La connaissance de D.ieu par l’étude et la compréhension personnelle, plutôt que par simple tradition, constitue l’essence de l’enseignement de Rabbi Shimon. Sa célèbre déclaration « Be’had ktira itkatarana » (Dans un nœud unique je suis attaché) offre une vision profonde de la relation entre l’homme et son Créateur, pertinente pour chaque juif aujourd’hui.
La foi par tradition ou par connaissance ?
Dans les cercles hassidiques, on raconte une anecdote révélatrice : lorsque le Gabbaï annonce l’heure exacte du molad (apparition de la nouvelle lune) avant le nouveau mois, tous les fidèles s’empressent de l’entendre avec précision. Pourtant, connaître l’heure du molad n’est qu’une coutume mentionnée dans les livres de prière, et non un commandement fondamental.
À plus forte raison devrions-nous être méticuleux dans l’accomplissement du commandement explicite de la Torah : « Tu sauras aujourd’hui et tu imprimeras dans ton cœur que l’Éternel est D.ieu » (Deutéronome 4:39). Cette connaissance ne doit pas se limiter à une simple affirmation verbale, mais doit s’ancrer profondément dans notre être.
Comme l’écrit Maïmonide dans le Guide des Égarés : « La foi n’est pas ce qui est dit par la bouche, mais ce qui est conçu dans l’âme, lorsqu’on croit que ce qui est conçu est tel qu’on l’a conçu. »
L’annulation du décret de séparation
Le Midrash explique qu’avant le don de la Torah, un « décret » séparait les mondes célestes et terrestres : « Les cieux sont les cieux de l’Éternel, mais la terre, Il l’a donnée aux fils de l’homme. » Lors du don de la Torah, ce décret fut annulé permettant deux mouvements : « les êtres d’en bas monteront vers ceux d’en haut, et ceux d’en haut descendront vers ceux d’en bas. »
Ce double mouvement représente deux formes de connexion spirituelle : d’une part, la révélation divine descendant vers l’homme (la foi reçue), et d’autre part, l’effort humain pour s’élever vers la compréhension divine (la foi acquise par connaissance).
Bien que la révélation au Sinaï commença par la « descente » divine (« Et l’Éternel descendit sur le mont Sinaï »), le but ultime est que « les êtres d’en bas montent » – que l’homme élève sa conscience jusqu’à comprendre et ressentir la présence divine par son propre effort.
« Be’had ktira itkatarana » – L’union parfaite avec D.ieu
Rabbi Shimon bar Yochaï déclara le jour de son départ de ce monde : « Be’had ktira itkatarana bei bekoudsha Bri’h hou… bei ahida, bei lehita, bei itdebakat » – « Dans un nœud unique je suis attaché au Saint, béni soit-Il… en Lui je suis uni, en Lui j’arde, en Lui je m’attache. »
Cette expression mystique révèle le niveau spirituel extraordinaire atteint par Rabbi Shimon : il ne se percevait pas comme une entité séparée de D.ieu, mais comme étant constamment dans Sa présence, uni à Lui.
Le Rabbi de Loubavitch enseignait que ce message devait être transmis même aux enfants lors des rassemblements de Lag BaOmer, car cette notion d’unité avec D.ieu est fondamentalement accessible à chaque âme juive, à son niveau.
La place intérieure de l’homme
Un niggun (mélodie) hassidique exprime poignamment le défi spirituel : « On mange – ça se mange, on boit – ça se boit, mais que faire quand ça ne prie pas ? »
Le hassid se lamente : pourquoi les actes physiques comme manger et boire se produisent-ils naturellement, sans effort, alors que la prière nécessite toujours un effort conscient ? Pourquoi doit-il constamment « sortir de lui-même » pour se connecter à D.ieu ?
La réponse se trouve dans la compréhension de notre véritable « place » intérieure. Tant que l’homme se perçoit comme séparé de D.ieu, il doit faire un effort pour « se déplacer » vers Lui. Mais lorsqu’il reconnaît que sa véritable essence est spirituelle, que sa « place » naturelle est auprès de D.ieu, alors la connexion divine devient sa seconde nature.
Le trésor caché dans chaque cœur
L’Admour Hazaken écrit dans le Tanya (chapitre 42) : « Comme un homme cherche un trésor caché dans les profondeurs de la terre et creuse après lui avec un grand effort, ainsi faut-il creuser avec un immense effort pour révéler le trésor de la crainte du ciel caché dans la compréhension du cœur de chaque Juif. »
Ce « trésor » n’est pas quelque chose d’extérieur à nous, mais notre essence véritable qui attend d’être découverte. Le service de D.ieu n’est pas la création d’une nouvelle réalité, mais la révélation de notre nature profonde, comme l’artisan qui polit une peau grossière pour révéler le parchemin fin qui s’y cache.
En étudiant la dimension intérieure de la Torah, particulièrement les enseignements de Rabbi Shimon bar Yochaï, nous acquérons progressivement cette conscience que le psalmiste exprime par « En l’Éternel mon âme se glorifiera » – une connexion si naturelle avec D.ieu qu’elle devient notre état d’être, plutôt qu’un effort extérieur.
Ainsi, même des concepts mystiques comme « Be’had ktira itkatarana » deviennent accessibles à chacun d’entre nous, à notre niveau, nous guidant vers une foi vécue et incarnée plutôt qu’une simple tradition héritée de nos pères.















