Au 27e Kinous Hachlouhim de Paris, Philippe Besnainou, vice-président du Consistoire israélite de Paris, a prononcé un discours aussi personnel qu’inattendu. Retraçant son parcours de jeune Tunisien peu observant devenu président de la première communauté consistoriale de France, il a rendu hommage sans détour au mouvement Habad. Dans un aveu qui a surpris plus d’un participant, il a exprimé ses regrets face à la méfiance persistante du Consistoire envers les Chlou’him.

 

 

Un enfant du Belvédère qui ne voulait pas aller chez Pinson

C’est avec une franchise désarmante que Philippe Besnainou a ouvert son discours, se présentant comme un Tunisien du quartier bourgeois du Belvédère de Tunis — ce qui, a-t-il précisé en souriant, « vous donne un peu l’état d’esprit » dans lequel il a grandi. Car dans ce quartier, on n’était « pas très religieux ». Lorsque le Rav Pinson avait installé son école précisément au Belvédère, l’accueil de la communauté juive tunisienne avait pourtant été chaleureux, et sa présence avait apporté beaucoup. Mais les jeunes du quartier, eux, fuyaient. Chaque fois que le Rav envoyait son émissaire Mamou pour les convier à la prière du soir, ils décampaient. « On ne voulait pas du tout aller chez Pinson. »

Les années ont passé. Un jour, son ami Michel Bismut lui a dit : « Philippe, qu’est-ce qu’on a regretté. On avait un diamant avec nous et on n’a pas su en profiter. » Cette phrase, Besnainou l’a citée avec l’émotion de quelqu’un qui a mis du temps à comprendre ce qu’il avait laissé passer.

De Tunis à la tête de la première communauté de France

La vie l’a conduit en France, puis vers des responsabilités communautaires qu’il n’avait pas anticipées. Il est devenu président de la communauté du Consistoire de Neuilly — « la première communauté consistoriale de France et même d’Europe », précise-t-il non sans fierté. Puis vice-président du Consistoire israélite de Paris, élu il y a cinq ans avec une large avance. Il a raconté en riant que lors de ses campagnes, il commençait toujours son discours par « né à Tunis » — ce qui lui valait des regards perplexes de ses collègues, avant que les résultats lui donnent raison.

C’est dans ce cadre qu’il a découvert la famille Azimov, les Chlou’him de Habad à Paris. Il s’est refusé à en dire davantage : « Tout ce que je dirais ne serait pas assez. »

Il a conclu en déclarant que, en tant que Président de la communauté Israélite Neuilly Ancelle, la famille du Rav Lévi Azimov fait désormais partie de sa propre famille. Un mot simple, venu du cœur, qui a clos un discours aussi spontané qu’inhabituel dans les enceintes du monde consistorial.