Au lendemain d’une nuit de bombardements américains massifs contre des dizaines de cibles iraniennes, Donald Trump a déclaré caduc l’accord de trêve conclu voici quelques semaines à peine. Le président des États-Unis a répliqué à l’attaque de trois navires marchands dans le détroit d’Ormuz par une opération d’une violence inédite, embrasant les ports de la côte iranienne, tandis que Téhéran ripostait à son tour contre les bases américaines du Golfe. L’escalade survient au moment précis où l’Iran enterre son guide suprême, tué en février au premier jour de la guerre.

 

 

 

Une riposte américaine d’une ampleur inédite

Le président américain Donald Trump a clarifié sa position ce mercredi matin, au lendemain d’une nuit de frappes intensives menées contre l’Iran. L’opération répondait directement à l’attaque de trois navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus stratégiques de la planète, par lequel transitait avant la guerre près d’un cinquième du pétrole mondial.

Selon le commandement central américain, les forces aériennes et navales des États-Unis ont visé plus de quatre-vingts objectifs à l’intérieur du territoire iranien. Les frappes ont ciblé les systèmes de défense antiaérienne, les réseaux de commandement et de contrôle, les stations radar côtières, les capacités de missiles antinavires, ainsi que plus de soixante vedettes rapides des Gardiens de la révolution disséminées autour du détroit. À cette liste s’est ajouté un objectif portuaire de premier plan : le port de Shahid Haqqani, à Bandar Abbas, livré aux flammes après le passage des bombardiers, tandis que l’aéroport de la ville figurait lui aussi parmi les cibles majeures de la nuit. Les médias d’État iraniens ont fait état d’une série d’explosions, treize au total, dont six aux abords de l’île de Qeshm et sept dans le district de Sirik, où la jetée portuaire a également pris feu. Washington a présenté cette campagne comme une réponse destinée à imposer un coût élevé à Téhéran pour avoir pris pour cible des équipages civils, qualifiant l’agression iranienne d’injustifiée, de dangereuse et de violation manifeste de la trêve.

« Nous avons frappé très fort hier, vingt fois plus fort que la fois précédente », a déclaré Trump. « Il s’agit d’un groupe de malades, je ne les aime pas. Nous ne leur permettrons pas d’obtenir l’arme nucléaire, parce qu’ils sont fous. » Un responsable américain, cité par la presse, a livré une estimation plus mesurée mais tout aussi éloquente, jugeant l’opération quatre à cinq fois plus puissante que la précédente vague de frappes, menée une dizaine de jours plus tôt. Un autre officiel résumait l’état d’esprit de l’administration d’une formule laconique : Téhéran a clairement montré qu’il n’écoutait pas, et Washington monte le volume. Selon le Wall Street Journal, les navires de guerre américains demeurent en alerte, prêts à rétablir le blocus naval des ports iraniens si le président en donnait l’ordre.

Trump a élaboré et approuvé le plan d’attaque alors qu’il se trouvait à Ankara pour le sommet de l’OTAN. Interrompant les travaux de la réunion, il a réuni en urgence une cellule de crise associant le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, le secrétaire au Trésor Scott Bessent et le chef d’état-major interarmées, le général Dan Kane. C’est au terme de cette concertation que la décision de recourir à une force militaire massive a été arrêtée. Dans le même mouvement, l’administration américaine a révoqué la licence qui autorisait encore Téhéran à écouler son pétrole sur les marchés mondiaux.

Trois pétroliers pris pour cible dans le détroit

À l’origine de cet embrasement figure une série d’attaques iraniennes contre le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, entre lundi et mardi. Trois bâtiments commerciaux ont été visés : le pétrolier Al Rekayyat, battant pavillon des Îles Marshall, le pétrolier saoudien Wedyan et le navire Cyprus Prosperity, immatriculé au Liberia. Le Qatar a dénoncé avec la plus grande vigueur la frappe contre l’Al Rekayyat, qu’il considère comme un bâtiment sous sa responsabilité, y voyant une atteinte inacceptable à la sécurité de la navigation internationale et à l’approvisionnement énergétique mondial, et tenant l’Iran pour juridiquement responsable.

Riyad a réagi avec une fermeté identique, condamnant Téhéran dans les termes les plus vifs après le ciblage de son pétrolier. Le Koweït, dont le sol a été touché par des frappes iraniennes, a fait part de son irritation, estimant que ces actions sapaient les efforts de désescalade régionale. Ces attaques se sont concentrées le long de la route méridionale du détroit, celle que patrouillent les forces américaines et omanaises, l’Iran gardant le contrôle du couloir septentrional, tandis que la partie centrale demeure trop périlleuse pour être empruntée en raison de la menace des mines.

« C’est fini », tranche le président

Interrogé sur le sort de l’accord conclu avec Téhéran, Trump a répondu sans détour. « C’est fini, c’est une perte de temps. Ce sont des menteurs », a-t-il lancé. Le président a précisé qu’il laisserait ses négociateurs poursuivre les discussions, tout en jugeant l’exercice vain : « Ils peuvent parler, mais je pense qu’ils perdent leur temps. Ce sont une bande de menteurs. »

Le ton présidentiel s’est fait particulièrement virulent. Évoquant les dirigeants iraniens, Trump a multiplié les invectives, les décrivant comme des êtres malfaisants et violents. Il a également réagi fermement aux informations selon lesquelles son nom figurerait sur des listes d’assassinats diffusées en Iran. « J’ai vu ce matin que j’apparais sur toutes leurs listes d’assassinats », a-t-il affirmé, dénonçant un régime qu’il compare à une tumeur qu’il faudrait extraire au plus vite. Ces déclarations interviennent alors que, lors des cérémonies funéraires du guide suprême, des affiches appelant à sa mise à mort et promettant une prime de cent millions de dollars sur sa tête avaient été brandies dans les rues de Téhéran.

La contre-attaque iranienne sur le Golfe

La riposte de Téhéran ne s’est pas fait attendre. Les Gardiens de la révolution ont revendiqué une opération conjointe de leurs forces navales et aériennes, menée à l’aide de missiles et de drones. Selon leur communiqué, l’attaque visait quatre-vingt-cinq sites militaires américains d’importance, parmi lesquels le port de Salman, le quartier général de la cinquième flotte américaine à Bahreïn et la base aérienne d’Ali al-Salem au Koweït. Téhéran a également affirmé avoir abattu un drone américain de type MQ-9 qui tentait, selon lui, d’intervenir dans l’opération.

La menace de représailles immédiates a plongé Bahreïn dans l’alerte : les sirènes ont retenti à plusieurs reprises durant la nuit, et le ministère de l’Intérieur a appelé la population, sur les réseaux sociaux, à conserver son calme et à gagner sans délai les espaces protégés. La tension y est d’autant plus vive que le petit royaume accueille le quartier général de la cinquième flotte américaine, chargée de la surveillance maritime de la région et déjà prise pour cible par l’Iran dans le passé. Du côté iranien, les autorités de la province du Hormozgan ont assuré, par l’intermédiaire de l’agence officielle IRNA, qu’aucune victime civile n’était à déplorer à la suite des bombardements de la nuit.

Un sommet de l’OTAN sous haute tension

À Ankara, le président américain a reçu le soutien du secrétaire général de l’Alliance atlantique, Mark Rutte, qui a qualifié les frappes de pleinement justifiées. Selon lui, la réduction des capacités nucléaires de l’Iran demeure un enjeu majeur, tant pour Israël que pour le reste du monde.

Trump a néanmoins profité de la tribune pour adresser des critiques cinglantes à ses alliés européens, et tout particulièrement à l’Espagne. « Ce sont des partenaires horribles au sein de l’OTAN, je vais annuler tous les échanges commerciaux avec eux », a-t-il menacé, sur fond de tensions persistantes autour des engagements financiers et sécuritaires des pays membres. Le président s’est dit très déçu de la réponse de certains des plus proches alliés de Washington face à la campagne contre l’Iran. Accueilli par le président turc Recep Tayyip Erdogan, il a salué le rôle d’Ankara, jugeant que la Turquie aurait pu se ranger aux côtés de Téhéran mais s’en était abstenue.

Sur fond de funérailles nationales à Téhéran

L’embrasement survient au cœur d’un moment lourd de symboles pour la République islamique. L’Iran organise en effet, du 4 au 9 juillet, les funérailles nationales de son guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, tué le 28 février au premier jour de la guerre, lors d’une frappe américano-israélienne visant son bureau à Téhéran. Reportée de plusieurs mois en raison du conflit, la cérémonie s’est déployée en un long cortège partant de la capitale pour gagner successivement la ville sainte de Qom, puis les cités irakiennes de Nadjaf et de Kerbala, avant l’inhumation prévue à Machhad, au sanctuaire de l’imam Reza.

Des foules considérables, évaluées par les autorités à plusieurs millions de personnes, ont accompagné le convoi funèbre. Tout au long du parcours, les manifestants ont scandé des slogans hostiles aux États-Unis et à Israël, réclamant vengeance et brandissant des pancartes appelant à la mort de Trump et du Premier ministre israélien. C’est dans ce climat que le président iranien Massoud Pezeshkian a quitté précipitamment la ville de Nadjaf, où il participait aux cérémonies, pour regagner Téhéran et gérer la crise sécuritaire. Le fils du défunt, Mojtaba Khamenei, désigné nouveau guide suprême au mois de mars, ne s’est toujours pas montré en public depuis la mort de son père.

Une trêve fragile au bord de la rupture

L’accord que Trump déclare aujourd’hui caduc avait été laborieusement arraché au terme de longs mois de brinkmanship. Le mémorandum d’entente, signé le 17 juin au château de Versailles par les présidents américain et iranien, formalisait le processus de sortie de guerre et ouvrait une période de soixante jours destinée à négocier les termes définitifs d’un règlement. Ce texte, de nature strictement conditionnelle, obligeait notamment Téhéran à garantir par tous les moyens le libre passage des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz.

La révocation par le Trésor américain de l’autorisation de vente du pétrole iranien porte un coup direct à l’un des piliers de cet accord. Avant même les propos de Trump, la diplomatie iranienne avait estimé que les actions américaines et israéliennes avaient rendu inopérants des éléments essentiels du mémorandum, quand Téhéran accuse à l’inverse Washington d’avoir le premier violé la trêve. Malgré la brutalité de l’échange de tirs, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, maintient pour l’heure son projet d’effectuer aujourd’hui sa première visite officielle en Israël, sans qu’il soit certain que les événements ne bouleversent pas son calendrier à la dernière minute. Reste désormais posée la question qui hante l’ensemble de la région : celle d’un possible retour à la guerre ouverte, quelques semaines seulement après qu’un fragile espoir de paix avait vu le jour.e jour.