Pendant plus de trois décennies, le Rav Yera’hmiel Binyamin Klein se tint dans l’ombre du Rabbi, gardien silencieux de ses secrets et trait d’union discret entre le 770 et les plus hauts dirigeants d’Israël. Homme d’une réserve absolue, il portait sur ses épaules le poids de questions de vie ou de mort sans jamais rien en laisser paraître, au point que le Rabbi le surnomma « mein général », mon général. À l’occasion du 18 Sivan, jour de son Yortzeit, voici réunis le récit de sa vie et quelques-uns des rares souvenirs qu’il accepta un jour de confier.

 

 

 

Un enfant de Jérusalem

Le Rav Yera’hmiel Binyamin Klein vit le jour à Jérusalem le 6 Av 5695 (1935). Son père, le Rav Mena’hem Klein, était un érudit de la Torah respecté, qui dirigeait la ‘Hevra Kaddicha de Jérusalem. Sa mère, Ra’hel, s’éteignit peu après l’avoir mis au monde, à l’image de Ra’hel, l’épouse de Yaakov, aimait-il à dire. C’est pourquoi il reçut le nom de Yera’hmiel, en mémoire de sa mère, et celui de Binyamin, comme le fils que Ra’hel enfanta au prix de sa vie.

C’est par l’intermédiaire de la Yechiva Matmidim qu’il s’approcha pour la première fois du ‘Hassidisme. Un certain Klein — sans lien de parenté avec lui — le conduisit à Torat Emet, la Yechiva Habad de Jérusalem, et c’est là qu’il devint un Hassid Habad. Leur maître spirituel y était le Rav Moché Yehouda Reichman, et le directeur de la Yechiva, le Gaon Rav Moché Leib Chapira. Aux jours de congé, les élèves se rendaient à Lod, aux rassemblements du maître spirituel, le Rav Chlomo ‘Haïm Keselman. Le jeune homme s’y distingua par l’ardeur de son étude.

Dès 1951, alors qu’il interrogeait avidement un visiteur venu de Brooklyn au sujet du Rabbi, il reçut cette réponse qui devait l’accompagner toute sa vie : « Loubavitch, c’est la royauté. »

L’arrivée auprès du Rabbi

Dans les premières années, tout jeune homme d’Israël désirant venir auprès du Rabbi devait au préalable en obtenir l’autorisation. Le Rav Klein patienta environ six mois ; lorsque l’accord arriva enfin, il lui suffit de deux jours pour réunir tous les visas et les autorisations de l’armée. Avant le Chabbat du 20 Mena’hem Av 5716 (1956), il reçut son autorisation, et dès le jeudi il se trouvait déjà auprès du Rabbi. On comptait alors quelque trente-cinq jeunes hommes qui étudiaient au 770.

Il aimait rappeler combien la règle était stricte en ce temps-là. Il avait entendu raconter que le Rav Guerchon Mendel Gourlik souhaitait venir, mais que le Rabbi tarda longtemps à le lui permettre. Gourlik pria le Rav Leibel Raskin de demander à la Rabbanit ‘Hanna, dont il était proche, d’intercéder en sa faveur ; mais celle-ci refusa, ne voulant pas que le Rabbi accordât son consentement à cause d’elle. L’usage voulait en effet que chacun obtînt d’abord l’autorisation du Rabbi, et celle-ci seulement permettait de venir. Cette règle ne fut levée que lorsque l’affluence devint trop importante. Le Rabbi posait aussi comme condition de ne point venir sans l’accord de ses responsables au travail et sans contracter de prêts — conditions que, pour une raison ou une autre, les uns et les autres finirent par négliger. Un jour, un homme de la communauté de Terre sainte se présenta sans l’autorisation du Rabbi ni celle de son supérieur ; le Rabbi ne lui adressa pas la parole lors du Farbrenguen et ne répondit pas à son « L’Haïm ». À l’issue du Chabbat, le Rav Hodakov lui enjoignit de rentrer, et l’homme s’en retourna.

Pour le jeune Klein, en revanche, l’accueil fut empreint d’une chaleur particulière. À son arrivée, le Rabbi dépêcha un groupe d’étudiants pour l’accueillir à l’aéroport, et le Chabbat suivant, lors du Farbrenguen hebdomadaire, le Rabbi partagea avec lui des mets de sa propre table — une marque de distinction rarissime.

Au cœur du travail saint

Jeune homme, le Rav Klein se consacra à l’organisation des Messibot Chabbat, ces réunions qui rassemblaient les jeunes le Chabbat après-midi pour une heure ou deux d’étude juive, d’inspiration et de joie. Deux organisations étaient alors actives : les Messibot Chabbat et la Chla’h ; l’émissaire Rav Berel Chem Tov s’en était occupé avant lui. Peu avant son mariage, il entra en Ye’hidout avec sa fiancée, comme c’était l’usage à l’époque ; après qu’elle fut sortie et qu’il fut resté seul, le Rabbi lui demanda de prendre en charge, une fois marié, l’organisation des Messibot Chabbat.

Il fut aussi responsable de l’envoi des jeunes hommes en mission, dans le cadre du Merkos Chli’hout, ce programme de « Rabbanim itinérants » qui le mena à travers de nombreux États de l’Ouest américain, mais aussi à Cuba, en Amérique du Sud et ailleurs, portant la littérature juive, l’inspiration et le lien à la vie juive jusqu’aux communautés et aux individus les plus isolés. Le Rabbi en personne s’impliquait parfois jusque dans le détail des itinéraires. La consigne voulait que l’on s’entretînt séparément avec chacun des candidats, afin que le refus de l’un n’entraînât point celui de l’autre. Le Rav Klein leur expliquait qu’il s’entretenait d’abord avec eux avant de soumettre les noms appropriés au Rabbi ; en vérité, c’était le Rabbi qui examinait et approuvait d’abord la liste, après quoi seulement il allait parler aux jeunes gens. Trois conditions étaient requises : une bonne santé, l’accord des parents, et une troisième condition encore. Un jour, l’un d’eux refusa de s’inscrire, persuadé que le Rabbi ne l’enverrait jamais et qu’il était même inutile de transmettre son nom. Le Rav Klein le rapporta au Rav Hodakov, qui lui répondit : « Qu’est-ce que cela peut te faire ? Transmets son nom malgré tout. » Il le transmit — et c’est précisément celui-là que le Rabbi choisit.

Au secrétariat, parmi les lettres du Rabbi

En 1961, il épousa Laya Schusterman. Son beau-père, le Rav Morde’haï Schusterman, comptait parmi les principaux Hassidim de Crown Heights et lisait fréquemment la Torah en présence du Rabbi, au siège mondial de Loubavitch, à 770 Eastern Parkway. Le jeune couple fut ensuite envoyé par le Rabbi à Melbourne, en Australie, où le Rav Klein fut l’un des fondateurs de la Yechiva Guedola d’Australie et de Nouvelle-Zélande.

Peu après, en 1963, il regagna New York. Sur la suggestion du Rabbi, il rejoignit le secrétariat comme assistant du Rav ‘Haïm Morde’haï Aïzik Hodakov, chef de cabinet du Rabbi. Ses fonctions consistaient, certains soirs, à introduire et à reconduire les visiteurs hors du bureau du Rabbi. Au quotidien, il portait au Rabbi les questions et les requêtes des uns et des autres, puis transmettait les réponses ; à des heures déterminées, il conduisait aussi la voiture du Rabbi.

Il connaissait dans le détail l’ordonnancement du travail des lettres. Le Rabbi examinait le courrier à son domicile, puis l’apportait à 770 dans une enveloppe qu’il tenait en descendant de voiture. Le secrétaire, le Rav Nissan Mindel, venait deux fois par semaine, les lundis et les jeudis, pour travailler aux lettres : il entrait chez le Rabbi l’après-midi, puis les rédigeait ; les autres jours, il travaillait à des discours destinés à la jeunesse. Une fois le texte établi par le secrétaire, le Rabbi le corrigeait, puis signait lui-même ou confiait au secrétaire le soin de signer ; on en faisait alors deux copies, l’une pour le secrétariat, l’autre destinée à l’envoi. De là, expliquait-il, une difficulté propre aux archives : certaines lettres n’étaient pas définitives, et beaucoup ne furent jamais expédiées, de sorte qu’une personne peut découvrir aujourd’hui qu’il existe à son nom une lettre du Rabbi qui, en réalité, ne lui fut jamais adressée. Le Rav Chalom Mendel Simpson dactylographiait les lettres au texte standard ; lorsqu’il s’agissait d’une lettre d’anniversaire ou de Bar Mitsva, le Rabbi y inscrivait un texte que Simpson recopiait. Quand débuta l’édition des lettres, le Rabbi lui en confia le travail, qu’il accomplit à partir des archives — où chaque lettre, on l’a dit, existait en deux exemplaires.

Un trait d’union avec les dirigeants d’Israël

Parlant l’hébreu en langue maternelle, le Rav Klein tissa au fil des ans des liens étroits avec les responsables de toutes les branches de la vie politique, militaire et sécuritaire d’Israël, qui venaient régulièrement solliciter le conseil du Rabbi. Des décennies plus tard, il demeurait d’une discrétion légendaire sur les rapports étendus que le Rabbi entretenait avec eux. Comme on lui demandait un jour pourquoi il n’avait jamais tenu de journal consignant les innombrables scènes auxquelles il avait assisté à la cour du Rabbi, il répondit : « Quand on apporte au Rabbi les questions de la vie des gens, il faut venir l’esprit entièrement vierge, sans rien d’autre en tête. »

Les rares récits qu’il consentit à livrer suffisent pourtant à mesurer ce qu’il avait vu. Après la Guerre des Six Jours, le général Arik Sharon vint chez le Rabbi. En sortant de la pièce, il interrogea le Rav Klein : « Binyamin, le Rabbi est-il allé en Israël ? » Devant sa réponse négative, le général, stupéfait, lui rapporta l’entretien : le Rabbi lui avait demandé pourquoi l’on ne bâtissait pas dans les territoires revenus à Israël. Sharon avait objecté l’absence d’infrastructures d’eau et d’électricité ; le Rabbi l’avait alors prié de citer un endroit précis, puis, prenant un crayon, avait tracé sur le papier le tracé par lequel on pourrait y acheminer l’électricité, et celui par lequel on amènerait l’eau. « Qu’en penses-tu ? lui dit Sharon. Si le Rabbi était allé en Israël, nous l’aurions tous su ; il ne s’y serait pas rendu à la faveur de la nuit. » Une scène semblable se produisit avec le général Aharon — « Aharélé » — Yariv, qui vint d’ailleurs plusieurs fois chez le Rabbi. Une autre fois encore, le Rabbi décrivit à un visiteur l’aspect d’un lieu de la Vieille Ville de Jérusalem, comme s’il l’avait vu de ses yeux.

Comment, concrètement, le Rabbi savait-il tout cela ? D’abord, expliquait le Rav Klein, parce que la Terre d’Israël lui tenait infiniment à cœur et qu’il s’enquérait sans cesse de ce qui s’y passait. Ensuite, parce que des hommes l’en informaient. Ainsi de Yossi Tsahanover, qui dirigea la délégation de sécurité aux États-Unis avant de devenir directeur général du ministère des Affaires étrangères, et qui demeurait longuement assis auprès du Rabbi à chacune de ses visites. Comme il confiait un jour vouloir quitter le ministère de la Défense pour devenir avocat, le Rabbi lui demanda pourquoi il s’orienterait vers un métier où l’on ne réussit pas sans un shekel en poche — et de fait, il ne devint pas avocat.

La Rabbanit préparait-elle pour le Rabbi des coupures de presse ? Le Rav Klein le confirma à demi-mot, et raconta : un jour, le Rabbi lui signala une information parue dans le New York Times, selon laquelle on avait découvert du pétrole en Norvège et l’on cherchait des acquéreurs. Le Rabbi lui ordonna de se rendre à l’antenne new-yorkaise du ministère israélien de la Défense pour la leur communiquer ; il s’y rendit, et un accord fut effectivement conclu. Comme il rapportait cet épisode, quelqu’un lui demanda un jour quel pourcentage le Rabbi avait perçu sur l’affaire ; il lui fallut du temps pour faire comprendre à son interlocuteur que le Rabbi n’avait rien gagné, et qu’il existait des hommes qui se soucient véritablement du peuple d’Israël sans en retirer le moindre profit. Quelques mois avant cet entretien, on lui avait confirmé au ministère de la Défense que le contact noué avec la Norvège se poursuivait encore.

Shimon Peres, lui aussi, fut reçu en Ye’hidout. Il raconta que ses parents n’avaient pas d’enfants et qu’il était né grâce à la bénédiction du saint Rabbi de Belz. Le Rabbi lui dit qu’un homme né d’une telle bénédiction se devait de se conduire en conséquence. « Que D.ieu m’aide », répondit Peres. Et le Rabbi : « Mon rôle est de dire que D.ieu aide ; le tien est d’agir. Veux-tu échanger les rôles, et t’asseoir à ma place ? » Il existe d’ailleurs une lettre du Rabbi adressée à Peres, où il fait mention de la bénédiction du juste.

Le Rav Klein gardait aussi le souvenir d’un jour où de nombreux députés de partis différents vinrent en audience. En ressortant, chacun assura que le Rabbi soutenait sa propre formation. Et tous disaient vrai : le Rabbi discernait en chacun les possibilités qu’il pouvait réaliser au sein de son parti, et c’est de cela qu’il l’entretenait — sans, bien entendu, soutenir aucun parti. Il entretenait de bonnes relations jusque dans les milieux du Mizra’hi, avec leurs Rabbanim et leurs députés, malgré le désaccord idéologique.

Il fut également en lien avec le Premier ministre Shamir. Un jour, à deux heures de l’après-midi, il reçut de lui un appel ; il reconnut sa voix. Shamir le pria de solliciter une bénédiction du Rabbi : une information venait de parvenir selon laquelle l’OLP projetait des attentats contre des Juifs, et il fallait que le Rabbi bénît pour qu’il n’advînt rien. Le Rav Klein entra aussitôt en informer le Rabbi. Après la Min’ha, le Rabbi en parla devant tous — nul ne connaissait jusque-là l’existence de ce projet — et proposa que l’on accomplît certaines choses (discours du 28 Nissan 5750 (1990)) ; la chose fut mise en œuvre, et rien n’arriva. Il tenait à le préciser : il ne s’était nullement agi, comme on l’a parfois prétendu, d’un avertissement quant à une tentative d’attentat contre le Rabbi lui-même. De même, lorsqu’on publia qu’un responsable de l’appareil de sécurité avait été reçu en audience « au domicile du Rabbi », c’était inexact : l’homme avait visité 770 et obtenu une Ye’hidout dans le bureau du Rabbi, mais avait sans doute évoqué une rencontre « dans sa résidence », et le journaliste avait cru comprendre qu’il s’agissait de la maison. Bien des propos publiés sous son nom, ajoutait-il, n’étaient tout simplement pas exacts, d’autres ne l’étaient qu’à moitié, au tiers ou au quart ; et les journaux intimes d’autrefois ne sont pas toujours fidèles, leurs auteurs ayant pu écrire longtemps après, en laissant l’imagination combler les vides.

Les visites des Admourim

Il lui arriva aussi de conduire la voiture du Rabbi. Un jour, en quittant la maison, le Rabbi lui demanda de passer par la rue Union ; il crut d’abord qu’il se rendait au Mikvé. Au croisement de Brooklyn et d’Union, le Rabbi le pria de s’arrêter près du Kollel. Le Rabbi y entra, vit que chacun y étudiait une matière différente, et prononça par la suite un Si’ha sévère à ce sujet, rappelant qu’autrefois de tels Kollels n’existaient pas.

Les Admourim aussi vinrent se présenter au Rabbi. L’Admour de Belz, reçu en Ye’hidout, demanda à la fin une bénédiction pour avoir des enfants ; cette année-là, un fils lui naquit. Les Admourim de Gour — le Lev Sim’ha, le Pné Mena’hem et l’Admour actuel — furent eux aussi reçus en audience privée ; une fois, l’Admour de Gour s’entretint seul à seul avec le Rabbi dans la salle inférieure, et nul ne saura jamais l’objet de leur conversation. Le Pné Mena’hem vint une de ces fois en compagnie de son beau-père, le Gaon Rav Menacha Haqatan, à l’occasion d’une réjouissance ; son fils, le Gaon Rav Chaoul Alter, directeur de la Yechiva Sfat Emet, les accompagnait. Des années plus tard, le Rav Chaoul confia au Rav Klein qu’il avait passé toute l’audience à graver dans sa mémoire les traits du saint visage du Rabbi.

Même après que le Rabbi eut cessé d’accorder des audiences privées, les rencontres ne s’interrompirent pas, que ce fût lors des audiences générales ou des distributions de dollars. R’ Berel Yunik se trouvait un jour en audience avec sa famille, et le Rabbi lui dit de revenir dix ans plus tard avec les siens. Dix ans après, comme l’usage des audiences privées avait été aboli, il demanda au Rabbi s’il devait venir avec toute sa famille ; le Rabbi lui répondit de se présenter avec tous lors de la distribution de dollars : c’était là, désormais, l’audience. Le Rav Klein évoquait enfin les deux tiroirs du bureau du Rabbi, un grand et un plus petit. Dans le grand se trouvait une boîte en carton renfermant quatre paires de Téfilines ; dans le petit, de la monnaie de toutes sortes de pays. Lorsqu’un visiteur apportait, par exemple, de l’argent anglais, le Rabbi en conservait une part dans le tiroir, et quand quelqu’un partait pour l’Angleterre, il lui confiait une mission de Mitsva ; il en allait de même pour la Terre d’Israël.

L’homme de discrétion et de bonté

Dans sa manière effacée et sans bruit, le Rav Klein vint aussi en aide, financièrement, à bien des gens — à leur insu — et prodigua de sages conseils à d’innombrables personnes. La maison Klein, à quelques portes seulement de 770, demeurait ouverte aux visiteurs de tous horizons : chercheurs de spiritualité, responsables communautaires et simples passants affamés d’un repas chaud et d’une parole de réconfort savaient qu’ils y seraient les bienvenus.

Le Rabbi le surnommait « mein général » — mon général —, mot qu’il employa, dit-on, en le présentant au président Zalman Chazar lors de sa première visite, en 5726 (1966) : le Rabbi désirait à ses côtés un ba’al sod, un homme du secret, qui ne révélât rien de ce qu’il entendait ou voyait, et c’est ce qu’il eut durant plus de trente ans.

Sur la période qui allait s’ouvrir, le Rav Klein ne se laissait pas interroger sans réserve. Lui demandait-on ce que le Rabbi lui avait dit dans la voiture avant le 27 Adar 5752 (1992), il répondait en riant que le Rabbi lui parlait souvent en chemin ; mais lui avait-il dit alors quelque chose de l’avenir ? « Non. » Durant plus de quarante ans, expliquait-il, le Rabbi nous a tout exposé avec exactitude, jusqu’à notre époque comprise ; les difficultés ne commencent que lorsque nous y mêlons notre propre raisonnement. À nous, de notre côté, de continuer à accomplir toutes ses saintes instructions à la lettre.

Même après le départ du Rabbi, en 5754 (1994), le Rav Klein continua de passer de longues heures à son bureau, au siège mondial de Loubavitch, et se rendait chaque jour au Ohel, hormis le Chabbat et les jours de fête. À 770, il fut pour les élèves de la Yechiva un guide accessible et bienveillant, qui savouraient le privilège d’échanger avec un assistant du Rabbi. Il siégea au conseil de Ma’hné Israël, la branche d’action sociale du mouvement Habad-Loubavitch, et dirigea durant de longues années le Kollel Mena’hem, l’institution d’étude approfondie de la Torah pour hommes mariés de Crown Heights.

Le dernier voyage

Jusqu’au bout, le Ohel demeura le centre de sa vie. Le mardi 15 Sivan, on le vit encore y accueillir un jeune garçon venu d’Israël pour sa Bar Mitsva ; le jeudi 17 Sivan, il y déposa son dernier pane, sa lettre de requête au Rabbi. Le vendredi matin, 18 Sivan 5775 (2015), il s’éteignit dans son sommeil, à l’âge de soixante-dix-neuf ans, un jour à peine après que tant de fidèles l’eurent aperçu au Ohel. Sa disparition soudaine bouleversa toute la communauté.

Il laissait derrière lui son épouse, la Rabbanit Laya, et leurs enfants, tous Chlou’him du Rabbi : Ra’hel Gordon, à Londres ; Faïga Sudak, à Londres ; ‘Hannie Garelik, à Brooklyn ; Chternie Krinsky, à Manchester, dans le New Hampshire ; le Rav Lévi Klein, à Memphis, dans le Tennessee ; Esther Hadassa Ciment, à Little Rock, dans l’Arkansas ; Rivka Grossbaum, à Minnetonka, dans le Minnesota ; Devora Schmerling, dans le Queens ; Miriam Moscowitz, à Northbrook, dans l’Illinois ; et le Rav Yaakov Klein, à Moscou.

Les funérailles eurent lieu le vendredi après-midi, à quinze heures, à la chapelle Shomrei Hadas, au 3803 de la 14e Avenue, à Brooklyn. Le cortège passa devant le siège mondial de Loubavitch, à 770 Eastern Parkway, à seize heures. Le Rav Yera’hmiel Binyamin Klein fut inhumé tout près du Rabbi, au cimetière Old Montefiore, dans le Queens. Que son souvenir soit une bénédiction.