Un bras de fer sans précédent oppose le ministre israélien de l’Éducation, Yoav Kish, aux conseillers juridiques de son propre ministère autour d’une directive garantissant aux élèves le droit de mettre les Tefilines dans les écoles publiques. Les juristes conditionnent la mesure à la création simultanée, dans chaque établissement concerné, d’espaces de prière réservés aux cultes musulman et chrétien. Le ministre a rejeté cette exigence avec fermeté, et le dossier semble désormais promis à un affrontement devant la Cour suprême.

 

 

 

La polémique autour de la mise des Tefilines dans les écoles israéliennes atteint son point d’ébullition. Après une année scolaire marquée par plusieurs incidents retentissants — des directeurs et des enseignantes s’étant opposés à des élèves souhaitant accomplir cette Mitsva —, le ministre de l’Éducation Yoav Kish conduit une démarche spectaculaire : la modification de la circulaire du directeur général du ministère, afin de transformer la possibilité de mettre les Tefilines en une obligation clairement définie au sein du système éducatif.

L’affaire trouve son origine dans une série d’événements qui avaient choqué l’opinion publique. En février 2025, une vidéo tournée au lycée « Ohel Chem » de Ramat Gan avait montré le directeur de l’établissement confisquant une paire de Tefilines que des élèves avaient achetée de leurs propres deniers pour la mettre à tour de rôle pendant les récréations. Le scandale avait poussé le ministre Kish à réagir publiquement, affirmant que tant qu’il dirigerait le ministère de l’Éducation, le droit de mettre les Tefilines serait préservé dans chaque école d’Israël. En juin 2025, il annonçait officiellement l’élaboration d’une circulaire ministérielle dédiée à ce sujet.

L’exigence des juristes : un espace de prière pour chaque religion

Mais au moment même où la réglementation devait être signée, une opposition inattendue a surgi de l’intérieur : celle du conseil juridique du ministère de l’Éducation, qui pose une condition provoquant une véritable tempête. Selon les juristes, pour satisfaire au principe d’égalité dans un État démocratique, il serait impossible d’autoriser un espace dédié à la mise des Tefilines pour les seuls élèves juifs. Ils exigent en conséquence que dans chaque école où un tel espace serait aménagé, soient également créés un espace réservé à la prière musulmane — une sorte de « mini-mosquée » — ainsi qu’un espace consacré à la prière chrétienne, une « mini-église ».

Le ministre Yoav Kish a rejeté cette demande d’un revers de main, dans une déclaration sans ambiguïté :

« Dans l’État d’Israël, l’État juif et démocratique, un élève ne doit pas avoir peur de mettre les Tefilines. Il ne sera ni puni ni réprimandé pour avoir demandé à accomplir cette Mitsva. »

Cette position s’inscrit dans la droite ligne du programme « Chorachim » (« Racines »), le plan national pour l’identité juive et sioniste dans le système éducatif que le ministre a présenté devant la sous-commission parlementaire consacrée à la pensée juive, présidée par la députée Galit Distel-Atbaryan. Yoav Kish y avait déclaré que le système éducatif, sous sa direction, « replace l’identité juive et sioniste au centre », et que la mise des Tefilines en constitue une partie intégrante.

Ce que prévoit la nouvelle réglementation

Malgré l’opposition juridique, le ministre est déterminé à faire entrer la directive en vigueur dès la prochaine année scolaire. Selon le projet de circulaire en cours d’élaboration, les directions d’établissements seront tenues d’organiser un espace respectueux et des conditions appropriées pour les élèves souhaitant mettre les Tefilines. Afin de ne pas porter atteinte à la continuité pédagogique, la mise des Tefilines s’effectuera à des horaires définis à l’avance, comme les récréations, et non sur le temps des cours. Enfin, la démarche devra se dérouler dans le respect du fonctionnement normal de l’école, sans engendrer de contrainte ni de perturbation pour l’ensemble des élèves.

Cette clarification réglementaire répond à un vide juridique de longue date : la question de la pratique religieuse individuelle dans les écoles publiques israéliennes n’avait jamais été formellement encadrée, laissant chaque directeur d’établissement trancher au cas par cas — avec les frictions que l’on a connues cette année.

 

Le Mivtsa Tefilines : l’héritage du Rabbi depuis 1967

Pour comprendre la portée profonde de ce débat, il faut remonter près de soixante ans en arrière. À la veille de la guerre des Six Jours, en Iyar 5727 (mai-juin 1967), alors que le peuple juif retenait son souffle face aux armées arabes massées aux frontières d’Israël, le Rabbi de Loubavitch lançait depuis Brooklyn une campagne qui allait transformer le paysage juif mondial : le Mivtsa Tefilines. Le Rabbi s’appuyait sur l’enseignement du Talmud (traité Berakhot 6a) selon lequel les Tefilines de la tête inspirent la crainte aux ennemis d’Israël, comme il est écrit : « Tous les peuples de la terre verront que le Nom de D.ieu est proclamé sur toi, et ils te craindront. » Mettre les Tefilines, expliquait le Rabbi, constitue une protection spirituelle pour chaque Juif et pour la terre d’Israël tout entière.

Première des dix grandes campagnes de Mitsvot lancées par le Rabbi, le Mivtsa Tefilines connut un essor foudroyant. Au lendemain de la victoire miraculeuse et de la libération du Kotel, les ‘Hassidim de Habad-Loubavitch dressèrent près du Mur occidental des tables de Tefilines qui ne désemplissent pas depuis : des millions de Juifs — soldats de Tsahal, visiteurs, jeunes et moins jeunes — y ont accompli cette Mitsva, souvent pour la première fois de leur vie. De New York à Paris, de Tel-Aviv à Bangkok, les Chlou’him du Rabbi proposent quotidiennement, dans la rue, dans les aéroports et sur les campus, à chaque Juif de mettre les Tefilines, faisant de cette campagne l’une des entreprises spirituelles les plus vastes de l’histoire juive moderne.

Le Rabbi insistait particulièrement sur l’importance de cette Mitsva pour la jeunesse : chaque garçon dès sa Bar Mitsva est concerné, et c’est précisément dans le cadre scolaire que beaucoup de jeunes Israéliens découvrent aujourd’hui les Tefilines, souvent grâce à un camarade de classe. C’est dire combien la question soulevée par le ministre Kish touche au cœur même de l’œuvre du Rabbi : garantir que nul jeune Juif ne soit empêché — et encore moins réprimandé — pour avoir voulu attacher sur son bras et sur sa tête le signe de l’alliance entre D.ieu et Son peuple.

Vers un recours devant la Cour suprême ?

Dans les milieux politiques et éducatifs, on estime que le combat est loin d’être terminé. Le ministre Kish a déclaré qu’il était prêt à aller « jusqu’au bout » avec cette décision, quitte à provoquer une collision frontale avec le conseil juridique et à voir le dossier porté devant la Cour suprême de justice. La question centrale qui demeure ouverte est de savoir si les juges du Bagatz contraindront les écoles à ériger des espaces de prière pour les trois religions comme condition préalable pour permettre à des élèves juifs de mettre les Tefilines pendant la récréation.

Une chose est certaine : à quelques semaines de la rentrée scolaire, ce dossier cristallise l’un des débats les plus sensibles de la société israélienne — l’équilibre entre le caractère juif de l’État et ses principes démocratiques. Et pour des milliers d’élèves à travers le pays, la réponse déterminera très concrètement s’ils pourront, ou non, mettre les Tefilines entre deux cours, poursuivant ainsi l’appel lancé par le Rabbi il y a près de six décennies.

Puisse le Mivtsa Tefilines, lancé par le Rabbi en 1967, continuer à se répandre librement dans toutes les écoles d’Israël, et hâter la venue de Machia’h et la Rédemption véritable et complète.