Dans cette lettre, l’Admour Hazaken s’adresse à ses fidèles avec affection : « Mes chers amis, je vous en prie, évitez cette erreur ! Vous qui aimez sincèrement D.ieu et qui travaillez sur vous-mêmes pour vous améliorer ».
Basé sur le Tanya, Iguerot Hakodech, chapitre 24
Un rendez-vous unique avec D.ieu
L’Admour Hazaken explique qu’il ne faut pas gâcher ce moment précieux, pas même une minute. D.ieu a choisi cette heure parmi toutes les heures de la journée pour nous rencontrer. C’est un moment de grâce où Il accepte de Se révéler, de venir dans la synagogue — Son « petit Sanctuaire » — pour être présent parmi nous, Lui qui « demeure avec nous malgré nos imperfections ». Il Se rend accessible à tous ceux qui Le cherchent et qui espèrent en Lui.
Que révèle le bavardage sur nous ?
Quand quelqu’un discute de ses affaires personnelles pendant la prière, il montre clairement qu’il n’a aucun intérêt à percevoir la présence divine. Il se connecte alors aux forces négatives, comme le dit le verset : « L’insensé ne trouve aucun plaisir dans la sagesse. » C’est l’enseignement du Zohar et de Rabbi Isaac Louria.
En d’autres termes, cette personne refuse de contempler la grandeur du Créateur, qui Se dévoile justement à ce moment-là, dans les mondes spirituels comme ici-bas. Car D.ieu Se cache à l’intérieur même des mots de la prière et Se révèle à chacun selon sa capacité de compréhension et la nature de son âme.
Une image parlante
L’Admour Hazaken propose une parabole pour illustrer son propos. Imaginons un roi qui vit habituellement caché dans son palais, protégé par d’innombrables gardes. Des milliers de personnes attendent pendant des années pour l’apercevoir ne serait-ce qu’un instant. Un jour, ce roi décide de se montrer à son peuple. Il fait annoncer dans tout le royaume que chacun peut venir le voir et contempler sa majesté.
Maintenant, imaginons quelqu’un qui se rend à cette audience royale mais qui, une fois devant le roi, lui tourne le dos pour consulter son téléphone ou discuter de ses courses avec son voisin. Tout le monde le regarderait avec stupéfaction. Quel idiot ! Quelle insulte envers le roi !
Non seulement il se ridiculise aux yeux de tous, mais en plus il offense gravement le souverain. Il montre publiquement que la gloire royale ne l’intéresse pas, qu’il préfère ses petites préoccupations quotidiennes. Un tel comportement pourrait même lui coûter la vie.
Le minimum requis
L’Admour Hazaken rappelle que c’est pourquoi nos Sages ont établi qu’il faut prier « comme si l’on se tenait devant un roi ». Même si quelqu’un n’arrive pas à ressentir intérieurement la présence divine, qu’il se comporte au moins extérieurement avec respect, aux yeux de tous. Les prières ont été composées selon ce principe. Celui qui ignore cette règle met son âme en danger. Le Zohar est très sévère à ce sujet : « Il traite l’ordre divin avec mépris, manifeste la rupture avec D.ieu, et perd sa connexion avec le D.ieu d’Israël. » Que D.ieu nous en préserve !
La règle concrète
L’Admour Hazaken établit donc, au nom de nos Maîtres, cette règle pour tous : aucune conversation inutile n’est permise depuis le début de la prière jusqu’à la fin du dernier Kaddish — matin, après-midi ou soir.
Celui qui a transgressé cette règle volontairement devra s’asseoir à terre et demander à trois personnes de lui accorder l’annulation de l’excommunication céleste. Il sera alors pardonné, et aucune sanction n’aura réellement pesé sur lui. Car cette mesure ne vise que les rebelles qui ne cherchent jamais à se faire pardonner pour cette faute grave.
L’Admour Hazaken précise un point important : « tout cela ne concerne que celui qui parle délibérément, avec désinvolture. Mais si quelques mots échappent à quelqu’un par inadvertance ou par oubli, aucune procédure n’est nécessaire. Car D.ieu connaît nos intentions profondes. »
« Que l’Éternel accorde le bien à ceux qui sont bons et à ceux dont le cœur est sincère. »
Conclusion
À travers cette lettre, l’Admour Hazaken nous transmet un message fondamental qui reste d’une actualité frappante. Dans un monde où nous sommes constamment sollicités par mille distractions, le moment de la prière représente une parenthèse sacrée, une opportunité unique de connexion avec le Divin.
Le message central est simple mais profond : la prière n’est pas une simple formalité religieuse, c’est une audience avec le Roi des rois. Chaque mot prononcé est un canal par lequel D.ieu Se révèle à nous, selon notre capacité à Le recevoir. Gaspiller ce moment en bavardages, c’est non seulement manquer une occasion extraordinaire, mais aussi faire preuve d’un manque de respect envers Celui qui nous accorde ce privilège.
L’Admour Hazaken fait cependant preuve d’une grande bienveillance. Il distingue clairement entre celui qui faute par négligence délibérée et celui qui laisse échapper quelques mots par inadvertance. Cette nuance témoigne d’une compréhension profonde de la nature humaine : D.ieu ne nous demande pas la perfection, mais la sincérité du cœur.
En définitive, cette lettre nous invite à reconsidérer notre rapport à la prière. Plutôt que de la voir comme une obligation routinière, nous pouvons la percevoir comme ce qu’elle est vraiment : un rendez-vous quotidien avec l’Infini, un moment où le Créateur de l’univers Se rend accessible à chacun d’entre nous. À nous de saisir cette opportunité avec la dignité et le respect qu’elle mérite.









