Le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou s’apprête à rencontrer le président Donald Trump pour la septième fois depuis sa seconde investiture. Alors que les pourparlers américano-iraniens à Mascate soulèvent des interrogations, cette visite à Washington suscite de nombreuses spéculations. Derrière l’empressement du dirigeant israélien se cachent des enjeux diplomatiques et politiques bien plus complexes qu’il n’y paraît.

 

 

Par Amit Segal

 

Les pourparlers de Mascate et la question nucléaire iranienne

Une horloge cassée finit toujours par donner l’heure juste au moins une fois, n’est-ce pas ? Selon l’Iran, les pourparlers avec les États-Unis à Mascate, vendredi dernier, ne portaient « que » sur la question nucléaire, et ce malgré la position initiale selon laquelle les missiles balistiques, les milices régionales et la question des manifestants iraniens devaient tous figurer à l’ordre du jour.

Le Premier ministre Binyamin Netanyahou doit désormais se rendre à Washington mercredi pour discuter de ces négociations. Après tant de lectures erronées, l’écart entre Israël et les États-Unis s’est-il enfin concrétisé ?

Eh bien, pas si vite.

Entre Jérusalem et Washington, pas de confrontation ouverte

Jusqu’à présent, rien de belliqueux n’est sorti de Jérusalem. Il faut dire que, à ce jour, Netanyahou n’a jamais confronté publiquement le président Donald Trump. Le pire qu’il ait fait a été de publier un communiqué en pleine nuit contre le Conseil de paix de Trump, dénonçant la présence d’un drapeau palestinien dans le logo technocratique du conseil, et d’envoyer le ministre des Affaires étrangères Guidon Saar « parler aux Américains ». Cette dernière initiative peut sembler anodine, mais c’est un affront : lorsqu’il s’agit des États-Unis, Netanyahou est lui-même le ministre des Affaires étrangères.

Les leçons du passé : quand les crises apparentes masquent une coordination

L’expérience passée nous enseigne cependant la prudence. Chaque fois qu’il a été question d’une rupture sérieuse, il s’est avéré par la suite que la réalité était à l’opposé de ce qu’elle semblait être. Les exemples les plus marquants sont l’opération « Lion rugissant », la fin de la guerre à Gaza, et plusieurs autres épisodes initialement interprétés comme des confrontations et qui se sont révélés être de la coordination.

Première hypothèse : une attaque militaire reste probable

Je suggérerais deux possibilités alternatives pour expliquer la tension actuellement perçue.

La première est que les Américains, comme quiconque doté d’un minimum de bon sens, comprennent que demander à l’ayatollah Ali Khamenei d’avaler quatre coupes de poison est peut-être trop, même pour lui. Son prédécesseur, Rouhollah Khomeini, avait affirmé avoir bu le « poison » de mettre fin à la guerre Iran-Irak sans victoire totale, et il y a survécu. Mais les chances que Khamenei puisse digérer la perte du programme nucléaire, des missiles balistiques, le démantèlement du Hezbollah et du Hamas, ainsi que la fin des tueries de manifestants, sont faibles.

Si tel est le cas, une attaque reste plus probable qu’improbable. Et lorsqu’elle se produira, Netanyahou dira : voyez, j’ai contribué à la rendre possible en insistant pour maintenir la pression sur les exigences.

Seconde hypothèse : une manœuvre politique pour éviter une photo embarrassante

La seconde possibilité est plus simple.

Netanyahou devait assister à une réunion du Conseil de paix de Trump à Washington la semaine prochaine. Une photo de lui assis aux côtés du Qatar et de la Turquie, dans quelque contexte que ce soit, et en particulier pour discuter du rôle que ces pays seraient appelés à jouer à Gaza sous l’égide américaine, n’est pas le genre d’image qu’il souhaite voir circuler en année électorale. Une tension simulée avec les États-Unis, précipitant une visite anticipée, pourrait simplement être la manière dont Bibi se défile élégamment.

La réponse devra attendre mercredi, date de la septième visite de Netanyahou auprès de Trump depuis la seconde investiture de ce dernier.