Les treize attributs de miséricorde sont les treize expressions par lesquelles Moché implora le Saint béni soit-Il après la faute du Veau d’or. La ‘Hassidout enseignent qu’ils constituent des révélations situées au-dessus de l’enchaînement des mondes et même au-dessus du nom Havayah. Nommés aussi les treize Tikouné Dikna, ils rayonnent durant le mois d’Elloul et se dévoilent pleinement le jour de Kippour.

 

 

 

Les treize attributs de miséricorde sont les treize Midot par lesquelles Moché s’adressa au Saint béni soit-Il à la suite de la faute du Veau d’or. La Kabbale et la ‘Hassidout expliquent que ces treize attributs sont des révélations, des hamchakhot, qui se situent au-dessus de l’enchaînement des mondes, la Hichtalchelout, et plus haut encore que le nom Havayah. On les désigne également sous le nom des treize Mekhilin de-Ra’hamei, ainsi que sous celui des treize Tikouné Dikna, les treize rectifications de la « barbe ». À ces attributs correspondent les treize règles herméneutiques par lesquelles la Torah se laisse interpréter.

Leur signification

Les treize attributs de miséricorde illuminent le mois d’Elloul et se révèlent le jour de Kippour.

L’attraction des treize attributs de miséricorde depuis la ‘Hokhma Setima’a, la sagesse cachée, ne s’opère que selon le mode des treize Tikouné Dikna. Il en va comme d’une image : les cheveux n’ont aucune commune mesure ni relation avec l’intellect, les mo’hin, qui réside dans la tête, et la vitalité essentielle de cet intellect ne se diffuse nullement en eux ; seul un rayonnement restreint se prolonge dans les cheveux, afin qu’ils gardent une attache avec les mo’hin. De la même manière, l’attraction du rayonnement issu de la ‘Hokhma Setima’a, destinée à faire advenir les treize attributs de miséricorde qui sont la source des mondes, les mondes d’Abya (Atsilout, Beria, Yetsira et Assia), ne se réalise qu’au moyen de Tsimtsoumim intenses, de puissantes contractions.

Les treize attributs de miséricorde sont des miséricordes immenses et sans limite ; et pourtant ils portent le nom de Midot, car ils se déploient selon le mode de la limite.

Les douze tribus, jointes à la tribu de Lévi, forment un ensemble de treize qui correspond aux treize attributs de miséricorde. De même, les treize règles par lesquelles la Torah s’interprète leur font écho.

Ainsi encore la chochana, la rose, possède treize pétales : c’est pourquoi l’Assemblée d’Israël, la Knesset Israël, lui est comparée.

Les treize attributs

Les treize attributs sont ceux que mentionnent les versets du livre de Chemot (34, 6-7) : « Havayah passa devant lui et proclama : Havayah, Havayah, D.ieu clément et compatissant, lent à la colère, plein de bonté et de vérité, conservant sa bonté pour des milliers de générations, supportant la faute, la transgression et le péché, et absolvant. » Les treize attributs se comptent depuis le premier nom Havayah jusqu’au mot venake, « et absolvant ».

Leur division en treize se fait ainsi :

  1. Kel 
  2. Ra’houm 
  3. Vé’hanoun 
  4. Erekh 
  5. Apayim 
  6. VeRav ‘Hessed 
  7. VeEmet 
  8. Notser ‘Hessed 
  9. LaAlafim 
  10. Nosseh Avon 
  11. VaFécha 
  12. Ve’Hataa 
  13. VeNaké

Lorsque Moché notre maître voulut faire descendre les treize attributs de miséricorde, il est écrit : « Je te placerai dans la fente du rocher », nikrat hatsour. Ce rocher désigne le Rocher suprême, source et racine de tout ce qui vient à l’existence, selon le verset : « Regardez vers le rocher d’où vous avez été taillés. » Il est appelé tsour à l’image de la pierre à feu, le silex que l’on frappe pour en faire jaillir l’étincelle : l’élément du feu y est présent en puissance et à l’état caché, non révélé en acte.

Les huit premières rectifications relèvent du mode environnant, celui des makifim, et c’est de là que procèdent les huit « princes d’Adam », les nessikhei Adam.

L’origine du nombre treize

Le Ets ‘Haïm enseigne que, dans l’aspect extérieur de la couronne, le Kéter, se trouvent une lumière intérieure, appelée Arikh Anpin, et une lumière environnante. Dans la lumière environnante elle-même se distinguent trois degrés superposés, qui sont trois noms Havayah, soit douze lettres ; jointes à leur principe d’ensemble, elles forment le nombre treize.

Plus précisément, cette lumière environnante se subdivise en trois enveloppes superposées : dans Mo’ha Setima’a rayonne le nom Ma »H ; au-dessus d’elle se trouve Avir, où rayonne le nom Sa »G ; et plus haut encore Goulgolta, où rayonne le nom A »V. Dans chacune de ces trois enveloppes se retrouvent les trois aspects, que l’on nomme les trois Havayot : la lumière intérieure, la lumière environnante, et la lumière qui les enveloppe l’une et l’autre pareillement ; jointes au nom lui-même, A »V, Sa »G ou Ma »H, elles composent treize aspects dans chacune des trois enveloppes.

Les treize attributs de miséricorde sont les treize aspects de l’enveloppe la plus élevée, la Goulgolta.

Les treize attributs de Mikha

Outre les treize attributs de miséricorde énoncés par Moché, il existe treize attributs proclamés par le prophète Mikha, dans son livre au chapitre 7, versets 18 à 20. Leur division en treize suit cet ordre : Mi Kel kamokha ; Nosseh Avon ; VeOver al Pécha ; LiCheérit Na’halato ; Lo He’hézik LaAd Apo ; Ki ‘Hafets ‘Hessed Hou ; Yachouv Yera’hamenou ; Yikhboch Avonoténou ; VeTachlikh biMtsoulot Yam kol ‘Hatotam ; Titen Emet leYaakov ; ‘Hessed leAvraham ; Acher Nichbata laAvoténou ; Miymei Kédem.

Lors du Tachlikh, on récite les treize attributs de Mikha en dirigeant l’intention vers les treize attributs de miséricorde énoncés par Moché.

Leur portée est expliquée ainsi : les treize attributs prononcés par Mikha relèvent de l’Atik et se situent plus haut que ceux qu’énonça Moché. Car Moché fit descendre ces attributs en bas, dans Zeir Anpin, pour la vie de ce monde-ci dont il avait alors besoin. C’est ce que suggère le récit : le Saint béni soit-Il dit à Moché « Et maintenant, laisse-Moi, que Ma colère s’enflamme », et à son sujet il est écrit « il s’inclina jusqu’à terre et se prosterna », la prosternation étant précisément l’acte de faire descendre la lumière ici-bas. Les treize attributs de Mikha, en revanche, sont les treize attributs d’Arikh Anpin, destinés à la vie des âmes, qui est la vie de la divinité.

Les deux noms Havayah

En préambule aux treize attributs, le verset fait apparaître deux fois le nom Havayah, séparés par une pause de cantillation, comme l’enseigne le Zohar : « pessik ta’ama begavayhou », l’accent marque une coupure entre eux. La différence entre les deux noms est la suivante : le premier est le nom Havayah d’en haut, le nom Havayah tel qu’il est dans la lumière de l’Ein Sof, l’Infini, avant le Tsimtsoum ; le second est le nom Havayah tel qu’il rayonne dans la lumière du Kav, le trait. La coupure signalée par « pessik ta’ama begavayhou » correspond à l’interruption du Tsimtsoum entre la lumière de l’Ein Sof et la lumière du Kav.

Le premier nom Havayah est la révélation de la lumière suprême qui transcende l’enchaînement des mondes ; il est la volonté supérieure, le Ratson Elyon, et c’est là le sens de « Son grand Nom », dans la formule « que Son grand Nom soit béni ». Le second nom Havayah est le nom tel qu’il opère au sein de la Hichtalchelout : la lettre youd y correspond à la ‘Hokhma, la lettre hé à la Bina, et ainsi de suite. C’est à ce nom que peut s’appliquer une atteinte, une peguima, comme on le dit dans la lecture du Chema au coucher : « si j’ai porté atteinte à la lettre youd… ». Ce nom rayonnera dans le monde à venir, lorsque se produira une révélation issue d’un lieu plus élevé encore ; il est évoqué dans le verset « Havayah sera pour moi un Elokim », signifiant que le nom Havayah qui éclaire aujourd’hui grâce à la Torah ne sera plus, dans le futur, que comme le nom Elokim en regard du nom Havayah qui, lui, brillera dans le monde à venir.

Telle est la « lumière de Havayah », cette lumière qui, au-dessus de l’ordre de l’enchaînement des mondes, rayonne à l’intérieur du nom Havayah.

Il est encore expliqué que le premier nom Havayah correspond aux rectifications du sommet de la tête, à l’image du tsits, le frontal, qui relève du « désir de tous les désirs », ra’ava dekhol ra’avin, tandis que le second nom Havayah correspond aux péot, les tempes.

Ce second nom est le nom Havayah qui éclaire en notre temps, attiré et dévoilé dans le monde par le don de la Torah, le Matan Torah : ce fut alors une révélation d’une tout autre ampleur que l’illumination divine du temps des Patriarches, les Avot, avant le Matan Torah. Car du temps des Patriarches seul rayonnait le nom Cha-daï, ainsi qu’il est écrit : « Je suis apparu à Avraham, à Its’hak et à Yaakov comme Kel Cha-daï, mais sous Mon nom Havayah Je ne Me suis pas fait connaître d’eux. »

Le nom Cha-daï est une lumière contractée et limitée. Nos Sages l’expliquent : « Cha-daï », c’est Celui qui a dit à son monde « assez », daï, autrement dit, les limites imposées aux créatures du monde proviennent du nom Cha-daï, situé tout en bas par rapport au nom Havayah, sans limite, qui commença de rayonner à partir du don de la Torah.

Le premier Tikoun, Kel

Du premier Tikoun, la rectification de « Kel », procèdent les mondes de Biya (Beria, Yetsira et Assia). C’est ce qu’enseigne l’Idra Rabba à propos des « trois mondes qui émanent de la première rectification ». Cela semble une grande énigme : comment un tel écart de niveau serait-il possible, depuis l’aspect des treize Tikouné Dikna d’Arikh Anpin jusqu’au monde d’Atsilout, et de là jusqu’à l’émanation des trois mondes de Biya ? La réponse tient précisément à ceci : pour que la lumière descende si bas, jusqu’aux mondes de Biya, il faut qu’elle provienne du lieu le plus élevé, car c’est par l’intensité même de son élévation qu’elle peut s’abaisser davantage. Tel est le sens de « Mi Kel kamokha », « qui est un D.ieu tel que Toi », capable de s’abaisser jusqu’aux degrés les plus infimes.

L’attraction du Tikoun Kel vers les mondes de Biya s’opère par trois noms : Kel Cha-daï, Kel Havayah et Kel Adnout. Le nom Kel Cha-daï attire depuis le Tikoun Kel vers le monde de Beria, le nom Kel Havayah vers le monde de Yetsira, et le nom Kel Adnout vers le monde d’Assia.

Selon le Michnat ‘Hassidim, « Kel », « Mi Kel kamokha », se situe dans les cheveux voisins des oreilles.

Le septième Tikoun, VeEmet

La septième des treize Tikouné Dikna est la rectification de « VeEmet », « et vérité », qui est le septième attribut énoncé par Moché. Sa portée est la suivante : dans cette septième rectification, la lumière de la ‘Hokhma Setima’a se dévoile et se déploie sans passer par le voile de la contraction propre au mode des cheveux. C’est ce qu’enseigne l’Idra : « la septième rectification, là où la chevelure s’interrompt et où apparaissent deux pommes… ainsi qu’il est écrit : dans la lumière de la face du Roi est la vie ». L’expression « la chevelure s’interrompt », pessik saara, évoque le visage, sur lequel ne pousse aucun poil : d’où le nom de « VeEmet », qui désigne la révélation de la vérité telle qu’elle est en elle-même, seule et sans rien d’autre à ses côtés. Cela n’a lieu que dans la seule rectification de « VeEmet », et non dans les autres : car même si celles-ci sont les attributs les plus élevés, dès lors qu’elles se rattachent à l’aspect des mondes, ne s’y révèle pas l’essence même de la ‘Hokhma Setima’a telle qu’elle est en soi, leur attraction ne se faisant que par le mode des cheveux.

Les Mazalot Notser et VeNake

Le huitième Mazal, celui de « Notser ‘Hessed », et le treizième, celui de « VeNake », sont les sources de la ‘Hokhma et de la Bina du monde d’Atsilout. La Sefira de ‘Hokhma d’Atsilout, appelée Abba Ila’a, le « père supérieur », puise au Mazal Notser, tandis que la Sefira de Bina, appelée Ima Ila’a, la « mère supérieure », puise au Mazal VeNake. Car le Mazal Notser est la racine de toutes les « eaux masculines », les mayin doukhrin, et le Mazal VeNake la racine de toutes les « eaux féminines », les mayin noukvin.

Au sujet du Mazal Notser, racine d’Abba Ila’a, il est expliqué que « Notser » se compose des mêmes lettres que « tsinor », le canal, et que « ratson », la volonté. Et « Notser ‘Hessed » est la source de la ‘Hokhma, car « ‘Hessed » a pour valeur numérique soixante-douze en guématria, à l’image du nom A »V qui relève lui aussi de la ‘Hokhma. On enseigne de même que « la sagesse se trouve à partir du néant » : la source de la Sefira de ‘Hokhma est le Ayin, le néant, c’est-à-dire la Sefira de Kéter qui est l’aspect de la volonté. Ce rayonnement n’est qu’une attraction restreinte, semblable au filet d’eau qui s’écoule à travers un canal.

Le neuvième Tikoun, LaAlafim

La neuvième des treize attributs de miséricorde est la rectification de « LaAlafim », dont la portée relève de la lumière intérieure, l’Or Pnimi. Les huit premières rectifications relèvent de la lumière environnante, l’Or Makif, et c’est pourquoi elles sont la racine des huit princes d’Adam. La rectification de « LaAlafim », elle, correspond à « Je t’enseignerai la sagesse, Je t’enseignerai le discernement », aalefkha ‘Hokhma, aalefkha Bina : Abba et Ima puisent aux deux Mazalot d’Arikh Anpin, et cette « tétée » relève de la lumière intérieure. C’est pourquoi la lettre alef a pour forme un youd en haut, un youd en bas et un vav au milieu, car l’attraction dans l’intériorité s’accomplit par le moyen de la contraction.