Le centre d’accueil « Gateway to Hebron » vient d’inaugurer sa première phase sur le Champ de Makhpéla, face à la Caverne des Patriarches, offrant pour la première fois une expérience multimédia immersive retraçant l’histoire juive d’Hébron depuis Abraham jusqu’à nos jours. Porté par le Beth Habad d’Hébron, ce projet ambitieux entend transformer radicalement l’expérience des centaines de milliers de visiteurs qui se rendent chaque année dans la ville sainte. Au cœur de cette initiative figure la mise en lumière du rôle historique et profond de Habad-Loubavitch dans le renforcement de la vie juive à Hébron, une connexion qui remonte aux origines mêmes du mouvement ‘hassidique.
Une inauguration en présence des plus hautes autorités
C’est dans une atmosphère chargée d’histoire et d’émotion que s’est tenue la cérémonie d’inauguration du centre « Gateway to Hebron », sur le Champ de Makhpéla, en face de la Mé’arat Hamakhpéla — la Caverne des Patriarches. Parmi les personnalités présentes figuraient les ministres Itamar Ben-Gvir, Amichai Eliyahu, Ze’ev Elkin et Orit Strook, aux côtés de maires, de dirigeants rabbiniques et de représentants des communautés d’Hébron et de Kiryat Arba. La présence de membres du gouvernement israélien témoigne de l’importance politique et identitaire que revêt ce projet pour l’ensemble du peuple juif.
Le centre est hébergé dans le bâtiment Gutnick, longtemps associé aux efforts visant à consolider l’infrastructure juive et l’hospitalité à Hébron. Ce lieu chargé de symboles accueille désormais une installation multimédia de pointe alliant projections cinématographiques, reconstitutions visuelles et narration immersive pour raconter, siècle après siècle, l’histoire du peuple juif dans cette cité fondatrice.
Hébron, ville des Patriarches : une histoire que les visiteurs méconnaissent
Chaque année, des centaines de milliers de pèlerins et de touristes se rendent à Hébron, principalement pour prier à la Mé’arat Hamakhpéla, le lieu de sépulture d’Abraham, Its’hak, Yaakov et de leurs épouses Sara, Rébecca et Léa. Pourtant, une grande majorité repart sans avoir découvert les autres joyaux historiques et patrimoniaux que recèle la ville. « Beaucoup viennent prier et repartent sans connaître la richesse de ce que cache Hébron », résume le Rav Danny Cohen, directeur du Beth Habad d’Hébron.
Le nouveau centre ambitionne de changer cette réalité en guidant les visiteurs vers des sites historiques méconnus : l’antique cimetière juif, mais surtout le lieu de sépulture de la Rabbanite Ménou’ha Ra’hel Slonim, figure tutélaire de la présence ‘hassidique à Hébron au XIXe siècle. « Ce centre permet à chaque visiteur — quelle que soit son origine — de vivre pleinement l’histoire d’Hébron et de renforcer son lien personnel avec la ville de nos pères et de nos mères », a déclaré le Rav Cohen lors de la cérémonie.
La Rabbanite Ménou’ha Ra’hel Slonim : une matriarche au cœur de l’histoire habadnike d’Hébron
Née le 19 Kislev 5559 (1798) — jour même où son grand-père, le Rav Chnéour Zalman de Liadi, l’Admour Hazaken, fondateur de Habad, était libéré de prison en Russie — la Rabbanite Ménou’ha Ra’hel Slonim est la fille du Mitteler Rebbe, le Rav Dov Ber Schneuri, deuxième Admour du mouvement Habad-Loubavitch. Elle s’installa à Hébron en 1845, à l’âge de 47 ans, sur les conseils du Tséma’h Tsédek, son beau-frère et successeur du Mitteler Rebbe à la tête de Habad.
Pendant plus de quarante ans, elle fut une présence rayonnante et bienveillante au sein de la communauté hébronnaise. Réputée pour sa sagesse, sa piété et ses mérites spirituels, elle était vénérée aussi bien par les Juifs que par les Arabes de la ville, qui venaient lui demander conseils et bénédictions. Des miracles lui sont attribués : on raconte notamment qu’une crue menaçante s’arrêta au seuil de la maison où brûlaient ses bougies de Chabbat. Décédée le 22 Chevat 5648 (1888), elle repose dans le cimetière juif antique d’Hébron, dont sa tombe est aujourd’hui un lieu de pèlerinage et de prière.
Habad et Hébron : une alliance spirituelle pluriséculaire
Le lien entre Habad-Loubavitch et Hébron ne date pas d’hier. Dès les premières décennies du mouvement ‘hassidique, l’Admour Hazaken — emprisonné par les autorités russes notamment pour avoir acheminé des fonds à la communauté juive d’Hébron — avait fait de cette ville l’un de ses engagements prioritaires. Son fils, le Mitteler Rebbe, poussa cet élan plus loin encore : en 1815, il envoya des groupes de ‘hassidim renforcer la petite communauté hébronnaise, initia l’achat de parcelles de terrain et acquit la petite synagogue jouxtant la grande synagogue Avraham Avinou dans le vieux quartier juif.
Les représentants du Beth Habad ont tenu à rappeler cette profondeur historique lors de l’inauguration : « Tout au long des générations, les Admorim de Habad ont ardemment soutenu et encouragé la vie juive à Hébron. Ce n’est pas une relation récente — c’est un héritage vivant. » Ce centre d’exposition se veut précisément le gardien et le transmetteur de cet héritage pour les générations à venir.
Un projet soutenu par le Ministère du Patrimoine : une vision à long terme
L’inauguration de cette première phase n’est que le début d’une vision bien plus ambitieuse. Développé par le Beth Habad d’Hébron grâce à un soutien privé significatif et avec l’aide du Ministère israélien du Patrimoine, le projet du « Champ de Makhpéla » prévoit de transformer progressivement l’ensemble du site en un espace d’accueil de niveau mondial. L’objectif : faire d’Hébron non plus seulement un lieu de prière, mais une véritable destination culturelle et identitaire pour les visiteurs du monde entier.
Les organisateurs décrivent ce premier volet comme « l’amorce d’une expérience globale » qui, au fil des phases ultérieures, enrichira considérablement l’offre proposée aux visiteurs. Pour ceux qui foulent chaque année le sol de la ville de nos Patriarches, la « Porte d’Hébron » s’ouvre désormais sur bien plus qu’une prière à la Mé’arat Hamakhpéla : elle ouvre sur une histoire, un peuple, et un lien indestructible avec la terre d’Israël.

















