Par Ma’hlouf Belhamou

 

Le premier Maître du hassidisme, Rabbi Israel Baal Chem Tov, avait coutume de dire que de chaque événement que l’homme juif voit ou entend, il doit en tirer une leçon dans son rapport au divin. En d’autres termes l’événement se déroulant devant moi ne peut jamais être considéré comme entièrement extérieur à moi, il est le miroir non seulement d’un rapport à moi-même et aux autres mais plus fondamentalement, d’un rapport à ce qui fait que j’existe et dans notre cas que nous existons ensemble, car jamais, les humains, devant se séparer les un des autres par les corps ne se sont sentis si proches par les cœurs.

En ce sens la période que nous traversons doit elle aussi nous inviter à méditer sur le sens des évènements.

Dans un premier temps, reprenons le cours des évènements. Personne ne sait véritablement comment tout cela à commencé, mais tenons-nous-en à ce que nous avons tous entendu, à savoir qu’un virus serait passé du règne animal au règne humain en y provoquant des dommages importants. Il ne s’agit pas ici de nous inscrire dans un discours moralisateur ou anti-darwinien, mais de constater simplement, que ce petit virus issu propre au règne animal, convie l’homme à repenser la singularité de de l’humanité au cœur de l’existence.

Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, notamment concernant la conscience humaine, unique en son genre, concernant le langage humain, unique en son genre, mais puisque notre réflexion porte sur ce qui distingue l’homme de l’animal, contentons-nous d’un ou deux aspects qui nous permettrons de mieux penser notre humanité, et pour le juif, le propre de sa judéité, et finalement de mieux accepter ce privilège existentiel qu’est celui d’être né homme.

Commençons par une question. Pourquoi l’abeille « sait » dès la naissance quel sera rôle dans au sein de l’esseim ?

S’il existe un apprentissage chez les animaux, pour autant, un chat qui serait éduqué parmi des chiens ne pourra jamais avoir un comportement général de chien. Ce qui fait le propre de l’animal, c’est que chaque espèce reste irrémédiablement figée dans une identité spécifique immuable, de laquelle dérivent les comportements des individus composant l’espèce. Qu’en est-il de l’humanité ?

Il a été question d’un patient zéro. La stupidité logique de l’expression (le premier contaminé devrait être le patient un), nous invite pourtant par sa rhétorique à mieux penser l’humain. Si l’animal est déterminé par une identité spécifique, le propre de l’homme serait l’identité zéro. L’homme doit tout apprendre car rien en lui n’est figé, mais plus encore, il en est conscient.

Le propre de l’homme serait donc aussi de pouvoir prendre acte de cette spécifié et de cet avantage sur la création de n’avoir point d’identité figée, et que son identité consiste précisément en cela.

Ainsi le patient zéro nous invite à penser que la confusion animal-homme fait perdre à l’humain sa « zéro-ïté ». En ce sens, les scientifique qui ont forgés cette expression, ont à leur insu donné une ouverture sur une réflexion sur le propre de l’homme, en ce sens que nous pouvons tous retrouver l’état zéro à partir duquel tout peut renaître.

C’est en ce sens que la Bible nous enseigne que l’homme fût créé à l’image de D.ieu. Si D.ieu n’a pas d’image, c’est que l’image de D.ieu est l’image de la non image, qui se révèlera pleinement, au moment du don de la Torah au peuple juif, pour lequel le non enfermement identitaire ne sera dès lors plus une acquisition supplémentaires par la conscience qu’on en a, mais deviendra leur vie elle même et ce sans quoi la vie n’est plus vie.

Puisse l’humanité profiter de ces heures de confinement pour méditer sur le sens profond de ce qu’elle est et parvenir à s’y confiner pour toujours, car c’est là qu’elle y trouvera sa liberté.