Des forêts de l’Europe occupée par les nazis à la fondation des institutions Habad en Erets Israël, Reb Zoucha Wilmowsky a consacré sa vie à sauver, à bâtir et à inspirer. Quarante ans après sa disparition, son histoire hors du commun demeure un modèle de courage, de détermination, de Hitkachrout inébranlable et de Sim’ha extraordinaire. Retour sur le parcours de celui que le Rabbi appelait affectueusement « mon partisan ».

 

 

 

Une manière de vivre qui inspire encore

Certains hommes laissent derrière eux des institutions. D’autres laissent des récits. Et quelques rares élus laissent une manière d’aborder la vie qui continue d’inspirer longtemps après leur départ.

Reb Zoucha Wilmowsky, affectueusement surnommé dans tout le monde Loubavitch « Zoucha le Partisan », appartenait à cette dernière catégorie.

Sa vie a embrassé deux chapitres radicalement différents de l’histoire juive : la destruction du judaïsme européen pendant la Shoah, puis la reconstruction de la vie juive en Erets Israël. Il a pris part à l’un comme à l’autre.

Jeune homme, il rejoignit les partisans juifs qui luttaient pour leur survie face à l’Allemagne nazie. Après la guerre, il réorienta cette détermination exceptionnelle vers le renforcement de l’éducation juive, le développement des institutions Habad et l’accomplissement des directives du Rabbi.

Son héritage est indissociable de l’essor de Habad en Erets Israël durant ses décennies fondatrices.

Quarante ans après sa disparition, sa vie offre l’exemple saisissant d’un homme qui refusa de voir dans des obstacles apparemment insurmontables une raison de cesser d’œuvrer.

Une jeunesse entre l’étude et la tourmente

Reb Zoucha naquit au foyer de Rav Yossef Its’hak et de la Rabbanit Mariacha Wilmowsky. Son père exerça la fonction de Rav à Izioum avant que la famille ne s’installe en Pologne, où il devint Rav et Av Beth Din de Selets.

Reb Zoucha reçut l’éducation traditionnelle des Yechivot. Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et l’occupation soviétique de l’est de la Pologne, il passa en Lituanie, où il poursuivit ses études à la Yechiva de Baranovitch auprès de Rav El’hanan Wasserman, que D.ieu venge son sang.

Il y étudia aux côtés de Reb David Gershovitz, une amitié qui allait prendre une importance toute particulière pendant la guerre. L’invasion allemande mit brutalement fin à leurs études.

Alors qu’il séjournait dans la bourgade lituanienne de Semilishok, Reb Zoucha apprit de la famille qui l’hébergeait qu’une opération nazie se préparait contre la population juive locale. Plutôt que de fuir sur le champ, il alla, rapporte-t-on, de maison en maison pour avertir les habitants juifs du danger, et ne s’échappa lui-même qu’ensuite.

Dans la forêt, avec les partisans de Bielski

La guerre se poursuivant, Reb Zoucha se retrouva dans le ghetto de Lida, puis dans un camp de travaux forcés des environs. Il y retrouva son ancien compagnon de Yechiva, Reb David Gershovitz. Les deux hommes s’évadèrent en secret et rejoignirent l’unité de partisans juifs commandée par Touvia Bielski.

Les partisans de Bielski se distinguaient par un objectif remarquable : parallèlement à leur résistance armée contre les nazis, ils se consacraient à offrir un refuge aux Juifs qui fuyaient les persécutions. Plus de 1 200 Juifs trouvèrent abri dans cette communauté de la forêt, pour la plupart des femmes, des enfants et des personnes âgées.

Reb Zoucha prit part aux opérations de défense, aux missions de ravitaillement et aux efforts menés pour sauver des Juifs des ghettos. Il pénétrait dans les ghettos et aidait leurs habitants à s’enfuir par les galeries souterraines des égouts.

Il survécut à la guerre, mais en sortit avec des blessures par balles aux jambes, qui nécessitèrent des soins prolongés. Son expérience de partisan allait demeurer une part indélébile de son identité.

De Crémone à Tel Aviv, la découverte de la ‘Hassidout Habad

Après la guerre, Reb Zoucha arriva dans un camp de personnes déplacées à Crémone, en Italie. Il y fit la connaissance de Reb Chnéour Zalman Levin, un ‘Hassid Habad avec lequel il contribua à fonder une synagogue pour les réfugiés juifs. C’est grâce à cette relation que Reb Zoucha se familiarisa de près avec la ‘Hassidout Habad.

À son arrivée en Erets Israël, il entra à la Yechiva A’hei Temimim de Tel Aviv, où il étudia sous la direction du Machpia Reb ‘Haïm Chaoul Brook, bien qu’il fût nettement plus âgé que les autres Ba’hourim.

Toutefois, son action dépassa bientôt de très loin les murs de la Yechiva.

La fondation de la Yechiva de Lod

En 5709 (1949), alors que des familles Habad commençaient à s’établir à Lod, Reb Zoucha joua un rôle central dans la fondation de la Yechiva Tom’hei Temimim de cette ville.

L’institution fut créée pour offrir une éducation ‘hassidique aux enfants des familles Habad, parmi lesquelles des immigrants récemment arrivés d’Union soviétique.

Il en assuma la gestion matérielle et voyagea sans relâche afin de réunir les ressources financières indispensables à sa survie.

Dans une lettre adressée au Rabbi précédent et datée du 11 Elloul 5709 (1949), il rapportait qu’il avait déjà consacré environ huit mois à travailler pour la Yechiva. Le Rabbi précédent lui répondit avant Roch Hachana 5710 (1949), exprimant sa satisfaction devant le dévouement de Reb Zoucha et le succès de son travail.

Mais ses efforts ne faisaient que commencer.

Un bâtisseur du réseau éducatif Habad

Au début des années 1950, Reb Zoucha fut l’un des artisans de la création du Rechet Oholei Yossef Its’hak, le réseau des établissements éducatifs Habad en Erets Israël.

L’initiative naquit d’une correspondance avec le Rabbi, qui encourageait la création d’institutions éducatives fonctionnant dans le cadre de Habad. Reb Zoucha contribua à traduire ces instructions dans la réalité concrète.

En quelques mois, le réseau avait ouvert quatre sections éducatives dispensant un enseignement de Torah l’après-midi. Au début de l’année scolaire 5713 (1952), celles-ci étaient devenues de véritables écoles.

Reb Zoucha dirigea le réseau dans un premier temps, puis continua de siéger au sein de sa direction lorsque Rav David ‘Hanzin en reprit la gestion.

Son engagement s’étendit à la fondation de Nechei Oubnot Habad en Erets Israël et au soutien des activités de Tseirei Agoudat Habad. Il joua également un rôle important dans le développement de Kfar Habad, où il occupa la fonction de secrétaire du comité du village.

Au service des communautés et de chaque famille

Son action ne se limitait pourtant pas au développement des organisations. Des décennies durant, il sillonna Erets Israël, visitant les communautés Habad, les écoles, les institutions et chaque Chalia’h en particulier. Il encourageait les Chlou’him dans leur travail, les aidait à surmonter les difficultés pratiques et entretenait avec le Rabbi une abondante correspondance sur l’évolution de la situation à travers tout le pays.

En 5737 (1977), il fut officiellement nommé à une fonction d’inspection, ce qui donna un cadre plus structuré à ses innombrables déplacements et à ses rapports.

Sa sollicitude s’étendait aux besoins de chaque famille, qu’il s’agisse d’une aide au logement, d’une assistance médicale ou de tout autre soutien concret. Pour Reb Zoucha, renforcer Loubavitch signifiait renforcer à la fois ses institutions et ses hommes.

 

 

Le partisan du Rabbi

En Tichri 5721 (1960), Reb Zoucha se rendit à New York pour passer le mois de Tichri auprès du Rabbi.

Au cours d’un Farbrenguen précédant Roch Hachana, le Rabbi qualifia publiquement Reb Zoucha de partisan.

Le Rabbi expliqua qu’un partisan ne se préoccupe pas de savoir si telle tâche paraît grande ou insignifiante. Sa responsabilité est d’accomplir la mission qui lui a été confiée. Le Rabbi relia cette attitude au travail nécessaire pour faire venir le Machia’h.

Lors de ce même Farbrenguen, le Rabbi demanda à Reb Zoucha de prendre en charge l’organisation de Chiourim pour les Or’him.

Ce nom devint dès lors une part indissociable de son identité. Au fil des années, le Rabbi le désigna affectueusement par les mots « Mein Partisan », mon partisan.

Cette appellation convenait tout particulièrement à sa manière d’agir. Ses activités ne suivaient pas nécessairement les schémas d’organisation conventionnels. Il se rendait partout où une aide était nécessaire, repérait les occasions à saisir, résolvait les problèmes et aidait les autres à faire avancer leur travail.

Il entretenait des liens avec les Mossadot Habad de tout Erets Israël et travaillait en étroite collaboration avec les Chlou’him, les Rabbanim et les dirigeants communautaires.

Des photographies publiées témoignent également de ses relations avec de hauts responsables israéliens, parmi lesquels le président Zalman Chazar, avec qui il travailla sur des dossiers touchant aux institutions Habad.

Le courage qui l’avait jadis soutenu dans les forêts de l’Europe en guerre avait trouvé une expression entièrement différente. Il avait échangé le combat pour la survie physique contre une campagne de toute une vie, vouée à la pérennité du peuple juif.

Une joie et un enthousiasme hors du commun

Il est une autre qualité par laquelle Reb Zoucha était tout particulièrement reconnaissable : son enthousiasme et sa Sim’ha extraordinaires.

Pendant de longues années, il se rendit auprès du Rabbi pour Tichri, devenant une figure familière des Farbrenguens, des Tefilot et des célébrations de Sim’hat Beth Hachoéva de ce mois. On le voyait souvent debout derrière le Rabbi pendant les Farbrenguens, stimulant les chants et insufflant de l’énergie aux ‘Hassidim rassemblés.

Sa participation pleine de fougue à la distribution de Kos Chel Berakha et son dévouement pour les réjouissances de Tichri comptent parmi les traits les plus mémorables de sa personnalité.

L’homme qui avait connu les horreurs de la Shoah est resté dans toutes les mémoires comme celui qui apportait la joie aux autres.

Son dernier Tichri

En Tichri 5747 (1986), Reb Zoucha fit de nouveau le voyage pour passer les Yamim Tovim auprès du Rabbi. Comme les années précédentes, il prit part aux activités et aux célébrations qui se déroulaient autour du 770 Eastern Parkway.

La nuit du deuxième jour de Souccot, il assista aux festivités de Sim’hat Beth Hachoéva à Crown Heights, mais les quitta plus tôt qu’à l’accoutumée.

Reb Zoucha revint au 770 et entra dans la Soucca voisine. Là, il fut soudain pris d’un malaise et rendit son âme. C’était la nuit du 16 Tichri 5747 (1986).

Sa disparition soudaine bouleversa la communauté Loubavitch. Sa Levaya partit du 770 le lendemain, et il fut inhumé à proximité du Ohel.

Le lieu et le moment de son départ furent à l’image de son dévouement de toute une vie envers le Rabbi et de son enthousiasme remarquable durant Tichri.

La vie de Reb Zoucha a été consignée dans une biographie de 384 pages intitulée « The Partisan ». L’ouvrage rassemble des souvenirs, des photographies, des documents et une correspondance qui retracent son action exceptionnelle.