En 1942, le Rabbi précédent, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn de Loubavitch, délivrait un enseignement d’une actualité saisissante sur le pouvoir des mots saints. À une époque où le monde sombrait dans les ténèbres de la Seconde Guerre mondiale, il révélait comment chaque Juif peut transformer l’air qu’il respire par la simple récitation de paroles de Torah. Un appel intemporel à sanctifier notre environnement spirituel, qui résonne avec une force particulière à notre époque.

 

Source : Sefer HaSi’hot 5702, p. 116 – A’haron Chel Pessa’h 5702 (1942)

 

L’heure de purifier l’atmosphère

Le Rabbi précédent ouvre son discours par une déclaration solennelle : »l’heure nous enjoint de purifier l’atmosphère. Le temps est venu de rendre l’air pur. Cette affirmation, prononcée au cœur des années les plus sombres du vingtième siècle, transcende son contexte historique pour s’adresser à chaque génération ».

Le Rabbi explique que « la vie de l’homme dépend entièrement de l’air dans lequel il se trouve ». Cette vérité, évidente sur le plan physique, revêt une dimension bien plus profonde sur le plan spirituel. De même que le corps ne peut survivre sans oxygène, l’âme ne peut s’épanouir sans une atmosphère spirituelle saine. L’environnement dans lequel nous évoluons façonne notre être intérieur, influence nos pensées et détermine la qualité de notre existence.

Deux atmosphères, deux destinées

Le Rabbi établit une distinction fondamentale entre deux types d’atmosphères spirituelles et leurs conséquences sur l’existence humaine.

Lorsqu’on vit dans une atmosphère imprégnée de Torah et de Mitsvot, la vie est saine et vigoureuse. L’âme respire un air vivifiant qui nourrit ses facultés les plus élevées. Les pensées s’élèvent naturellement vers le bien, le cœur s’ouvre à la sainteté, et l’individu développe une résistance naturelle aux influences négatives. C’est une vie de croissance spirituelle constante, où chaque jour apporte son lot de bénédictions et d’élévation.

En revanche, lorsqu’on vit dans une atmosphère d’hérésie et d’éloignement de D.ieu, la vie devient malade. L’âme, privée de sa nourriture essentielle, s’affaiblit progressivement. Plus grave encore, l’individu se trouve constamment exposé au danger de contracter des maladies contagieuses. Le Rabbi utilise ici une métaphore médicale puissante : « de même qu’un air pollué propage des virus et des bactéries, une atmosphère spirituelle corrompue propage le doute, le cynisme et l’indifférence religieuse. Ces maladies spirituelles sont d’autant plus dangereuses qu’elles se transmettent imperceptiblement, contaminant les esprits sans que l’on s’en aperçoive ».

Le premier remède universel

Face à ce diagnostic, le Rabbi prescrit un remède d’une simplicité désarmante mais d’une efficacité redoutable : « la purification de l’atmosphère par les lettres de la Torah ».

« Cette purification », explique le Rabbi, « s’accomplit par les Otiot HaTorah, les lettres saintes de la Torah. Chaque lettre hébraïque possède une dimension spirituelle qui transcende sa fonction linguistique. Selon la Kabbale, les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque sont les instruments par lesquels D.ieu a créé le monde. Lorsqu’un Juif prononce ces lettres dans le contexte de l’étude ou de la prière, il active leur pouvoir créateur et purificateur ».

Le Rabbi insiste sur l’aspect pratique et universel de ce remède. « Il ne s’agit pas d’une pratique réservée aux érudits ou aux moments de recueillement dans la synagogue. Au contraire, cette purification peut et doit s’accomplir partout : lorsqu’on se tient dans un magasin, que l’on marche dans la rue ou que l’on voyage dans le métro. Chaque parole de Torah prononcée dans ces lieux profanes accomplit un double travail : elle élève l’individu qui la prononce et elle purifie l’atmosphère environnante pour tous ceux qui s’y trouvent ».

Cette idée révolutionnaire transforme chaque Juif en agent de purification spirituelle. Nul besoin d’être un grand Tsadik ou un érudit renommé. Le simple fait de murmurer un verset de Tehilim dans le métro ou de réciter une Michna en marchant dans la rue accomplit une œuvre de sanctification cosmique.

La responsabilité des érudits

Le Rabbi précise ensuite sur qui repose cette responsabilité sacrée. « Le travail de purification de l’atmosphère incombe en premier lieu à ceux qui connaissent le Livre et qui connaissent la Torah, les Yodé Sefer et les Yodé Torah. Cette catégorie englobe tous ceux qui ont reçu une éducation juive, qu’elle soit approfondie ou élémentaire ».

« Chacun de ceux qui possèdent cette connaissance doit avoir appris quelque chose par cœur ». Le Rabbi énumère les textes essentiels : « ‘Houmach, les cinq livres de Moché ; Tehilim, les Psaumes du roi David ; Michnaïot, la loi orale codifiée ; et Tanya, l’œuvre fondamentale de la ‘Hassidout Habad. Ces quatre piliers représentent les différentes dimensions de la Torah : la Torah écrite, la prière et la louange, la loi orale, et la dimension intérieure de la Torah ».

L’objectif de cette mémorisation est éminemment pratique : « ainsi, en tout temps et en tout lieu, l’individu pourra méditer et prononcer les saintes lettres de la Torah. Sans dépendre d’un livre, sans nécessiter de conditions particulières, le Juif qui a mémorisé des passages de Torah porte en lui une source intarissable de sainteté qu’il peut activer à tout moment ».

Un enseignement pour notre époque

Ce discours, prononcé il y a plus de huit décennies, résonne avec une actualité frappante. À une époque où nous sommes constamment bombardés d’informations, où l’atmosphère médiatique et culturelle est souvent chargée de négativité, de matérialisme et de valeurs contraires à la Torah, le remède prescrit par le Rabbi précédent n’a jamais été aussi pertinent.

Chaque Juif, où qu’il se trouve, possède le pouvoir de transformer son environnement. En récitant des paroles de Torah dans le métro, dans la rue, au bureau ou dans les espaces publics, il ne se contente pas de nourrir son âme : il purifie littéralement l’atmosphère pour tous ceux qui l’entourent, Juifs et non-Juifs confondus.

Cette vision confère une dignité extraordinaire aux gestes les plus simples de la vie juive quotidienne. Le Juif qui murmure des Tehilim en attendant le bus accomplit une mission cosmique. Celui qui révise sa Michna pendant sa pause déjeuner participe à la réparation du monde. La mémorisation de passages du Tanya transforme chaque instant d’attente en opportunité de sanctification.

Le message du Rabbi précédent nous invite à prendre conscience de notre responsabilité et de notre pouvoir. Nous ne sommes pas des victimes passives de notre environnement spirituel. Nous en sommes les artisans. Par nos paroles de Torah, nous avons le pouvoir de purifier l’air que nous respirons et de préparer le monde à la venue du Machia’h.