Réunis dans les salons ‘Haya Mouchka du 19e arrondissement de Paris à l’issue de Chabbat Béréchit, les hommes de la communauté francilienne ont vécu un grand Mélavé Malka organisé par le Beth Loubavitch d’Île-de-France. Entre la Si’ha du Rabbi, les récits de Chlou’him revenus du Ohel et les souvenirs des cinquante ans du Gan Israël en France, la soirée a tissé mémoire et ferveur pour donner le ton de l’année 5787. La captation vidéo de ce rendez-vous est désormais disponible en ligne.
Il est un peu plus de 21h30 lorsque les salons ‘Haya Mouchka se remplissent. Chabbat vient de s’achever, la nuit du 29 Tichri 5787 s’ouvre, et la communauté de la région parisienne a répondu à l’appel du Beth Loubavitch d’Île-de-France. Réservée aux hommes, cette grande soirée de Mélavé Malka — ce repas qui, selon la tradition, « accompagne la reine Chabbat » à son départ — s’annonce dense : Si’hot, témoignages, vidéos et chants doivent se succéder jusque tard dans la nuit. Car ce premier Chabbat de l’année n’est pas un Chabbat comme les autres, et c’est tout le sens que les organisateurs ont voulu lui donner.
Chabbat Béréchit, le pivot de toute l’année
En ouverture, le Rav Moché Vishedsky, Rav de la Schoul Beth Haya Mouchka rappelle l’enseignement qui fonde la soirée : Chabbat Béréchit est le « point de liaison » entre le mois des fêtes de Tichri et le reste de l’année. De la joie, de l’inspiration et de l’unité que l’on y puise dépend la manière dont « Yaakov poursuivra son chemin » tout au long des douze mois — jusque dans les aspects les plus simples, les plus quotidiens de l’existence, qui doivent eux aussi devenir vivants et élevés.
Fidèle à l’usage Habad d’ouvrir par un enseignement du Rabbi, le Rav Moché Vishedsky répète alors une Si’ha étudiée le jour même. La paracha Béréchit s’achève sur le sixième jour de la Création, juste avant l’entrée de Chabbat ; or, note le Rabbi, la Guemara enseigne que la faute de l’arbre de la connaissance survint ce jour-là, quelques heures seulement avant le premier Chabbat. Pourquoi, alors, la Torah paraît-elle inscrire le bien avant la chute ? La réponse touche au regard que le Juif doit porter sur ses propres faiblesses et sur le mal que D.ieu a introduit dans le monde : ce mal n’existe pas pour lui-même. S’il a été créé, c’est pour que l’homme ne se contente pas d’être un tsadik, mais atteigne le niveau, incomparablement plus haut, du baal techouva — niveau qui suppose précisément la possibilité de la faute. Le Rav relie ce propos à l’année qui commence, année embolismique où s’ajoute un second mois d’Adar pour combler l’écart entre l’année solaire et l’année lunaire : un décalage lui-même issu de la « diminution de la lune ». C’est le temps de la techouva, celui où l’on répare — et où l’on apprend à ne jamais se décourager devant le Juif qui semble le plus éloigné, car l’atteindre est le plus haut des accomplissements.
Un retour du Ohel : « le Rabbi est avec nous »
Selon la coutume des Chlou’him, qui recueillent toujours quelques mots de celui qui revient d’auprès du Rabbi, la parole est ensuite donnée au Rav Mendy Mottal, Chlia’h chargé des CTeen, rentré du Ohel pour les dernières fêtes avec sa famille. Il peine, dit-il, à trouver les mots pour décrire ce qu’il a vécu. Il évoque les Hakafot de Sim’hat Torah au Ohel, à une heure du matin : des centaines de Ba’hourim debout depuis des heures, des mères avec leurs poussettes, des enfants qui courent, plus aucune notion du temps. Puis le silence, l’appel du premier verset, et le sentiment bouleversant que « le Rabbi est là, avec nous, à ce moment précis ». Revenu sur ces lieux trente-cinq ans après y être venu Ba’hour, il mesure, auprès de ses propres enfants, la permanence de ce lien.
Le Rav Mottal file alors une image entendue auprès du Rabbi : lorsqu’on offre un cadeau qui tient au cœur et que celui qui le reçoit en prend soin, la joie du donateur est immense. Ainsi de la joie que la communauté rend au Rabbi en s’emparant de ce qu’il lui a transmis à Sim’hat Torah. Engagé depuis plus de douze ans dans l’animation de la jeunesse à travers les Batei Habad de France, il rappelle l’une des grandes œuvres de cette Chli’hout : conduire chaque hiver quelque six cents jeunes auprès du Rabbi au mois de février, et multiplier les colonies — un Gan Israël a même été lancé au mois de juin, et un voyage organisé en juillet pour une soixantaine d’adolescents.
Il raconte enfin l’histoire d’un père désemparé dont le fils, issu d’une famille traditionnelle, fréquentait une jeune fille non juive depuis deux ans. Le Rav lui conseille simplement d’envoyer son fils en colonie juive, lui promettant qu’il « reviendra de lui-même ». L’adolescent fut le plus difficile du séjour ; le Chlia’h en écrivit au Rabbi. À la descente de l’avion, à Paris, son téléphone se remplit de messages : la jeune fille avait rompu tout contact. « On voit que, lorsqu’on n’est pas seul, le Rabbi est avec nous », conclut-il, avant qu’un intervenant ne rappelle, en écho, cette parole d’un vieux ‘Hassid : le yétser hara s’efforce surtout d’empêcher deux choses — étudier et se rendre auprès du Rabbi — car il sait que l’une et l’autre font progresser.
Souccot en chiffres, une année d’anniversaires
Une vidéo, ouverte par une Si’ha du Rabbi, retrace ensuite les Mivtsaïm accomplis pendant Souccot. Les chiffres annoncés durant la soirée donnent la mesure de l’élan : 1 973 ‘Hassidim auraient participé au Mivtsa Loulav, pour 46 447 loulavim présentés. L’assemblée salue par des applaudissements le travail des Anach et des Chlou’him. Et l’animateur de souligner que l’année 5787 est particulièrement riche en Yovelot, ces dates anniversaires : cinquante ans du Gan Israël en France, quarante ans de Didan Natsa’h, et le centenaire de la libération du Rabbi précédent au mois de Tamouz.
Cinquante ans de Gan Israël en France
Pour évoquer les tout premiers Gan Israël, la soirée appelle Monsieur Yehochoua Mergi, longtemps « général » de Tsivot Hachem, directeur de l’un des six centres ouverts en 1976. Un an plus tôt, raconte-t-il, le Rabbi avait téléphoné à Paris en demandant au Rav Azimov d’agir pour la jeunesse ; faute de temps pour tout organiser, celui-ci l’avait envoyé observer un camp de jour à Anvers. Là, de jeunes Ba’hourim venus d’Amérique, pleins d’énergie et d’implication, lui enseignèrent le métier. Cinquante ans plus tard, il mesure l’impact de ces colonies sur des enfants devenus parents puis grands-parents, fondateurs de foyers juifs.
Il en donne deux illustrations. La première, avec le sourire : un Roch Collel de Jérusalem l’aborde des années après et lui « reproche » trente ans de discussions conjugales — chaque fois qu’une décision familiale se présente, son épouse, ancienne du Gan, tranche en consultant d’abord les Igrot Kodech. La seconde est plus émouvante : appelé à animer au pied levé une soirée devant trois cents inconnus, il y est reconnu par une femme, mère de famille, qui désigne ses enfants et dit leur scolarité juive née de ce Gan. Elle avait conservé son cahier de vacances — et la lettre que le Rabbi lui avait adressée, enfant, après qu’elle lui eut écrit le dernier jour de la colonie : on ne repose pleinement son corps, lui répondait le Rabbi en douze lignes, que lorsqu’on fortifie aussi son âme par l’étude et les mitsvot.
Quand un proviseur répète les mots du Rabbi
L’historien et ami de la communauté Rav Israël Goldberg livre à son tour un souvenir personnel, qu’il présente comme universel. Il remonte à la première Yé’hidout générale accordée par le Rabbi, à Sim’hat Torah 1982 : désormais, annonçait le Rabbi, il recevrait chacun ensemble plutôt qu’individuellement ou par groupes de langue, sans rien retrancher à la relation intime — car, chez les Juifs, « la quantité ajoute à la qualité ». Pendant vingt-cinq minutes, le Rabbi revint sur une idée : de retour dans leurs pays, les ‘Hassidim devaient diffuser le judaïsme, et verraient les nations elles-mêmes les y aider, selon la prophétie d’Isaïe où les rois deviennent serviteurs et leurs princesses servantes.
Jeune professeur d’histoire-géographie dans un lycée laïque de la région parisienne, Rav Israël Goldberg était rentré juste après cette Yé’hidout. Convoqué par son proviseur, il s’attendait au pire ; l’homme lui déclara n’avoir jamais eu de professeur tel que lui et s’engagea à l’aider — voyages en Israël, cours de pensée juive et de civilisation hébraïque — jusqu’à coller lui-même les affiches. Goldberg y vit la réalisation littérale des paroles du Rabbi, comme si le proviseur les avait entendues quelques heures après lui. Pour lui, l’essor des écoles et des Batei Habad à travers le monde ne doit rien à la seule habileté des Chlou’him : le Rabbi, dit-il, a « fait redescendre la Che’hina sur terre » et créé un monde nouveau.
Aubervilliers, berceau du Gan Israël
Le Rav Meïr Sim’ha Kalmenson, Chlia’h à Aubervilliers, prend la parole au nom d’une famille récemment endeuillée, pour raconter les commencements — car c’est précisément à Aubervilliers, voilà cinquante ans, que le Gan Israël vit le jour en France. Tout remonte à une Yé’hidout de sa mère : le Rabbi lui demanda de prendre le premier mois des vacances pour ouvrir un « centre aéré », c’est-à-dire un Gan Israël. Elle fut, rappelle-t-il, parmi les premières femmes à passer le permis de transport en commun pour conduire elle-même les enfants, cuisinant à la maison et portant les marmites jusqu’à l’école. À sa propre mère qui la pressait de réduire son activité, le Rabbi répondit sans l’alléger : « Vous êtes en Chli’hout », et, une autre fois, « le Rabbi se réjouit de votre travail ». L’effectif de l’école passa alors de soixante-dix à cent cinquante enfants.
Le Rav Kalmenson ajoute une scène toute récente, survenue trois semaines plus tôt. Arrêté en pleine rue par la police alors qu’il circulait en trottinette — sans assurance, avec des écouteurs —, il risquait une forte amende et la saisie de l’engin ; l’agent, finalement, le laissa repartir à pied. Cherchant un véhicule pour rejoindre sa destination, il monta avec une mère de famille qui, passant au-dessus d’un cours d’eau, enseignait à ses enfants la bénédiction apprise « au Gan Israël Chnéor, il y a vingt-cinq ans ». Elle se mit à réciter les chants d’autrefois. Le Chlia’h y lut la force d’une Bra’ha du Rabbi : donnée une fois, elle demeure pour l’éternité et se transmet aux générations.
Il y a quarante ans : Didan Natsa’h
La soirée fait enfin mémoire du quarantième anniversaire de Didan Natsa’h, la victoire du procès des livres de la bibliothèque. Un intervenant rappelle d’abord l’enseignement du Baal Chem Tov : une mitsva fait descendre D.ieu, mais la joie Le révèle — accomplie dans la Sim’ha, la mitsva permet non seulement Sa présence, mais de La percevoir. Puis il évoque les journées éprouvantes du Rabbi durant le procès, lorsqu’il se rendait presque quotidiennement au Ohel, jeûnant, rentrant à la nuit tombée, l’assemblée l’attendant pour Min’ha après que tous les minyanim eurent déjà prié.
Le Rav Chmouel Lubecki restitue alors l’atmosphère de Sim’hat Torah 5747, en pleine attente du verdict. Au cœur des Hakafot, l’assemblée se mit à scander « Didan Natsa’h » ; le Rabbi leva très haut la main pour encourager, le visage grave, pendant de longues minutes. Le Farbrenguen de la veille fut d’une intensité rare : le Rabbi y pleura en développant pourquoi la Torah s’achève sur le bris des Lou’hot par Moché — geste que D.ieu n’avait pas ordonné, accompli par amour de chaque Juif, y compris de ceux qui avaient fauté. Les présents comprirent que le Rabbi parlait aussi de son propre don de soi pour chaque ‘Hassid. Les Hakafot se prolongèrent jusqu’au cœur de la nuit, ponctuées de gestes demeurés célèbres — le Rabbi reprenant un ‘Hassid sur sa manière de frapper des mains, puis réclamant une joie débordante.
De cet hiver de 5747, le Rav Lubecki dégage un mot d’ordre resté gravé : que chaque Chlia’h bâtisse un Beth Habad, que chacun devienne Chlia’h, et que même celui qui possède déjà sa structure en édifie une nouvelle — une salle, un mossad de plus —, jusqu’à la construction du véritable sanctuaire, le Beth Hamikdach. À Chabbat Béréchit, le Rabbi insistait encore sur la takana de ‘Hitat — l’étude quotidienne du ‘Houmach, des Tehilim et du Tanya — et sur les bonnes résolutions à prendre en matière de Torah et de mitsvot : un nouveau début appelle de nouvelles décisions.
La soirée se referme sur cette exhortation reprise par les organisateurs : fixer dès ce soir un temps d’étude régulier, de Torah révélée et de ‘Hassidout, à partager avec un autre Juif, pour offrir du na’hat roua’h au Rabbi. Une dernière vidéo, consacrée aux Mivtsaïm menés par les enfants et petits-enfants de la communauté, atteste que la relève est assurée. Après les remerciements aux organisateurs et au traiteur, place à la danse — et rendez-vous est donné dès le Chabbat suivant, Place des Fêtes, pour le Mélavé Malka hebdomadaire.
De la ferveur d’un soir dépend, enseignent nos Rabbeïm, la lumière de toute une année : puisse celle de 5787 rayonner à la hauteur de la joie et de la mémoire partagées cette nuit-là.

































































































