En cette semaine des Yortsaït de Rav Chmouel Azimov et de son épouse, Mme Batya, nous nous souvenons particulièrement de ce qu'aimait à raconter Rav Chmouel Azimov : cette ye'hidout (entrevue privée d'un ‘Hassid avec son Rabbi) de 5726 (1966) au cours de laquelle il avait mérité une bénédiction particulière alors qu'il n'était encore qu'un ba'hour, un étudiant de yéchiva. Mais nous devons – pour mieux comprendre – exposer l'histoire qui précède cette ye'hidout : quand et comment s'est-elle déroulée ? Tout cela dans l'article qui suit.
EXIGENCE ET ENCOURAGEMENT POUR LA DIFFUSION :
La « Révolution française » que le Rabbi et la Rabbanit ont enclenchée – et sa mise en œuvre – a commencé en réalité dès 5709 (1949), après la Shoah, avec l'arrivée des réfugiés d'Union soviétique. Le Rabbi avait alors encouragé les ‘Hassidim et leur avait donné de nombreuses directives quant à la diffusion de la ‘Hassidout. Dans la si'ha bien connue de Chabbat Parachat Vayéchev 5752 (1992) et du 12 Tamouz 5749 (1989), le Rabbi avait affirmé que le « semer et moissonner » avait déjà eu lieu grâce aux nombreuses actions menées à Paris par lui-même et la Rabbanit.
Cependant, le travail de diffusion des sources de la ‘Hassidout et l'approche consistant à rapprocher ceux qui sont « à l'extérieur » étaient assez nouveaux pour ces ‘Hassidim venus de Russie, étrangers au mode de vie des Juifs français. Le Rabbi leur demanda et les pressa de devenir une lumière qui éclaire et non de se renfermer dans leurs quatre coudées.
Voici ce qu'il écrivit au regretté Rav Chalom Mendel Kalmenson, dans une lettre datée du 28 Nissan 5720 (1960) :
« On comprend la grandeur de l'étonnement et de la stupéfaction face à l'attitude des Anash (les Hassidim) de Paris et de France : après que j'ai demandé, insisté et multiplié les écrits sur la nécessité absolue de diffuser les sources partout où cela leur est possible, on a fait un peu ici, un peu là, et parfois même moins que cela [sous prétexte qu'il n'y a rien à faire, qu'il n'y a pas d'endroit où le faire, etc.]… Puisse chacun des Anash réfléchir à ce qui précède — en particulier à la lumière de ce qui est expliqué dans les enseignements du Sifra, dans la paracha que nous avons lue le Chabbat Mévar'khim ‘Hodech Iyar (Chemini 9, 6) —, de sorte que l'éveil provienne de lui-même (alibba dénafchéh), ce qui produira naturellement son effet. »
Il les encouragea de même dans une lettre datée du 7 Chevat 5722 (1962) :
« Anash de France … depuis très, très longtemps, nous n'avons aucune nouvelle de leurs activités pour la diffusion des sujets de judaïsme en général. L'explication possible est simple : il n'y a pas d'activités … Cette communication est surtout faite afin d'écarter totalement la possibilité d'interpréter [leur silence] en disant que si l'on a cessé d'éveiller, c'est parce que celui [qui écrit] est d'accord avec la conduite de « moi, j'ai sauvé mon âme », ou, selon l'expression courante parmi Anash, « un tsadik en fourrure » ; mais uniquement [parce que], apparemment, je n'ai pas le pouvoir de protester. »
L'ENVOI DE TALMIDEI HACHLOU'HIM
Afin d'éveiller Anash et d'insuffler aussi un esprit de vie dans le travail de « Oufaratsta », le Rabbi envoya un groupe de Talmidei HaChlou'him dynamiques à la yéchiva Tomkhei Tmimim de Brunoy, près de Paris. Ces Talmidei HaChlou'him étaient : Rav Chimon Lazarov, Rav Chemarya Reitblat, Rav Avraham Lipsker, Rav Ben-Tsion Chemtov, Yaakov Chlomo Goldberg et Acher Zilingold. En plus de leurs études à la yéchiva et de l'esprit de vie qu'ils insufflaient aux élèves, ils furent envoyés pour agir aussi auprès de « l'extérieur », non seulement à Paris mais également dans des villes éloignées. Avant leur départ, ils entrèrent dans le bureau du Rabbi dans la nuit du 12 Adar I et le Rabbi leur dit :
« Que la diffusion des sources s'accomplisse par votre intermédiaire, tant pour autrui que pour vous-mêmes : dans l'étude du niglé et de la Hassidout, dans l'accomplissement des mitsvot avec hidour (embellissement) en général, et dans le service de la prière en particulier. Et c'est par là que vous influencerez également ceux qui se trouvent là-bas. »
Et, en effet, les chlou'him insufflèrent un esprit de vie, se rendirent dans les synagogues de Paris et des villes éloignées pour répéter des maamarim, et connurent un grand succès. Toutefois, les chlou'him ne restèrent que jusqu'en Eloul 5722 (août 1962). Le Rabbi eut beaucoup de na'hat (satisfaction) d'eux et de leurs actions, comme il le dit lui-même en ye'hidout à Rav Ben-Tsion Chemtov, de mémoire bénie : ils avaient réussi à beaucoup agir dans le domaine de la diffusion.
LES ÉLÈVES DE LA YÉCHIVA POURSUIVENT LE TRAVAIL DE DIFFUSION :
En ‘Heshvan 5723 (1962), Rav Ben-Tsion Chemtov eut une longue ye'hidout, au cours de laquelle le Rabbi parla, entre autres, de la poursuite de l'activité de diffusion à Paris. Il dit alors à Rav Ben-Tsion qu'il serait souhaitable que les élèves restés étudier à la yéchiva poursuivent le travail de diffusion, en soulignant que, même s'ils sont jeunes … (ils avaient 17 ans).
Aussitôt après la ye'hidout, Rav ‘Hodakov lui écrivit dans sa lettre du 29 ‘Heshvan 5723 (1962) :
« Quant à sa question sur le but de sa visite dans les départements (ou régions) de France… il doit y transmettre les paroles du Rabbi shlita, mais il importe également de s'attarder sur les moyens dans chaque endroit. Nul doute que l'enthousiasme qui l'a saisi à sa sortie de la yekhidout est toujours présent, et qu'il s'est très certainement amplifié grâce à l'action concrète. Espérons de bonnes nouvelles : qu'avec l'aide de D-ieu, il ait couronné toutes ses entreprises d'une grande réussite. »
À la suite de cette ye'hidout, Rav Ben-Tsion Chemtov se tourna vers Rav Nissan Nemanov et la lui raconta. Rav Nissan appela aussitôt les trois ba'hourim les plus âgés : Chnéour Zalman Labkovski (aujourd'hui roch yéchiva de Tomkhei Tmimim au 770), Yaakov Kapil Goldberg (aujourd'hui roch yéchiva de Hadar HaTorah) et Chmouel Azimov, de mémoire bénie. Il leur raconta la ye'hidout et leur demanda de poursuivre le travail de diffusion comme le Rabbi l'avait exigé ; Rav Nissan proposa même que l'un des ba'hourim se rende à tour de rôle chaque Chabbat à Paris pour répéter de la ‘Hassidout dans les synagogues, comme l'avaient fait les Talmidei HaChlou'him.
Quelques jours après cette lettre, le Rabbi envoya une lettre de réponse à Chmouel Azimov (au sujet de son voyage pour étudier au 770) ; le Rabbi écrit notamment :
« Il est étonnant que l'on cherche des voies nouvelles, alors qu'un élève de la yéchiva Tomkhei Tmimim doit être plongé (« liguen ») uniquement dans l'assiduité et l'application … Puisse-t-il, ainsi que ses camarades à la yéchiva Tomkhei Tmimim, se conduire selon ce qui précède, et réussir. »
Les ba'hourim comprirent ainsi qu'ils devaient rester à la yéchiva de Brunoy.
À cette même période, le Rabbi leur écrivit une lettre au sujet du travail de diffusion, datée du 12 Kislev, adressée aux « avrekhim (jeunes gens) qui s'occupent des activités de diffusion des sources à l'extérieur et, en particulier, dans la ville de Paris et ses environs ». Dans cette lettre, le Rabbi écrit que, certainement, ces activités se font sans amoindrir le moins du monde ni l'étude du niglé et de la ‘Hassidout, ni le service de la prière ; il les bénit afin que leurs actions soient couronnées de succès.
Et en effet, les ba'hourim commencèrent à agir, et chaque mois ils écrivaient au Rabbi un rapport sur leurs activités.
« Dans sa lettre envoyée de Paris, datée du 1er Sivan 5723 (1963), le Rav B. Chemtov écrit au Merkaz LeInyanei ‘Hinoukh : « Durant ces deux jours passés ici, grâce à D-ieu, un éveil s'est produit parmi Anash au sujet de la chli'hout, et dimanche prochain, les Anash d'ici se réuniront à Brunoy pour organiser les modalités de l'action dans la diffusion des sources. » »
Ces trois témimim eurent le mérite de recevoir une lettre de réponse à leur rapport, datée du 5 Sivan 5723 : une lettre adressée aux trois ensemble, dans laquelle le Rabbi accuse réception de leur lettre et des trois derniers rapports.
LE VOYAGE CHEZ LE RABBI ET UNE DIRECTIVE PARTICULIÈRE
À l'approche du mois de Tichri 5724, les élèves de la yéchiva eurent très envie de se rendre auprès du Rabbi, et les trois ba'hourim en particulier. Le Rabbi reçut chacun séparément en ye'hidout et les encouragea ; il exigea d'eux de diffuser les sources. Les trois ba'hourim revinrent avec des forces renouvelées et contactèrent en particulier les étudiants pour les rapprocher et les faire assister aux cours et aux Chabbatot à la yéchiva de Brunoy. On raconte qu'à cette période, Rav Nissan entra en ye'hidout et que le Rabbi lui dit qu'il était aujourd'hui possible, en France, de faire entrer environ 50 ba'hourim à la yéchiva.
Le 11 Nissan 5724, le Rabbi ajouta, dans une lettre à ces trois jeunes gens, de sa sainte main :
« Pour une grande réussite dans la diffusion des sources et du judaïsme en général. »
Depuis 5725 (1965), il ne resta que deux des ba'hourim plus âgés, Chnéour Zalman Labkovski et Chmouel Azimov, qui poursuivirent le travail de diffusion.
Dans sa lettre de motsaé Chabbat Ki Tissa 5725, le Rabbi leur écrivit de sa main sainte :
« Grande réussite dans la diffusion des sources. »
5726-1966 : « CHMOUEL AZIMOV POURSUIT LE TRAVAIL DE SES CAMARADES ET REÇOIT DES BÉNÉDICTIONS »
À l'été 5725, l'élève Chmouel Azimov demanda à étudier à la yéchiva Tomkhei Tmimim du 770. Le Rabbi lui répondit :
« L'ordre connu en la matière est que cela dépend de la direction de la yéchiva Tomkhei Tmimim où il étudie actuellement, et de la direction de la yéchiva Tomkhei Tmimim d'ici. »
Il pensa alors qu'à l'approche de l'année 5726, il pourrait déjà étudier au 770.
La question fut aussitôt posée à Rav Nissan, qui écrivit une lettre de recommandation à la yéchiva Tomkhei Tmimim de New York, mais ajouta :
« Son voyage chez eux [ou « leur camp »] se fait avec l'accord de la direction de la yéchiva d'ici. Son voyage a pour unique but de se tenir à l'ombre du Rabbi. Et si le Rabbi accepte que, en raison de son implication dans la diffusion des sources à l'extérieur, il puisse rester chez eux même après les fêtes de Tichri et y poursuivre ses études, alors la direction de la yéchiva d'ici n'y verra aucun inconvénient. »
Muni de ce mot de Rav Nissan, Chmouel Azimov entra en ye'hidout en Tichri 5726 (1965).
Le Rabbi lui répondit en ye'hidout (comme il l'écrivit pour lui-même aussitôt après en être sorti) :
« Quant à savoir s'il faut repartir tout de suite ou rester un certain temps, cela relève des directions de la yéchiva Tomkhei Tmimim de Brunoy et de la direction. »
Il comprit de là que, pour ce point également – la question de la diffusion –, tout dépendait de l'accord et de l'avis du machpia, Rav Nissan.
Il écrivit aussitôt à son père, à Paris, pour qu'il demande à Rav Nissan son avis et son autorisation. Son père, Rav ‘Haïm Hillel Azimov, de mémoire bénie, se rendit immédiatement à la yéchiva, pensant, comme il l'écrit, recevoir tout de suite la lettre de Rav Nissan autorisant son fils à étudier au 770.
Mais il écrivit à son fils une longue lettre :
« Rav Nissan interprète la lettre du Rabbi différemment de ce que nous pensions. Tu écris que, le Rabbi n'ayant pas dit explicitement de repartir, son intention est que tu puisses rester un certain temps (et moi aussi, je me suis demandé si tel n'était pas son avis et son intention : que tu restes quelques mois ou un an, que tu engranges beaucoup, et que tu deviennes ensuite machpia, etc.).
Mais Rav Nissan soutient que, puisque tu emploies l'expression « cela relève de la direction de la yéchiva de Brunoy », il est fondé à donner son avis. Et son avis est que l'intention sainte est que tu restes ici et que tu poursuives la chaîne des activités que tu as commencées avec les ba'hourim et les avrekhim.
Je suis resté avec lui plus d'une demi-journée — au point que j'ai dû reprendre le train de 14 h 21 — et notre discussion a tourné uniquement autour de cela, sur quoi il campe fermement sur sa position. »
Dans sa lettre de la veille de Souccot, Rav ‘Haïm Hillel Azimov écrit de Paris à son fils :
« On doit avoir le mérite de rester attaché à la vérité et d'obéir au Rabbi. »
À la suite de cela, Chmouel Azimov écrit au Rabbi :
« Je vous informe par la présente que j'ai reçu une lettre de la direction de la yéchiva de Brunoy, qui n'accepte pas que je reste ici (du fait de mon implication dans la diffusion des sources et du judaïsme, etc.). En conséquence, j'espère, avec l'aide de D.ieu, repartir pour Paris dimanche avec le charter de Londres. »
Le Rabbi lui répondit sur sa lettre : « Que ce soit à une heure favorable et réussie, et qu'il réussisse en Torah, avoda et guemilout ‘hassadim, niglé et ‘Hassidout. »
UNE BÉNÉDICTION DE RÉUSSITE INCOMMENSURABLE
À la suite de cela, il entra en ye'hidout avant son départ et, dans la nuit du 25 Tichri 5726, l'élève Chmouel Azimov (devenu plus tard Chalia'h à Paris et sa région) reçut la bénédiction particulière qui l'accompagna tous les jours de sa vie :
« Que D.ieu comble les désirs de ton cœur pour le bien, en particulier en ce qui concerne les mouchpa'im [ceux que tu influences], avec lesquels toi et tes camarades avez étudié niglé, ‘Hassidout et Yirat Chamayim : que tu continues en ajoutant encore, et que ce soit avec une grande réussite – car « rabba » est une réussite telle qu'elle est incommensurable – et comme nous en avons parlé au farbrenguen. »
Il racontait toujours que cette bénédiction lui avait été adressée au moment où il sortait de la ye'hidout, avec un regard très particulier.
UN ENCOURAGEMENT EXCEPTIONNEL : « ILS SONT EN BONNE MÉMOIRE, EN CE MONDE ET DANS L'AUTRE »
Durant l'année, il resta pour poursuivre le travail de diffusion des sources à Paris et dans ses environs ; ses camarades du même âge étaient déjà au 770. Outre toutes les lettres, avec des mots écrits de la main sainte du Rabbi à la fin des courriers, un encouragement tout à fait exceptionnel resta gravé en lui : un jour, Rav Nissan l'appela et lui dit qu'il avait en main une réponse très rare le concernant.
À cette époque, Rav Chalom Mendel Kalmenson, de mémoire bénie, directeur de la communauté Chnéor, était au 770 en ye'hidout, et le Rabbi exigea de lui qu'il encourage Anash à agir.
En sortant, il écrivit une lettre dans laquelle il se disait prêt à transmettre à Anash et à essayer d'obtenir ce que le Rabbi demanderait ; à cela, le Rabbi répondit :
« À part ce qui concerne l'éducation de leurs enfants — qu'ils vivent ! — et leur subsistance matérielle, ils n'ont encore rien commencé. Cela fait exception pour quelques élèves de la yéchiva — qu'ils vivent ! — qui accomplissent la volonté et l'ordre de notre Nassi de diffuser les sources à l'extérieur, et qui en gardent un mérite impérissable (en ce monde et dans l'autre). »
À l'approche de l'année 5727, il resta effectivement au 770, mais seulement pour une demi-année, grâce à Rav Chalom Mendel Kalmenson, mentionné plus haut, qui accepta de prendre sa place (l'histoire de l'année 5727 constitue une bénédiction à part, et la suite viendra en son temps, avec l'aide de D.ieu).
Nul doute que ce mérite, ainsi que celui du travail de diffusion des sources avec « une réussite incommensurable », provoquera « Réveillez-vous et chantez, vous qui résidez dans la poussière » – et lui parmi eux – et qu'il pourra dire devant le Rabbi : « Voyez les pousses que j'ai fait grandir », tout de suite, immédiatement.

