Quand le péril menaçait et que les miracles devenaient nécessaires, même l’Alter Rebbe dirigeait ses disciples vers un homme exceptionnel : Rabbi Levi Yitzchak de Berditchev. Découvrez comment un hassid en danger fut témoin d’une scène stupéfiante où le célèbre « avocat d’Israël » corrigeait des textes sacrés pendant son sommeil. Plongez dans la vie extraordinaire de ce maître hassidique dont la joie débordante, l’amour inconditionnel pour chaque Juif et les comportements parfois surprenants ont marqué l’histoire du judaïsme.
Qui était Rabbi Levi Its’hak de Berditchev ?
Rabbi Levi Its’hak de Berditchev est né en l’an 5500 (1740). Après son mariage, il est allé étudier auprès du Maguid de Mezritch. Il a servi comme Rav de la ville de Berditchev et était l’un des Rabbis les plus célèbres.
Rabbi Levi Its’hak était connu comme le « saneigor » (avocat) des Juifs, trouvant toujours du mérite dans chaque situation. Il s’est éteint le 25 Tichri 5570 (1809).
La ferveur qui renversait les tables
En récitant la Haggada, Rabbi Levi Its’hak de Berditchev était rempli d’une immense ferveur (hislahavus). Quand il arrivait aux mots « Matzah zou », il était tellement emporté dans sa communion spirituelle (dvekout) qu’il tombait de sa chaise au sol, renversant le plateau du Séder, les matzot et le vin. Le temps qu’il reprenne ses esprits, la table était à nouveau dressée, et on lui tendait un autre long kittel blanc pour remplacer celui taché de vin. En le revêtant, il disait avec un plaisir visible : « Ah ! Matzah zou… »
Le chapeau qui cache le ciel
Le Rabbi précédent (Frierdiker Rabbi) a raconté :
Rabbi Levi Its’hak de Berditchev mettait en garde ses hassidim de ne jamais porter de chapeaux à visière. Il expliquait que lorsqu’un Juif regarde vers les Cieux, cela lui rappelle Hachem et constitue donc un moyen puissant (segula) pour la crainte des Cieux (yirat Shamayim). Cependant, si l’on porte un chapeau à visière, son regard vers le Ciel est bloqué, et il manque l’éveil spirituel de la crainte des Cieux.
Un jour vint où le Tsar Nicolas décréta que seuls les chapeaux à visière pouvaient être portés. Les Juifs cachaient donc leurs chapeaux traditionnels (shtreimelach) et marchaient à l’extérieur avec des chapeaux à visière, et quand ils arrivaient dans un endroit sûr, ils sortaient leurs shtreimelach et les mettaient.
Quand ce décret atteignit Berditchev, les gens là-bas aussi commencèrent à porter des chapeaux à visière. Un jour, Rabbi Levi Its’hak vit un hassid portant un chapeau à visière, et il lui sembla évident que cet individu était assez à l’aise avec son nouveau look.
Le Tsaddik s’approcha de lui et demanda : « Pourquoi au milieu des reproches divins (Tochaha) est-il dit qu’ils seront punis pour avoir abandonné Hachem ‘avec joie’ ? Ces mots viennent nous enseigner que même si l’on est, à Dieu ne plaise, forcé de s’écarter du chemin du service divin pour des raisons indépendantes de sa volonté, on ne devrait au moins pas s’en réjouir… »
Le cœur pur et le violoniste
R. Shlomo de Chashnik, un hassid dévoué de l’Alter Rabbi, était un violoniste talentueux, et ses mélodies faisaient fondre les cœurs de ses auditeurs. Lors du mariage à Zhlobin entre les petits-enfants de l’Alter Rabbi et de Rabbi Levi Its’hak de Berditchev, R. Shlomo jouait du violon pendant que les deux Tsaddikim dansaient ensemble.
À cette occasion, Rabbi Levi Its’hak a découvert sa poitrine et a dit à R. Shlomo : « Regarde mon cœur et tu n’auras pas de pensées étrangères (machashavot zarot) pendant la prière. » R. Shlomo a témoigné plus tard que depuis ce moment, il n’avait effectivement jamais eu de pensées étrangères quand il priait.
La poule qui s’est enfuie
Le Rabbi Rachab a une fois raconté :
Rabbi Levi Its’hak de Berditchev avait terminé son étude de la Chehita et se préparait à abattre sa première poule. Il a pris l’oiseau dans sa main gauche et l’a soigneusement préparé pour l’abattage. Dans sa main droite, il tenait le couteau
Avec une concentration intense et une extase profonde, Rabbi Levi Its’hak a récité la bénédiction sur la Mitsva qu’il avait le privilège d’observer pour la toute première fois. Entre-temps, la poule a décidé que, dans ces circonstances, il était grand temps pour elle de s’enfuir…
Le Berditchever a conclu la bénédiction et s’est exclamé (le Rabbi a cité en yiddish avec un accent polonais) : « ‘Vi is di hin? Où est la poule…?' »
Quand le Machiah viendra aujourd’hui
Lors d’un repas (tish) avec ses hassidim, Rabbi Levi Its’hak de Berditchev a une fois demandé : « Pourquoi le Machia’h a-t-il dit à Rabbi Yehoshua ben Levi qu’il viendrait ‘aujourd’hui’ ? N’est-il pas écrit qu’Hachem enverra le prophète Élie avant ce jour redoutable ? »
Personne n’a proposé de réponse, alors Rabbi Levi Its’hak a répondu lui-même : « Le prophète Élie doit venir pour élever tout le monde au-dessus de leurs préoccupations mondaines et les préparer pour le Machia’h. Cependant, ‘Si vous écoutez la voix d’Hachem’ – c’est-à-dire, si nous nous réveillons de nous-mêmes – alors Machia’h pourra venir aujourd’hui, immédiatement, sans qu’Élie n’ait à venir nous prévenir. »
La joie d’être juif
Un Juif est une fois entré dans la chambre de Rabbi Levi Its’hak de Berditchev et l’a vu danser joyeusement tout en récitant les bénédictions du matin (Birchot HaShahar).
« Pourquoi toute cette joie ? » a-t-il demandé.
Rabbi Levi Its’hak a répondu : « Quand je suis arrivé à la bénédiction de ‘shelo assani goy’ (qui ne m’a pas fait naître non-juif), j’ai pensé au grand privilège d’être Juif. Après tout, les choses auraient pu être autrement… »
Jaloux du pécheur
Il vivait à Berditchev un Juif qui, délibérément et par défi, ne respectait pas la Torah et les Mitsvot. Rabbi Levi Its’hak de Berditchev l’a rencontré un jour et lui a dit : « Je suis jaloux de toi ! » Le Juif a répondu : « Rabbi ! Vous êtes jaloux de moi ? Vous me connaissez, et vous savez qui je suis et ce que je suis. »
Rabbi Levi Its’hak a répondu : « Il est écrit que les péchés délibérés sont transformés en mérites pour celui qui fait Techouva. Imagine le niveau élevé que tu pourrais atteindre si seulement tu faisais Techouva… »
Le prodige du sommeil vigilant
Reb Mordechaï Liepler était actif dans le rachat des captifs (pidyon shvuyim) et l’exemption des jeunes hommes du service dans l’armée du Tsar. Finalement, le gouvernement l’a découvert et a prévu de l’arrêter, alors Reb Mordechaï s’est précipité vers l’Alter Rabbi pour une bénédiction. À cette époque, la petite-fille de l’Alter Rabbi venait d’épouser le petit-fils de Rabbi Levi Its’hak de Berditchev à Zhlobin, et Reb Mordechaï est arrivé pendant la semaine des sheva brachot. Quand il a présenté sa requête, l’Alter Rabbi lui a conseillé de s’adresser à son beau-père par alliance, le Rav de Berditchev.
Les assistants (gabbaïm) de Rabbi Levi Its’hak ne voulaient pas le laisser perturber l’emploi du temps du Tsaddik, mais quand ils ont entendu sa situation – surtout l’instruction de l’Alter Rabbi – ils lui ont conseillé de se cacher dans la pièce derrière un rideau, puis de présenter sa requête à un moment opportun. De sa cachette, Reb Mordechaï pouvait observer le service divin assidu de Rabbi Levi Its’hak.
D’abord, le Tsaddik s’est assis à une table en communion spirituelle pendant que ses deux assistants lui mettaient des cuillerées de nourriture dans la bouche, dont seules de petites portions étaient effectivement mangées. Le repas s’est vite terminé et le Tsaddik âgé a été allongé sur un lit. Ses assistants se sont assis près de lui, l’un à sa tête et l’autre à ses pieds, et ils ont lu simultanément des passages des Michnayot et du Zohar respectivement. Le Tsaddik était profondément endormi, mais de temps en temps, il les arrêtait et corrigeait leur lecture. Peu après, Rabbi Levi Its’hak s’est levé et s’est lavé les mains (neggel vasser).
À ce moment, Reb Mordechaï est sorti de sa cachette et a demandé une bénédiction. Au début, Rabbi Levi Its’hak l’a réprimandé pour avoir mis sa vie en danger en s’impliquant dans des activités qui s’opposaient au gouvernement, mais en apprenant que c’était sur instruction de l’Alter Rabbi, il a concédé : « S’il en est ainsi, tu es juste dans ta cause. Va en paix ! » Et c’est ce qui s’est passé.
Biographie de Rabbi Levi Its’hak de Berditchev : Le défenseur du peuple juif
Rabbi Levi Its’hak de Berditchev (1740-1809) est l’une des figures les plus aimées et vénérées du mouvement ‘hassidique, connu comme le « Défenseur du peuple juif » et l' »Amant d’Israël ».
Origines et formation
Né dans une lignée de 26 générations de rabbins, son âme spéciale fut remarquée dès sa naissance par le Baal Chem Tov qui organisa une fête, déclarant que « l’âme du Défenseur du peuple juif » venait d’entrer dans le monde.
Après son mariage, il étudia auprès de Rabbi Shmelké Horovitz, puis devint un disciple dévoué du Maguid de Mézeritch, successeur du Baal Chem Tov à la tête du mouvement ‘hassidique.
Un parcours difficile avant Berditchev
Sa carrière rabbinique fut marquée par des difficultés dans plusieurs villes (Ryczywol, Zelitchov, Pinsk) où il affronta l’opposition des adversaires du ‘hassidisme. À Ryczywol, il dut même fuir pour sa vie le jour de Hochaana Rabba, n’emportant que son loulav et son étrog.
L’épanouissement à Berditchev
En 1785, il s’installa finalement à Berditchev où il servit comme rabbin et établit sa cour ‘hassidique pendant près de 25 ans, jusqu’à sa mort. Fait remarquable, il choisit délibérément de rester dans cette ville fortement influencée par le mouvement des « Lumières » et connue pour son sentiment antireligieux, afin de contrer ce climat et de défendre les intérêts de son peuple.
Après son décès le 25 Tichri 5570 (1809), les habitants de Berditchev ne nommèrent plus jamais de rabbin officiel pour le remplacer, se contentant d’un dayan (juge rabbinique). Sa tombe à Berditchev reste jusqu’à aujourd’hui un lieu de pèlerinage pour les Juifs du monde entier.
Un amour inconditionnel pour chaque Juif
Rabbi Levi Its’hak est resté célèbre pour son amour extraordinaire envers chaque Juif, sans distinction de niveau spirituel ou matériel. Il voyait constamment le bien chez les autres et trouvait des mérites même dans les comportements apparemment répréhensibles.
Une anecdote emblématique raconte comment, voyant un Juif fumer pendant Chabbat, il s’adressa à Dieu : « Maître de l’univers, vois la sainteté de Ton peuple ! Ils préfèrent se déclarer pécheurs plutôt que de proférer un mensonge ! »
L’avocat du peuple juif devant Dieu
Sa réputation de « défenseur » vient de sa façon unique de plaider devant Dieu pour le peuple juif. Il s’adressait directement au Créateur, qu’il appelait « der derbaremdiger » (le Miséricordieux), parfois de manière audacieuse et même conflictuelle.
Il pouvait par exemple dire : « Maître de l’univers, Tu dois pardonner à Israël ses péchés. Si Tu ne le fais pas, je dirai au monde que Tes téfiline ne sont pas valables, car le verset qu’elles contiennent ‘Qui est comme Ton peuple Israël, une nation unique sur terre’ ne serait pas vrai. »
Selon le Tséma’h Tsédek (troisième Rabbi de ‘Habad), une salle spéciale appelée « La salle de Rabbi Levi Its’hak fils de Sarah Sasha » a été ouverte dans les cieux en son honneur, où tout Juif récitant des Psaumes pour son mérite sera certainement aidé.
Une ferveur spirituelle extraordinaire
Rabbi Levi Its’hak était connu pour son enthousiasme extatique dans le service divin. Certaines parties de la prière le plongeaient dans un état de communion profonde (dvekout) où il pouvait sauter sur la table ou agir sans conscience de son environnement.
On raconte qu’une fois, dans sa hâte d’accomplir la mitsva du loulav au lever du soleil, il passa sa main à travers une vitre sans même s’en apercevoir, ne remarquant sa main ensanglantée qu’après avoir terminé la bénédiction.
Sa relation avec Rabbi Chnéour Zalman et le mouvement ‘Habad
Une amitié et un respect profonds liaient Rabbi Levi Its’hak et Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, fondateur du mouvement ‘Habad. Lorsqu’il reçut un exemplaire du Tanya nouvellement publié, Rabbi Levi Its’hak s’exclama avec admiration : « C’est incroyable qu’il ait réussi à faire tenir un Dieu si grand dans un livre si petit ! »
Les deux familles s’unirent lorsque le petit-fils de Rabbi Levi Its’hak épousa la petite-fille de Rabbi Chnéour Zalman lors du « Grand Mariage » de Zhlobin. Ils maintinrent une correspondance significative, notamment lors de l’arrestation de Rabbi Chnéour Zalman et du décès du fils de Rabbi Levi Its’hak.
En 1982, le Rabbi de Loubavitch déclara lors d’un discours : « Il est su et reconnu dans tous les mondes que Rabbi Levi Its’hak était un amoureux d’Israël, un défenseur de chaque Juif et quelqu’un qui faisait pencher la balance céleste en faveur de chaque Juif. »
L’héritage spirituel de Rabbi Levi Its’hak continue d’inspirer les Juifs du monde entier par son message d’amour inconditionnel, de défense du peuple et de ferveur religieuse.















