Dans la nuit du mercredi 30 avril 2026, une vague de drones russes s’est abattue sur Odessa, visant au cœur même de la communauté juive locale : l’école Or Avner de Habad-Loubavitch a subi un impact direct qui l’a rendue inutilisable, tandis que l’orphelinat adjacent Michpa’ha Ukraine, qui héberge 124 enfants, a été sévèrement endommagé par le souffle des explosions. 

 

 

Une nuit de terreur sur le port de la mer Noire

Les alertes aériennes résonnaient une fois de plus dans les rues d’Odessa lorsque, dans la nuit du 30 avril au 1er mai 2026, une salve massive de drones russes s’est abattue sur la ville portuaire du bord de la mer Noire. Cette vague faisait partie d’une offensive d’une ampleur considérable : selon l’agence AP, pas moins de 210 drones avaient été lancés dans la nuit du jeudi, avant qu’une nouvelle salve de plus de 400 appareils ne soit tirée dans la matinée du vendredi. L’attaque a blessé au moins dix-huit personnes dans la ville, endommagé des immeubles résidentiels et touché des infrastructures portuaires. Mais c’est au cœur du quartier juif qu’elle a laissé ses traces les plus douloureuses, frappant deux institutions qui incarnent depuis des décennies la résilience de la communauté israélite de la cité.

Odessa subit des bombardements quasi quotidiens depuis l’invasion russe de février 2022. Sirènes, missiles, drones-kamikazes de type Shahed d’origine iranienne — la population a appris à vivre sous la menace permanente. Pourtant, chaque attaque continue d’ébranler les consciences, surtout lorsqu’elle touche des lieux de vie et d’enseignement pour les enfants.

L’école Or Avner frappée de plein fouet

L’école juive Or Avner, gérée par le mouvement Habad-Loubavitch sous la direction du Rav Avraham Wolff et de son épouse Chaya, a reçu un impact direct lors de cette attaque nocturne. Le bâtiment, qui accueillait depuis de nombreuses années des enfants juifs — y compris des orphelins et des réfugiés de diverses régions d’Ukraine —, a été rendu totalement inutilisable. Salles de classe dévastées, fenêtres soufflées, mobilier détruit : l’ampleur des dégâts a contraint les responsables à prendre des décisions immédiates pour assurer la continuité de l’enseignement.

Le Rav Wolff a décrit avec une sobriété saisissante le moment de l’impact : « Nous avions à peine eu le temps de fermer la porte que la gigantesque explosion a retenti. Elle a fait trembler toute la rue. » Cette fraction de seconde entre la mise à l’abri des enfants et la déflagration a, selon lui, tout changé : « Nous avons immédiatement compris que juste à côté de nous, il y avait eu un impact direct et fatal. La rapidité avec laquelle nous avons agi était, cette fois plus que jamais, une question de vie ou de mort. »

Le Grand Rabbin d’Ukraine, Mochè Azman, a salué sur le réseau social X le courage et le sang-froid des éducateurs et des grands élèves, qui ont permis de mettre à l’abri les plus jeunes enfants avant que le drame ne se consomme.

L’orphelinat Michpa’ha Ukraine : 124 enfants arrachés au danger

À quelques mètres seulement de l’école, l’orphelinat Michpa’ha Ukraine, qui abrite 124 enfants, a lui aussi subi les conséquences des explosions voisines. Vitres brisées, châssis de fenêtres arrachés, mobilier endommagé : les dégâts matériels sont importants, mais c’est bien un miracle humain qui retient toute l’attention. Le personnel de l’établissement a réussi, dans un réflexe collectif remarquable, à conduire tous les enfants — y compris les plus jeunes — vers les abris avant que l’onde de choc ne traverse les murs.

« À peine avions-nous entendu la sirène que nous avons réveillé les grands », a raconté le Rav Wolff. « Le personnel et les plus âgés ont aidé à réveiller les petits et les ont portés jusqu’à l’abri. » Ce récit, aussi simple qu’il paraisse, cache une chaîne humaine extraordinaire : dans l’obscurité, sous la menace imminente, des adolescents sont devenus les gardiens de leurs cadets, chacun prenant soin de l’autre avant de penser à lui-même.

Chaya Wolff, qui supervise le réseau scolaire local de Habad, a immédiatement pris les mesures nécessaires pour assurer une continuité pédagogique. Les élèves du lycée ont été temporairement transférés dans les locaux de l’école primaire, s’installant dans des couloirs et des abris aménagés à la hâte. « C’est une situation très difficile », a-t-elle confié. « Les adolescents s’assoient dans des salles de classe conçues pour de jeunes enfants, dans des couloirs et des abris qui ont été adaptés ce matin même pour accueillir également les lycéens. Ce n’est pas facile. Mais là où il y a de la place dans le cœur, il y a de la place dans les classes. »

La communauté juive d’Odessa : une histoire blessée, une foi intacte

L’attaque de cette nuit n’est pas la première à meurtrir la communauté juive d’Odessa depuis le début de la guerre. En 2023, les bureaux d’Hillel International dans la ville avaient été touchés par un missile. En août 2025, la synagogue historique Na’hlas Eliezer, construite en 1898, avait été sérieusement endommagée par un drone-kamikaze russe dans le quartier de Peresyp. À chaque fois, la communauté s’est relevée, a reconstruit, et a refusé de céder à la désolation.

Odessa fut jadis l’une des plus grandes et des plus vibrantes communautés juives d’Europe de l’Est. Avant les bouleversements du XXe siècle, les Juifs représentaient environ un tiers de la population de la ville, soit quelque 600 000 personnes. Aujourd’hui, selon les estimations de l’Institut de politique juive, la population juive d’Ukraine dans son ensemble est d’environ 32 000 personnes — un chiffre qui témoigne des tragédies accumulées de l’histoire, depuis les pogroms jusqu’à la Shoah, et désormais jusqu’à cette guerre.

C’est dans ce contexte de mémoire et de persévérance que le Rav Wolff a trouvé ses mots : « Nous avons déjà reconstruit par le passé. Nous reconstruirons encore. » Puis, invitant chacun à puiser dans ses réserves les plus profondes, il a ajouté : « Nous demeurons convaincus que des jours meilleurs viendront. D’ici là, et bien longtemps après que la paix sera revenue, nous continuerons notre mission avec confiance et joie. »

Une mission éducative maintenue envers et contre tout

Au lendemain de l’attaque, alors que les équipes déblayaient les gravats et évaluaient l’étendue des dégâts, la priorité absolue restait celle des enfants. Chaya Wolff l’a formulé avec une clarté désarmante : « Les enfants sont notre priorité absolue. Avant toute chose, nous veillons à ce qu’ils se sentent en sécurité. Qu’ils sachent que quelqu’un les aime, que quelqu’un prend soin d’eux, que quelqu’un ne les abandonnera pas. »

Le Rav Wolff a pour sa part insisté sur la nécessité d’un soutien global à la communauté : « Nous sommes concentrés sur le soutien émotionnel, matériel et spirituel de chaque membre de notre communauté. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour remonter le moral des gens, et en particulier pour prendre soin des enfants des orphelinats Michpa’ha Ukraine. » Cette détermination à conjuguer le secours immédiat et l’horizon à long terme résume bien l’esprit qui anime ces Chlou’him de Habad au service d’une communauté en temps de guerre.

Si les drones russes ont pu détruire des murs et briser des vitres, ils n’ont pas entamé l’essentiel : la volonté de ces éducateurs, de ces enfants, de cette communauté, de continuer à apprendre, à enseigner et à vivre debout, au nom d’un avenir qu’ils s’obstinent à croire possible.