Le Rabbi a accordé une importance particulière aux « Kinoussei Torah » (assemblées d’étude de la Torah) tout au long de son leadership. Ces rassemblements, organisés généralement après les grandes fêtes juives, représentaient bien plus qu’une simple tradition : ils incarnaient la continuité de l’étude de la Torah et l’engagement collectif envers ses enseignements.
Une priorité spirituelle incontournable
Le Rabbi de Loubavitch n’a pas simplement encouragé les Kinoussei Torah ; il leur a accordé une importance fondamentale dans le calendrier spirituel de la communauté. Au fil des années, ses nombreuses déclarations témoignent de la valeur exceptionnelle qu’il attribuait à ces assemblées d’étude.
« Et que Dieu veuille qu’il y ait une participation des plus importantes au ‘Kinous’, car alors existe l’excellence de l’étude collective de la Torah et ‘dans la multitude du peuple réside la gloire du roi’… Même si un seul Juif supplémentaire s’y ajoute… Ce sera une préparation imminente à ‘dans la multitude du peuple réside la gloire du roi’ pour accueillir le roi Messie, très prochainement, » déclarait-il lors de la fête de Chavouot en 1976.
Cette insistance sur la participation massive n’était pas fortuite. Pour le Rabbi, ces rassemblements représentaient bien plus qu’une simple tradition – ils constituaient un moyen tangible de prolonger l’influence des fêtes juives dans la vie quotidienne et d’intensifier l’étude de la Torah dans un cadre collectif.
Un moment de renouvellement spirituel
Le Rabbi voyait dans les Kinoussei Torah des occasions de revitalisation spirituelle après les fêtes. En 1969, il exprimait ce souhait : « Que Dieu veuille que ce soit avec grand succès, et que le rassemblement conduise à l’action, à l’étude de la Torah et à l’observance méticuleuse des commandements avec joie et bonheur. »
En 1987, il développait cette idée en déclarant : « Et Dieu veuille que ce ‘Kinous Torah’ réussisse grandement et exceptionnellement, et d’une manière qui produise un ‘effet continu’ – une année de Torah et une année de réjouissance dans la Torah, les deux ensemble, ainsi qu’une année de ‘Hakhel’ (rassemblement). »
Cette notion d' »effet continu » (peoulah nimshechet) révèle une dimension profonde de la vision du Rabbi : les Kinoussei Torah ne devaient pas être des événements isolés mais des catalyseurs d’une étude et d’une pratique intensifiées tout au long de l’année.
Construction d’un monde nouveau
« Par la discussion dialectique sur des sujets de Torah, qui est l’une des voies par lesquelles la Torah s’acquiert – par le débat entre amis, voilà l’essence du ‘Kinous Torah’, ‘bon pour eux et bon pour le monde’, et par là on construit le monde d’une façon entièrement nouvelle. » Cette déclaration du Rabbi en 1969 illustre sa conviction que ces assemblées avaient un impact transformateur sur le monde.
En qualifiant les Kinoussei Torah de « rassemblements de justes » dont le bénéfice s’étend au monde entier, le Rabbi soulignait leur dimension cosmique. L’étude collective de la Torah ne constituait pas seulement un enrichissement personnel pour les participants, mais représentait un acte de construction et de réparation du monde (tikkoun olam).
Une participation obligatoire, même à distance
L’insistance du Rabbi sur la participation universelle est particulièrement révélatrice : « Tous devraient s’efforcer d’y être et d’y prendre part, que ce soit en parlant ou en écoutant, ou les deux, » affirmait-il lors de Chavouot 1963.
Plus significativement encore, en 1990, il développa ce concept en déclarant : « Tous devraient participer au Kinous Torah, tous ceux qui le peuvent devraient y participer physiquement, et ceux qui ne peuvent pas (pour quelque raison que ce soit) y participer physiquement devraient y participer par la pensée. »
Cette notion de participation mentale, aussi valable que la présence physique, illustre l’importance extraordinaire que le Rabbi accordait à ces assemblées. En se référant au principe hassidique selon lequel « là où se trouve la pensée d’une personne, c’est là qu’elle se trouve, » il établissait que même une participation à distance constituait une connexion réelle à l’étude collective.
Vigilance du Rabbi sur la tenue des Kinoussei Torah
Le souci particulier du Rabbi concernant les détails pratiques des Kinoussei Torah – jusqu’à définir leur programmation en fonction du calendrier des fêtes et des contraintes du Shabbat – témoigne de l’importance cruciale qu’il leur accordait.
Lorsqu’en 1979, le Rav Mentlik annonça que le Kinous Torah se tiendrait à midi, le Rabbi demanda avec insistance : « Où ? » Ce détail, apparemment mineur, révèle combien le Rabbi veillait personnellement à la bonne organisation de ces assemblées, considérant chaque aspect comme significatif.
L’incident de 1966, où le Rabbi réprimanda un futur marié discutant de ses préparatifs de mariage pendant un Kinous Torah, constitue peut-être la démonstration la plus frappante de cette priorité absolue. « En plein Kinous Torah ?! » s’exclama-t-il avec étonnement, avant d’ordonner au jeune homme et à son futur beau-père de rejoindre immédiatement l’assemblée. Cet événement, que le Rav Mentlik demandait régulièrement au Rav Hertzel de raconter lors des assemblées suivantes, est devenu emblématique de l’importance primordiale que le Rabbi accordait à ces rassemblements.
Le pont vers la rédemption finale
Finalement, le Rabbi établissait un lien direct entre les Kinoussei Torah et l’avènement de l’ère messianique. En 1986, il exprimait ce souhait : « Que Dieu veuille que du ‘Kinous Torah’ qui se tient le lendemain de la fête… nous méritions bientôt, dans notre temps, rapidement de nos jours, le rassemblement de chaque homme et femme juifs lorsque s’accomplira la promesse ‘une grande assemblée reviendra ici’. »
Cette dimension eschatologique des Kinoussei Torah leur conférait une importance supplémentaire. Pour le Rabbi, ces assemblées ne représentaient pas seulement un prolongement des fêtes ou une occasion d’étude, mais une préfiguration et une préparation concrète du rassemblement final du peuple juif lors de la rédemption messianique.
En considérant cet ensemble d’enseignements, on comprend que pour le Rabbi, les Kinoussei Torah constituaient bien plus qu’une tradition communautaire – ils représentaient un pilier fondamental de la vie spirituelle juive, un catalyseur de transformation mondiale et une étape essentielle vers la rédemption finale.















