Depuis 5742 (1982), le Rav Reuven Matusof, Chalia’h du Rabbi à la Lichka Loubavitch de Paris, se rend chaque été dans les vergers de Calabre pour y sélectionner un à un les Etroguim destinés aux communautés de France. Cette année encore, le Merkaz Etroguei Loubavitch ouvre ses portes dès Motsaeï Chabbat Sli’hot et durant toute la semaine de Roch Hachana, au bureau du 8, rue Rouvet, au Beth Habad Sinaï, à Yerres et à la Yechiva de Brunoy. Derrière ces horaires apparemment ordinaires se cache une chaîne de transmission ininterrompue, qui relie les collines calabraises aux tables des familles juives de l’Hexagone.

 

 

Une tradition venue des collines de Calabre

Parmi les quatre espèces réunies pour la Mitsva des Arbaat Haminim, l’Etrog occupe une place singulière. Il est le fruit, celui qui possède à la fois le goût et le parfum, et la tradition juive lui prête une exigence de perfection que peu d’autres objets rituels connaissent. C’est dans la région de Calabre, cette pointe méridionale de la péninsule italienne baignée par la mer Tyrrhénienne, que pousse depuis des siècles la variété que la tradition désigne sous le nom d’Etrog Yanover, réputée n’avoir jamais été greffée. Les décisionnaires ont vu dans cette absence de greffe la garantie d’une filiation botanique remontant aux temps les plus anciens, et c’est précisément cette pureté généalogique qui a fait de l’Etrog calabrais l’objet d’une préférence constante dans le monde Habad.

Le Rabbi a encouragé avec une insistance particulière l’usage de ces Etroguim et le sujet revient à plusieurs reprises dans ses Si’hot. Ce qui pourrait passer pour une simple préférence rituelle relève en réalité d’un attachement profond à la continuité : choisir un Etrog de Calabre, c’est se rattacher à une lignée de fruits que nul greffon étranger n’est venu altérer, et par là même affirmer quelque chose de la fidélité juive elle-même.

Un homme, un verger, une expertise

Le Rav Reuven Matusof, Chalia’h du Rabbi à la Lichka Loubavitch de Paris, s’est vu confier cette responsabilité voici plus de quatre décennies. Depuis l’année 5742 (1982), il se rend en personne dans les vergers calabrais au moment de la récolte pour y opérer la sélection des fruits. Le mot de spécialiste, qui figure sur les documents diffusés par le Merkaz Etroguei Loubavitch, ne relève pas de la formule commerciale : il désigne un savoir acquis par la répétition patiente du même geste, saison après saison, sur des milliers de fruits examinés.

Car la sélection d’un Etrog ne s’improvise pas. Il faut savoir apprécier la forme générale du fruit, cette silhouette de tour élargie à la base et se resserrant vers le sommet que les sources décrivent avec précision. Il faut inspecter l’épiderme, en repérer les taches, les cicatrices et les altérations, distinguer celles qui invalident le fruit de celles qui en diminuent seulement la beauté. Il faut vérifier l’intégrité du Pitom lorsqu’il est encore présent, examiner l’Oken à la base, s’assurer que le fruit n’a subi ni choc ni frottement durant sa croissance. Chacun de ces critères engage une décision, et chaque décision engage la validité d’une Mitsva que des centaines de familles accompliront quelques semaines plus tard.

Les rendez-vous de Motsaeï Chabbat Sli’hot

La distribution s’ouvre traditionnellement à l’issue du Chabbat des Sli’hot, cette nuit où les communautés ashkénazes entament les supplications qui préparent au jugement de Roch Hachana. Le choix du moment n’a rien d’anodin : il inscrit d’emblée l’acquisition de l’Etrog dans le mouvement de retour et de préparation qui caractérise ces journées.

Trois points d’accueil sont prévus pour cette première nuit :

Au bureau du 8, rue Rouvet, dans le 19e arrondissement de Paris, les fidèles sont reçus de 22h30 à 00h30.

Au Beth Habad Sinaï, la distribution prend le relais à partir de 01h00, pour ceux que les Sli’hot retiennent plus tard dans la nuit.

A Yerres, la famille Dodisco ouvre son domicile du 20, rue des Faisans, également de 22h30 à 00h30, épargnant ainsi aux habitants du sud-est francilien un déplacement jusqu’à la capitale.

La semaine de Roch Hachana

Le dispositif se poursuit ensuite tout au long de la semaine qui précède Roch Hachana 5787 (2026).

Au bureau de la rue Rouvet le dimanche 6 septembre de 12h à 18h00,puis du lundi 7 au jeudi 10 septembre de 10h30 à 19h30, avant une dernière ouverture le vendredi 11 septembre de 11h à 14h, quelques heures seulement avant l’entrée de la fête.

À la Yechiva de Brunoy le dimanche 6 septembre de 9h à 11h et le vendredi 11 septembre de 6h à 9h. Cette dernière séance matinale présente une particularité appréciable, puisque le Loulav et les Hadassim y sont également disponibles, permettant ainsi de réunir en une seule fois l’ensemble des espèces requises.

Une Mitsva qui se prépare longtemps à l’avance

Il peut sembler étrange d’acquérir un Etrog avant même que Roch Hachana ne soit passé, alors que Souccot n’arrive que deux semaines plus tard. Cette anticipation correspond pourtant à une logique éprouvée. Elle laisse aux Chlou’him de province le temps d’organiser l’acheminement vers leurs communautés, elle évite la précipitation des derniers jours et elle permet à chacun de choisir son fruit posément, sans la pression d’une échéance immédiate. Elle traduit aussi une manière de concevoir les fêtes de Tichri comme un ensemble cohérent plutôt que comme une succession d’événements séparés : la joie de Souccot se prépare dès les jours redoutables.

Le Merkaz Etroguei Loubavitch reste joignable au 09 53 73 57 70,
Mail : [email protected],
Site de la Lichka : https://www.lichkaloubavitch.com/

Que ce soit sous les figuiers de Calabre ou dans un bureau parisien à minuit passé, le même souci demeure : que chaque Juif de France puisse tenir entre ses mains, au matin de Souccot, un fruit dont la beauté soit à la hauteur de ce qu’il représente.

Que l’année 5787 (2026) soit une bonne année, et que nous soyons tous inscrits et scellés pour le bien.