Lorsque Rav Dovi Hennig, émissaire du Rabbi à Chengdu en Chine, apprit qu’une jeune femme juive de sa connaissance passerait ‘Hanouka dans un monastère bouddhiste éloigné, il lui demanda d’emporter au moins une Menorah et de l’allumer sur place. Il était loin d’imaginer l’effet miraculeux que cet allumage produirait dans ce lieu improbable.
Une quête spirituelle qui mène jusqu’en Chine
La recherche de sens, de vérité et de but dans la vie conduisit Noa, une jeune femme juive originaire d’Erets Israël, jusqu’aux confins de la Chine. Comme tant de jeunes de sa génération, elle ressentait un vide intérieur, une soif de spiritualité que son environnement quotidien ne parvenait pas à étancher. Son parcours l’entraîna dans de nombreuses directions, explorant diverses philosophies et pratiques spirituelles, jusqu’à ce qu’elle s’inscrive à un programme dans un monastère bouddhiste reculé, où elle pensait avoir enfin trouvé le calme et la spiritualité qu’elle recherchait depuis si longtemps.
Dans ce monastère perdu au cœur de la Chine profonde, loin de l’agitation du monde moderne, Noa croyait avoir découvert une voie vers la paix intérieure. Les rituels ancestraux, le silence méditatif et la discipline monastique semblaient répondre à ses aspirations les plus profondes.
Une connexion inattendue avec le Beth Habad
Parallèlement à son immersion dans le bouddhisme, et de manière quelque peu paradoxale, Noa développa une relation avec le Chaliah du Rabbi dans la région, Rav Dovi Hennig, qui dirige le Beth Habad de Chengdu, en Chine. Cette ville, capitale de la province du Sichuan, abrite une communauté juive composée principalement d’hommes d’affaires, de touristes et de voyageurs en quête d’aventure.
Grâce à cette relation naissante avec Rav Hennig et son épouse, Noa commença progressivement, presque malgré elle, à se rapprocher du Yiddishkeit. Elle participa à quelques programmes du Beth Habad, goûta aux repas de Chabbat, et découvrit une chaleur et une authenticité qu’elle n’avait pas anticipées. Quelque chose en elle commençait à remuer, une flamme encore vacillante mais bien présente.
Un choix difficile à la veille de ‘Hanouka
Peu avant ‘Hanouka, alors que le Beth Habad se préparait fébrilement pour les célébrations publiques qui attirent chaque année des dizaines de Juifs de passage dans la région, Noa informa Rav Hennig qu’elle ne serait pas présente à l’allumage public de la Menorah. Le monastère, expliqua-t-elle avec une pointe de gêne, se trouvait à huit heures de route du Beth Habad, et elle avait prévu de s’y rendre pour participer à une cérémonie importante avec le moine qui dirigeait l’établissement.
« Au début, j’ai essayé de la convaincre de rester avec nous pour ‘Hanouka », raconta plus tard Rav Hennig dans un entretien accordé à Anash.org. « Je lui ai parlé de la signification profonde de cette fête, de l’importance de célébrer ensemble, de la lumière qui dissipe les ténèbres. Mais j’ai vite compris qu’il était inutile d’insister : elle avait pris sa décision, et son cœur était déjà là-bas, au monastère. »
Face à cette réalité, Rav Hennig ne se découragea pas. Fidèle à l’enseignement du Rabbi qui nous enjoint de ne jamais abandonner une âme juive, il changea de tactique : « Alors je lui ai suggéré d’emporter au moins une Menorah avec elle et de l’allumer là-bas. Un Juif, où qu’il se trouve, dans quelque circonstance que ce soit, peut toujours allumer les bougies de ‘Hanouka. La lumière de la Menorah n’a pas de frontières. »
Quelque peu hésitante, ne sachant pas trop comment cette pratique serait perçue dans l’enceinte d’un monastère bouddhiste, Noa finit par accepter. Elle glissa la Menorah dans ses bagages et prit la route vers les montagnes.
Un allumage qui bouleverse le moine
Quand le premier soir de ‘Hanouka arriva, Noa se retira discrètement dans sa chambre au monastère. Elle sortit la Menorah de son sac, la plaça près de la fenêtre comme le veut la tradition, et s’apprêta à accomplir cette Mitsva millénaire, seule, loin de tout autre Juif, dans ce lieu si éloigné de tout ce qui lui était familier.
Cependant, alors qu’elle venait d’allumer la première bougie et que la flamme commençait à danser doucement, la porte de sa chambre s’ouvrit de manière inattendue. Le moine, maître des lieux, entra sans prévenir. Noa se figea, ne sachant quelle réaction attendre de sa part.
À sa grande surprise, le moine resta immobile sur le seuil, comme paralysé. Il observait la scène en silence, visiblement ému par ce qu’il voyait. Ses yeux étaient rivés sur la petite flamme qui brillait dans la pénombre de la chambre, et quelque chose d’indéfinissable passa sur son visage, un mélange de reconnaissance et de nostalgie profonde.
La Menorah devant l’assemblée
Lorsque Noa eut terminé son allumage personnel et récité les bénédictions d’une voix tremblante, le moine s’approcha d’elle avec une demande inattendue. D’une voix douce mais insistante, il lui demanda si elle accepterait d’allumer la Menorah devant tous les participants du programme, dans la grande salle commune du monastère.
Stupéfaite par cette requête venant d’un maître bouddhiste, Noa accepta néanmoins. Elle se retrouva ainsi debout devant une assemblée de méditants et de chercheurs spirituels venus des quatre coins du monde, une Menorah à la main, prête à accomplir publiquement cette Mitsva ancestrale dans l’un des endroits les plus improbables qui soient.
Elle alluma la Menorah avec soin et récita les Berakhot d’une voix claire, les mots hébraïques résonnant étrangement sous les voûtes du monastère. Pendant tout ce temps, le moine était assis à proximité, le visage baigné de larmes. Il pleurait sans retenue, sans chercher à dissimuler son émotion, sous le regard intrigué des autres participants qui ne comprenaient pas ce qui se passait.
Une révélation bouleversante
Une fois l’allumage terminé, dans le silence ému qui suivit, le moine prit la parole. Les larmes coulant toujours sur ses joues, il partagea avec l’assemblée un secret qu’il avait enfoui au plus profond de lui-même depuis des décennies : il était né d’une mère juive en Amérique et, selon la Halakha, il était donc pleinement Juif.
Il raconta comment, à l’âge de 22 ans, tourmenté par des questions existentielles et insatisfait de la vie matérialiste qu’il menait, il avait quitté son foyer américain pour partir en quête de sens. Ses pérégrinations l’avaient finalement conduit en Asie, où il s’était intéressé au bouddhisme. Séduit par cette philosophie, il avait fini par s’installer définitivement au monastère, où il vivait depuis de nombreuses années, gravissant les échelons jusqu’à devenir lui-même un maître respecté.
Pendant toutes ces années, il n’avait jamais oublié ses origines juives, mais il les avait reléguées dans un coin reculé de sa mémoire, convaincu que cette partie de son identité appartenait à un passé révolu. Et voilà que cette jeune femme, venue elle aussi d’Israël en quête de spiritualité, rallumait en lui une flamme qu’il croyait éteinte à jamais.
L’étincelle de la Nechama se réveille
Profondément remuée par cette révélation, Noa mit immédiatement le moine en contact avec Rav Hennig. Les deux hommes s’entretinrent longuement par téléphone, une conversation chargée d’émotion qui marqua le début d’un nouveau chapitre dans la vie de ce Juif égaré.
« Cet allumage de ‘Hanouka a embrasé quelque chose de profond en lui, quelque chose qu’il avait enfoui pendant des décennies », confia Rav Hennig à Anash.org avec émotion. « L’étincelle de sa Nechama juive, qui n’avait jamais cessé de brûler malgré toutes ces années d’éloignement, s’est soudainement réveillée avec une force inouïe. C’est exactement ce que nous enseigne la ‘Hassidout : la Nechama d’un Juif ne peut jamais être complètement éteinte, elle attend simplement qu’on lui donne l’occasion de briller à nouveau. »
Une transformation inattendue pour Noa
L’expérience vécue dans ce monastère affecta profondément Noa également, mais d’une manière qu’elle n’aurait jamais pu anticiper. Ce qu’elle avait cru être son chemin vers la vérité, cette voie bouddhiste qu’elle avait embrassée avec tant de conviction, perdit soudainement tout son attrait à ses yeux.
L’allumage de la Menorah, précisément dans ce lieu dédié à une autre spiritualité, et surtout la réaction du moine découvrant sa propre judéité, laissèrent une empreinte indélébile dans son cœur. Elle comprit, dans un éclair de lucidité, que la vérité qu’elle cherchait si loin était en réalité inscrite dans son propre héritage, dans cette tradition millénaire qu’elle avait délaissée pour explorer d’autres horizons.
Sans hésiter davantage, Noa prit une décision radicale. Elle abandonna tout, quitta le monastère et ses promesses de sérénité orientale, et retourna en Erets Israël avec une détermination nouvelle. Elle était désormais résolue à poursuivre son propre cheminement spirituel, mais cette fois au sein du Yiddishkeit, dans la tradition de ses ancêtres.
Une leçon universelle
Cette histoire extraordinaire, qui ressemble à un conte hassidique des temps modernes, illustre de manière saisissante l’enseignement du Rabbi sur la puissance de chaque Mitsva et sur l’importance de la Cheli’hout.
« La Nechama juive de chaque Yid est là, toujours présente, attendant d’être embrasée, parfois même dans les endroits les plus sombres et les plus éloignés du judaïsme », affirme Rav Hennig en tirant la leçon de cette aventure. « Nous devons simplement faire notre part, tendre la main, proposer une Mitsva, allumer une bougie. On ne sait jamais où cela peut mener, quelles âmes on peut toucher, quels destins on peut transformer. »
Et d’ajouter : « Cette histoire nous rappelle que notre mission n’a pas de limites géographiques ni spirituelles. Même dans un monastère bouddhiste perdu au fin fond de la Chine, la lumière de la Menorah peut briller et réveiller des âmes juives endormies. C’est la force de ‘Hanouka : une petite flamme qui repousse d’immenses ténèbres. »
















