Barou’h Dayan Haemet. C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès à Nice, en France, de la Chli’ha dévouée, émissaire en Tunisie, la Rabbanite Ra’hel Pinson, de mémoire bénie, épouse du célèbre Chalia’h, le Rav Nissan Pinson, de mémoire bénie, et pilier de la Chli’hout Habad en Afrique du Nord. Elle s’est éteinte le mardi soir 17 Chevat 5786, à l’âge de 102 ans.
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Une enfance forgée dans l’épreuve et la Messirout Nefech
Née à Léningrad en 1923, la Rabbanite Pinson grandit dans la Russie stalinienne, à une époque où la pratique du judaïsme était considérée comme un crime. Elle était la fille du Rav Its’hak Raskin, que D.ieu venge son sang, et de Madame Tsivia. Son père était Cho’het et ‘Hassid respecté, qui risquait sa vie pour maintenir l’observance de la Torah sous la persécution communiste. Leur foyer, situé près de la Grande Synagogue, servait de refuge aux Juifs en quête de nourriture cachère, d’hébergement et de force spirituelle.
Parmi ceux qui trouvèrent refuge dans leur maison se trouvait le Rav El’hanan Morozov, secrétaire du Rabbi précédent, le Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn. Le Rav Morozov et sa famille y vécurent cachés pendant sept ans, un acte de courage qui entraîna finalement de tragiques conséquences. En 1933, alors qu’elle n’était qu’une jeune fille, le Rav Raskin et le Rav Morozov furent arrêtés puis exécutés. Les dernières paroles de son père, l’exhortant à un dévouement indéfectible envers la Torah, devinrent le fil conducteur de toute sa vie.
La fuite et les années de guerre
La famille quitta Léningrad juste avant le siège nazi, s’échappant par ce qui serait plus tard connu comme le dernier train à quitter la ville. Ils endurèrent la guerre, la famine et l’errance à travers le Kazakhstan et l’Asie centrale. La Rabbanite Pinson perdit sa grand-mère puis sa mère durant ces années terribles, mais continua d’avancer avec une détermination inébranlable.
En 1946, elle épousa le Rav Nissan Pinson, lui aussi survivant de la persécution soviétique, qui avait étudié dans une Yechiva clandestine et l’avait ensuite dirigée aux côtés du Rav Mendel Futerfas. Ce Chidou’h fut initié par le légendaire Machpia, le Rav Nissan Nemanov, et le mariage fut financé par la tante de la mariée, surnommée « Moumé Sarah ».
Le début de la Chli’hout en Afrique du Nord
Après la Seconde Guerre mondiale, les Pinson s’enfuirent clandestinement du pays et se dirigèrent vers la France, s’installant finalement à Brunoy. Ils préparèrent leurs documents d’immigration pour les États-Unis, mais mirent leurs projets en suspens lorsque le Rabbi leur demanda en 1952 d’assister les Chlou’him Habad-Loubavitch qui développaient des opportunités éducatives pour la communauté juive du Maroc.
Au Maroc, le Rav Pinson dirigea la Yechiva Oholei Yossef Its’hak de Casablanca. La Rabbanite fut une partenaire centrale dans la construction d’un vaste réseau d’institutions pendant de nombreuses années au Maroc.
En 1959, ils s’installèrent à Djerba, en Tunisie, où on leur demanda d’établir un système scolaire juif basé sur celui que Loubavitch avait créé au Maroc. Sous la direction du Rav Binyamin Gorodetsky, les activités Loubavitch étaient déjà en cours en Tunisie depuis sept ans, mais avec les Pinson, le groupe consolida l’intérêt grandissant pour une éducation juive plus substantielle en une véritable école.
Bâtir une infrastructure juive en Tunisie
En Tunisie, la Rabbanite Pinson joua un rôle central dans la construction de l’infrastructure juive à partir de rien. Aux côtés de son mari, elle contribua à établir des écoles, un Mikvé et des institutions communautaires, dont Or HaTorah et plus tard le lycée Oholei Yossef Its’hak. Ce qui commença avec seulement 33 élèves atteignit finalement plus de 300.
La Rabbanite Pinson prit une part particulièrement active dans l’établissement des institutions éducatives pour les filles et dans la création de structures d’enseignement de la Torah qui formèrent des générations de familles observant la Torah et les Mitsvot, dans l’esprit de la ‘Hassidout Habad. Parallèlement, elle fut d’une grande aide pour les femmes de la communauté, par ses conseils, ses recommandations et son assistance pratique, avec modestie et sans recherche de publicité.
Partout où ils allaient, la Rabbanite se tenait aux côtés de son mari dans la Chli’hout, portant le fardeau quotidien de l’établissement des institutions, de l’éducation des enfants et des jeunes, de l’accueil des élèves, de l’aide aux familles et de l’hospitalité envers d’innombrables invités. Leur maison était grande ouverte, un foyer ‘hassidique chaleureux où se mêlaient simplicité, dévouement et noblesse. De nombreux anciens élèves des institutions de Tunis et de Djerba se souviennent encore aujourd’hui de sa figure lumineuse, de son attention personnelle, de sa parole bienveillante et de son regard attentif et maternel.
Des années marquées par le danger et le sacrifice
Leurs années en Tunisie furent marquées par le danger et le sacrifice. Les émeutes antijuives, la surveillance gouvernementale, les restrictions de voyage et les menaces constantes faisaient partie de la vie quotidienne. Le Rav Pinson fut faussement accusé d’espionnage, leurs communications étaient surveillées, et parfois des gardes armés étaient nécessaires pour protéger l’école et la synagogue.
« Emporte cette sérénité avec toi » : le témoignage bouleversant de la Rabbanite
La Rabbanite Pinson raconta elle-même cette période avec des mots qui témoignent de sa foi inébranlable :
« La situation à Tunis était terrible. C’était une période de troubles, il y avait des émeutes, des tirs dans les rues… Nous vivions dans une peur constante. La tension était insupportable.
C’est dans cet état d’esprit, brisée et angoissée, que je suis partie pour New York pour voir le Rabbi.
Je suis arrivée au « 770 » et le moment est venu pour mon audience privée (Yé’hidout). Je me tenais devant la porte. Dès que je suis entrée dans la chambre du Rabbi et que la porte s’est refermée derrière moi… tout a changé.
J’ai ressenti soudainement une « Rouhigkeit » (un calme absolu, une sérénité). C’était une sensation physique. Toute la peur, toute l’angoisse que j’avais accumulée pendant des mois, tout cela a disparu instantanément. Je me sentais complètement en sécurité, apaisée, comme si rien de mauvais ne pouvait exister.
Le Rabbi m’a regardée et m’a demandé : « Quelles sont les nouvelles de Tunis ? Comment est la situation là-bas ? »
J’ai essayé de répondre, de raconter les problèmes, mais je n’y arrivais pas. Dans cette atmosphère de sainteté et de paix, je ne pouvais pas ressentir le mal. Alors j’ai dit au Rabbi : « Rabbi, ici, tout va bien. Je ne ressens plus la peur. Je voudrais vous demander une chose : permettez-moi de prendre cette atmosphère, ce calme qui règne ici, de le mettre dans ma valise et de le ramener avec moi à Tunis. »
Le Rabbi a souri et m’a répondu : « Tu n’as pas besoin de le mettre dans ta valise. C’est pour cela que tu y retournes. Tu vas emporter cette sérénité avec toi, mais ce n’est pas seulement pour toi. Tu dois la transmettre aux autres. »
Et c’est exactement ce qui s’est passé. Quand je suis revenue à Tunis, la situation était toujours difficile dehors. Mais les gens, les femmes de la communauté, venaient me voir chez moi. Elles s’asseyaient dans mon salon et me disaient : « Madame Pinson, nous ne savons pas pourquoi, mais quand nous sommes assises ici près de vous, nous ne sentons plus la peur. Nous nous sentons calmes. »
Et je savais que ce n’était pas moi. C’était ce que le Rabbi m’avait donné à partager. »
La poursuite de l’œuvre après le décès de son époux
Le Rav Nissan Pinson s’éteignit en 2007 à l’âge de 89 ans, le mardi 24 Kislev 5768, veille de ‘Hanouka, dans un établissement médical de la ville de Nice, en France. Lors des funérailles, le Gaon Rav Meir Mazzouz, guide spirituel du judaïsme tunisien, prononça un éloge funèbre au nom de la communauté juive de Tunisie, décrivant l’immense dévouement du Rav Pinson envers les Juifs de Tunisie, dans le cadre de sa mission pour le Rabbi.
La Rabbanite Pinson continua de superviser les écoles et le travail communautaire, voyageant fréquemment entre la France et la Tunisie jusqu’à un âge avancé, assistée par son fils le Rav Yossef Its’hak Pinson. Même après le décès de son mari, elle continua d’œuvrer en coulisses pour les activités Habad en Tunisie, accompagnant et guidant les membres de sa famille et les Chlou’him qui poursuivent cette voie. Elle resta attachée de toute son âme à l’œuvre de la Chli’hout qu’elle avait fondée avec son époux.
Un héritage vivant
La Rabbanite Ra’hel Pinson laisse derrière elle une génération bénie de fils et de filles, Chlou’him et éducateurs, qui marchent dans ses pas et perpétuent la mission de sa vie.
Elle laisse ses enfants : son fils le Rav Yossef Its’hak Pinson, Chalia’h à Nice-Côte d’Azur, France ; son fils le Rav Na’houm Pinson, Machpia à la Yechiva Tomkhei Temimim de Brunoy et directeur de la synagogue Habad de Brunoy, France ; son fils le Rav Chemouel Pinson, Chalia’h et directeur de l’Institut de Semikha pour le Rabbinat à Bruxelles, Belgique ; sa fille Madame Feigy Tsivia Hecht, Chli’ha à Nice, France ; sa fille Madame Tcherna, épouse du Rav Yehouda Leib Matoussov, Chli’ha à Cannes, France.
Elle laisse également de nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants, dont beaucoup poursuivent la Chli’hout et l’éducation juive à travers l’Europe et au-delà.
Les funérailles
Les funérailles de la Chli’ha, la Rabbanite Ra’hel Pinson, de mémoire bénie, auront lieu le jeudi 18 Chevat à 10 heures du matin. Le cortège partira de la maison funéraire Chamgar à Jérusalem, puis se dirigera vers le Mont des Oliviers pour l’inhumation.umation.
LEVAYA A THIAIS






































































































