À l’occasion du 12-13 Tamouz, anniversaire de la libération du Rabbi précédent des prisons soviétiques, nous vous proposons une sélection d’anecdotes et d’enseignements tirés du Farbrenguen n° 12, traduits par le Rav Haïm Mellul. Ces récits, transmis de génération en génération par des ‘Hassidim et des disciples, éclairent la grandeur spirituelle du Rabbi Yossef Its’hak Schneerson et la profondeur de son lien avec chacun de ses fidèles. Ils offrent une fenêtre intime sur sa personnalité hors du commun, sa capacité à percevoir l’invisible et son souci constant de l’élévation de l’âme juive.

 

 

 

Le grand principe de l’éducation

Dans l’une de ses causeries, le Rabbi Rayats — Rabbi Yossef Its’hak Schneerson — raconte : « Lorsque j’étais enfant, mon père, le Rabbi Rachab, m’a enseigné, à plusieurs reprises, la Haggadah de Pessa’h. Il me l’enseignait, à chaque fois, un peu au-dessus de mes capacités, au-delà de ce que je pouvais intégrer. C’est là un grand principe de l’éducation et de l’enseignement. Il ne suffit pas de donner à l’élève ce qu’il peut assimiler. Il faut aussi développer ses capacités afin de lui permettre une intégration plus profonde. »

La Yéchiva et les cosaques

La Yéchiva Tom’heï Temimim fut fondée durant la semaine du mariage du Rabbi Rayats. Ce dernier en expliqua ainsi l’esprit, à propos de ses élèves : « En quoi un élève de la Yéchiva Tom’heï Temimim se distingue-t-il d’un simple ‘Hassid ? Le récit suivant permettra de le comprendre. L’épouse du tsar Nicolas de Russie était une proche parente du roi Guillaume de Prusse, qui invitait souvent le tsar et l’interrogeait sur la puissance militaire de la Russie. Dans son esprit, le roi Guillaume préparait déjà ce qui allait devenir la Première Guerre mondiale. Et le tsar Nicolas, qui ne se distinguait guère par la profondeur de son intelligence, lui révélait tous les secrets sécuritaires de son empire.

Le roi de Prusse se posait également une autre question, en vue de la guerre qu’il préparait contre la Russie : il voulait comprendre la grande puissance des cosaques. Il demanda donc à Nicolas : « Comment forme-t-on les cosaques ? » Le tsar lui donna alors cette réponse, dont découle un profond enseignement : « On ne forme pas un cosaque. On naît cosaque. » Vous devez comprendre ce que je veux dire. »

Je vous connais bien

Mendel Kafka, du Maryland, rapporte ce récit familial : « Mon arrière-grand-père, le Rav Moché Binyamin Kaplan, était étudiant à la Yéchiva Tom’heï Temimim Loubavitch de Berditchev, en Russie. Le Rabbi Rayats avait demandé au recteur de la Yéchiva de lui transmettre une photographie de chaque élève.

Beaucoup hésitèrent, craignant que les autorités soviétiques ne les découvrent et ne punissent ainsi leurs familles pour leur attachement à l’étude de la Torah. Mon arrière-grand-père, venu d’une autre ville et certain que l’on ne pourrait pas retrouver les siens, remit immédiatement sa photographie au recteur pour qu’il l’envoie au Rabbi Rayats.

Quelques années plus tard, il parvint à quitter l’Union soviétique — cette « vallée des larmes » — et s’installa en Eretz Israël. Il écrivit alors une lettre au Rabbi Rayats, qu’il n’avait jamais rencontré, lui demandant notamment : « Comment puis-je m’attacher à vous alors que je n’ai jamais vu votre visage ? » La réponse du Rabbi fut lapidaire : « Pour ma part, je vous connais bien. »

Mon arrière-grand-père ne parvint pas à saisir le sens de cette phrase — comment le Rabbi aurait-il pu le connaître, et même « bien » le connaître ? L’énigme ne se résolut que bien des années plus tard, après la disparition du Rabbi Rayats. Son secrétaire lui restitua alors sa photographie et lui révéla ceci : « De temps à autre, le Rabbi prenait toutes les photographies des élèves de la Yéchiva en sa possession. Il les regardait une à une et, pour chacune, prononçait quelques mots, comme s’il se parlait à lui-même. »

Il y a là un enseignement pour tous ceux qui n’ont jamais vu le Rabbi physiquement. Il est certain que le Rabbi connaît chacun de ses ‘Hassidim — et même mieux que « bien ». Puisse D.ieu faire que nous voyions son visage, avec la venue de notre juste Machia’h. »

Plus de doute

Le Rav Chlomo Sternberg, de Crown Heights, raconte : « Mon grand-père, le Rav Zalman Gourary, fut le secrétaire du Rabbi Rayats pendant une courte période. Un jour, le Rabbi lui fit savoir qu’il ne souhaitait pas accorder d’audience. Peu après, un ‘Hassid arriva et déclara qu’il devait absolument voir le Rabbi — c’était pour lui une question de vie ou de mort. Mon grand-père l’interrogea, et l’homme lui confia que sa foi était chancelante et qu’il avait besoin du Rabbi pour la raffermir.

Mon grand-père transmit la demande au Rabbi Rayats. En entendant le nom de ce ‘Hassid, le Rabbi sourit et demanda de le faire entrer. Le ‘Hassid s’approcha de la porte, observa le Rabbi pendant un quart de seconde, puis fit demi-tour et s’éloigna. Mon grand-père, stupéfait, s’exclama : « Sot ! Tu dis que ta foi est chancelante ! » L’homme répondit simplement : « C’est vrai, je n’ai pas eu la réponse à mes questions. En revanche, je n’ai plus de doute. Quand on voit le Rabbi, la vérité s’illumine et transforme toute la situation. » »

Les larmes du Rabbi

Le fils du Rav Yaakov Edelstein, Rav de Ramat HaCharon, rapporte : « Mon père nous a raconté, à de multiples reprises, un récit qui l’a profondément marqué, et qu’il tenait du Rav ‘Haïm Karp de Tel Aviv. Mon père et le Rav ‘Haïm étudiaient en binôme à la Yéchiva de Poniewecz. Dans sa jeunesse, le Rav ‘Haïm Karp avait été élève à la Yéchiva Tom’heï Temimim Loubavitch d’Otwock, dans la banlieue de Varsovie, auprès du Rabbi Rayats.

Cela se passa un soir de Roch Hachana, dans les années trente. Le Rabbi Rayats avait prolongé sa prière pendant un très long moment. Les élèves, parmi lesquels le Rav ‘Haïm, avaient achevé la leur et étaient allés prendre le repas de fête au réfectoire. À leur retour dans la salle d’étude, ils peinèrent à croire ce qu’ils voyaient : la nappe posée sur le pupitre du Rabbi était trempée de ses larmes, et sur le sol, celles-ci formaient une véritable flaque.

Le Rav ‘Haïm Karp confia à mon père que ce Roch Hachana ne quittait jamais son esprit. Chaque année, quand revenait cette fête, il revoyait littéralement les larmes du Rabbi devant ses yeux. Et mon père relatait toujours ce récit à ses disciples et à ses proches, pour expliquer ce qu’est véritablement la prière de Roch Hachana. De nombreuses années s’étaient écoulées — mais les larmes n’avaient pas séché. »

La santé du Rabbi

Le Rav Moché Leïb Rothstein, l’un des ‘Hassidim du Rabbi Rayats, lui rendit compte d’une rencontre émouvante : en ‘Hechvan 5702 (1941), il avait retrouvé à Chicago un groupe de neuf élèves de la Yéchiva Tom’heï Temimim de Varsovie, qui avaient réussi à fuir l’enfer nazi en gagnant Shanghai, en Extrême-Orient, où ils avaient obtenu des visas d’immigration pour le Canada. Arrivés en bateau au port de San Francisco, ils avaient pris le train pour Montréal. Lors d’un arrêt à Chicago, sans pouvoir descendre du train, ils avaient néanmoins pu recevoir la visite de ‘Hassidim locaux à bord. Le Rav Rothstein en était, et il écrivit ensuite au Rabbi Rayats :

« Ce matin, nous avons rencontré les élèves à la gare. Je les ai accompagnés pendant quelques arrêts. Ils n’ont pas pu sortir du train, mais les visiteurs ont pu les rencontrer et s’entretenir librement avec eux. Les Rabbanim et des chefs de famille les ont rejoints. À l’évidence, nos élèves avaient la bénédiction de D.ieu et ils ont fait forte impression sur les Rabbanim. Leur apparence était satisfaisante : bien habillés, ils portaient la barbe et un habit long, leur Talith Katan était visible, et ils sanctifiaient le Nom de D.ieu par leur seul comportement. »

La réponse du Rabbi Rayats fut bouleversante : « Vous m’avez fait revivre, à proprement parler, par vos propos réconfortants, qui sont un baume pour ma santé précaire — au-delà de tous les traitements du monde. »

Deux catégories

Le Rabbi Rayats avait parmi ses ‘Hassidim un grand commerçant, établi à Pétersbourg et prospère dans ses affaires, mais demeurant néanmoins un Juif ‘hassidique sincère. Lorsque sa fille unique fut en âge de se marier, il chercha pour elle un jeune homme profondément ‘hassidique, persuadé que sa fortune faciliterait la recherche. Mais chaque proposition se heurtait au désintérêt de la jeune femme. Lorsqu’il perdit patience, elle lui dit enfin : « En fait, je ne veux pas épouser quelqu’un d’aussi ‘hassidique que ceux-là. Je cherche quelqu’un qui sera aussi un homme d’affaires, qui connaîtra le monde et qui aura une ouverture d’esprit. »

Ces mots furent un coup terrible pour le père. Dans sa peine, il se rendit chez le Rabbi Rayats, qui lui accorda aussitôt une audience. Le Rabbi l’écouta et lui répondit : « Qu’a vu votre fille, à la maison ? Comment receviez-vous les ‘Hassidim qui venaient vous rendre visite ? Et quelle était votre attitude lorsque vous accueilliez un homme d’affaires ? Elle a constaté que vous honoriez le second bien davantage que le premier. Avec qui veut-elle se marier ? Avec quelqu’un qui appartient à la catégorie que vous honorez le plus ! Or, vous lui proposez maintenant ceux que vous honorez le moins. De manière toute naturelle, elle refuse. Ce n’est pas ce qu’elle veut. »

Faire le bien soi-même

À l’issue d’un repas de fête, le Rabbi Rayats versa du vin de sa coupe de bénédiction à chacun des présents. L’un des ‘Hassidim lui proposa de confier son verre à quelqu’un, afin qu’il distribue le vin à sa place. Le Rabbi Rayats répondit : « Il ne suffit pas de vouloir qu’une personne fasse du bien à une autre. Il faut aussi désirer faire ce bien soi-même. »

Le télégramme sans signature

Le Rav Yehouda ‘Hitrik raconte : « En 5687 (1927), nous habitions à Kharkov, chez les parents de mon épouse Keïla, fille du Rav Aharon Tumarkin, Rav de la ville. C’était un mois après le 12 Tamouz, date à laquelle le Rabbi Rayats avait été libéré des prisons soviétiques. Il s’était installé provisoirement à Malakhovka, un bourg de villégiature proche de Moscou, loin des agents du K.G.B. de Leningrad, qui n’avaient pas accepté de le voir leur échapper.

Le 12 Mena’hem Av, mon épouse donna naissance à notre fils aîné dans des conditions particulièrement difficiles. La vie de la mère et de l’enfant était en danger. Je me rendis à la poste et envoyai un télégramme à mon ami, le Rav Leïb Cohen, qui habitait à Moscou, lui demandant de se rendre au plus vite à Malakhovka pour solliciter la bénédiction du Rabbi Rayats.

Je craignais cependant d’établir par écrit un lien clair entre le Rabbi et moi, ce qui m’aurait exposé à des poursuites immédiates. Je n’ai donc pas signé le télégramme. J’ai simplement écrit : « Keïla fille de Ra’hel a un accouchement difficile. Bénédiction de miséricorde. »

Le Rav Leïb Cohen confia le télégramme à quelqu’un qui se rendait à Malakhovka, et celui-ci le remit au Rabbi. Le Rabbi Rayats en prit connaissance, passa la main sur son front et dit : « C’est un télégramme de Yehouda ‘Hitrik. » À cet instant précis naquit mon fils Tsvi Hirsch. »

(À noter : le Rav Leïb Cohen épousa par la suite la jeune sœur de mon épouse, la seconde fille du Rav Aharon Tumarkin, devenant ainsi mon beau-frère.)

Naissance miraculeuse

Le Rav Chlomo Yehouda Segal, de Jérusalem, descendant en droite ligne de Rabbi Moché, fils de l’Admour Hazaken, et son épouse la Rabbanit Yo’heved eurent quelques fils dans les années qui suivirent leur mariage. Puis, pendant une très longue période, la Rabbanit perdit tous les enfants qu’elle portait. Le couple en conçut une douleur profonde.

En 5697 (1937), la Rabbanit attendait de nouveau un enfant, mais les médecins diagnostiquèrent un problème et lui annoncèrent qu’elle devait se préparer à le perdre, comme les précédents. Elle adressa alors une lettre au Rabbi Rayats, qu’elle avait rencontré lors de sa visite à Jérusalem en 5689 (1929), pour solliciter sa bénédiction.

En réponse, le Rabbi Rayats écrivit au Rav Chlomo Yehouda Segal, son époux, une lettre dans laquelle il accordait sa bénédiction à leur fils aîné, le Rav ‘Haïm Chalom, à l’occasion de sa Bar Mitsva, ajoutant : « D.ieu, béni soit-Il, fera que la grossesse de votre épouse se passe bien. La naissance se fera en son temps et sera aisée, de la manière qui convient. L’enfant sera en bonne santé. »

C’est ainsi que naquit le Rav Moché Chmouel Shmelké Segal, de Bneï Brak. Devenu adulte, il se rendit chez le Rabbi, chef de notre génération, qui l’accueillit en audience. Il lui indiqua qu’il était né grâce à une bénédiction de son beau-père, et le Rabbi lui répondit : « À vous s’appliquent les termes du verset : « Avant de te créer dans la matrice, Je te connaissais. » »

Le nom céleste

Un jour, le Rabbi Rayats lança : « Chabbat, viens ici ! » Personne ne comprit à qui il s’adressait, jusqu’à ce qu’il désigne du doigt un jeune homme dans l’assistance. Celui-ci s’approcha et le Rabbi lui transmit ce qu’il avait à lui dire, avant d’ajouter : « Je t’ai appelé Chabbat parce que tu étudies actuellement par cœur le traité talmudique Chabbat. Dans les sphères célestes, tu es appelé Chabbat pour cette raison, et j’en fais donc de même. »

Le Rabbi Rayats ajouta ensuite : « Pour ma part, j’étudie le traité Mena’hot et, dans les sphères célestes, on m’appelle actuellement Mena’hot. »

Silence pendant la lecture de la Torah

En 5705 ou 5706 (1945 ou 1946), le Rabbi, chef de notre génération, entra dans la synagogue, se plaça près de la table de lecture de la Torah et déclara : « Je reviens de chez mon beau-père, le Rabbi, et il m’a demandé de vous transmettre qu’il a eu la visite de son père, le Rabbi Rachab. Celui-ci lui a posé la question suivante : « Comment est-il possible que, dans ta synagogue, on parle pendant la lecture de la Torah ? » »