Dans la tradition juive, le mariage entre D.ieu et Son peuple n’est pas une simple métaphore — c’est l’alliance vivante au cœur de laquelle s’inscrivent Moïse et Aaron, chacun jouant un rôle irremplaçable. L’un fait descendre la lumière céleste jusqu’à la terre ; l’autre l’allume dans le cœur de chaque homme. Ensemble, ils révèlent que la vie spirituelle authentique n’est ni un chemin solitaire ni une ascension froide, mais un mouvement perpétuel entre réception et rayonnement.
Adapté du Maamar Véata Tétsavé – Torah Or du Admour Hazaken
Les témoins du mariage divin : qui sont les Choshbinim ?
Dans la tradition juive, le Choshbin est le garçon d’honneur qui accompagne les mariés lors d’un mariage. Ce concept est employé ici dans son sens le plus profond et le plus symbolique : Moïse est le garçon d’honneur de la Kala, qui représente la Communauté d’Israël, tandis qu’Aaron est celui du Hatan, qui représente le Saint Béni Soit-Il. Cette image nuptiale n’est pas anodine — elle exprime la relation d’amour et d’alliance qui unit D.ieu à Son peuple, et les deux garçons d’honneur sont précisément ceux qui rendent cette union possible, joyeuse et durable.
Le rôle de Moïse : faire descendre la lumière divine
Moïse incarne la fonction de médiateur entre le divin et l’humain. C’est lui qui reçoit la Torah du Ciel et la transmet au peuple d’Israël. Sa mission est donc fondamentalement un mouvement de descente : faire venir la lumière et la sagesse divines jusqu’au monde matériel, rendre accessible ce qui est, par nature, infiniment élevé.
Lorsque D.ieu dit à Moïse : « Prends pour toi l’huile », cela signifie, à un niveau spirituel profond, que Moïse doit s’approprier la sagesse divine — non pas pour lui-même, mais pour en devenir le canal vivant. Cette huile symbolise la ‘Ho’hma, la Sagesse supérieure, la lumière intérieure qui nourrit et éclaire l’âme humaine.
La condition essentielle pour que Moïse puisse accomplir ce rôle est l’annulation de soi, le Bitoul. Ce n’est qu’en s’effaçant totalement devant D.ieu qu’il peut devenir un véritable canal de la sagesse divine, sans que son ego ne vienne déformer ou bloquer la transmission. C’est précisément pourquoi la Torah insiste sur le fait qu’il était l’homme le plus humble de la terre : l’humilité n’est pas chez lui une vertu parmi d’autres, elle est la condition même de sa mission.
Le rôle d’Aaron : allumer les lampes et répandre la joie
Aaron joue un rôle différent, mais absolument complémentaire. Il est chargé d’allumer la Menorah — le chandelier dans le Sanctuaire — ce qui représente symboliquement la mission de répandre la lumière et la joie dans le monde visible et accessible à tous.
Son action se déploie, selon le texte, « à l’extérieur du rideau » (מחוץ לפרוכת), c’est-à-dire dans l’espace ouvert, à la vue de tout le peuple. Contrairement à Moïse, qui agit dans les sphères spirituelles les plus élevées, Aaron intervient dans la réalité quotidienne des hommes, rendant la lumière divine concrète et tangible pour chacun. Il ne s’agit pas d’une mission moins importante — c’est au contraire le point d’aboutissement concret de toute la transmission spirituelle.
Le terme Béalot — en allumant — indique que les flammes doivent brûler d’elles-mêmes, de manière autonome, après avoir été allumées. C’est là un idéal spirituel profond : l’objectif ultime n’est pas que chaque Juif dépende éternellement d’un maître ou d’un guide, mais qu’il devienne sa propre source de lumière, capable de rayonner par lui-même.
La joie dans l’accomplissement des Mitsvot : un enjeu central
Ce Maamar souligne avec force que la joie dans l’accomplissement des commandements — la Sim’ha Chel Mitsva — n’est pas un sentiment secondaire ou facultatif : c’est un élément central et constitutif de la vie spirituelle authentique.
Cette joie ne provient pas des plaisirs matériels du monde. Elle naît d’une connexion profonde avec la source divine elle-même. Toutes les jouissances que l’on peut trouver dans le monde matériel ne sont, en réalité, que le reflet affaibli et extérieur de la joie intérieure et infinie qui réside dans l’accomplissement des Mitsvot. La différence est fondamentale : les plaisirs du monde s’épuisent et finissent, car ils puisent dans des sources limitées ; la joie spirituelle, elle, est sans fond et sans fin, car elle se connecte à la source même de la vie divine, qui est infinie.
C’est précisément pour faire naître et entretenir cette joie qu’Aaron est désigné comme garçon d’honneur du marié. Il est celui qui allume la flamme dans le cœur d’Israël, permettant au peuple d’accomplir les Mitsvot non pas par contrainte ou par habitude, mais avec un élan et une ardeur véritables.
La complémentarité de Moïse et Aaron : deux mouvements indissociables
Ces deux figures et leurs missions respectives représentent deux mouvements spirituels fondamentaux et indissociables. Moïse incarne le mouvement de haut en bas : recevoir la sagesse divine et la transmettre au monde. Aaron incarne le mouvement de bas en haut : prendre ce qui existe dans le monde et l’élever, l’illuminer, lui restituer sa pleine signification spirituelle.
Sans Moïse, il n’y a pas de Torah à vivre. Sans Aaron, il n’y a pas de joie pour la vivre. La Torah reçue sans joie risque de devenir une pratique mécanique et froide ; la joie sans contenu spirituel risque de se vider de tout sens. Ensemble, Moïse et Aaron forment le moteur complet de la vie spirituelle juive : recevoir et rayonner, descendre et monter, comprendre et ressentir.
Une leçon pour chaque personne
Ce Maamar enseigne, en définitive, que chaque Juif est appelé à incarner ces deux dimensions en lui-même. Comme Moïse, il doit cultiver l’humilité, s’annuler devant la sagesse divine et s’ouvrir à la recevoir. Comme Aaron, il doit rayonner cette lumière vers l’extérieur, répandre la joie autour de lui et allumer la flamme dans le cœur de ceux qui l’entourent.
La vie spirituelle authentique n’est donc pas un chemin solitaire et austère vers les hauteurs, mais un aller-retour permanent entre le Ciel et la terre, entre la réception et le don, entre l’intériorité profonde et le rayonnement vers les autres. C’est dans cet équilibre vivant et dynamique que réside la plénitude de l’existence juive.














