Derrière la grandeur du Rabbi de Loubavitch se tenait une femme au dévouement sans mesure, sa mère, la Rabbanit ‘Hanna Schneerson. De l’érudition lumineuse de sa jeunesse à la nuit de l’exil soviétique, puis à la douceur des retrouvailles new-yorkaises, elle traversa les épreuves les plus dures sans jamais renoncer à sa dignité ni à sa foi. Portrait d’une femme d’exception, dont l’héritage rayonne encore bien au-delà de sa disparition.

 

 

 

 

Une enfance vouée à l’étude

Née le 28 Kislev 5641 (1880) en Ukraine, la Rabbanit ‘Hanna vit le jour dans la maison d’un grand Rav et ‘Hassid. Dès son plus jeune âge, elle se distingua par une érudition rare pour une jeune fille de son temps, au point d’aider à recopier les manuscrits et les discours ‘hassidiques du Rabbi Rachab. En 1900, elle épousa le Rav Levi Its’hak Schneerson, kabbaliste d’une envergure exceptionnelle. De cette union naquirent trois fils, parmi lesquels le futur Rabbi, Rabbi Menachem Mendel, venu au monde en 1902.

L’épreuve de l’exil soviétique

Le bonheur d’une vie tournée vers la Torah allait bientôt se heurter à la brutalité du régime soviétique. En 1939, le Rav Levi Its’hak fut arrêté pour ses activités religieuses, puis condamné à l’exil au Kazakhstan. Sans la moindre hésitation, la Rabbanit ‘Hanna abandonna le peu de confort qui lui restait pour rejoindre son mari et partager avec lui des conditions de vie d’une extrême précarité. Loin de tout, dans le dénuement le plus complet, elle demeura à ses côtés, portée par une force intérieure que rien ne semblait pouvoir entamer.

L’encre née de ses mains

C’est dans ce même exil que se révéla toute la mesure de son dévouement. Privé de tout, le Rav Levi Its’hak souhaitait néanmoins poursuivre la rédaction de ses commentaires kabbalistiques sur le Zohar. Ne trouvant nulle part d’encre pour lui permettre d’écrire, la Rabbanit ‘Hanna en fabriqua elle-même, patiemment, à partir de plantes qu’elle faisait bouillir. Grâce à cette encre arrachée à la misère, une part de l’œuvre de son mari put être sauvée. Épuisé par les souffrances de l’exil, le Rav Levi Its’hak s’éteignit en 1944 à Alma-Ata, laissant derrière lui une veuve dont le courage n’avait jamais faibli.

Les retrouvailles et les années new-yorkaises

La guerre achevée, la Rabbanit ‘Hanna parvint à quitter l’Union soviétique grâce à un réseau de ‘hassidim dévoués. En 1947, à Paris, elle retrouva enfin son fils, qui vint lui-même la chercher pour l’emmener avec lui à New York. S’ouvrit alors une nouvelle page, plus paisible, de son existence, au cœur de la communauté qui allait bientôt se rassembler autour du Rabbi.

Un lien filial hors du commun

Jusqu’à son décès, en septembre 1964 (5725), entre Roch Hachana et Yom Kippour, la Rabbanit ‘Hanna bénéficia d’un attachement filial dont l’histoire a peu d’exemples. Chaque jour, sans exception, le Rabbi venait lui rendre visite durant quinze à vingt minutes. Ce rendez-vous quotidien, tenu au milieu de responsabilités écrasantes, témoignait d’un respect absolu et d’un amour incommensurable pour celle qui lui avait donné la vie.

Un héritage gravé dans l’étude

À travers de nombreuses anecdotes, le souvenir de la Rabbanit ‘Hanna met en lumière sa grande dignité, sa profonde sensibilité humaine, l’amour qu’elle portait à son entourage et son soutien indéfectible aux valeurs de la Torah. Pour honorer sa mémoire après sa disparition, le Rabbi institua notamment une nouvelle étude hebdomadaire, approfondie, des commentaires de Rachi sur la Torah. Ainsi, la lumière que cette mère avait veillée toute sa vie continue de se transmettre, semaine après semaine, dans les foyers du monde entier.