Richone de Bechala’h : Le récit de la sortie d’Égypte révèle une stratégie divine surprenante : plutôt que d’emprunter la route directe vers la Terre Promise, les enfants d’Israël sont conduits par un chemin sinueux à travers le désert. Cette décision divine, loin d’être arbitraire, témoigne d’une profonde sagesse destinée à protéger un peuple encore fragile des épreuves de la guerre.
Le choix du chemin détourné
Lorsque Pharaon renvoya enfin le peuple après les terribles plaies qui avaient frappé l’Égypte, D.ieu ne les conduisit point par le chemin du pays des Philistins, bien que cette route fût la plus proche et la plus directe vers la Terre Promise. Le texte sacré nous révèle la raison de ce choix apparemment paradoxal : D.ieu craignait que le peuple, confronté trop rapidement aux réalités de la guerre, ne se ravise et ne retourne en Égypte, préférant l’esclavage connu aux dangers de la liberté.
Le terme employé dans le texte, « ne les conduisit point », porte en lui une signification profonde. Il ne s’agit pas simplement d’un refus de guidage, mais d’une décision délibérée de ne pas les mener par ce chemin. Cette proximité même de la route constituait un danger, car elle offrait une tentation constante de retour. Les sages expliquent que si les Israélites avaient emprunté le chemin direct et qu’ils avaient rencontré la guerre, comme celle qui les opposerait plus tard aux Amalécites et aux Cananéens, ils auraient certainement fait demi-tour. D’ailleurs, même lorsque D.ieu les fit passer par un chemin détourné et sinueux à travers le désert, ils exprimèrent le désir d’établir un nouveau chef pour retourner en Égypte. Combien plus forte aurait été cette tentation s’ils avaient emprunté la route directe !
Un peuple armé traverse le désert
D.ieu fit donc faire un détour au peuple par le chemin du désert, en direction de la mer des Joncs. Ce nom même, « mer des Joncs », évoque un marécage où poussent des roseaux, comme celui où la mère de Moïse avait déposé son fils dans une corbeille, espérant le sauver du décret meurtrier de Pharaon. Le texte précise que les enfants d’Israël montèrent « Hamouchim » du pays d’Égypte, terme qui signifie « armés » ou « équipés ». Ce détail n’est pas anodin. C’est précisément parce que D.ieu les conduisit par le désert qu’ils durent monter armés et préparés.
En effet, s’Il les avait conduits par une région habitée, ils n’auraient pas eu besoin de s’armer de tout le nécessaire. Ils auraient été comme un voyageur qui se déplace d’un endroit à l’autre, sachant qu’il pourra acheter sur place ce dont il aura besoin. Mais lorsqu’on s’aventure dans le désert, il faut prévoir toutes les provisions nécessaires, y compris les armes de guerre. Ce verset a été écrit pour préparer notre compréhension des événements futurs, afin que nous ne nous étonnions pas, lors de la guerre contre Amalec ou lors des batailles contre Sihon, Og et Midian, de la provenance des armes avec lesquelles Israël frappa ses ennemis par l’épée.
Certains commentateurs proposent une autre interprétation du mot « Hamouchim ». Selon cette lecture, seul un cinquième du peuple sortit d’Égypte, tandis que les quatre autres cinquièmes périrent pendant les trois jours de ténèbres qui précédèrent l’Exode. Cette lecture tragique souligne que la liberté n’était pas destinée à tous, mais seulement à ceux qui avaient conservé leur foi et leur espérance.
Le serment de Yossef et les ossements des tribus
Dans ce moment crucial de l’histoire du peuple juif, Moïse accomplit un acte d’une grande signification symbolique : il emporta avec lui les ossements de Yossef. Ce dernier avait fait jurer solennellement les enfants d’Israël, en leur disant : « D.ieu se souviendra certainement de vous, et vous ferez monter mes ossements d’ici avec vous. » Mais pourquoi Yossef n’avait-il pas fait jurer ses propres fils de l’emmener immédiatement en Terre de Canaan, comme l’avait fait son père Yaakov ? La réponse réside dans la sagesse politique de Yossef. Lui-même avait été vice-roi d’Égypte et disposait du pouvoir nécessaire pour faire exécuter ses volontés. Mais ses descendants ne jouiraient pas de la même autorité, et les Égyptiens ne les laisseraient jamais accomplir une telle chose. C’est pourquoi il fit jurer les enfants d’Israël pour le moment où ils seraient libérés et sortiraient d’Égypte.
Le fait que Yossef ait fait ce serment à ses frères nous enseigne également que les ossements de toutes les tribus furent emportés lors de l’Exode, comme l’indique le terme « avec vous » dans le verset. Ainsi, tout le peuple, vivants et morts, participa à cette marche vers la liberté et la Terre Promise.
Les premières étapes du voyage
Le peuple partit de Souccoth le deuxième jour après leur sortie d’Égypte, puisque le premier jour ils étaient allés de Ramsès à Souccoth. Ils campèrent à Étham, à l’extrémité du désert. Durant cette marche, une présence extraordinaire les accompagnait : l’Éternel Lui-même marchait devant eux, le jour dans une colonne de nuée pour les guider sur le chemin, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu’ils puissent marcher jour et nuit.
L’expression « pour les guider sur le chemin » révèle un mystère profond. Le mot est vocalisé avec un patah, ce qui signifie « pour les faire guider », indiquant un intermédiaire. Quel était cet intermédiaire ? La colonne de nuée. Pourtant, le Saint béni soit-Il, dans Sa gloire, la conduisait devant eux. Il avait établi la colonne de nuée pour les guider par son intermédiaire, car c’est grâce à elle qu’ils marchaient. La colonne de nuée n’était pas destinée à les éclairer, mais à leur montrer le chemin à suivre.
Ces colonnes divines ne cessaient jamais leur mission. La colonne de nuée ne s’éloignait pas le jour, ni la colonne de feu la nuit, de devant le peuple. Les sages nous enseignent que la colonne de nuée complétait la colonne de feu, et la colonne de feu complétait la colonne de nuée, de sorte qu’avant que l’une ne se retire, l’autre apparaissait déjà. Cette transition harmonieuse symbolisait la présence continue et ininterrompue de D.ieu auprès de Son peuple, veillant sur chacun de ses pas dans le désert hostile.
Le piège divin pour Pharaon
Alors que le peuple avançait dans le désert, D.ieu parla à Moïse et lui donna des instructions qui allaient sembler paradoxales : « Parle aux enfants d’Israël, qu’ils reviennent en arrière et qu’ils campent devant Pi-Hahiroth, entre Migdol et la mer, devant Baal-Tsephon ; vous camperez en face de lui, près de la mer. » Ce retour en arrière, ce rapprochement vers l’Égypte, avait un but précis : induire Pharaon en erreur. En voyant les Israélites rebrousser chemin le troisième jour, Pharaon penserait qu’ils étaient égarés dans le désert, incapables de trouver leur route.
Le lieu même où ils devaient camper portait une signification symbolique. Pi-Hahiroth était en réalité Pithom, la ville où les Israélites avaient été réduits en esclavage, mais elle était maintenant appelée « la bouche de la liberté » car c’est là qu’ils étaient devenus des hommes libres. Le site se composait de deux rochers élevés et verticaux, et la vallée entre eux était appelée « la bouche des rochers ».
Quant à Baal-Tsephon, cette divinité égyptienne était restée intacte parmi tous les dieux d’Égypte, précisément pour tromper les Égyptiens. Elle subsistait pour qu’ils disent : « Notre dieu est puissant, sa vénération est difficile à ébranler. » C’est à propos de cette idole que le prophète Iyov déclara : « Il fait grandir les nations, puis Il les fait périr. » D.ieu permettait temporairement cette illusion pour mieux révéler ensuite Sa toute-puissance.
Pharaon tombe dans le piège
Le plan divin se déroula exactement comme prévu. Lorsque Pharaon apprendrait que les Israélites revenaient sur leurs pas, il dirait à leur sujet : « Ils sont égarés dans le pays, le désert les a enfermés. » Le terme « égarés » évoque des gens emprisonnés, enlisés, ne sachant comment sortir du désert ni où aller. D.ieu déclara alors à Moïse : « J’endurcirai le cœur de Pharaon, et il les poursuivra. Alors Je serai glorifié par Pharaon et par toute son armée, et les Égyptiens sauront que Je suis l’Éternel. »
Cette affirmation révèle une vérité profonde sur la justice divine. Lorsque le Saint béni soit-Il Se venge des méchants, Son Nom est magnifié et glorifié. Ainsi le prophète Ézéchiel proclame : « Je Me jugerai avec lui », puis ensuite : « Je Me magnifierai, Je Me sanctifierai et Je Me ferai connaître. » De même, les Psaumes déclarent : « C’est là qu’Il brisa les traits enflammés de l’arc », et ensuite : « D.ieu est connu en Judée. » La glorification divine découle de l’exercice de la justice. C’est par Pharaon et toute son armée que cette gloire devait se manifester, car c’est lui qui avait commencé le péché, et c’est par lui que devait commencer le châtiment.
Face à ces instructions divines, les enfants d’Israël agirent avec une foi remarquable. Ils obéirent à la voix de Moïse sans protester, sans dire : « Comment allons-nous nous rapprocher de nos poursuivants ? Nous devons fuir ! » Au contraire, ils déclarèrent : « Nous n’avons qu’à suivre les paroles du fils d’Amram. » Cette confiance absolue en Moïse et, à travers lui, en D.ieu, constitue l’un des plus beaux témoignages de foi du peuple juif.
Le revirement de Pharaon
Pharaon avait envoyé des espions avec les Israélites pour les surveiller. Lorsque les trois jours qu’ils avaient fixés pour partir et revenir furent écoulés, et que les espions constatèrent que les Hébreux ne retournaient pas en Égypte, ils vinrent l’annoncer à Pharaon le quatrième jour. Les cinquième et sixième jours, les Égyptiens se lancèrent à leur poursuite. La nuit du septième jour, les Israélites descendirent dans la mer, et au matin ils entonnèrent le Cantique de la Mer. C’était le septième jour de Pessa’h, raison pour laquelle nous lisons ce cantique le septième jour de la fête.
Le cœur de Pharaon se retourna complètement. Lui qui leur avait dit « Levez-vous, sortez du milieu de mon peuple », changea d’avis. Le cœur de ses serviteurs se retourna également à l’égard du peuple. Auparavant, ils lui disaient : « Jusqu’à quand celui-ci sera-t-il pour nous un piège ? » Maintenant, ils se retournèrent pour les poursuivre à cause de leurs biens qu’ils leur avaient prêtés. Ils s’écrièrent : « Qu’avons-nous fait en libérant Israël de notre servitude ? » Le mot « servitude » signifie littéralement « nous servir ».
La poursuite finale
Pharaon attela lui-même son char, montrant par là son empressement personnel. Puis il rallia son peuple par des paroles habiles : « Ils nous ont pris notre bien, ils ont emporté notre fortune, et nous les avons laissés partir ! Venez avec moi, et je ne me comporterai pas avec vous comme les autres rois. D’ordinaire, les serviteurs d’un roi marchent devant lui à la guerre, mais moi, je marcherai devant vous. » En effet, le texte dit : « Pharaon s’approcha », signifiant qu’il s’approcha lui-même et se hâta devant ses troupes. « D’ordinaire, les rois prennent le butin en premier et choisissent ce qu’ils veulent, mais moi, je partagerai également avec vous », comme il est dit : « Je partagerai le butin. »
Il prit six cents chars d’élite, tous les chars d’Égypte, avec leurs officiers. Le terme « d’élite » signifie « choisis » – chaque char de ce nombre était sélectionné. Mais d’où provenaient tous ces animaux ? Si vous dites qu’ils appartenaient aux Égyptiens, il est pourtant écrit que « tout le bétail d’Égypte mourut » lors des plaies. Si vous dites qu’ils appartenaient aux Israélites, il est écrit : « Notre bétail aussi ira avec nous. » D’où venaient-ils donc ? Ils provenaient de ceux qui « craignaient la parole de l’Éternel » parmi les Égyptiens et qui avaient mis leur bétail à l’abri lors de la plaie de la grêle. C’est à partir de là que Rabbi Chemouel disait : « Le meilleur des Égyptiens, tue-le ; le meilleur des serpents, écrase-lui la tête. » Ces paroles sévères reflètent l’amertume de l’expérience de l’esclavage et la méfiance envers ceux qui avaient opprimé le peuple pendant des générations.
L’Éternel endurcit le cœur de Pharaon, roi d’Égypte, qui hésitait encore sur la décision de poursuivre ou non. D.ieu fortifia sa résolution de poursuivre. Pendant ce temps, les enfants d’Israël sortaient « la main haute », expression qui signifie avec puissance, de manière élevée et manifeste. Ce contraste frappant entre l’assurance des Israélites, marchant fièrement vers la liberté sous la protection divine, et l’aveuglement de Pharaon, fonçant vers sa perte finale, illustre la grandeur du plan divin qui allait bientôt se révéler dans toute sa magnificence au bord de la mer des Joncs.
















