Notre douleur est tranchante. Comment notre Directeur, si fort et si droit, a-t-il pu nous quitter aussi brutalement ?

Ce Maître a été cet homme qui, au commencement, dans ces humbles locaux, ce modeste bureau de la Rue Riquet, a dirigé la plus belle entreprise de l’histoire juive contemporaine.

La plus belle des renaissances. L’éducation de petites filles, qui pour certaines d’entre elles provenaient de familles fracturées par les épreuves d’un peuple confronté à des pérégrinations incessantes.

Précisément, c’était là tout le sens de son engagement, son peuple et les valeurs du judaïsme éternel.

Le récit biblique devenait pour nous ces petites filles des temps fondateurs, aussi réel que ce quotidien dont nous ignorions à l’époque à quel point il marquerait nos vies, nos cœurs et nos consciences.

Notre Maître n’admettait jamais la moindre compromission qui pût mettre en danger les fondements du glorieux édifice en construction. Jamais aucune brèche ne devait mettre en péril la citadelle.

A l’extérieur, notre directeur livrait bataille pour continuer à construire, pour la vie de ses enfants, tous ses enfants. A l’intérieur, notre Mélamed accordait la plus grande attention à l’éducation de chacune, avec une bienveillance et une constance jamais démenties. C’est que notre Maître était porté. Notre Maître était habité. Notre directeur était un authentique hassid. Remplir son devoir, ne jamais faillir.

Sa tâche ne fut pas une carrière, elle fut, sa vie durant, une vocation, l’exercice d’une mission qui nous dépassait tous. «Si tu veux relever un homme enfoncé dans la boue, ne pense pas qu’il suffit de lui tendre la main. Il te faut descendre complètement jusque dans la boue. Une fois-là, attrape solidement et hisse le en même temps que toi vers la Lumière» dit Rabbi Chlomo de Karlin.

Précisément notre directeur ne recherchait pas les salons et les dorures, il était au milieu et avec les fantassins, les Tsivot Hachem, attentif à chacun. Chacun était unique et en ce sens devenait à son tour responsable du collectif.

Un jour, en tournée d’inspection dans une des classes de la rue Riquet, il fit un test de lecture à une des petites filles en difficulté de la classe de CP. La petite fille échoua à lire la ligne de consonnes, elle ne parvint qu’à balbutier quelques voyelles. Le directeur, s’adressant à la Mora, lui fit remarquer les progrès de la petite élève. Celle-ci se dit alors que si « Moré Touboul était content » et avait dit qu’elle avait progressé, c’était là la réalité. Cette perspective lui procura, à compter de ce jour, une confiance qui la fit réellement et durablement progresser.

Une infime illustration de ce que fut notre Maître. Cher Maître, j’ai retardé à vous dire merci et aujourd’hui je ne le peux plus et le regrette. Vous dire que votre souvenir et votre exemple resteront à jamais gravés dans nos cœurs et nos esprits.

Une ancienne élève, la petite fille de CP.

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