La mère du Rabbi a quitté ce monde à l’âge de 85 ans en 1964/ 5725 après avoir vécu les 17 dernières années de sa vie auprès de son fils en Amérique, tel le Patriarche Ya’akov en Egypte, avec son fils Yossef. L’évènement eut lieu le 6 tichri, dans l’après-midi du chabat (Té)chouva, à l’heure de « min’ha –מנחה », la prière de l’après-midi. Ce chabat se situe dans la période des 10 jours de Téchouva, entre les fêtes de Roch Hachana et Kippour.

 

L’enseignement du Rabbi sur Rachi, dont l’épine dorsale sera l’Enfant de 5 ans, démarrera quelques semaines après l’évènement, quasiment au terme du mois de deuil de sa mère, lors du dernier chabat de ce mois, à la section hebdomadaire Noa’h, le 4 ‘hechvan.

Les toutes premières interventions de cette année-là ont d’ailleurs été publiées en addenda du Likouté Si’hot, dans le tome 5, avec une mention explicite visant à dédicacer ces enseignements à l’élévation de l’âme de sa mère. Ainsi est-il mentionné : « […] ‘Hana fille de […] R. Méïr Chélomo – חנה בת […] ר’ מאיר שלמה … ».

Une mention dont on ne manquera pas de faire remarquer au passage que l’acronyme forme le chiffre 5 en hébreu soit le terme : «‘hamech – חמש». ‘Hana fille de R. Méïr Chélomo -חנה בת ר’ מאיר שלמה.

Le lien entre les deux évènements n’est sans doute pas anodin, en particulier chez un Rabbi dont la vie et l’enseignement sont précis à l’extrême.

A l’évidence, la mère est très présente dans l’univers de l’Enfant de 5 ans, elle y joue un rôle capital. De fait, pour appuyer cette constatation si toutefois cela était nécessaire, dans la Genèse, Rachi souligne que dans l’ordre naturel des choses, tant qu’un homme a sa mère, il reste attaché à elle.

Il est normal que ce lien existe bien plus fortement ancré chez un enfant que chez un adulte. De même, voici les propos du Rabbi lors d’une réunion ‘hassidique à l’occasion de la fête de Chavou’ot en 1954/5714 : «Quand l’enfant est encore tout petit, il est présent à la maison en permanence, et même par la suite quand il a grandi et qu’il va au ‘héder, il demeure une grande partie de son temps à la maison avec sa mère».

Ou encore lors d’un discours (adressé aux femmes et aux filles ‘Habad, le 26 éloul 5745, le Rabbi déclare : « Ainsi constatons-nous que l’essentiel de l’éducation des petits enfants (n’)est (pas tant entre les mains du père, du grand frère ou de l’enseignant du ‘héder, mais) entre les mains de la mère ainsi que de la grande soeur, qui quant à elle se prépare à ce même rôle primordial, quand elle aura le mérite à son tour d’être “l’essentielle de la maison” dans son foyer personnel ».

Cette raison suffit déjà, mais à y réfléchir, malgré la place de sa mère, il n’en reste pas moins qu’un processus s’est enclenché dans l’univers de cet enfant, réalité qui va prendre de l’ampleur au fur et à mesure de sa vie.

En effet, en entrant au ‘héder, à l’âge de 5 ans, l’enfant commence à quitter, pour la première fois, l’univers de la maison où il grandit, pour le monde de l’Etude dans lequel, désormais, il se retrouve confié aux mains d’un enseignant – le Mélamed.

Comme à la naissance, l’enfant vit à nouveau une sorte de séparation vis-à-vis de sa mère, la personne qui a joué, et qui joue jusque-là, le rôle majeur dans son éducation.

Loin d’être négatif, l’éloignement s’appréhende comme une élévation et la distance comme la possibilité de grandir. Désormais s’offrent à cet enfant sortant de son cocon de nouveaux horizons, qui lui permettront de révéler les talents de sa personnalité.

Cette expérience de la séparation physique qui traverse la naissance, l’école et finalement la mort, est sans doute le point commun auquel le Rabbi choisit donc tout naturellement de rendre hommage.

Il semble que le départ de la Rabbanit ‘Hanna soit perçu par le Rabbi comme l’opportunité d’explorer de nouvelles dimensions dans la première étude que tout un chacun aborde à l’entrée du ‘héder, celle qui s’opère avec le Commentaire de Rachi sur la Tora. La boucle est bouclée, ou presque…

Pour couronner le tout, il faut enfin remarquer que la mère accompagne l’Enfant de 5 ans au ‘héder et que par ce mérite, selon le traité Kidouchin 29b, elle accède par ce biais à la vie éternelle.

Extrait du livre de Daniel TOLEDANO « Cinq ans, savoir étudier le Commentaire de Rachi sur la Tora » publié aux éditions Kehot – France

 

 

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