Depuis début mai, les États-Unis conduisent en secret une vaste opération de transferts pétroliers en haute mer destinée à contourner la fermeture du détroit d’Ormuz imposée par l’Iran, selon une enquête publiée ce mardi par l’agence Reuters. À la même heure, le président Donald Trump, depuis le sommet du G7, mêlait avertissements nucléaires et louanges surprenantes à l’adresse de Téhéran. Entre guerre de l’ombre dans le Golfe et calculs diplomatiques ambivalents, l’Amérique livre une bataille sur plusieurs fronts face à la crise iranienne.

 

 

 

Une opération clandestine au large du détroit d’Ormuz

L’agence Reuters a révélé ce mardi que les États-Unis mènent depuis le début du mois de mai une opération clandestine de grande envergure, destinée à maintenir le flux de pétrole en provenance des pays du Golfe vers les marchés internationaux — en recourant précisément aux méthodes habituellement associées à l’Iran. L’armée américaine supervise ainsi des dizaines de transferts de pétrole entre pétroliers en pleine mer, hors des eaux du détroit d’Ormuz, à l’aide de drones maritimes et aériens, d’hélicoptères et de multiples équipements de surveillance. Ces convois sont escortés jusqu’à des points de rendez-vous au large de Fujairah, aux Émirats arabes unis, et du port de Sohar, en Oman.

Quatre-vingt-douze navires et des procédures hors normes

D’après les données de suivi satellitaire examinées dans le cadre de l’enquête, au moins 92 navires ont participé à l’opération depuis son lancement début mai. Le 11 juin, pas moins de 17 paires de navires procédaient simultanément à des transferts de pétrole en mer. L’enquête relève en outre qu’un hélicoptère Apache américain, abattu par l’Iran le 9 juin — événement qui a déclenché par la suite des frappes de représailles américaines —, participait à une mission liée à cette opération, bien que son rôle précis dans les transferts pétroliers n’ait pu être établi avec certitude.

Les pétroliers engagés dans ce dispositif naviguent selon des procédures inhabituelles : ils maintiennent des intervalles réguliers, désactivent leurs transpondeurs d’identification et éteignent leurs feux lors du transit dans la zone. Une fois sortis du détroit, ils s’amarrent à de gigantesques navires-citernes auxquels ils transfèrent leur cargaison sur une durée de vingt-quatre à quarante heures.

Quatre-vingt-dix millions de barils, mais une goutte dans l’océan

Reuters estime qu’au moins 90 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers ont transité via ce réseau maritime depuis début mai. Ce volume reste pourtant bien inférieur au trafic habituel à travers le détroit d’Ormuz avant la crise, qui s’établissait à environ 20 millions de barils par jour — soit environ un cinquième de la consommation pétrolière mondiale. Cette opération a été mise sur pied pour faire face à la fermeture du détroit par l’Iran à la suite de la guerre irano-israélienne, une décision aux répercussions considérables sur les marchés énergétiques mondiaux.

Risques réels et limites du dispositif

Des responsables de la sécurité et des professionnels du secteur maritime tirent la sonnette d’alarme : si cette stratégie permet de maintenir une partie des exportations pétrolières, elle comporte des risques considérables. La désactivation des transpondeurs et la navigation nocturne sans éclairage augmentent significativement le danger de collisions en mer, tandis que la menace d’attaques iraniennes contre les navires participants demeure une préoccupation constante.

Selon les sources, les États-Unis ne fournissent pas d’escorte navale directe, mais apportent renseignements, surveillance aérienne et vérifications de conformité. Tout navire souhaitant intégrer le dispositif doit au préalable obtenir un agrément auprès de la Marine américaine à Bahreïn, à l’issue d’un processus d’approbation rigoureux.

Trump au G7 : entre menaces et concessions

Tandis que des membres de son administration ont reconnu que l’accord conclu avec l’Iran est moins contraignant que celui signé sous Obama, le président Donald Trump a tenté mardi, en marge du G7, d’afficher sa fermeté vis-à-vis de Téhéran, en affirmant que l’Iran ne parviendrait pas à se doter d’une arme nucléaire. « Marco Rubio m’a dit que les Iraniens n’obtiendraient pas d’arme nucléaire. S’ils en obtiennent une, c’est tout l’enfer qui va s’abattre sur eux », a-t-il lancé — tout en louant dans le même temps le mémorandum d’entente, qu’il a qualifié d’« accord équitable ».

Le président américain a par ailleurs semblé adopter un ton conciliant à l’égard du régime des ayatollahs, affirmant que « le changement de régime en Iran n’a jamais été l’objectif, mais si cela arrive — cela arrive », avant d’ajouter que les Iraniens « se comportent désormais de manière rationnelle ».

Netanyahou, la Syrie et le «parti de D.ieu»

Lorsqu’on lui a demandé si l’accord avec l’Iran survivrait à une éventuelle offensive israélienne au Liban, Trump a répondu : « Bibi doit être plus responsable. Je vois cela comme la petite guerre ; l’Iran était la grande histoire. » Il a néanmoins précisé ne pas être « déçu par Netanyahou ».

C’est cependant une déclaration pour le moins inhabituelle qui a le plus retenu l’attention des observateurs : « Si Israël ne peut pas faire le travail sans tuer tout le monde, c’est la Syrie qui devrait s’occuper du parti de D.ieu. » Une formule lapidaire qui, en suggérant de confier à Damas la gestion de la menace du parti de D.ieu, ouvre une perspective stratégique aussi inédite que vertigineuse.

Des éloges chaleureux pour le Qatar

En marge du sommet, Trump a réservé ses éloges les plus chaleureux au Qatar. « Travailler avec les Qatariens a été un plaisir, ils ont été forts », a-t-il déclaré à l’émir. Il a souligné que le Qatar, pays géographiquement le plus proche de l’Iran, est aussi le plus exposé à ses dangers, avant de rendre hommage à son rôle dans les négociations : « Vous avez fait preuve de courage, et je vous en remercie. »