C’est dans l’atmosphère intime et solennelle des jours de deuil (Chiva) que les souvenirs les plus précieux refont surface. Récemment, lors des Chiva du Rav Touvia Bloy, figure emblématique et respectée, sa fille Reizy Halperin a partagé un témoignage bouleversant. Elle a livré avec émotion les coulisses du parcours singulier de son père. Comment ce descendant d’une des plus illustres familles hiérosolymitaines est-il devenu un fervent disciple du mouvement Habad ? À travers des anecdotes familiales touchantes, c’est le portrait d’un homme en quête de vérité, d’un époux aimant et d’un père à l’autorité silencieuse qui se dessine.

 

 

 

Des Racines Illustres à la Quête de Sens

L’histoire du Rav Touvia Bloy ne commence pas dans l’univers Habad, bien au contraire. Il est issu d’une famille de Jérusalem extrêmement respectée, composée d’érudits de la Torah et profondément ancrée dans l’orthodoxie d’Agoudat Israël. Son grand-père n’était autre que le célèbre Moshe Bloy, le dirigeant historique du mouvement.

Dès son plus jeune âge, les talents du jeune Touvia ne passent pas inaperçus. Son grand-père voit en lui son successeur naturel. Chaque jour, après l’école religieuse, il prend en charge son éducation et le guide sur cette voie royale qui semble toute tracée. Pourtant, vers l’âge de 15 ou 16 ans, un doute s’installe. Le jeune homme ressent un profond vide spirituel : il confie alors sentir que sa prière manque de qualité, que son étude manque de profondeur et qu’il lui manque une dimension d’âme dans son service divin.

Débute alors une véritable quête existentielle. Le jeune Touvia explore toutes les méthodes de pensée juives de son temps. Il se rend chez les grands rabbins de l’époque — à Gour, à Belz, chez le Rav Kook — posant sans relâche ses questions. Mais rien ne parvient à étancher totalement sa soif spirituelle.

La Révélation du Tanya et le Lien Secret avec le Rabbi

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1f/Aankomst_Rabbi_Uriel_Zimmer_op_Schiphol%2C_Bestanddeelnr_912-8998_%28cropped%29.jpg?utm_source=www.wikidata.org&utm_campaign=index&utm_content=thumbnail_unscaledLe tournant de sa vie se produit lorsqu’il assiste, à Jérusalem, à un cours sur le Tanya (l’œuvre fondamentale de la philosophie Habad). Ce cours est dispensé par un personnage hors du commun : le Rav Uriel Zimmer. « Ambassadeur » du Rabbi de Loubavitch à travers le monde, cet homme d’une grande érudition, traducteur à l’ONU, donne des cours à Mea Shearim lors de ses passages. Dès les premières lignes étudiées, le futur Rav Bloy comprend qu’il a enfin trouvé ce qu’il cherchait.

Le Rav Uriel Zimmer prend le jeune homme sous son aile et lui suggère d’écrire directement au Rabbi. Conscient que sa famille ne comprendrait pas cette nouvelle orientation, Touvia ouvre une boîte postale secrète. Une correspondance intense s’engage. Il interroge le Rabbi sur de nombreux sujets. La synchronicité est parfois troublante : un jour, son propre père envoie un éminent rabbin de la famille lui poser une question existentielle pour le tester. Grâce aux lettres du Rabbi, Touvia avait déjà la réponse préparée, mot pour mot.

Une « Obéissance Aveugle » au Foyer

Si le Rav Bloy était un homme de convictions fortes à l’extérieur, impliqué dans de profonds débats idéologiques, il abordait la vie conjugale avec une humilité désarmante. Son épouse, issue d’une famille hassidique non-Habad, avait accepté de le suivre dans sa démarche spirituelle.

En retour, il lui confiait les clés de leur foyer. « Elle m’a suivi dans les principes fondamentaux, alors je lui laisse le contrôle sur tout le reste », disait-il. Il ne s’immisçait jamais dans les décisions du quotidien, l’achat des biens ou la gestion matérielle, la suivant avec une confiance totale et une obéissance presque aveugle. Ce respect mutuel forçait l’admiration des deux belles-familles, qui adoraient ce gendre exceptionnel, au point que son propre beau-père se levait en son honneur à son arrivée.

Une Éducation Faite de Pudeur et d’Autorité Silencieuse

L’éducation des enfants Bloy était marquée par cette même atmosphère de rigueur bienveillante. Le regard des autres familles pesait parfois, notamment celui des tantes qui, lors des mariages, scrutaient la pudeur des jeunes filles de la tête aux pieds. Mais à la maison, la priorité était claire : l’étude. La mère encourageait constamment cet apprentissage, préparant des gâteaux et répétant inlassablement : « Étudiez, c’est ce qu’il y a de plus important ! »

Quant à l’autorité du père, elle n’avait pas besoin de s’exprimer par des cris ou des punitions. La discipline s’imposait par son simple charisme. Sa fille raconte avec amusement qu’il ne tolérait pas les retards de ses filles. Une anecdote illustre parfaitement cette aura : lorsque les filles de l’école s’attardaient trop tard le soir pour préparer des spectacles, la mère y envoyait le Rav Bloy. Il lui suffisait de franchir la porte et de rester silencieux pour que toutes les élèves s’enfuient instantanément, rentrant chez elles dans le plus grand respect.

Le Testament Spirituel : Un Héritage Convoité

L’attachement absolu du Rav Bloy envers le Rabbi s’est matérialisé par un précieux classeur contenant toute leur correspondance. Conscient de la valeur spirituelle et historique de ces documents, il a laissé des directives claires avant son décès : si le nom d’un enfant y est mentionné, la lettre lui revient. Si plusieurs enfants sont nommés, un tirage au sort doit trancher. Le reste devant être partagé équitablement.

Ce trésor familial a d’ailleurs suscité quelques convoitises de la part de proches émerveillés par ces écrits, obligeant les enfants à rassembler ces reliques après son départ. Un héritage de papier et d’encre, ultime témoignage d’une vie dédiée à la Torah, à l’éducation et à un dévouement inébranlable.