Dans un enseignement profond sur Pessa’h explore la relation entre la foi (émouna) et l’intellect à travers le symbolisme de la Matsa. Cet enseignement s’inscrit dans la tradition de la pensée ‘hassidique, qui cherche à éclairer les dimensions spirituelles des Mitsvot et à révéler comment les rituels pratiques reflètent des réalités métaphysiques profondes.

 

Au commencement, il s’agit d’expliquer qu’il existe deux aspects de la Matsa :

  1. La Matsa comme commandement divin – Nous mangeons la Matsa simplement parce que D.ieu nous l’a ordonné, sans lien avec une raison historique.
  2. La Matsa commémorative – Nous mangeons la Matsa « parce que la pâte de nos ancêtres n’a pas eu le temps de lever », comme l’explique Rabban Gamliel dans la Haggada.

Cette dualité sert de point de départ pour une réflexion plus large sur les différentes dimensions de la foi.

Les trois niveaux de la foi illustrés par la relation père-enfant

Pour expliquer les différents niveaux de foi, on utilise l’analogie de la relation entre un père et son enfant à différents stades de développement :

1. La foi du nourrisson – La foi pré-intellectuelle

Le nourrisson est attaché à son père d’une manière qui précède toute compréhension intellectuelle. Le bébé ne reconnaît pas encore son père et n’a aucune compréhension de ce que le père fait pour lui. Ce lien est pré-intellectuel mais, paradoxalement, reflète un attachement essentiel qui transcende l’intellect.

En termes kabbalistiques, cet état est appelé « katnout mo’hin d’Abba » (l’état restreint de l’intellect paternel). Bien que cette connexion soit sous-intellectuelle, elle reflète en fait un lien supra-intellectuel dans sa pureté, car elle n’est pas limitée par les constructions mentales.

2. La foi basée sur la raison – La foi intellectuelle

L’enfant plus âgé qui base sa relation avec son père sur des raisons intellectuelles – « mon père est bon pour moi, il me soutient, il m’éduque » – possède ce qu’on appelle « mo’hin d’Ima » (l’intellect maternel). Sa connexion est fondée sur la compréhension et l’appréciation rationnelles des bienfaits que lui procure son père.

Paradoxalement, cette compréhension intellectuelle peut masquer la connexion essentielle et supra-intellectuelle qui existe naturellement entre le père et l’enfant. La relation devient conditionnelle et définie par ce que le père fait plutôt que par qui il est fondamentalement par rapport à l’enfant.

3. La foi supra-intellectuelle consciente – La foi mature

Le niveau le plus élevé est atteint lorsque l’adulte mature reconnaît intellectuellement que sa relation avec son père transcende l’intellect. Il comprend que le lien père-fils est essentiel et indépendant de tout calcul rationnel. Même si le comportement du père peut sembler ne pas mériter de respect ou d’amour selon un raisonnement superficiel, le fils comprend que le lien essentiel demeure et transcende ces considérations.

En termes kabbalistiques, c’est appelé « gadlout mo’hin d’Abba » (l’état développé de l’intellect paternel), où l’intellect lui-même reconnaît ses propres limites et s’incline devant une vérité plus élevée.

Les dimensions kabbalistiques : ‘Ho’hma et Bina

Cette compréhension s’approfondit en faisant référence aux concepts kabbalistiques de ‘Ho’hma (sagesse) et Bina (compréhension) :

  • Bina (associée à la mère/Ima) représente l’analyse, la compréhension détaillée, l’élaboration intellectuelle.
  • ‘Ho’hma (associée au père/Abba) représente l’intuition fulgurante, le point de sagesse qui précède l’analyse, et la capacité à transcender le raisonnement analytique.

L’enfant qui comprend son père uniquement à travers des raisons intellectuelles utilise principalement Bina (mo’hin d’Ima). L’adulte qui reconnaît le lien transcendant avec son père utilise ‘Ho’hma dans sa forme développée (gadlout mo’hin d’Abba) – la capacité de comprendre intellectuellement ce qui transcende l’intellect.

Le nourrisson, quant à lui, manifeste une forme restreinte de cette connexion (‘katnout mo’hin d’Abba’) – non pas parce qu’il comprend la transcendance, mais parce qu’il n’a pas encore d’intellect qui puisse s’interposer.

Application à la foi en D.ieu

Cette analogie se transpose ensuite à notre relation avec D.ieu, en distinguant deux niveaux de foi :

1. La foi en D.ieu comme « memalé kol almin » (celui qui remplit tous les mondes)

Cette foi reconnaît D.ieu comme le créateur et le gestionnaire du monde, comme celui qui maintient l’existence et supervise toutes les créatures. Cette croyance est accessible à l’intellect humain et correspond à une compréhension naturelle – tout comme on peut comprendre qu’un bâtiment magnifique nécessite un architecte et un constructeur.

Cette connaissance n’est pas véritablement de la « foi » car elle est accessible à la raison humaine. Même de nombreuses nations non-juives peuvent accéder à ce niveau de compréhension. C’est comparable à « croire » que 2+2=4 – ce n’est pas vraiment une question de foi, mais simplement de logique.

2. La foi en D.ieu comme « sovev kol almin » (celui qui transcende tous les mondes)

La véritable foi concerne la reconnaissance que D.ieu transcende complètement nos catégories de pensée et d’existence. Il est au-delà même du concept de sagesse (‘Ho’hma) le plus élevé. Il n’est pas seulement que nous ne pouvons pas le comprendre – il est totalement en dehors du domaine de la compréhension possible.

D.ieu est tellement au-delà de l’intellect qu’on ne peut même pas dire qu’on ne peut pas le comprendre – car cela impliquerait encore qu’il existe dans le domaine de ce qui pourrait potentiellement être compris. C’est comme dire qu’on ne peut pas toucher la sagesse avec ses mains – cette affirmation est absurde car la sagesse n’appartient pas du tout au domaine du tangible.

Cette foi transcendante est unique au peuple juif et constitue le lien essentiel entre le Juif et D.ieu – une connexion qui dépasse toute raison et tout calcul.

La Matsa et les niveaux de foi

Revenant au thème initial de la Matsa, nous pouvons maintenant comprendre ses deux dimensions à la lumière de ces niveaux de foi :

  • La Matsa comme commandement divin simple représente notre relation supra-intellectuelle avec D.ieu (sovev kol almin) – nous l’observons simplement parce que c’est la volonté divine, transcendant toute explication rationnelle.
  • La Matsa comme commémoration historique (« car la pâte n’a pas eu le temps de lever ») représente notre relation intellectuelle avec D.ieu (memalé kol almin) – nous comprenons la raison historique et apprécions comment D.ieu interagit avec l’histoire humaine.

Conclusion

Le message profond de cet enseignement est que la foi authentique d’un Juif n’est pas simplement une croyance intellectuelle en D.ieu comme créateur et superviseur du monde – cette « foi » est accessible à l’intellect de tous les êtres humains. La véritable foi juive est la reconnaissance d’un lien essentiel avec D.ieu qui transcende complètement les catégories de l’intellect.