Deuxième volet d’une série hebdomadaire consacrée aux mélodies de Chalom ‘Haritonov, ce ‘Hassid Habad du début du siècle dernier, le Niggoun «Ka’homer Beyad Hayotser» revit sous les doigts du pianiste A’hiya Acher Cohen Aloro. Porté par les paroles puissantes d’un Piyout de Yom Kippour qui compare l’œuvre de l’artiste à celle du Créateur, le musicien a voulu que son instrument, privé de mots, parvienne pourtant à les faire entendre. Un long travail d’épure, qu’il décrit comme une véritable opération à cœur ouvert sur la mélodie.
Un compositeur ‘hassidique du siècle dernier
Ki Hiné Ka’homer, « Car voici, comme l’argile », est le second Niggoun d’une série hebdomadaire dédiée aux compositions de Chalom ‘Haritonov, un ‘Hassid Habad qui vécut au début du siècle dernier et à qui l’on doit un grand nombre de mélodies.
A’hiya Acher Cohen Aloro ne pouvait laisser passer ces paroles d’une force saisissante. Elles mettent en regard, pour ainsi dire, le geste créateur de l’artiste et l’œuvre même de D.ieu, qui façonne l’homme comme l’artisan façonne sa matière.
Faire parler la musique sans les paroles
Le Niggoun est ici interprété au seul piano, sans aucune parole. Il était donc particulièrement difficile d’atteindre le point où la musique elle-même prononce le texte. Pour y parvenir, le pianiste a traversé un processus long et exigeant, dépouillant sans cesse la mélodie de tout ce qui l’encombrait, jusqu’à obtenir un arrangement et une interprétation qui, à ses yeux, disent véritablement ces paroles sublimes.
Il en parle comme d’une opération pratiquée à vif sur la chair même du Niggoun : il l’a travaillé, précisément, « comme l’argile entre les mains du potier ».
Traduction du texte du piyout
Car voici, comme l’argile dans la main du potier,
Qui à son gré l’étend et à son gré la resserre,
Ainsi sommes nous dans Ta main, Toi qui gardes la bonté.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.
Car voici, comme la pierre dans la main du tailleur,
Qui à son gré la saisit et à son gré la brise,
Ainsi sommes nous dans Ta main, Toi qui fais vivre et fais mourir.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.
Car voici, comme la hache dans la main de l’artisan,
Qui à son gré l’approche de la flamme et à son gré l’en retire,
Ainsi sommes nous dans Ta main, Toi qui soutiens le pauvre et l’indigent.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.
Car voici, comme le gouvernail dans la main du marin,
Qui à son gré le tient et à son gré le lâche,
Ainsi sommes nous dans Ta main, D.ieu bon qui pardonne.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.
Car voici, comme le verre dans la main du verrier,
Qui à son gré le façonne et à son gré le fait fondre,
Ainsi sommes nous dans Ta main, Toi qui effaces la faute volontaire et l’erreur.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.
Car voici, comme la tenture dans la main du brodeur,
Qui à son gré la tend droite et à son gré la plisse,
Ainsi sommes nous dans Ta main, D.ieu jaloux et vengeur.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.
Car voici, comme l’argent dans la main de l’orfèvre,
Qui à son gré l’allie et à son gré l’épure,
Ainsi sommes nous dans Ta main, Toi qui apportes le remède à la blessure.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.
A’hiya Acher Cohen Aloro, un musicien issu du monde orthodoxe
A’hiya Acher Cohen Aloro est compositeur, arrangeur et pianiste. Il compte parmi les musiciens les plus intrigants apparus ces dernières années au sein du public orthodoxe.
Sa musique a servi de bande sonore à l’un des derniers films du réalisateur Spike Lee. Leur rencontre a eu lieu lors d’un rassemblement de compositeurs hors du commun venus du monde entier, auquel A’hiya avait été envoyé par l’Académie de musique et de danse de Jérusalem.
Comme pianiste, il accompagne des artistes de premier plan, en Israël comme à l’étranger, parmi lesquels Amir Benayoun, Avraham Fried et Yehoram Gaon. Il est également arrangeur et directeur musical de projets marquants, comme « Likrat Neïla » ou « Zokhrim Vecharim », donné à Jérusalem à la veille de Yom Hachoah, auxquels ont participé de nombreux artistes, notamment Hemi Rodner, Eran Tsour et Amir Benayoun.
A’hiya compte à son actif une multitude de projets et de collaborations. Citons « Interprétation de la musique juive », une série de concerts au piano où il revisite en direct des Niggounim célèbres à travers une lecture toute personnelle, les Niggounim du Rav Its’hak Ginsburgh joués en public, un concert au Festival du piano aux côtés du chanteur et auteur Yonatan Dror, une prestation au Festival de la lumière, et bien d’autres encore.
Il enseigne par ailleurs dans les meilleures institutions du pays : à l’Académie de musique et de danse de Jérusalem ainsi qu’à l’École supérieure d’art dramatique Nissan Nativ.
Rav Avraham Kharitonov, la voix et les mélodies des ‘Hassidim de Nikolaïev
Rav Avraham Kharitonov naquit le 13 Mena’hem Av 5600 (août 1840) et quitta ce monde le 24 Nissan 5672 (avril 1912). Il exerça à Nikolaïev les fonctions de Cho’het et Bodek, sacrificateur rituel et vérificateur, tout en étant compositeur de Niguounim, Ba’al Menaguen et Ba’al Tefila, chantre et officiant de la communauté.
Il vit le jour à Kherson, le 13 Mena’hem Av 5600 (août 1840). Son père était Rav Guedalia, fils de Rav ‘Haïm Leib Kharitonov, et sa mère ‘Haya Yenta, fille de Rav Yossef Rozovsky. Ses parents s’étaient unis le jour de Roch ‘Hodech Iyar 5597 (mai 1837).
Le 8 Elloul 5619 (septembre 1859), il épousa Tamar Beïla, fille de Rav Yoël Spivak. Il s’établit alors à Nikolaïev, où il servit à la fois comme ‘Hazan et comme Cho’het, deux fonctions essentielles à la vie de la communauté juive.
Rav Avraham composa de nombreux Niguounim, ces mélodies ‘hassidiques qui portent l’âme vers les hauteurs. Il fut le père des frères Kharitonov, devenus par la suite de célèbres Ba’alei Menaguen dont les chants résonnent aujourd’hui encore dans les communautés Habad. À Nikolaïev, il occupait la charge de Chou »b, abréviation désignant le Cho’het et Bodek, et c’est lui qui conduisait la prière en tant que Ba’al Tefila attitré de la ville.
La réputation de Rav Avraham dépassait largement les murs de sa synagogue. Dans une lettre adressée aux ‘Hassidim de Nikolaïev, le Rabbi Rachab écrivit qu’ils n’étaient pas autorisés à engager un ‘Hazan, même pour les Yamim Noraïm, les jours redoutables de Roch Hachana et de Yom Kippour, si ce n’est Rav Avraham, le Chou »b Kharitonov, ou quelqu’un de sa trempe, selon ce que les sacrificateurs eux-mêmes approuveraient d’un commun accord.
Rav Avraham Kharitonov quitta ce monde à l’âge de soixante et onze ans, emporté par un cancer de l’estomac, le 24 Nissan 5672 (avril 1912). Il laissa derrière lui des mélodies et une lignée de chantres qui continuèrent de faire vibrer la ferveur ‘hassidique bien après lui.
















