Dans ce cours magistral sur le Tanya, le Rav Yossef Its’hak Ofen explore les profondeurs du Chaar Hayih’oud Vehaémouna, chapitre 4. Il y dévoile comment le concept des «Kélim» (réceptacles) résout la question fondamentale de la multiplicité apparente dans la Divinité. Une exploration fascinante qui révèle pourquoi la Torah et les Mitsvot demeurent essentielles même lorsque tout est fondamentalement Divinité.
Rav Yossef Itshak Ofen – Chaar Hayih’oud Vehaémouna, chapitre 4
Le Tsimtsoum comme réalité des Kélim
Nous sommes à la page 158 et avons commencé à étudier le passage entre crochets. L’Admour Hazakène souhaite ici répondre à plusieurs questions. Dans les enseignements précédents, nous avons appris que chaque créature possède une parole des Dix Paroles qui lui donne existence, et que cette parole se trouve à l’intérieur de la créature, de sorte que celle-ci est annulée face à la parole divine, comme le rayon de lumière à l’intérieur du soleil.
Et pourquoi ne voyons-nous pas et ne ressentons-nous pas cette parole divine ? L’Admour Hazakène a expliqué que, tout comme le soleil possède un étui qui voile sa lumière pour qu’elle ne soit pas trop intense et puisse être reçue, de même il existe le Nom Élokim – l’attribut de Guevoura (rigueur) du Saint béni soit-Il – qui dissimule la vitalité divine afin qu’elle ne soit pas révélée aux créatures. C’est pourquoi la créature se perçoit comme une entité indépendante.
La question de la division dans la Divinité
Se pose alors la question suivante : selon cela, il y aurait une division dans la Divinité, puisque chaque créature possède sa propre parole et son propre nom ! Or nous étudions ici l’unité divine – comment peut-il y avoir division dans la Divinité ?
L’Admour Hazakène répond que le Tsimtsoum et le voilement sont appelés du nom de «Kélim» (réceptacles). C’est ce que nous avons commencé à étudier dans le passage entre crochets. Cela signifie que le Tsimtsoum est une réalité, non une absence. S’il s’agissait d’une simple absence, il en résulterait qu’en réalité tout est Divinité et que nous ne le voyons simplement pas.
Le sens de la Torah et des Mitsvot
Or, si tel était le cas, une autre question se poserait : tout le propos de la Torah et des Mitsvot est d’élever les choses matérielles vers la Divinité. Mais si dès le départ tout est Divinité et que nous ne le voyons simplement pas, alors tout le sens de la Torah et des Mitsvot disparaît !
Et la plus grande question concerne les Tsadikim (justes) qui, eux, voient la vérité. Que signifie pour eux la Torah et les Mitsvot ? Ils voient que toutes les choses matérielles sont Divinité ! Alors quel sens y a-t-il à prendre une chose pour l’élever vers la Divinité alors qu’elle est déjà Divinité ?
L’allégorie de la lumière à travers le verre coloré
L’Admour Hazakène explique donc que le Tsimtsoum et le voilement sont appelés «Kélim», et la vitalité elle-même est appelée «Or» (lumière). Ainsi, la lumière est la même lumière – c’est comme la lumière du soleil qui passe à travers un verre vert ou rouge ou toute autre couleur. Dirions-nous qu’il y a division du soleil ? Non ! Le soleil reste le même soleil, mais comme nous recevons la lumière par l’intermédiaire de Kélim, ce sont ces Kélim qui créent la division.
De même, la Divinité est la lumière de l’Infini, elle est une. Mais le fait qu’il y ait un Tsimtsoum – ce Tsimtsoum est une réalité de Kélim et de lettres, et ce sont eux qui créent la division. Ainsi, le fait que chaque créature apparaisse différente d’une autre vient de ce qu’elle reçoit la lumière divine par l’intermédiaire de Kélim.
Le voilement est une réalité divine
Et puisque les Kélim voilent, c’est une réalité véritable. Le voilement est certes Divinité, mais puisque c’est le Créateur qui fait ce voilement, nous recevons par l’intermédiaire de ce voilement. Il est vrai que du point de vue du Créateur il n’y a pas de voilement, car tout le voilement n’existe que du point de vue des récepteurs – c’est-à-dire nous. Mais de notre point de vue, il y a véritablement un voilement.
Quel est donc le rôle de la Torah et des Mitsvot ? Élever les choses à un niveau où il n’y a plus de voilement ni de Kélim – les élever au-dessus des Kélim, les unifier avec la lumière de l’Infini. C’est là le sens des Mitsvot. Il est donc tout à fait compréhensible que les Mitsvot s’appliquent à des choses qui existent et sont reçues par l’intermédiaire du voilement.
La source des lettres et des Guevourot
Se pose alors la question : si la lumière est sans limite, comment le Kéli, qui est limité, peut-il voiler l’illimité ? Le Kéli aurait dû s’annuler !
Le Rabbi poursuit et explique que les lettres ont leur source dans les lettres finales מנצפ״ך (Mem, Noun, Tsadik, Pé, Khaf). Ces lettres finales évoquent les Guevourot (rigueurs). En général, une lettre finale ne peut recevoir d’ajout car elle est finale. Cela évoque donc la Guevoura – le mot se termine lorsqu’il y a une lettre finale.
Il y a cinq lettres finales qui symbolisent les Guevourot, qui sont les cinq Guevourot. Pourquoi cinq ? Parce que les attributs principaux sont au nombre de cinq, et chaque attribut contient tous les autres. Ainsi, il y a la Guevoura dans le ‘Hessed, la Guevoura dans la Guevoura, la Guevoura dans le Tiféret, dans le Netsa’h et dans le Hod – ce qui fait cinq Guevourot.
Les cinq articulations de la bouche
C’est aussi la raison pour laquelle l’être humain possède cinq points d’articulation dans la bouche. Sa voix est une voix unique, tout à fait simple. Que nous disions «Alef» ou «Beth», c’est la même voix. Tout provient du souffle du cœur. Et où cela se divise-t-il ? En lettres, dans la bouche. Pourquoi seulement cinq articulations ? Il y a d’autres Sefirot !
Le Yessod transmet les cinq, et la Malkhout reçoit les cinq. Mais les attributs principaux eux-mêmes sont au nombre de cinq. C’est aussi la raison pour laquelle toute mesure est de 500 – de la terre au firmament, entre chaque firmament et l’épaisseur de chaque firmament – pourquoi 500 ? Parce que tout provient des attributs, et comme il y a cinq attributs, chacun comprend dix, et chacun des dix comprend encore dix, ce qui nous amène au nombre 500.
Ainsi, dans la bouche de l’être humain également, comme en haut, il y a cinq Guevourot qui séparent la voix et la divisent en vingt-deux lettres. Chez l’être humain, cela fonctionne ainsi : il a une voix, et tout passe par les points d’articulation de la bouche, et ces articulations créent la division en vingt-deux lettres.
La source commune des ‘Hassadim et des Guevourot
En haut également, il y a cinq Guevourot auxquelles les lettres מנצפ״ך font allusion. Ces Guevourot divisent et séparent le souffle et la voix. Et la source des cinq Guevourot est la «Boutsina deKardinouta» – la flamme obscure, noire. C’est la Guevoura supérieure du Kéter, l’Atik Yomin.
Cela signifie que cela explique comment la Guevoura peut voiler le ‘Hessed – car à leur source, ils sont la même chose. À la source, les deux – la Guevoura supérieure et la source des ‘Hassadim – proviennent de l’Atik Yomin, du Kéter. C’est la raison pour laquelle la Guevoura peut voiler le ‘Hessed.
Autrement dit, bien que dans le monde d’Atsilout le ‘Hessed soit supérieur et la Guevoura soit le deuxième attribut, dans l’Atik, à la source, c’est véritablement une seule chose. Cela nous explique pourquoi il est possible que la Guevoura voile la lumière du ‘Hessed.
La création par l’attribut de rigueur
L’Admour Hazakène poursuit au chapitre 5 : «Et voici, à ce sujet nos Sages ont dit : Au début, Il pensait créer le monde avec l’attribut de rigueur.»
Ici il y a une précision importante : que signifie créer le monde avec l’attribut de rigueur ? Comment peut-on créer un monde avec le Tsimtsoum ? Le Tsimtsoum est un arrêt ! Que signifie donc créer le monde avec l’attribut de rigueur ?
En vérité, l’intention n’est pas que le Tsimtsoum soit le Tsimtsoum lui-même, mais une réalité de Kélim. Créer le monde avec l’attribut de rigueur signifie que la lumière soit une lumière contractée, qu’elle passe par des Kélim qui limitent la lumière, et ainsi le monde peut recevoir.
Le monde ne peut subsister sans la révélation divine
Mais la finalité est qu’il n’y ait pas de voilement de la Divinité – la finalité est qu’il y ait révélation de la Divinité dans le monde. Le Saint béni soit-Il veut qu’il y ait une «demeure dans les mondes inférieurs» – une demeure pour Son Essence, que la Divinité se révèle dans le monde par la Torah et les Mitsvot.
C’est là l’existence du monde. Le Saint béni soit-Il a vu qu’avec l’attribut de rigueur seul, le monde ne pouvait subsister. «Il y a associé l’attribut de miséricorde.» Que signifie associer l’attribut de miséricorde ? La miséricorde (Ra’hamim) c’est la révélation, la rigueur (Din) c’est le voilement, la miséricorde c’est la révélation.
Le Nom Havayé dans la création
C’est pourquoi il est écrit le Nom Havayé. Il est écrit «Au commencement, Élokim créa» – c’est le Tsimtsoum. Mais à la fin de la création il est écrit «Le jour où Havayé Élokim fit la terre et les cieux.»
Le Saint béni soit-Il a donc associé à l’attribut de Tsimtsoum également l’attribut de miséricorde. Qu’est-ce que cette association ? Qu’il y ait de la Divinité au-delà du Tsimtsoum. C’est-à-dire que la révélation divine se fait par les Tsadikim, par les signes et les prodiges mentionnés dans la Torah.
Élokim et la nature
Élokim en guématria (valeur numérique) égale Téva (nature). Le Téva (nature) c’est le voilement. Téva vient aussi du mot comme quelque chose qui est enfoncé (Nitba), qu’on ne voit pas, qui est couvert. De même, la Divinité de la nature – Élokim qui est la guématria de Téva – est une Divinité couverte, voilée. Il nous semble que le monde fonctionne par lui-même, on ne voit pas que le Créateur dirige le monde.
Mais la miséricorde, oui ! Lorsqu’il y a des signes et des prodiges, on est obligé de reconnaître que c’est la main de D.ieu qui a fait cela. On voit une révélation de la Divinité.
Les miracles sont inscrits dans la création
Mais pourquoi parle-t-il des signes et prodiges qui sont dans la Torah ? Et qu’en est-il des prodiges qui ne sont pas écrits dans la Torah ? Lorsque le Rabbi a prononcé ce discours, il a mentionné le miracle du 12 Tamouz et a dit que nous n’avons pas vu ni été témoins de la grandeur des signes et des prodiges qui eurent lieu alors. Ce n’est pas écrit dans la Torah – n’est-ce pas une révélation de la Divinité ? Par les Tsadikim aussi il y a révélation de la Divinité, alors pourquoi souligne-t-il ici «dans la Torah» ?
Le Rabbi a expliqué que dans la Torah se trouve déjà tout ce qui sera jusqu’à la fin des temps inclus. Cela signifie que ce n’est pas quelque chose qui s’est innové au moment où le prodige a eu lieu, mais le monde a été créé de telle façon qu’il contient déjà la force du signe et du prodige.
L’ouverture de la mer Rouge et la condition originelle
Cela nous explique aussi comment le monde subsiste jusqu’à ce qu’arrive tel prodige. Nous avons dit que le monde ne peut subsister sans révélation de la Divinité par des signes et des prodiges. Alors comment le monde subsiste-t-il en attendant ?
La réponse est qu’au moment de la création, le Saint béni soit-Il a déjà mis cette force dans le monde. Et où trouvons-nous cela ? Nous le trouvons concernant l’ouverture de la mer Rouge. Nos Sages interprètent le verset «Et la mer retourna vers sa force» (léétano) – les lettres de «léétano» forment «léténao» (à sa condition). Le Saint béni soit-Il avait posé une condition aux œuvres de la création, qu’elle s’ouvre lorsque viendrait le moment de l’ouverture de la mer Rouge. Le Saint béni soit-Il avait déjà posé cette condition lors de sa création.
L’histoire de Rabbi Pin’has ben Yaïr
La même chose se trouve concernant Rabbi Pin’has ben Yaïr qui allait accomplir la Mitsva de rachat des captifs. Il arriva à un fleuve appelé Guinaï et devait traverser, mais le fleuve ne le laissait pas passer.
Il dit au fleuve : «Guinaï, Guinaï, partage-moi tes eaux pour que je puisse passer !»
Le Guinaï lui répondit : «Toi, tu as été créé le sixième jour, moi j’ai été créé le troisième jour. J’étais avant toi ! J’ai une mission à accomplir ici. Que me dis-tu de m’ouvrir ?»
Rabbi Pin’has lui dit : «Si tu ne me partages pas tes eaux, je décrète que plus jamais des eaux ne passeront en toi !»
C’est ce qu’il lui dit. Et alors le fleuve s’ouvrit. Et non seulement lui passa, mais toutes les personnes qui l’accompagnaient passèrent avec lui.
La condition de la création
Le Rabbi a expliqué : apparemment, que dit réellement Rabbi Pin’has au fleuve ? Le fleuve a un argument valable – il a été créé avant lui et il a une mission. Alors pourquoi l’empêche-t-il d’accomplir sa mission ?
Première question. Et une autre question : la Guemara dit «je décrète que plus jamais des eaux ne passeront en toi» – «léolam» (pour toujours). Que signifie «pour toujours» ? Le mot «léolam» semble superflu. Il aurait dû être écrit «je décrète que des eaux ne passeront pas en toi». Que signifie «pour toujours» ?
Le Rabbi a expliqué que les prodiges que font les Tsadikim font partie de la condition qui était dans la création. C’est ce que Rabbi Pin’has lui enseigne : la création a été créée pour Israël, afin qu’ils puissent accomplir leur mission. Et puisqu’il est occupé à la Mitsva de rachat des captifs, tout le monde a été créé pour cela. Donc tu dois t’ouvrir, car c’est une condition !
Le sens profond de «pour toujours»
Si tu n’accomplis pas la condition, alors il se révèle rétroactivement que tu n’es pas une réalité, car tu n’as pas accompli la condition. La condition de ta création est uniquement si tu accomplis la condition.
C’est donc là le sens de «pour toujours» – rétroactivement tu n’es pas une réalité. Ce n’est pas qu’à partir de maintenant tu ne seras plus une réalité – tu n’as pas accompli la condition, il se révèle rétroactivement que tu n’as aucune réalité du tout.
Le verset «la mer retourna vers sa force»
C’est aussi l’explication de pourquoi il est écrit «la mer retourna léétano (vers sa force)» – «léténao (à sa condition)» – après l’ouverture. «Léétano» signifie sa force et sa puissance. Cela aurait dû être écrit avant l’ouverture de la mer Rouge. Pourquoi est-ce écrit après ?
C’est seulement lorsque la mer a accompli la condition qu’il s’est révélé qu’elle est une réalité véritable. Alors «léténao» – le fait qu’elle ait accompli la condition – est devenu «léétano». Elle est devenue forte et puissante, parce qu’elle a accompli la condition.
L’unité des attributs dans le monde d’Atsilout
C’est donc le concept que la révélation de la Divinité par les Tsadikim à travers les signes et les prodiges est dans la Torah, car la Torah – les Dix Paroles de la Torah – c’est d’elles qu’a été faite la création, et là se trouve déjà toute la révélation de Divinité qui sera pendant toute la durée de l’existence du monde.
«Et voici, à ce sujet il est dit dans le Zohar qu’en haut, du côté de la sainteté supérieure, il y a droite et gauche» – c’est-à-dire ‘Hessed et Guevoura. Cela signifie que la révélation divine se fait par les Tsadikim. Le ‘Hessed comme la Guevoura sont des attributs qui sont au-delà de la compréhension des créatures – c’est de la Divinité.
Et telle est l’expression du Zohar : dans le monde d’Atsilout, «Lui et Ses attributs sont un». «Lui» c’est l’Essence, «Ses attributs» ce sont les Kélim – l’Essence et les Kélim sont un dans le monde d’Atsilout. Pas seulement à la source, comme nous l’avons appris précédemment, que la source des Guevourot et la source des ‘Hassadim sont dans l’Atik, dans le Kéter.
Mais même lorsque cela se prolonge dans le monde d’Atsilout, là aussi les attributs et l’Essence du Créateur sont une seule chose. Cela nous explique comment les attributs fonctionnent ensemble – comment l’attribut de ‘Hessed qui est d’épancher, et l’attribut de Guevoura qui est de voiler, travaillent ensemble.
Ce qui reste à étudier
Ce qui nous reste concernant les Tsadikim, nous l’étudierons lors du prochain cours avec l’aide de D.ieu.
Nous comprenons que le Tsimtsoum est une réalité de Kélim et qu’ils voilent. Nous comprenons aussi que la Torah et les Mitsvot servent à attirer la Divinité qui est au-delà du voilement – c’est l’attribut de miséricorde.
Ce qui nous reste à comprendre : pour les Tsadikim qui, apparemment, n’ont pas de voilement – quel est pour eux le sens de la Torah et des Mitsvot ? Ils voient que la chose est dès le départ Divinité ! Cela, nous l’étudierons dans la suite.












