Au lendemain de l’attaque terroriste qui a endeuillé la communauté juive de Sydney, Mendy Benhamou, membre francophone actif de la communauté Habad de Sydney depuis 20 ans, témoigne depuis les lieux du drame. Entre choc et résilience, il évoque la mémoire de Dan Elkaiam, victime de l’attentat, et analyse la détérioration de la situation sécuritaire des Juifs australiens sous le gouvernement Albanese.
Un rassemblement de solidarité sur les lieux du drame
Interrogé en direct sur Radio Qualita depuis Bondi Beach, là même où s’est produit l’attentat, Mendy Benhamou décrit une scène empreinte à la fois de douleur et de détermination. « C’est là où tout s’est passé. Aujourd’hui, tout le monde se rassemble ici pour être ensemble en tant que communauté », explique-t-il. Derrière lui, on aperçoit le portrait du Rav Eli Schlanger, émissaire du Rabbi à Sydney et organisateur de l’allumage public de ‘Hanouka qui a été visé par les terroristes.
Sur place, les Rabbanim distribuent des Menorot afin que chacun puisse allumer les lumières de ‘Hanouka et accomplir cette Mitsva. L’aide aux personnes dans le besoin se poursuit malgré les circonstances tragiques.
Le choc et la résilience face à la terreur
À la question de savoir si la communauté est toujours sous le choc, Mendy Benhamou répond sans hésiter : « Toujours le choc, mais en même temps la résilience. Ce ne sont pas deux personnes qui vont nous faire nous cacher ou arrêter ce que nous faisons. » Cette volonté de continuer, d’ajouter encore plus de lumière pour dissiper l’obscurité qui s’est abattue sur ce lieu, anime la communauté. « On rajoute de la lumière, on fait plus de Mitsvot, on aide plus de Juifs », affirme-t-il.
Le témoignage devient plus personnel lorsqu’il évoque Dan Alkaïm, la victime de l’attentat. « J’avais un ami proche, Dan Alkaïm, qui venait souvent chez moi pour les Chabbatot. J’organise les Chabbatot pour les jeunes Français, les étudiants et touristes qui viennent ici à Sydney. Il était chez moi à Roch Hachana, Souccot et pour les fêtes. Cela faisait un an qu’il venait régulièrement. »
Dan Alkaïm : le portrait d’un jeune homme lumineux
Dan Alkaïm avait 26 ans. « Merveilleux, toujours avec le sourire, toujours prêt à aider. Il venait à la synagogue, c’était vraiment quelqu’un d’incroyable », témoigne Mendy Benhamou, la voix chargée d’émotion. « Ça fait mal au cœur. On est sous le choc de ce qui s’est passé. »
Il raconte avoir passé la nuit à tenter de vérifier les informations, en contact permanent avec les parents de Dan et sa sœur Déborah. « Il n’y avait pas de nouvelle officielle pendant toute la journée. J’ai passé la nuit à essayer de vérifier, pour être sûr à 100%. »
Plusieurs de ses amis proches ont également été blessés et se trouvent à l’hôpital. Mendy Benhamou est allé les voir le matin même. Malgré tout, le message reste le même : « Aujourd’hui, on est ici à Bondi Beach pour montrer qu’on est là, qu’on ne se cache pas. Au contraire, on est là pour amener de la lumière au monde. C’est le travail du Rabbi ici à Sydney : éclairer ce monde. »
Un sentiment de danger annoncé depuis plusieurs mois
L’attentat n’a pas surpris tout le monde. Quelques heures après le drame, Mendy Benhamou avait envoyé à la rédaction un texte qu’il avait rédigé plusieurs mois auparavant, exprimant déjà ses craintes face à la montée de l’insécurité pour la communauté juive australienne.
« C’est au même moment où le Rav avait écrit au Premier ministre Anthony Albanese, qui avait reconnu la Palestine », rappelle-t-il. Pour Mendy Benhamou, la position du gouvernement australien est claire : « J’appelle ça anti-israélien, parce que la seule raison pour laquelle il est pro-palestinien, c’est parce que c’est automatiquement anti-israélien. Si c’était des Arabes contre des Arabes, ils n’en auraient rien à faire. »
Ce constat l’a amené à comprendre que « notre gouvernement n’était pas avec nous » et que « le danger arrivait ». Il pointe du doigt la politique du gouvernement Albanese : « Quand tu donnes des cadeaux aux terroristes au lieu d’être ferme contre le terrorisme, ils reviennent et en demandent encore. On tue des Juifs, on reçoit un État. Alors on va tuer encore des Juifs pour recevoir encore des cadeaux. C’est ça qui nous faisait peur depuis quelques mois. »
Des manifestations antisémites tolérées par le gouvernement
Les signes avant-coureurs étaient nombreux. « Il y a des manifestations anti-juifs toutes les semaines, avec des slogans très antisémites, et le gouvernement n’a jamais rien fait pour arrêter ça », déplore Mendy Benhamou. Ce sentiment d’abandon était partagé par de nombreux membres de la communauté.
La presse israélienne décrit pourtant la communauté juive australienne comme « très chaleureuse, très unie et très solidaire d’Israël ». Mais cette solidarité suffit-elle face à l’hostilité croissante ?
La question de l’Alya et du départ d’Australie
L’attentat pousse-t-il les Juifs australiens à envisager de partir ? « Il y en a déjà plusieurs qui ont quitté le pays. De plus en plus partent », confirme Mendy Benhamou. Il soulève un problème spécifique à l’Australie : l’interdiction totale de posséder des armes.
« C’est complètement interdit d’avoir des armes, quoi que ce soit. Même si tu as un faux pistolet, tu vas en prison. Aucune excuse valable. Cette fusillade a duré 20 minutes. Si la communauté avait eu la permission d’être armée, cela se serait terminé en quelques secondes, voire quelques minutes. »
Il évoque également la CSG (Community Security Group), l’équivalent australien du SPCJ en France : « Ils n’ont pas d’armes. Ils sont là, ils posent des questions, mais quand quelqu’un arrive avec une arme, ça ne sert à rien. »
Comment l’Australie est-elle devenue hostile à Israël ?
Mendy Benhamou retrace le basculement politique de l’Australie. « Il y a deux ans, c’est devenu un gouvernement de gauche. Anthony Albanese, avant d’être Premier ministre, organisait et menait lui-même des manifestations anti-israéliennes. »
Depuis son arrivée au pouvoir, « il n’a rien fait pour aider la communauté juive. Il y a eu 2000 visas donnés à des palestiniens de Gaza pour venir en Australie, sans aucune vérification. On leur donnait des visas touristes. Une fois qu’ils sont là, ils restent. Et ces personnes, qui ont été éduquées depuis leur plus jeune âge à nous haïr, à nous détester, à vouloir nous tuer, sont maintenant dans notre communauté. On commence à voir les résultats aujourd’hui. »
Rester pour continuer la mission du Rabbi
Malgré tout, Mendy Benhamou affirme sa volonté de rester. « Je suis là depuis 20 ans parce que ma femme est australienne, et j’aide la communauté ici. Tant qu’il y aura des Juifs à aider, je resterai. J’organise pour les jeunes les fêtes de Pourim, de Roch Hachana. »
Son engagement est ancré dans une mission plus profonde : « Dans la vie, je suis dans les affaires, mais j’essaie de faire le travail du Rabbi. J’ai grandi avec le Rabbi. J’allais chez le Rabbi, j’ai passé les fêtes de Tichri avec le Rabbi chaque année. Je sens cette mission de vouloir aider la communauté. »
Il refuse de céder à la peur : « Si je pars de Sydney, ce ne sera pas parce qu’il y a des gens qui viennent avec des pistolets. » Toutefois, il observe que beaucoup de ses amis envisagent ou ont déjà fait leur Alya. « Il y avait un groupe de 40 ou 50 médecins qui ont fait leur Alya il n’y a pas longtemps. C’était dans l’air que le gouvernement ne nous aimait pas. »
L’espoir d’un changement politique
Mendy Benhamou conclut sur une note d’espoir : « On espère qu’il y aura un autre gouvernement, plus favorable à la communauté juive, pour pouvoir revenir comme on était avant. »
En attendant, la communauté juive de Sydney reste debout, fidèle à l’enseignement du Rabbi : face à l’obscurité, on n’ajoute pas de l’obscurité, on ajoute de la lumière.















