Même après quatre décennies, il n’est jamais trop tard pour rétablir la vérité. La date du 13 Kislev est communément associée à une décision du tribunal fédéral américain qui aurait exempté le Rabbi de témoigner dans l’affaire des livres. Or, cette version des faits ne correspond pas à la réalité historique.
Le 13 Kislev est présentée partout comme le jour où le tribunal fédéral des États-Unis aurait statué que le Rabbi était dispensé de venir témoigner devant la cour dans l’affaire des livres. Cette version n’a jamais existé, pas même sous forme allégorique : le tribunal fédéral n’a jamais rendu de décision établissant que le Rabbi n’est pas tenu de témoigner.
Ce qui s’est réellement passé
En réalité, après des négociations entre l’avocat du Rabbi et celui de la partie adverse, un accord fut trouvé : la partie adverse retirerait sa demande de faire témoigner le Rabbi. C’est effectivement ce qui se produisit, et les deux parties déposèrent une requête conjointe auprès du tribunal, renonçant à la déposition du Rabbi.
La raison de ce revirement est la suivante : lorsque la partie adverse apprit que l’Agoudat Hassidei Habad souhaitait convoquer le père du plaignant, Rav Chemouel Gourary, à la barre des témoins, elle accepta de renoncer au témoignage du Rabbi. Cette concession ouvrit la voie à l’accord procédural.
Le tribunal ne s’est jamais prononcé
En définitive, le tribunal n’a jamais été saisi de cette question et n’a certainement jamais tranché que le Rabbi n’est pas tenu de témoigner, c’est-à-dire que le Rabbi n’avait pas à comparaître devant la cour concernant l’affaire des livres. D’ailleurs, le Rav Chemouel Loubecki, auteur de l’ouvrage Didane Natsa’h, a corrigé ce point dans sa nouvelle édition, précisant que la partie adverse avait accepté cet arrangement procédural.

La formulation correcte
La désignation exacte du 13 Kislev devrait être : le jour où l’on apprit que le Rabbi n’aurait pas à témoigner. Comme chacun le sait, la perspective de devoir témoigner pesait considérablement sur le Rabbi. Le témoignage aurait dû se dérouler dans la salle de la bibliothèque, spécialement préparée à cet effet pour le 13 Kislev, et non au tribunal, de la même manière que le témoignage de la Rabbanit avait été recueilli à son domicile. La joie que cette nouvelle procura au Rabbi et aux Hassidim, lorsqu’ils apprirent qu’il n’aurait pas à témoigner, fut immense.
Une citation souvent mal interprétée
En marge de ces précisions, la formule fréquemment citée selon laquelle, conformément à la Halakha du Rambam, le Rabbi n’est pas tenu de témoigner et l’on ne témoigne pas contre lui, n’est pas non plus exacte dans ce contexte.
La source de cette loi se trouve dans le Talmud de Babylone, traité Sanhédrine, page 19b : Rav Yossef enseigna que cette règle ne s’applique qu’aux rois d’Israël, mais concernant les rois de la maison de David, ils jugent et sont jugés, comme il est écrit : Maison de David, ainsi parle l’Éternel, rendez la justice dès le matin. La Guemara explique ensuite pourquoi les rois d’Israël ne témoignent pas, en raison d’un incident déshonorant qui s’était produit. Cependant, le Kessef Michné, chapitre 3 des lois sur les rois, halakha 7, précise que si un Rabbi de la maison de David peut être jugé, il n’est pas tenu de témoigner en raison de son honneur.
L’origine de cette confusion
Il est probable que cette citation fut associée au 13 Kislev par les rédacteurs des journaux de l’époque au 770. Lorsque j’ai discuté avec l’un d’entre eux, il m’a confié : Tu as raison… j’avais bu pas mal de Le’haïm ce soir-là…












