Le 8 Adar 5720 (1960), un groupe d’étudiants de la fondation Hillel fut reçu en audience privée par le Rabbi. Pendant cet entretien, ils l’interrogèrent sur la diffusion de la Torah, la mission du Baal Chem Tov, la singularité de Habad et la fonction d’un Rabbi. Avant de les laisser repartir, le Rabbi leur lança un défi : accomplir ensemble, ce soir-là, un véritable miracle.
Le Rabbi demanda aux étudiants s’ils préféraient poser d’abord toutes leurs questions, après quoi il y répondrait, ou bien recevoir une réponse à chaque question au fur et à mesure. C’est cette seconde formule qui fut retenue, et les étudiants commencèrent.
Diffuser la Torah autour de soi
Le Rabbi a dit qu’il faut diffuser la Torah. Comment et de quelle manière convient-il de le faire ?
Le Rabbi : Chacun doit faire le maximum dans son entourage immédiat, en parlant aux autres d’une manière qui témoigne de sa certitude et de sa confiance dans la chose. Car la confiance est une caractéristique propre à la jeunesse. L’homme plus âgé est souvent assailli de doutes et d’hésitations, tandis que les jeunes ont l’assurance d’eux-mêmes. C’est précisément cette qualité que nous devons mettre à profit pour diffuser la Torah et les Mitsvot, et chacun doit travailler à cent pour cent de ses capacités.
Tous les moyens doivent être employés, y compris la presse et la radio. Mais, par-dessus tout, le plus essentiel demeure l’exemple personnel que nous donnons dans notre vie de tous les jours.
Le rôle du Baal Chem Tov
Quel rôle le Baal Chem Tov a-t-il joué dans le mouvement ‘hassidique ?
Le Rabbi : Nous pouvons comprendre l’œuvre du Baal Chem Tov à travers l’image d’une centrale électrique reliée à une lampe par un fil. Pour allumer sa lampe, il faut trouver le bon interrupteur ou appuyer sur le bouton qui convient. L’âme de chaque Juif fait partie de D.ieu et Lui est reliée, mais pour pouvoir jouir de ses immenses bienfaits, encore faut-il trouver le bon interrupteur ou presser le bouton approprié. La mission du Baal Chem Tov fut d’expliquer et de proclamer que chaque Juif, sans exception, est relié à « la centrale », et que chacun porte au plus profond de lui un interrupteur que l’on trouvera si on le cherche.
De même, chacun de nous, dans son propre travail de renforcement du judaïsme, doit s’efforcer de trouver l’interrupteur dans l’âme de chaque Juif. On ne peut jamais savoir ce qui établira le contact ; peut-être un seul mot suffira-t-il. Mais par là, on ouvre le puits, la source intérieure de son âme.
Un témoignage venu de Kfar Habad
Le Rav Levy, directeur de la fondation Hillel à l’université de Princeton, transmit au Rabbi des salutations de Kfar Habad. Il s’y était rendu durant l’été et fit part de son admiration devant l’amour témoigné aux enfants marocains. Jamais il n’avait vu un tel amour unir des Juifs d’origines, d’éducations et de milieux aussi différents.
Ce qui distingue Loubavitch des autres groupes ‘hassidiques
Quelle est la différence entre Loubavitch et les autres groupes ‘hassidiques ?
Le Rabbi : Les ‘Hassidim de Loubavitch sont souvent appelés ‘Hassidim Habad, acronyme des mots hébraïques ‘Hokhma, Bina et Daat, qui désignent différents aspects de la compréhension.
Servir D.ieu par les seules émotions, par la seule foi ou même par le seul intellect ne suffit pas, car ce serait un service incomplet. Il faut au contraire une fusion de tous ces éléments ; le service doit imprégner l’être entier du Juif, et cela chaque jour. L’intellect, toutefois, est le « maître » de ces éléments, et c’est ce que soulignait l’Admour Hazaken lorsqu’il affirmait qu’un ‘Hassid doit faire usage de son intellect et ne pas se contenter d’un service de D.ieu fondé uniquement sur l’émotion ou sur la foi seule.
La ‘Hassidout peut-elle ramener les Juifs éloignés ?
La ‘Hassidout peut-elle ramener à leur judaïsme des Juifs non pratiquants ?
Le Rabbi : Certainement ! Aujourd’hui, on attend de chacun qu’il comprenne ce qu’il fait, et c’est pourquoi bien des Juifs ne peuvent être touchés que par l’intellect. Or, pour atteindre l’intellect d’autrui, il faut faire usage de son propre intellect, car ce n’est qu’à travers votre esprit que vous pouvez atteindre l’esprit d’un autre.
Le secret de la réussite de Habad
Pourquoi Habad réussit-il si bien dans ses activités ?
Le Rabbi : Aujourd’hui, chacun cherche à comprendre avant d’agir. Je ne discute pas de savoir si cela est bon ou mauvais ; je constate simplement un fait. Tout le monde réclame des preuves et de la compréhension. La ‘Hassidout Habad les fournit. Elle explique les aspects du judaïsme de manière à ce qu’ils puissent être saisis par l’intellect. En tant que ‘Hassid Habad, j’ai une réponse plus catégorique : je ne doute pas que la ‘Hassidout Habad soit la vérité — et la vérité ne peut que réussir.
La fonction d’un Rabbi
Quelle est la fonction d’un Rabbi ?
Le Rabbi : Comme il a été dit plus haut : trouver l’interrupteur en chaque Juif et l’aider à se relier à la centrale.
La ‘Hassidout et la place de la femme
Je crois comprendre que la ‘Hassidout élève la femme à un rang supérieur à celui qu’elle occupait auparavant dans le judaïsme. Pourriez-vous l’expliquer ?
Le Rabbi : Traditionnellement, on n’enseignait pas la Torah aux femmes, hormis les lois qui les concernaient directement, elles et leurs devoirs. La ‘Hassidout, en revanche, enseigne et exige de chacun, homme ou femme, que toutes les Mitsvot soient accomplies avec joie et élan intérieur, et non machinalement. Or l’on ne saurait attendre de quelqu’un qu’il soit inspiré sans qu’il comprenne ou ressente. La femme a le droit — et plus encore, le devoir — de connaître la providence individuelle, l’omniprésence de D.ieu, qui a créé non seulement les cieux, mais aussi le foyer et la cuisine ; alors elle pourra être inspirée par la Mitsva de faire du foyer et de la cuisine un foyer et une cuisine juifs. Nous devons lui expliquer en détail les enseignements de la religion juive et les raisons profondes du judaïsme. D’autant plus que la femme exerce une grande influence sur ses enfants et sur son mari. Il est donc nécessaire qu’elle reçoive l’enseignement des idées fondamentales de la ‘Hassidout.
Le pouvoir du Rabbi et la question des miracles
Jusqu’où s’étend le pouvoir du Rabbi face aux lois de la nature ? Le Rabbi jouit-il d’un statut privilégié en matière de prière ?
[Quelqu’un précisa que la question portait sur le fait de savoir si le Rabbi peut accomplir des miracles.]Le Rabbi : Ce monde n’est pas séparé des mondes supérieurs ; il en est une autre étape, la dernière, dans une longue chaîne de mondes.
Tout ce qui existe dans ce monde provient des mondes supérieurs et reçoit d’eux son influence. Un miracle est un événement que l’on n’aurait pu calculer. Lorsqu’un Juif se relie, par son étincelle divine, à D.ieu, au moyen d’une prière fervente, de la Torah et des Mitsvot, il peut agir sur les choses de ce monde matériel « d’en haut » — c’est-à-dire d’une manière qui dépasse tout calcul. Ce pouvoir n’est pas l’apanage d’un seul Juif, mais de chaque Juif.
Le Rav Gurewitz, de la fondation Hillel de Brooklyn, remercia le Rabbi pour cet entretien et s’apprêtait à se retirer, lorsque le Rabbi reprit :
« Voici quel sera notre miracle »
Le Rabbi : Je voudrais maintenant vous poser une question à mon tour et, dans le même temps, tenter d’accomplir un miracle.
Tout a une raison d’être. Quelle était la raison de notre rassemblement de ce soir ? Ce n’était certainement pas seulement pour poser des questions et recevoir des réponses, bonnes ou mauvaises. C’était bien plutôt pour accomplir quelque chose.
Nous sommes tous ici jeunes, moi y compris, et nous avons encore des dizaines d’années devant nous. Puisque six millions des nôtres, en Russie, en Pologne et en Hongrie, nous ont été arrachés par Hitler, nous avons une tâche particulière à accomplir : le travail qu’ils auraient pu faire, ou du moins une grande part de celui-ci.
Chacun compte. Aucun Juif n’est de trop. Nous devons tous travailler au maximum de nos capacités, chacun d’entre nous. Dans notre vie quotidienne, nous devons employer toutes nos forces à faire pencher la balance du côté du bien, et par là nous obtiendrons une vie de bonheur et d’harmonie — et tout cela ne peut s’accomplir qu’à travers une vie de Torah et de Mitsvot, éprouvée par nos trois mille cinq cents ans d’histoire. Cette obligation incombe à chaque Juif, et D.ieu lui en a donné le pouvoir, afin qu’il la mène à bien avec succès.
Et si chacun de nous, dès demain, ajoute dans sa vie personnelle davantage de Torah et de Mitsvot, et influence son entourage dans le même sens — si nous le faisons tous, moi y compris —, ce sera là, véritablement, notre miracle.












