Au 27e Kinous Hachlouhim de France, le Rav Mendel Azimov, directeur du Beth Loubavitch de Paris, a prononcé un discours qui a profondément marqué l’assemblée. Avec une chaleur et une authenticité qui lui sont propres, il a évoqué cinquante-huit ans de Chli’hout à Paris, des anecdotes édifiantes sur l’entraide au sein du mouvement Loubavitch et une histoire personnelle saisissante sur le sauvetage d’une école en péril. Son message central résonne comme une profession de foi : lorsque D.ieu nous offre la possibilité d’aider un autre Chalia’h ou un autre juif, nous ne sommes que le canal des bénédictions du Rabbi — la journée ne nous appartient pas, elle Lui appartient.
Remerciements liminaires : une soirée qui ne s’improvise pas
Le Rav Mendel Azimov a ouvert son discours en adressant ses remerciements au comité du Kinous pour l’organisation de cette édition annuelle. Il a souligné combien la tâche est ardue : entre les contraintes liées aux Fêtes de Pessa’h et les multiples sessions qui s’enchaînent sans relâche durant vingt-quatre heures, tenir les délais et maintenir la qualité de l’événement relève d’un véritable tour de force. « On essaie toujours de respecter la date (le 2 Iyar) », a-t-il dit avec le sourire qui le caractérise, avant de préciser que cette soirée coïncidait avec un anniversaire personnel significatif : cinquante-huit ans, jour pour jour, depuis que ses parents, le Rav Chmouel et Bassie Azimov, avaient posé leurs valises à Paris pour y entreprendre leur mission de Chlou’him.
Il a ensuite remercié chaleureusement Philippe Besnainou, président de la communauté de Neuilly et vice-président du Consistoire, pour ses paroles d’encouragement et pour l’exemple qu’il ne cesse de donner, veillant à ce que la collaboration entre le Consistoire et le Beth Loubavitch se poursuive dans la meilleure harmonie possible. Ses remerciements se sont également étendus à Raphaël et à toute son équipe pour la parfaite organisation de la restauration tout au long de la journée, des trois repas inclus.
Un livre né d’une amitié : le le Rav Albert Guigui, Grand Rabbin de Bruxelles et le Rav Chabtaï Slavatitsky
Le Rav Azimov a ouvert une parenthèse chaleureuse autour d’un projet éditorial qui lui tient à cœur. Un jour,le Rav Chabtaï Slavatitsky d’Anvers lui avait demandé le nom d’une maison d’édition. Il lui en avait indiqué plusieurs, sans en savoir davantage. Il apprit peu après que cet ami s’apprêtait à publier un ouvrage en collaboration avec le Grand Rabbin de Bruxelles, le Rav Albert Guigui. Un donateur providentiel avait alors proposé de financer l’impression du livre, dont les éditeurs sont le Rav Slavatitsky et le Grand Rabbin de Bruxelles. L’ouvrage, agrémenté de la photographie du Rabbi en couverture, rassemble des récits bien connus et peut être acquis en librairie.
Le Rav Azimov a également remercié la famille Zetoun, qui offre chaque année un livre aux participants du Kinous. Cette année, on a offert un « Tanya Hachalem » de la part du Rav Shusterman qui avait traversé une épreuve terrible quarante ans auparavant en perdant son épouse, laissant ses enfants derrière lui. Cet homme avait néanmoins continué à avancer, à construire, et avait finalement rédigé un livre en anglais, distribué ce soir-là à l’ensemble des participants. Le Rav Azimov lui a adressé, à distance, toute sa gratitude.
L’esprit du Kinous : aider celui qui aide
Abordant le fond du Kinous, le Rav Azimov a salué l’élan remarquable qui a caractérisé cette année, avec l’inauguration et la rénovation de plusieurs Beth Habad à travers région parissenne. Il a rendu grâce au Rabbi pour tout ce qu’il continue d’accorder aux Chlou’him et à leurs communautés.
Le fil conducteur de la journée, a-t-il rappelé, était l’idée fondatrice de la solidarité entre Chlou’him : un Chalia’h qui aide un autre Chalia’h, une femme qui vient en aide à une autre, un juif qui tend la main à un autre juif. « En réalité, chacun et chacune ici a des histoires qu’il peut raconter », a-t-il observé, « et en racontant ces histoires, elles nous donnent une force immense. »
Il a alors évoqué un constat paradoxal, bien connu des directeurs de communautés : la grande majorité des charges d’un Beth Habad sont couvertes par des donateurs qui n’en franchissent jamais le seuil. Ce sont souvent des gens de l’extérieur qui soutiennent l’œuvre, tandis que ceux qui en bénéficient quotidiennement participent rarement aux frais. Son père lui avait donné la clef de lecture de ce mystère : « Aider à un juif ne coûte pas d’argent. Si tu ne reçois pas de lui en retour, ce n’est pas ton problème. Le Rabbi ouvrira des portes afin que d’autres juifs puissent aider ».
Le Rav Mendel Azimov a invité l’assemblée à s’inspirer de l’attitude du Rabbi lui-même. Peu importait que la personne qui s’adressait à lui lui soit inconnue, peu importait qu’elle n’ait jamais rien fait pour lui : le Rabbi répondait à chacun. Il le conseillait, l’accompagnait, lui accordait une bénédiction, faisait tout ce qui était en son pouvoir pour que ce juif obtienne ce dont il avait besoin. C’est cette disponibilité absolue, cette générosité sans calcul, qui doit guider chaque Chalia’h dans son service quotidien.
L’histoire du chèque qui a sauvé une école
Puis le Rav Azimov a partagé avec l’assemblée une histoire « peu connue, surtout des jeunes », une histoire qui lui a laissé une trace indélébile dans la vie.
Il y a environ vingt-cinq ans, alors que le complexe scolaire Haya Mouchka de la rue Petit était en plein chantier, une autre école Habad, à proximité, traversait d’immenses difficultés financières. Ses dirigeants avaient rédigé une lettre et l’avaient transmise à mon oncle le Rav Moché Kotlarsky a’h. Celui-ci avait regretté de ne pouvoir agir directement, mais avait conseillé de faire parvenir cette lettre à une autre personne. Sans en connaître tous les tenants et aboutissants, le Rav Mendel Azimov était chargé d’inspecter les comptes de l’école et d’en faire un rapport détaillé.
« J’avais vraiment pas la tête pour ça », reconnaît-il. Il s’est néanmoins acquitté de cette mission avec une rigueur exemplaire, produisant un compte rendu documenté qu’il conserve encore dans ses archives. Il transmit ce rapport à son oncle, le Rav Kotlarsky, qui le fit parvenir au donateur. La réponse fut foudroyante : le donateur s’engagea à verser la somme nécessaire pour sauver l’école — 850 000 à 900 000 euros, il y a vingt-cinq ans.
Le choc fut double. D’abord, l’ampleur de la somme. Ensuite, le fait que la confiance reposait entièrement sur lui : il était caution, celui dont la parole engageait l’ensemble de l’opération. Il appela le Rav Kotlarsky pour lui confier son malaise : « Je ne me sens pas à l’aise de me porter caution pour une affaire pareille. » La réponse de son oncle fut nette : « Ce n’est pas toi. C’est le Rabbi qui fait en sorte. »
La suite tint du prodige logistique autant que spirituel. Il fallut trouver une banque disposée à faire entrer les fonds le matin même pour les restituer l’après-midi sous forme de chèque de banque. Le Rav Mendel Azimov se rendit personnellement à Créteil pour remettre ce chèque au juge, apposant sa signature en caution sur les documents officiels. Son père, pour sa part, refusa catégoriquement de percevoir le moindre pourcentage sur la transaction — alors même que leur propre établissement manquait d’argent chaque jour.
La leçon gravée dans la mémoire
« Qu’ai-je appris de cette histoire ? » a demandé le Rav Azimov, avant de répondre lui-même. Lorsque D.ieu donne la possibilité d’aider un autre Chalia’h, lorsque D.ieu donne la possibilité d’aider un autre juif, lorsque D.ieu donne la possibilité d’être là — ce n’est pas nous. C’est quelque chose de difficile à intégrer, quelque chose qui dépasse nos forces humaines. Mais c’est précisément là que réside la grandeur de l’engagement du Chalia’h.
« La journée ne nous appartient pas. La journée appartient au Rabbi. » Chaque matin, au réveil, on dit la prière, et l’on aspire à ce que chaque heure, chaque moment de la journée soit rempli d’une mission accomplie. « On est un keli », un récipient, pour faire passer les bénédictions du Rabbi.
Les débuts héroïques : quand le cacher n’existait pas encore
Le Rav Azimov a conclu par une évocation nostalgique et émouvante des premières années de la présence Loubavitch à Paris, quand la nourriture cachère était encore une denrée rare. Il se rappelle avoir vu, tout enfant de cinq ou six ans, dans le couloir de chez ses parents, du beurre distribué aux familles qui en avaient besoin. Il se souvient d’expéditions jusqu’à Armentières pour y trouver des produits cachères, ou d’approvisionnements ramenés d’Angleterre, faute de magasins suffisamment fournis en France à l’époque.
Ces souvenirs témoignent du chemin parcouru, de la transformation accomplie par des générations de Chlou’him qui ont bâti, pierre après pierre, l’infrastructure de la vie juive en France. Que D.ieu fasse, a-t-il conclu, que nous puissions continuer ce travail ensemble, que la force du mouvement Loubavitch-Loubavitch — celle de travailler tous dans le même direction, avec le même objectif — ne se dément jamais, et que nous méritions tous une bonne année, poursuivant notre mission jusqu’à l’avènement de la Guéoula véritable et complète, avec le Rabbi à notre tête.
















