? » Car cet homme refusait d’investir dans le Franprix, refusait d’investir quoi que ce soit en France — mais il lui désignait le local situé face à la poste comme une piste sérieuse. Le Rav Kesselman, embarrassé d’avouer que ses ambitions s’arrêtaient au Franprix, s’était dit : qu’est-ce que j’ai à perdre à aller regarder ?

Il était allé regarder. Puis un autre juif lui avait dit de faire une offre. Qu’est-ce que j’ai à perdre ? Il avait fait une offre. Puis un troisième lui avait conseillé de faire une offre sans condition de financement. Qu’est-ce que j’ai à perdre ? Il avait fait l’offre sans condition. À chaque étape, c’est un juif différent, envoyé comme par hasard, qui l’avait poussé un cran plus loin. « Ce n’était pas mon idée, confie-t-il. Ce projet est venu vers moi. »

Sept à huit mois de Providence : un juif, encore un juif, encore un juif

S’ensuivent sept à huit mois d’une aventure humaine et spirituelle hors du commun. Sur toute cette période, le Rav Kesselman témoigne avoir vu la Providence à l’œuvre à chaque instant, et pas seulement sur le plan financier — même si la dimension financière était considérable. Il se souvient d’un donateur qui, lors de leur premier rendez-vous, avait promis une somme très importante, mais qui avait ensuite exprimé ses craintes : « Je vais perdre mon argent, c’est sans conditions de financement. » Le Rav lui avait alors expliqué le concept du « rattrapage » — et l’homme, convaincu, avait finalement multiplié sa promesse par trois, voire par quatre.

La clé de voûte de tout l’édifice financier reposait sur une idée simple et géniale : trente personnes, chacune finançant un mètre carré, à un prix unitaire qui permettait d’atteindre les 300 000 euros nécessaires. « La minute où j’ai commencé à faire les calculs dans ma tête, je me suis dit : c’est le Rabbi qui gère. » Et dix jours avant la validation du crédit, alors que rien n’était encore acquis, il s’était dit avec une sérénité surprenante : « Si je perds ces 210 000 euros — les mêmes 210 000 euros que le Rabbi m’a donnés —, c’est lui qui va perdre. Je sais que le Rabbi, à la fin, fera tout pour le bien. »

Des soutiens providentiels, de Tolidan au Grand Rabbin de France

Parmi les figures qui l’ont soutenu dans cette épreuve, le Rav Kesselman évoque avec émotion Olivier Tolidan, un juif que certains dans la salle connaissent. Au début du projet, alors qu’il était rongé par l’angoisse, Tolidan l’avait appelé un soir pour lui dire, avec une insistance presque mystérieuse : « Je suis avec vous. Je suis avec vous. Je suis avec vous. » Le Rav, interloqué par cet élan inattendu de la part d’un homme pourtant habituellement réservé, l’avait interrogé : « Qu’est-ce qui se passe ? Je ne vous ai jamais entendu parler comme ça. »

Il évoque aussi le jour où, avant de consulter le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, il avait hésité avec son beau-père : est-ce qu’on lui demande ou non ? La conversation avec le Grand Rabbin n’avait duré que dix secondes, mais la réponse avait été sans équivoque : « Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer. » Dans la foulée, Eric Lambert avait pris le relais, puis le directeur de la Poste avait été contacté — et les choses s’étaient mises en place, une par une, comme si une main invisible ordonnait les événements.

Le dénouement était venu du côté du courtier, qui avait réussi à faire valider le crédit en quatre jours. Le 11 novembre, c’était acté. « J’avais crié à ce courtier : si tu as un message du Rabbi, ça va se faire avec toi. Sinon, ça ne se fera pas. Et tu n’as rien à perdre. » Il avait raison.

Le Kinous Hachlouhim, révélateur de forces insoupçonnées

Le Rav Kesselman conclut son témoignage par des remerciements chaleureux à ses amis Yossef Selnik et Berel Casselman, avant de livrer la leçon centrale de cette aventure : le Kinous Hachlouhim peut véritablement réveiller en chacun de nous la force de s’élever au-dessus de toutes les difficultés, dans un esprit de joie et d’élévation spirituelle.

Le maître de cérémonie prend alors la parole pour introduire l’invité d’honneur de la soirée : le Rav Mandy Kotlarski. Fils d’un grand Rav qui avait lui-même consacré sa vie au mouvement Habad-Loubavitch, Mandy Kotlarski s’était impliqué dès son plus jeune âge dans les activités de son père, gérant notamment presque seul le programme des Si’hot. Aujourd’hui, il a pris la succession paternelle avec succès, et ceux qui le connaissent soulignent unanimement son humilité remarquable, sa chaleur humaine, sa disponibilité et sa capacité à écouter. C’est avec un grand honneur que l’assemblée des Chlou’him l’accueille ce soir-là à la tribune.

Discours du Rav Yossef Celnik, Chalia’h à Lonjumeau, au 27ème Congrès des Chlouhim de Paris

Discours du Rav Yossef Celnik, Chalia’h à Lonjumeau, au 27ème Congrès des Chlouhim de Paris

 

Au 27e Kinous Hachlouhim de Paris, le Rav Yossef Celnik, Chalia’h à Longjumeau, a pris la parole pour raconter non pas un résumé, mais une véritable aventure spirituelle. Celle d’un Mikvé construit contre toute attente, porté par des signes répétés et béni, mot pour mot, par le Rabbi lui-même. Une histoire qui commence par une coïncidence troublante et s’achève par une révélation sidérante dans les pages des Igrot Kodesh.

 

 

Une innovation au Kinous : la parole en direct

Cette année, les organisateurs du Kinous ont souhaité innover. Plutôt qu’une vidéo, ils ont voulu qu’un Chalia’h témoigne en direct, devant ses pairs, d’une réalisation concrète sur le terrain. C’est ainsi que le Rav Yossef Celnik a été invité à monter à la tribune. Avant de commencer son récit, il a tenu à exprimer sa reconnaissance au Rav Azimov et à son gendre — à qui il adresse tous ses vœux de mazal tov — pour les précieux conseils qui ont accompagné, pas à pas, la construction du Mikvé de Longjumeau.

Le projet des 120 Mikvaot : un appel auquel il était impossible de ne pas répondre

Pour comprendre les origines de cette aventure, il faut remonter à l’année 5782 (2021-2022). À l’occasion des 120 ans du Rabbi, le Merkaz avait lancé un vaste programme de soutien financier à 120 Mikvaot à travers le monde. Le Rav Celnik s’est inscrit, et sa candidature a été retenue. Mais ce qui l’a frappé, c’est ce qui s’est produit dans les jours qui ont suivi cette bonne nouvelle.

Une semaine à peine après avoir appris qu’il faisait partie des projets sélectionnés, il se trouvait un matin près de chez lui en compagnie de son collègue, le Rav Zerbib. Ce dernier lui dit avec insistance : « Tu dois ouvrir un Mikvé. Tu as un terrain, il le faut. » Le Rav Celnik en était encore à peser ces mots lorsque, ce même jour, il reçut un appel d’un ami en Israël. Le message était limpide : « Je veux financer un Mikvé. » Le même jour. La conclusion s’imposait d’elle-même : il fallait y aller.

La première erreur : croire qu’un seul homme pouvait tout porter

Comme il l’a rappelé avec une franchise désarmante, la grande faute de jeunesse dans ce type de projet est de s’imaginer qu’une seule personne va tout prendre en main, du premier euro au dernier coup de peinture. Avant même que la première pierre ne soit posée, des dépenses considérables s’imposaient — c’est la réalité de toute construction. Les promesses s’accumulèrent, mais les retours concrets, eux, tardèrent à se matérialiser. Une année entière s’écoula dans cet entre-deux inconfortable, suspendu entre l’engagement pris et le vide des caisses.

Le recours à l’Igrot Kodesh : écrire au Rabbi pour tenir parole

Un an après le lancement, le doute s’était installé. Le Rav Celnik et son épouse avaient pris un engagement solennel — ils faisaient partie des 120 Mikvaot — mais les fonds manquaient cruellement. C’est alors qu’ils décidèrent d’écrire au Rabbi, en glissant leur lettre dans un volume des Igrot Kodesh. Leur message était simple et résolu : nous allons continuer, et nous allons collecter l’argent nous-mêmes.

Le Rav Celnik l’admet sans détour : il n’avait jamais mené de collecte de fonds. Il ne savait pas vraiment comment cela fonctionnait. Mais la décision était prise. La campagne fut planifiée quatre jours à l’avance. L’objectif espéré ? Peut-être 80 000 €, dans le meilleur des cas.

La lettre qui change tout : le Rabbi parle depuis les Igrot Kodesh

En ouvrant les Igrot Kodesh pour y déposer sa lettre, le Rav Celnik tomba sur une réponse qu’il n’avait pas cherchée — et qui allait tout transformer. Dans cette lettre, le Rabbi s’adressait à un Rav au Mexique pour lui exposer l’importance capitale de rénover un Mikvé existant sur place. Il lui recommandait de faire appel au Rav Deutsch, grand expert en construction de Mikvaot, et développait longuement les implications halakhiques de la question.

Puis, dans les dernières lignes de cette lettre, le Rabbi concluait en ces termes : « Compte tenu de l’importance qu’il convient d’accorder à la pureté des femmes juives, et dans la mesure où cela est nécessaire, je couvrirai la moitié de ces frais. »

La Bracha du Rabbi était là, noire sur blanc : il prenait en charge la moitié du coût du Mikvé.

135 000 €, puis 270 000 € : la Bracha tient ses deux promesses

Trois jours après le lancement de la campagne, le résultat dépassa toutes les espérances : 135 000 € collectés. La moitié exacte du coût total du projet, qui s’est finalement élevé à 270 000 €. Mais le vrai hiddouch — la révélation profonde que recèle cette histoire — ne s’arrête pas là. Car à y regarder de près, le Rabbi n’avait pas seulement couvert la première moitié. La seconde, elle aussi, avait trouvé son chemin. Les brachot accordées pour la construction de ce Mikvé avaient opéré dans leur totalité, jusqu’au dernier centime.

Pas encore ouvert, mais déjà attendu

Le Mikvé de Longjumeau n’est pas encore tout à fait achevé, pas encore officiellement inauguré. Pourtant, l’épouse du Rav Celnik reçoit déjà des dizaines de messages : « Quand est-ce qu’il ouvre ? » Ce simple fait, dit-il, suffit à confirmer que le choix était le bon, que le besoin était réel, et que la communauté attendait ce lieu depuis longtemps.

Il conclut avec un vœu sincère : que D.ieu permette d’ajouter encore de la Tahara — de la pureté — dans le monde, et que cela contribue à hâter l’avènement de la Délivrance complète.

 

Discours du Rav Lévi Goldberg, Chalia’h à Arcueil, au 27ème Congrès des Chlouhim de Paris

Discours du Rav Lévi Goldberg, Chalia’h à Arcueil, au 27ème Congrès des Chlouhim de Paris

Au 27e Kinous Hachlouhim de Paris, le Rav Levi Goldberg a livré un discours d’une rare profondeur, ancré dans une Si’ha du Rabbi prononcée lors d’un Farbrenguen mémorable du 2e jour de Roch Hachana. Prenant appui sur un commentaire de Rachi relatif au verset « tu ne resteras pas indifférent au sang de ton prochain », il a déroulé une réflexion saisissante sur le devoir d’agir face à l’imprévu. Ce message résonne comme une injonction directe adressée à chaque Chalia’h : lorsqu’un Juif n’a personne vers qui se tourner, c’est précisément lui qui est là pour le sauver.

 

 

 

Un Farbrenguen du 2e jour de Roch Hachana

Tout commence lors d’un Farbrenguen exceptionnel tenu le deuxième jour de Roch Hachana. Le Rabbi y prit la parole de manière prolongée, évoquant ce qui allait se dérouler le lendemain et posant le cadre d’une idée centrale : il y a une dimension qui doit gouverner absolument tous les aspects de la vie. Elle doit façonner la manière d’être chez soi, la manière d’être en dehors, la manière de diffuser et de répandre la lumière de la Torah. Le Rabbi aborda ensuite la paracha de la semaine, s’attardant sur un verset précis que Rachi commente avec une attention toute particulière.

Rachi et les trois situations de péril

Dans son commentaire, Rachi emprunte les formulations du Midrach et de la Guemara Sanhédrine pour illustrer le verset par trois exemples concrets : l’homme qui se noie dans un fleuve, celui qui est attaqué par une bête sauvage, et celui qui est assailli par des brigands. Dans chacun de ces cas, la Torah interdit de rester les bras croisés dès lors qu’on a la possibilité d’intervenir.

Le Rabbi s’arrêta longuement sur le fait que la formule employée n’est pas identique d’une source à l’autre — ni dans le Rambam, ni dans la Guemara, ni dans aucune des autres autorités halakhiques. Pourtant, Rachi choisit une formulation qui lui est propre, unique et délibérée : « tu peux le sauver ». Ce choix n’est pas anodin. Le Rabbi en fit une analyse approfondie pour en dégager toute la portée.

Pourquoi une formulation négative ?

La question centrale que soulève le Rabbi est celle-ci : pourquoi ce commandement est-il formulé de manière négative — « tu ne resteras pas indifférent » — alors que la quasi-totalité des Mitsvot le sont de manière positive, impliquant une démarche proactive ? On pense, par exemple, à Azov tazov — l’obligation d’aider son prochain à relever la charge de son animal. Dans la même paracha, il est pourtant déjà dit d’aimer son prochain comme soi-même. Pourquoi alors ce verset supplémentaire, formulé sur le mode de l’interdit ?

La réponse du Rabbi est d’une clarté lumineuse : Rachi, en s’arrêtant plusieurs fois sur ce passuk, nous dit que celui-ci parle de l’actualité immédiate, du moment présent. Il faut s’imaginer soi-même au bord du fleuve, face à la bête, face au voleur. Ce n’est pas un précepte abstrait destiné à la planification à long terme — c’est une interpellation ici et maintenant. La formulation négative vient précisément souligner qu’il ne suffit pas d’être globalement bienveillant : quand la situation se présente devant toi, l’indifférence devient une faute.

Le Rabbi plonge dans la mer à Nice

Pour illustrer cette dimension très concrète du verset, le Rav Goldberg rapporta une histoire qu’il tient de ses enfants, qui l’avaient lue dans l’un des quatorze volumes du recueil Farbrenguen. Un jour, le Rabbi passait à Nice, au bord de la mer. Il aperçut une femme en larmes dont le mari venait de sauter à l’eau pour fuir une brigade SS qui effectuait un contrôle de papiers. L’homme, vêtu de manière manifestement juive, avait pris peur et s’était jeté dans les flots — sans savoir nager. La femme, reconnaissant le Rabbi, l’interpella en yiddish : « Mon mari ne sait pas nager, il est dans la mer. » Sans hésiter, le Rabbi plongea à l’eau et alla sauver cet homme.

Cette image concentre à elle seule tout l’enseignement du verset. Le Rabbi n’avait pas prévu cette situation dans son emploi du temps. Rien ne l’y obligeait aux yeux de la logique ordinaire. Mais la situation était là, devant lui — et il avait la capacité d’agir.

La leçon pour les Chlou’him : l’imprévu comme appel

C’est précisément là que le discours du Rav Goldberg prend toute sa résonance pour les Chlou’him présents au Kinous Hachlouhim. Un Chalia’h se lève chaque matin avec un programme minutieux : à huit heures, il doit rendre visite à telle personne ; à dix heures, il a rendez-vous avec telle famille ; il doit passer voir cette dame isolée, cette famille sans Mezouzot, effectuer telle démarche dans tel quartier. Toute la journée est structurée autour d’une démarche proactive, planifiée, orientée vers l’action.

Mais voilà qu’un imprévu surgit. Une personne qui ne figurait pas sur la liste, qui s’est peut-être elle-même mise dans une situation difficile, parfois même par sa propre faute. Immédiatement, tous les arguments se liguent pour justifier l’inaction : ce n’est pas notre compétence, nous avons d’autres priorités, cette situation ne relève pas de notre mission.

Le Rav Goldberg cita alors ce qu’il entendit au nom d’un grand maître : lorsqu’un Juif se trouve dans une situation où aucune institution, aucune organisation, aucun organisme ne se sent concerné par lui, c’est précisément là qu’intervient le rôle du Chalia’h. Quand tous disent « ce n’est pas pour nous », c’est le signe que c’est pour lui. C’est dans ce moment-là, où toutes les logiques convergent pour justifier l’abstention, que retentit la voix de la Torah : « Lo taamod al dam re’echa » — ne reste pas indifférent au sang de ton prochain.

La garantie du Baal Chem Tov et la certitude d’agir

Le Rav Goldberg apporta un dernier éclairage, fondamental : d’après l’analyse de Rachi, la certitude de pouvoir sauver fait partie intégrante de l’obligation de sauver. Si l’on n’a pas cette certitude, le devoir n’est pas automatiquement établi. Mais l’enseignement du Baal Chem Tov vient préciser : lorsqu’on se retrouve face à une situation où l’on peut agir, le fait même d’y être confronté est un signe du Ciel qu’on en a le devoir et le pouvoir. D.ieu ne met pas un homme face à une réalité qu’il est incapable d’affronter.

Ce matin-là, dans le kountres distribué lors du Kinous, le Rav Goldberg lut une affirmation solennelle : celui qui s’implique pleinement dans le travail d’émissariat, qui s’y engage sans réserve, a la garantie que son action portera ses fruits et qu’il réussira.

Ce message s’adresse à chaque Chalia’h confronté à l’extraordinaire, à l’inattendu, à ce qui n’aurait jamais dû se produire — une situation complexe, non planifiée, qui peut parfois le mettre lui-même en péril. Mais puisqu’il l’a vue, puisqu’il se trouve là, c’est qu’il a en lui les forces nécessaires pour sauver cette situation et ramener cette âme juive à bon port. Ce n’est pas un cas ordinaire — c’est précisément pour cela que c’est lui qui est là.

Discours du Rav Binyamin Mergui au 27ème Congrès des Chlouhim de Paris aux Beth Haya Mouchka.

Discours du Rav Binyamin Mergui au 27ème Congrès des Chlouhim de Paris aux Beth Haya Mouchka.

 

À l’occasion du 27e Congrès des Chlou’him de Paris, le Rav Binyamin Mergui a prononcé un discours d’une profonde intensité, revenant sur les 58 ans d’une Chélou’hout fondatrice qui a façonné le visage du judaïsme parisien. Célébrant l’héritage spirituel et humain du Rav Chemouel, il a rendu un hommage vibrant à celui qui, arrivé avec son épouse il y a plus d’un demi-siècle, a su élever une communauté tout entière au rang de véritables Chlou’him. Dans un appel à la fraternité et à la responsabilité collective, le Rav Mergui a exhorté l’assemblée à préserver ce capital inestimable et à le transmettre de génération en génération.

 

 

 

Un fondateur arrivé avec confiance et vision

Il y a exactement 58 ans, le Rav Chemouel posait ses valises à Paris avec son épouse, animé d’une foi absolue et d’une confiance inébranlable. Sa mission, bâtie sur des fondations solides, s’est développée avec une réussite impressionnante, digne des plus hautes qualifications d’éclat et de gloire. Ce n’était pas là le fruit du hasard, mais la conséquence naturelle d’un dévouement total au Rabbi et d’une vision claire de ce que devait être une véritable Chélou’hout.

Le Rav Chemouel nous a éduqués dans l’amour des Chlou’him, dans la fraternité, dans l’exigence. Avec sa bienveillance et son amour profond, il nous a conduits à ne pas être simplement des Juifs religieux, ni simplement des ‘Hassidim, mais véritablement des Chlou’him. Cette manière d’élever ses disciples l’a amené à nous offrir la meilleure des éducations — pour nous, pour nos enfants —, nourrie de sentiments ‘hassidiques forts et d’un attachement particulier au Rabbi.

La gratitude comme fil conducteur de ce rassemblement

C’est cela précisément qui nous rassemble aujourd’hui, avec un sentiment profond de Hakarath Hatov envers le Rabbi, qui nous a envoyé ce Chalia’h inestimable. Ce capital gigantesque, légué par le Rav Chemouel et prolongé aujourd’hui par ses enfants, nous impose une responsabilité : le garder vivant, le transmettre autour de nous, le faire rayonner dans chaque foyer, dans chaque rue, dans chaque cœur.

L’ADN du Chalia’h : compassion et dévouement sincère

Ce matin, l’assemblée a longuement évoqué le soutien mutuel que se prodiguent les Chlou’him entre eux. On a parlé de ce qui constitue l’essence même d’un Chalia’h : la compassion, l’attention portée à l’autre, le souci constant de son prochain — agissant betmimioutam, dans une intégrité et une sincérité absolues. Ce dévouement des Chlou’him à travers le monde est devenu légendaire.

Comme l’a rappelé ce matin le Rav Mendi Azimov, le mouvement Loubavitch est désormais la première force communautaire du monde juif. Une réalité qui force le respect et appelle à une conscience accrue de la responsabilité que cela représente.

Ce que Paris a reçu en plus

Mais ici, à Paris, nous avons eu la grâce de recevoir davantage encore. Au-delà de la chaleur ‘hassidique inhérente à toute Chélou’hout, nous avons bénéficié de l’abnégation absolue du Rav Chemouel envers le Rabbi, de son attachement inconditionnel en toutes circonstances, de sa disponibilité sans faille, de cette flamme qui ne vacillait jamais.

Nombreux se souviennent du jour où le Rav Alperin, rédacteur en chef du journal Habad, vint à Paris pour la Chiva du Rav Chemouel. Il prit la parole et posa une question d’une grande force : quelle est la différence entre ce Chalia’h et les autres ? Et il répondit lui-même : certes, tous les Chlou’him font preuve d’engagement, mais le Rav Chemouel, lui, avait quelque chose de plus — une qualité rare, une profondeur d’âme qui le distinguait. Ce mot, simple en apparence, résumait à lui seul une vie entière au service du Rabbi et de la communauté.

Un appel à la fraternité pour hâter la Délivrance

Remercions donc le Rabbi en cet anniversaire du début de cette merveilleuse Chélou’hout, dont nous sommes les fruits vivants. Perpétuons cet amour fraternel entre nous, ce respect mutuel, cet esprit d’Ahavath Israël qui doit nous unir au-delà de toutes les distances et de toutes les différences.

Car c’est précisément cet amour qui fera disparaître la cause de l’époque obscure dans laquelle nous vivons, qui mettra fin à cet exil douloureux, et qui nous vaudra le retour du Rabbi — et avec lui, celui du Rav Chemouel — ainsi que de tous nos êtres chers.

 

« Mon Rabbi », une nouvelle série vidéo pour les enfants : “Aider les réfugiés »

« Mon Rabbi », une nouvelle série vidéo pour les enfants : “Aider les réfugiés »

 

Chacun voudrait que ses enfants vivent avec le Rabbi à travers Ses enseignements, ses histoires et ses conduites de tous les jours.

Le programme ‘Mon Rabbi’ est la solution à votre désir. Vous êtes dorénavant plus qu’accompagné.

Après avoir connu un succès mémorable aux Etats-Unis et en Israël, le programme ‘Maor’ arrive enfin en France.

Il y a trois ans, ce programme, qui a pour but de diffuser le message du Rabbi aux plus jeunes, a été mis en place par le Rav ‘Hano’h ‘Haskind. Dans un premier temps en anglais puis par la suite en hébreu. Avec l’aide de D.ieu, le programme connut un succès remarquable ce qui l’encouragea, après de nombreuses demandes, de se tourner vers la France.

Avec une équipe professionnelle et créative, le directeur de la branche française, le Rav Eliyahou Edelman mène à bien ce projet depuis plusieurs semaines.

Ce programme interactif a, entre autres, la particularité de faire participer ses jeunes amateurs en leurs donnant la possibilité de répondre à ‘La question de la semaine’ posée dans la vidéo ou encore d’annoncer son anniversaire dans la vidéo choisie. Et tout cela en gagnant des récompenses.

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Pidyon Chevouim, la Mitsva de libérer les prisonniers par le Rav M. Abichid

Pidyon Chevouim, la Mitsva de libérer les prisonniers par le Rav M. Abichid

 

Le rachat des prisonniers est un commandement de la Torah. Les Sages de Loi lui ont conféré une signification hautement morale touchant jusqu’au fondement même du judaïsme. 

Deux frères ont été arrêtés à la douane américaine au retour du mariage du plus jeune. Ils sont en prison pour l’instant, en attendant leur jugement qui aura lieu dans un délai de 3 mois à 2 ans (Que D. nous en préserve). Ils n’ont tué personne, violé personne, «juste» une affaire d’argent : emploi de personnes n’ayant pas de visa de travail. Les comptes bancaires des deux frères ont été bloqués. Ils ls ne peuvent donc pas payer leurs avocats. Le frère ainé risque le plus gros (plusieurs années de prison). Sa femme risque aussi la prison alors qu’elle est enceinte et qu’ils ont une fille d’un an et demi. Les honoraires d’un avocat coûtent 100 000 $.  20 000 $ ont déjà été avancés. Il manque 80 000 $. L’aide de chacun d’entre-nous est vitale… Selon le Rambam, « Il n’y a pas de commandement plus grand que le rachat des prisonniers parce que le captif est celui qui a faim, soif et nu et que sa vie est en danger. Celui qui n’accomplit pas ce commandement transgresse 7 commandements de la Tora » .

De ce fait, la libération de ces deux frères juifs n’est pas l’affaire privée d’une famille mais bien celle de tout un peuple pour qui la vie et la liberté recouvrées sont les valeurs suprêmes.

UNE CAGNOTTE A ETE OUVERTE POUR COLLECTER LA SOMME NECESSAIRE. CHAQUE PARTICIPATION A SON IMPORTANCE. PIDIYON CHEVOUIM – RACHAT DES PRISONNIERS