Les émissaires Habad des Émirats arabes unis (EAU) se sont récemment rendus pour un court mais puissant voyage afin de prier au Ohel du père du Rabbi à Almaty, au Kazakhstan. Sur leur vol de retour, ils ont eu la surprise de rencontrer un visage familier parmi l’équipage.

 

 

Dans l’obscurité veloutée d’un cimetière juif historique d’Almaty, un groupe d’émissaires Habad se tenait en cercle, leurs silhouettes à peine éclairées par quelques bougies vacillantes. Ils étaient venus de loin – des Émirats arabes unis, cette terre autrefois inimaginable pour l’implantation juive – pour puiser force et inspiration auprès d’un géant spirituel du siècle dernier. Personne ne pouvait prévoir que leur voyage se conclurait par une rencontre qui semblait orchestrée par la Providence elle-même.

Un pèlerinage impromptu mais profondément ressenti

« Ce voyage n’était pas dans nos agendas il y a encore deux semaines, » confie le Rav Levi Duchman, Grand Rabbin des Émirats arabes unis, son regard reflétant l’intensité de l’expérience vécue. « Mais certains appels du cœur ne peuvent simplement pas attendre un créneau dans le calendrier. »

C’est ainsi qu’une délégation remarquable s’est formée presque spontanément: le Rav Mendel Duchman, pilier de la communauté internationale de Dubaï; le Rav Mendy Blau, dont l’énergie infatigable propulse les projets Habad aux ÉAU; le Rav Tzemach Gansbourg, dont la présence chaleureuse unit la communauté francophone; le Rav Yehuda Marsow, qui guide avec douceur la communauté d’Abu Dhabi; le Rav Mendel Stolik, dont l’enthousiasme contagieux attire les jeunes professionnels; et le Rav Shimon Frankel, qui veille méticuleusement sur la cacheroute dans la péninsule arabique.

Les accompagnaient plusieurs membres de la communauté qui avaient tout laissé en suspens pour se joindre à ce voyage imprévu, ainsi que deux jeunes étudiants débordants d’énergie, Levi Blau et Binyamin Sobol, qui coordonnent les activités pour les Israéliens résidant à Dubaï.

« Il y avait quelque chose dans l’air ces dernières semaines, » explique le Rav Mendy Blau en ajustant son chapeau noir. « Après tout ce que notre communauté a traversé, particulièrement suite à la perte tragique de notre cher ami et collègue, le Rav Zvi Kogan Hy’d, nous ressentions tous le besoin de nous reconnecter à la source – de puiser dans la force spirituelle d’un homme qui incarnait la résilience face à l’adversité. »

L’accueil kazakh : une chaleur au cœur de l’Asie centrale

L’avion s’est posé à Almaty sous un ciel gris perlé, typique de cette saison. Mais le froid extérieur s’est immédiatement dissipé lorsque les émissaires ont été accueillis au Beth Habad local par leurs homologues kazakhs. Le Rav Elchanan Cohen, dont le visage rayonnant témoignait de décennies consacrées à ranimer la flamme juive dans cette région post-soviétique, et son gendre dévoué, le Rav Yossi Glitzenstein, les ont reçus comme de véritables frères longtemps séparés.

« Vous venez du désert, nous vivons près des montagnes, mais nous sommes tous des enfants du même Rabbi, » a déclaré le Rav Cohen en embrassant chaleureusement ses visiteurs. Dans la pièce principale du Beth Habad, une large table avait été dressée, couverte de plats traditionnels préparés avec soin par les femmes de la communauté locale.

Le dîner, qui devait initialement être une simple formalité pour satisfaire les besoins physiques avant la visite spirituelle, s’est transformé en une véritable célébration hassidique – un farbrengen impromptu où les barrières entre les cultures et les géographies se sont évaporées au rythme des nigounim (mélodies hassidiques) entonnés collectivement.

« Je me souviens avoir regardé autour de moi, » raconte l’un des participants, les yeux brillants d’émotion, « et réalisé que nous étions en train de vivre quelque chose d’extraordinaire. Ici, à des milliers de kilomètres de Crown Heights, de Jérusalem ou de Dubaï, nous étions tous unis par un fil invisible plus fort que toutes les distances. »

Sous le ciel kazakhstanais : une communion avec l’âme du père du Rabbi

Après une immersion purificatrice au mikvé local, le groupe s’est dirigé vers le cimetière juif d’Almaty, où repose Rabbi Levi Its’hak Schneerson, père du Rabbi de Loubavitch. Figure légendaire de courage spirituel, Rav Levi Its’hak avait défié le régime soviétique, refusant d’abandonner sa foi et sa pratique du judaïsme malgré les persécutions. Son exil à Almaty (alors appelée Alma-Ata) et les conditions extrêmement difficiles qu’il y endura n’avaient pas affaibli sa détermination à vivre et enseigner la Torah.

Dans le silence du cimetière, seulement interrompu par le bruissement des feuilles et le murmure des prières, les émissaires se sont tenus en cercle autour de l’Ohel (tombeau). Chacun tenait un petit bout de papier – un « kvitel » – sur lequel étaient inscrites ses demandes personnelles et celles des communautés qu’ils représentaient.

« Nous portions tous dans nos cœurs le souvenir du Rav Kogan, » explique doucement le Rav Marsow. « Son dévouement total jusqu’au sacrifice ultime nous accompagnait dans ce lieu sacré, comme si sa présence spirituelle nous guidait. »

Le Rav Mendy Blau, dont le visage habituellement animé reflétait maintenant une profonde introspection, ajoute: « Dans ce moment de communion, aucun grand discours n’était nécessaire. Chaque tefilah (prière) semblait porter en elle le poids de notre mission collective et l’espoir d’un avenir meilleur. C’était comme si chaque mot s’élevait directement vers les cieux, porté par la force spirituelle du lieu. »

Les émissaires sont restés immobiles pendant près d’une heure, absorbés dans une méditation profonde, chacun connecté à ses pensées intimes tout en étant uni aux autres par cette expérience partagée. La nuit était fraîche, mais personne ne semblait le remarquer, enveloppés qu’ils étaient dans ce cocon spirituel.

La surprise divine : un pilote pas comme les autres

Le voyage spirituel s’achevait, mais la Providence divine – cette orchestration subtile des événements que les hassidim reconnaissent comme la main de D.ieu dans le monde – réservait encore une surprise aux voyageurs.

Épuisés mais spirituellement revigorés, les émissaires se sont rendus à l’aéroport pour leur vol de retour vers Dubaï. Alors qu’ils s’installaient dans l’appareil, une annonce retentit dans les haut-parleurs: « Mesdames et messieurs, votre commandant de bord, David, vous souhaite la bienvenue à bord du vol à destination de Dubaï… »

Les rabbins échangèrent des regards étonnés. « David? Notre David? » murmura le Rav Stolik. Quelques instants plus tard, le mystère fut résolu lorsque le commandant de bord, après avoir terminé les procédures de décollage, quitta brièvement le cockpit pour venir saluer personnellement le groupe de Habad.

« Je n’en croyais pas mes yeux quand j’ai vu vos noms sur la liste des passagers, » sourit David, dont le visage familier était maintenant orné de l’uniforme de pilote. « Quelle chance que ce soit moi qui vous ramène à la maison! »

David n’était pas n’importe quel membre de la communauté – il faisait partie des premiers Juifs à s’être installés à Dubaï bien avant les Accords d’Abraham, fréquentant discrètement les services de Habad depuis plus d’une décennie. Son travail comme pilote l’amenait rarement sur cette ligne particulière, et la probabilité qu’il soit aux commandes précisément ce jour-là relevait presque du miracle.

« La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était à la Bar Mitsva de mon fils, » raconta David, visiblement ému. « Et maintenant, je vous retrouve tous ici, au retour d’un voyage auprès de l’Ohel du père du Rabbi. Si ce n’est pas un signe du ciel, je ne sais pas ce que c’est! »

Durant le vol, David fit une annonce spéciale, informant discrètement les passagers qu’ils avaient l’honneur de voyager avec le Grand Rabbin des Émirats et plusieurs autres émissaires Habad. Cette attention suscita curiosité et respect parmi les voyageurs multinationaux, certains venant même saluer les rabbins et leur poser des questions sur leur mission dans le Golfe.

« C’était comme si notre voyage se prolongeait d’une façon inattendue, » observe le Rav Gansbourg. « Soudain, l’avion lui-même devenait un espace de rayonnement, une opportunité de partager notre expérience et notre mission avec des personnes que nous n’aurions jamais rencontrées autrement. »

À l’atterrissage à Dubaï, tandis que les lumières scintillantes de la ville futuriste accueillaient les voyageurs, le Rav Blau résuma l’expérience avec des mots qui résonnèrent profondément chez tous les participants: « Ce petit détail – retrouver David aux commandes de notre avion – nous rappelle que, où que nous allions dans le monde, les Juifs ne sont jamais vraiment séparés les uns des autres. Et peut-être, plus important encore, que le Tout-Puissant orchestre nos rencontres d’une manière qui dépasse notre compréhension. »

Alors que les émissaires reprenaient leur travail quotidien dans leurs communautés respectives à travers les Émirats, ils portaient en eux non seulement l’inspiration spirituelle puisée à l’Ohel, mais aussi ce rappel tangible que leur mission, aussi isolée qu’elle puisse parfois sembler dans cette région du monde, s’inscrit dans un réseau de connexions divines qui transcendent le temps et l’espace.

« Parfois, » conclut le Rav Duchman avec un sourire serein, « c’est dans les moments les plus inattendus – comme retrouver un ami dans le cockpit d’un avion – que nous recevons la confirmation que nous sommes exactement là où nous devons être, faisant exactement ce que nous sommes appelés à faire. »