לע״נ הרה״ח ר׳ שמואל וזוגתו מרת בתי׳ ע״ה אזימאוו
שלוחי כ״ק אדמו״ר כיובל שנה במדינת צרפת

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Pourquoi accomplit-on la circoncision à l'âge de huit jours, alors qu'un nourrisson ne comprend rien à l'alliance que l'on scelle dans sa chair ? À première vue, il serait plus logique d'attendre la maturité, afin que l'enfant devienne un partenaire conscient et consentant. Dans la troisième Si'ha de la parachat Vayéra, au tome 25 des Likoutei Si'hot, le Rabbi renverse entièrement cette intuition et dévoile le secret du huitième jour.

 

Par le Rav Menahem Altabé, Chalia'h à Nice
Adapté du Likoutei Si'hot, volume 25, 3e Si'ha de Vayéra

 

 

Une question qui dérange

Vous vous êtes peut-être déjà demandé pourquoi la circoncision se pratique au huitième jour de la vie. La Brit Mila n'est pas un simple geste chirurgical, une parcelle de chair que l'on retranche et rien de plus. C'est une alliance, et qui dit alliance dit conscience de l'engagement que l'on prend. On s'attendrait donc à ce que la circoncision soit accomplie au moment de la Bar Mitsva, lorsque l'enfant est devenu mature, capable de donner son accord, de comprendre qu'il entre dans une alliance avec D.ieu. Mais un nourrisson de huit jours, comment pourrait-il contracter une telle alliance ? Ce que l'on fait à son égard semble se réduire à retrancher un morceau de chair, sans plus.

Le débat d'Ismaël et d'Its'hak

Le Rabbi relève que cette interrogation apparaît déjà dans le Midrash. Avraham, le premier des patriarches et le premier Juif, eut deux fils : Ismaël, né de sa servante, et Its'hak, qu'il eut miraculeusement de son épouse Sarah. Lorsque D.ieu ordonna à Avraham de se circoncire, à l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans, Ismaël, alors âgé de treize ans, fut circoncis lui aussi. Its'hak, plus tard, fut le premier à l'être au huitième jour. Et entre les deux frères s'éleva une dispute. Ismaël prétendait l'emporter : "Je suis plus cher que toi, je me suis donné plus de peine, car j'ai été circoncis à treize ans, à un âge où j'aurais pu protester et refuser l'alliance. Malgré cela, je l'ai acceptée. Toi, à huit jours, on ne t'a rien demandé, tu ne pouvais même pas t'y opposer." Its'hak lui répondait au contraire : "C'est moi qui suis le plus cher, précisément parce que j'ai été circoncis à huit jours."

Les limites d'une première réponse

Le Rabbi s'arrête sur ce point. L'argument d'Ismaël paraît le plus raisonnable : il avait la possibilité de protester, il ne l'a pas fait, il a agi de son plein gré. Quelle supériorité Its'hak peut-il bien invoquer en répliquant qu'il vaut mieux parce qu'il fut circoncis à huit jours ? Les commentateurs répondent d'ordinaire que le mérite d'Its'hak tient à ce qu'il a accompli la Mitsva en son temps, et qu'accomplir une Mitsva en son temps lui confère une force supérieure, puisque le temps fixé pour la circoncision est le huitième jour.

Or cette réponse, souligne le Rabbi, ne suffit pas. D'abord parce que, lorsque D.ieu ordonna à Ismaël de se circoncire, celui-ci avait treize ans : treize ans était donc bel et bien son temps à lui, puisque c'est alors que l'ordre divin lui fut adressé. De même, Avraham accomplit la circoncision au moment même où D.ieu le lui prescrivit, et ce moment était pour lui le temps juste. Une opinion du Pirkei DeRabbi Eliezer enseigne d'ailleurs qu'Avraham fut circoncis le jour de Yom Kippour, le dix du mois de Tichri. Normalement, on ne circoncit ni à Yom Kippour ni à Chabbat, sauf lorsque tombe exactement le huitième jour, car seule la circoncision du huitième jour repousse la sainteté de ces jours. Avraham, qui accomplissait toute la Torah avant même qu'elle fût donnée, n'aurait donc pas dû se circoncire ce jour-là, si ce n'était pas son temps. Mais puisque D.ieu lui en avait fait l'ordre précisément ce jour-là, c'était bien le temps. Il en va pareillement pour Ismaël : on ne peut dire qu'il n'a pas agi en son temps, car treize ans était le moment fixé pour lui.

Une difficulté plus profonde demeure. À supposer même qu'Its'hak l'emporte en ce qu'il a agi en son temps, "en son temps" n'est qu'un détail de la Mitsva. Comment un simple détail pourrait-il se mesurer à toute la réalité de la circoncision d'Ismaël, qui touche à l'essentiel : la décision d'accomplir ou non l'alliance ? Le Rabbi en conclut, par la force du raisonnement, que le huitième jour ne saurait être un détail. Être circoncis à huit jours transforme la nature même de la Brit Mila : cela l'élève à une dimension tout autre, à une catégorie supérieure.

Ce que révèle le Midrash

Le Rabbi vient appuyer cette conclusion sur les paroles de nos Sages. Le Midrash rappelle qu'Adam Harichon, le premier homme, reçut sept commandements, parmi lesquels l'interdiction de consommer de la viande. À Noa'h il fut permis de manger les animaux, mais lui fut ajoutée l'interdiction de consommer un membre prélevé sur un animal vivant, l’Ever Min Ha'haï. Puis le Midrash poursuit : à Avraham fut donné l'ordre de la circoncision, et Its'hak, enfin, inaugura la circoncision au huitième jour.

Pourquoi le Midrash partage-t-il ainsi la Mitsva de la circoncision en deux étapes distinctes, l'ordre adressé à Avraham d'un côté, l'inauguration du huitième jour par Its'hak de l'autre ? Et pourquoi présente-t-il ce huitième jour comme une véritable nouveauté, au même titre que l'ajout fait à Noa'h par rapport à Adam, ou la Mitsva ajoutée à Avraham par rapport à Noa'h ? De là encore, et non plus seulement par le raisonnement, on déduit que la circoncision au huitième jour introduit une innovation fondamentale, essentielle, dans la réalité générale de la Mitsva. Reste à comprendre en quoi consiste cette particularité.

La Mila, une alliance éternelle

Le Rabbi commence par définir ce qu'est une Brit Mila. Le verset enseigne que l'alliance de D.ieu se trouvera gravée dans la chair comme une alliance éternelle. Par la circoncision se noue donc un lien éternel, un Brit Olam, entre le circoncis et D.ieu. L'image est celle de deux êtres qui s'aiment déjà et qui scellent entre eux un pacte : l'amour existe, mais ils veulent s'assurer que rien ne viendra jamais l'entamer, et ils le renforcent par la détermination particulière d'une alliance.

Seulement, entre deux êtres humains, une alliance demeure fragile : l'homme change avec le temps, et le pacte conclu aujourd'hui peut se défaire demain. Lorsque c'est D.ieu qui contracte l'alliance, en l'occurrence celle qu'Il noue avec le peuple juif par la Brit Mila, il s'agit d'un Brit Olam, une alliance éternelle que nul changement ne pourra jamais annuler. Telle est la Brit Mila : une alliance éternelle du circoncis avec D.ieu.

Pourquoi Avraham a attendu l'ordre divin

Cette définition résout une autre question. Puisqu'Avraham Avinou accomplissait toute la Torah avant qu'elle fût donnée, pourquoi ne s'est-il pas circoncis de lui-même, pourquoi a-t-il attendu quatre-vingt-dix-neuf ans que D.ieu le lui ordonne ? Parce que, s'il avait agi de son propre gré, en tant que créature et non comme exécutant de la volonté divine, il n'aurait pu sceller qu'une alliance humaine, soumise au changement. Une créature, par essence limitée, ne peut produire d'elle-même quelque chose d'éternel. Seule la force du Créateur, qui ordonne et donne la capacité d'accomplir, peut rendre cette alliance véritablement éternelle. C'est pourquoi Avraham attendit l'ordre de D.ieu : sans lui, point de Brit Olam.

Un cadeau, non un salaire

On comprend dès lors pourquoi la circoncision s'accomplit alors que l'enfant est encore tout petit, à huit jours, dépourvu de la possibilité de participer par ses propres forces à la Mitsva. Celui qui agit par ses propres forces a besoin de préparations, de temps, d'un cheminement avant d'être prêt. Mais l'alliance ne vient aucunement de l'homme : elle vient entièrement du Créateur. L'être humain, lui, se borne à retrancher le morceau de chair ; l'alliance qui s'y attache, c'est D.ieu qui la réalise. Le mouvement ne va pas du bas vers le haut, de l'homme vers le divin, mais du haut vers le bas : le Juif accomplit le geste, et D.ieu, d'en haut, le relie à Lui par une alliance éternelle. Voilà pourquoi il n'y a nulle raison d'attendre que l'enfant grandisse : dès la première occasion, dès qu'il est suffisamment fort, au huitième jour, on accomplit la circoncision.

Il reste pourtant à préciser une nuance, car même chez Avraham Avinou l'alliance éternelle venait d'en haut, et non de son travail. Le Rabbi est formel : tout le service d'Avraham n'était pas un réceptacle capable de produire un Brit Olam. Rien de limité ne peut engendrer l'éternel, et devant l'infini de D.ieu, le plus grand des hommes n'est pas plus proche que le plus petit. Le travail d'Avraham ne fut donc pas un réceptacle, mais une préparation. La Guemara enseigne qu'un présent ne se donne pas à n'importe qui : on l'offre à celui qui nous a procuré de la satisfaction, du Na'hat. Pour autant, ce présent n'est pas un paiement, à la différence d'un salaire que l'on doit à qui a travaillé pour nous. Le cadeau procède de la seule générosité du donateur, mais il se destine à qui lui a été agréable.

Ainsi d'Avraham : par ses actions extraordinaires, il s'était rendu agréable devant D.ieu, et D.ieu lui fit ce présent sans commune mesure avec ce qu'il avait accompli, puisque son service demeurait, lui, limité. L'alliance éternelle vint certes d'en haut, mais parce qu'elle survint après un effort d'Avraham, et parce que c'est lui qui décida de se circoncire, son accomplissement comportait comme un mélange de l'initiative humaine. Chez lui, le caractère purement céleste de l'alliance n'apparaît pas de façon dévoilée. Il en va de même pour Ismaël, circoncis à treize ans, en pleine conscience, ayant lui-même consenti à se lier à D.ieu.

Le huitième jour, quand D.ieu nous relie à Lui

C'est chez Its'hak que se révèle le degré le plus haut de la circoncision. À huit jours, rien dans l'enfant ne relève de son propre mérite, de sa compréhension ou de sa décision. On voit alors clairement que ce n'est pas l'homme qui s'attache à D.ieu, mais D.ieu qui attache à Lui le circoncis. Telle est la différence entre Ismaël et Its'hak, et plus largement entre le non-Juif et le Juif. Ismaël se relie par la raison, par l'intelligence, par la maturité : il est capable de concevoir qu'un Créateur a formé le monde et qu'il convient de s'attacher à Lui, mais c'est en définitive lui qui décide de ce lien. Le Juif, lui, est relié par D.ieu : il lui suffit d'accomplir la Brit Mila, et D.ieu dit en quelque sorte : "Je te relie à Moi."

Dès lors, circoncire à huit jours ne manque de rien. Nul besoin de compréhension, car la compréhension n'a de prise que sur ce qui est de l'ordre du rationnel, de la nature, de l'humain. Mais ici le lien se noue avec l'Éternel : lorsque l'on s'attache à Lui, c'est Lui qui nous attache à Lui, et peu importe l'âge, peu importe ce que l'on a compris ou non. Cela ne dépend pas de l'homme, car il s'agit d'une tout autre dimension, non celle de la créature, mais celle du Créateur éternel.

Circoncire le cœur

Renforçons-nous donc dans cette Mitsva de la circoncision : en influençant les autres Juifs à l'accomplir au huitième jour, et, pour ceux qui ne l'ont pas encore faite, à la faire sans tarder. Par ce mérite, puissions-nous voir très prochainement D.ieu circoncire notre cœur et celui de nos descendants, à la venue de Machia'h.