Chaque année, durant le Chabbat qui précède Ticha BeAv, D.ieu accorde à chaque Juif une vision du troisième Temple. Pourquoi cette simple vision aurait-elle le pouvoir de nous transformer, alors que les générations qui ont vécu le premier et le second Temple n’ont pas su se maintenir dans le droit chemin ? Un enseignement bouleversant du Rabbi, fondé sur la célèbre parabole de Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev, apporte la réponse.
Ce cours est fondé sur une note du Rabbi publiée dans le Devar Mal’hout, Parachat Devarim (pages 37 à 42), qui développe l’enseignement de Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev sur la vision du Chabbat ‘Hazon.
Le ciel du Chabbat n’est pas comme les autres
On raconte qu’un jour, le maître du jeune Rabbi Israël de Rouzhin lui enseigna la loi suivante : un Juif qui a perdu le compte des jours, par exemple au cours d’un long voyage, doit compter six jours et faire Chabbat le septième. L’enfant s’étonna : comment est-il seulement possible qu’un Juif ne sache pas quel jour est Chabbat ? Le maître eut beau évoquer une tempête en mer ou un voyage qui fait perdre la notion du temps, l’enfant répondit : « C’est impensable, car pour savoir si l’on est Chabbat, il suffit de regarder le ciel : le ciel du Chabbat est totalement différent de celui des autres jours. »
Cette histoire nous enseigne que les Tsadikim possèdent une vision que l’homme ordinaire peine à percevoir. La ‘Hassidout explique que cette vision dépend d’un travail : celui de raffiner les quarante-neuf aspects négatifs de l’âme animale, sept Midot comprenant chacune sept qualités. Une fois purifiée, l’âme animale devient « âme vitale » et donne accès à la vision du divin. C’est le sens de la parole de l’Admour Hazaken qui, peu avant de quitter ce monde, demanda à son petit-fils ce qu’il voyait. « Je vois la poutre du plafond », répondit celui-ci. « Moi, dit l’Admour Hazaken, je vois la parole de D.ieu qui crée et maintient en vie cette poutre. » Cette transformation totale de l’obscurité en lumière, dont parle la voix qui sortait du palais de Rabbi Chimon bar Yo’haï, n’appartient en vérité qu’à l’Essence divine elle-même.
Une vision donnée à l’âme d’en haut
Durant le Chabbat ‘Hazon, D.ieu donne à chaque Juif de voir le troisième Temple. De quelle vision s’agit-il ? La Guemara raconte que les hommes qui accompagnaient le prophète Daniel furent saisis d’une frayeur immense lors d’un dévoilement, alors qu’eux-mêmes ne voyaient rien : « Eux n’ont pas vu, mais leur Mazal, leur âme d’en haut, a vu. » L’âme juive ne se limite pas à la partie qui s’habille dans le corps pour animer l’intellect, les sentiments et l’action : il existe une dimension de l’âme qui demeure en haut. C’est à cette âme-là que D.ieu montre le Temple, et cette vision rejaillit sur l’âme d’en bas, jusqu’à ce que l’homme puisse, au bout du compte, le voir de ses yeux de chair. Tel est d’ailleurs le but recherché : que cette vision change son comportement, jusqu’à transformer sa nature même, pour que ses pensées, ses paroles et ses actions soient conformes de manière fixe et constante à la volonté de D.ieu.
La parabole des trois vêtements
Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev l’illustrait ainsi : un père offre à son fils un vêtement magnifique, mais l’enfant, inconscient de sa valeur, le néglige et le déchire. Le père lui en offre un second, sans le punir, et l’enfant le déchire encore. Le père fait alors confectionner un troisième vêtement, plus beau encore, mais au lieu de le donner, il le montre de temps en temps à son fils : « Le jour où tu te conduiras bien, il sera à toi. » Ainsi en est-il du troisième Temple, que D.ieu nous montre chaque année en ce Chabbat pour nous inciter à suivre le droit chemin.
Pourquoi un vêtement et non une maison, puisque le Temple est un édifice ? Parce qu’une maison entoure l’homme, mais de loin, tandis que l’habit épouse ses mesures et lui colle, pour ainsi dire, à la peau. De même que le vêtement est composé de plusieurs parties ajustées à l’homme, le Beth Hamikdach possède des mesures précises et plusieurs degrés de sainteté. Et surtout, l’exemple du vêtement exprime une vision qui touche l’homme au plus profond, au plus près de lui-même.
Voir par soi-même ou recevoir la vision de D.ieu
Ici réside le point central de la note du Rabbi. Il existe une différence essentielle, en qualité comme en quantité, entre ce qu’un homme voit par lui-même et ce qu’on lui montre d’en haut. Quand l’homme regarde de ses propres forces, il ne perçoit que ce que ses réceptacles et ses sens lui permettent de saisir : chacun voit selon son regard, et nul ne voit la chose telle qu’elle est réellement, car l’homme est limité. Mais quand c’est D.ieu qui montre, Il fait voir la chose telle qu’elle est véritablement, d’une vision illimitée, sans commune mesure avec ce qu’un homme peut capter.
C’est pourquoi les Juifs du premier et du second Temple, qui se rendaient à Jérusalem, apportaient des sacrifices et contemplaient même les dix miracles du Sanctuaire, n’en furent pas transformés : ils voyaient le Temple, mais de leur propre vision, une vision d’homme, donc limitée. S’ils l’avaient réellement vu, tel qu’il est, ils se seraient conduits comme des Tsadikim. La vision que D.ieu donne du troisième Temple, elle, procède de l’attribut de vérité : elle pénètre l’homme au plus profond de lui-même et possède le pouvoir de le changer de manière durable, éternelle, car seule l’Essence divine peut transformer l’obscurité en lumière.
Pourquoi le Temple est-il montré « de loin » ?
Un détail essentiel demeure : cette vision est donnée Mera’hok, de loin. D.ieu souhaite que chaque Juif ressente que le Temple reste malgré tout éloigné de lui, afin de provoquer en lui un mouvement de Bitoul, de soumission, qui fasse de lui un Keli, un réceptacle. On se souvient de ce ‘Hassid à qui le Rabbi Rachab avait refusé une bénédiction : « Je ne peux rien pour toi. » L’homme sortit en pleurs, et lorsque le frère du Rabbi Rachab le fit rentrer, la bénédiction lui fut accordée. « Pourquoi ne l’as-tu pas béni la première fois ? » demanda le frère. « Parce qu’il n’était pas encore un réceptacle pour recevoir la bénédiction. »
Une inspiration venue d’en haut, si l’homme ne l’intègre pas par son propre travail, finit par s’évaporer : ainsi ces Juifs de Russie qui bravèrent tous les dangers avec un dévouement total, mais qui, une fois arrivés en Amérique et libres de servir D.ieu dans la paix, perdirent cette force de sacrifice et se laissèrent reprendre par leur nature. La vision du Chabbat ‘Hazon exige donc de nous une méditation profonde : ressentir que ce qui nous est montré est encore loin, et tout faire pour nous en rapprocher.
« Vous êtes là, mais vous n’êtes pas là »
Le Rabbi dit un jour aux ‘Hassidim réunis au 770 pendant un Farbrenguen : « Vous êtes là, mais vous n’êtes pas vraiment là. » On peut être présent physiquement sans vivre pleinement le moment. De même, D.ieu nous donne à voir le Temple avec Ses yeux, pour ainsi dire, et c’est à nous de saisir cette vision. Le Rabbi a déclaré : « J’ai fait tout ce qui est en mon pouvoir pour provoquer le dévoilement ; maintenant, c’est à vous d’agir. » Na’hchon ben Aminadav ne s’est pas demandé si le monde était prêt avant de s’élancer dans la mer ; Pin’has n’a pas attendu Moché pour agir ; Avraham s’est tenu seul face au monde entier. Et le Rambam enseigne qu’un seul homme, par un seul acte, peut faire pencher la balance du monde entier vers la délivrance.
Le Rabbi lui-même voyait la venue de Machia’h de ses yeux de chair, comme il le déclara au président d’Israël Zalman Shazar : « Je suis aussi sûr que Machia’h va venir que je suis sûr que vous quitterez cette pièce dans un quart d’heure. » Ce Chabbat ‘Hazon, chacun de nous reçoit une vision divine du troisième Temple. À nous de la méditer profondément, de devenir des réceptacles, et de nous associer à D.ieu pour hâter la délivrance véritable et complète.













