Le port du Tsitsit est l’une des commandements (Mitsvot) les plus emblématiques du judaïsme, servant de rappel constant des préceptes divins. Cependant, son application pratique soulève des questions complexes : une couverture est-elle soumise à cette obligation ? Peut-on réciter la bénédiction en pleine nuit ? Le cours du Rabbin Moshe Mordechai Ginsburg apporte des éclaircissements essentiels sur ces points techniques et spirituels.
Rav Moché Morde’haï Ginsburg – Ramat Shlomo
1. La dualité du temps et du vêtement : Le conflit Halakhique
L’obligation du Tsitsit est liée à la vision, comme le stipule le verset : « Vous le verrez » (Nombres 15:39). Cette précision a engendré deux grandes écoles de pensée dans la loi juive concernant l’exemption nocturne :
L’approche du Rambam (Maïmonide) : Pour lui, l’obligation dépend du moment. Le jour est le temps du Tsitsit ; la nuit est un temps d’exemption. Ainsi, même un vêtement de jour porté la nuit serait exempté.
L’approche du Rosh (Rabbenou Asher) : Pour lui, tout dépend de la nature du vêtement. Un vêtement conçu pour être porté le jour reste soumis à l’obligation, même si on le porte en pleine nuit. À l’inverse, un pyjama (vêtement de nuit) serait exempté même s’il est porté en plein jour.
La pratique actuelle : Dans le doute, nous suivons une approche de rigueur pour l’action mais de prudence pour la parole. On porte le Tsitsit sur les deux types de vêtements, mais on ne récite la bénédiction que lorsqu’il y a consensus (un vêtement de jour porté de jour).
2. Le rituel du matin : L’usage Chabad
Pour résoudre les doutes liés à la bénédiction du matin, la coutume Hassidique (notamment Habad) consiste à changer de Tallit Katan (le petit châle de prière porté sous la chemise) après l’aube. En revêtant un nouveau vêtement propre au jour, on peut réciter la bénédiction en toute validité, couvrant ainsi par intention celui que l’on portait durant le sommeil.
3. Quand commence la journée ?
La bénédiction ne peut être dite que lorsqu’il fait suffisamment jour. Le critère halakhique est le moment dit de « Michéyakir » : l’instant où la lumière naturelle permet de distinguer le fil d’azur (Tekhelet) du fil blanc.
En pratique, cela correspond environ à 50 minutes avant le lever du soleil (certaines opinions vont jusqu’à 35 minutes).
4. Couvertures et parures : Qu’est-ce qu’un « vêtement » ?
Le cours précise que l’obligation ne s’applique qu’aux vêtements que l’on « revêt » (Derekh Levicha).
Draps et couvertures : Bien qu’ils possèdent quatre coins, ils sont généralement exemptés car ils servent à couvrir et non à être portés comme un habit.
Astuce halakhique : Pour lever tout doute sur une couverture en laine (matériau particulièrement soumis à la loi), il est d’usage d’en arrondir un des coins, car un vêtement n’est soumis au Tsitsit que s’il possède quatre coins « angles droits ».
5. L’importance de l’intention (Kavana)
La loi fait une distinction fascinante basée sur l’intention de celui qui porte l’habit :
Le marchand : Un vendeur qui enfile un Tallit uniquement pour montrer la taille ou la qualité à un client est exempté de Tsitsit. Son acte n’est pas considéré comme une « lévicha » (port d’habit) car il n’en tire aucun profit corporel (chaleur ou protection).
La fraude douanière : À l’inverse, si quelqu’un porte plusieurs vêtements à quatre coins uniquement pour passer la douane sans payer de taxes (en les faisant passer pour ses habits personnels), il devient immédiatement redevable de la Mitsva. Pourquoi ? Parce qu’il tire un profit direct (économique) du fait de porter ces habits.













