Le 5 Tevet demeure l’une des dates les plus marquantes du calendrier Loubavitch. Ce jour commémore la victoire judiciaire qui rendit les précieux livres de la bibliothèque des Rabbis de Loubavitch à la communauté. À l’occasion des quarante ans de cet événement historique, un Farbrenguen s’est tenu au Beth Loubavitch pour revivre ces moments exceptionnels.

 

 

 

 

Une victoire qui dépassa le simple cadre juridique

Comme chacun a pu l’entendre dans les nombreuses vidéos et enregistrements du Rabbi diffusés à cette occasion, l’essence même de Hé Tevet résidait dans la notion de victoire. Il ne s’agissait pas simplement d’un jugement favorable concernant des livres, mais d’un triomphe spirituel aux dimensions bien plus profondes.

Dès le début du procès, le Rabbi s’exprima à maintes reprises sur la nature véritable de cette épreuve. Durant une année et demie, puis davantage encore, cette affaire mobilisa toutes les énergies. La victoire couronna les efforts déployés, mais le Rabbi expliqua que l’enjeu dépassait largement la question matérielle des ouvrages.

Le Kitroug, l’accusation céleste, constituait le véritable défi. Le Rabbi déclara à plusieurs reprises, y compris dans ses discours publics, qu’une contestation avait été formulée selon laquelle le mouvement Loubavitch n’était plus actif depuis trente-cinq ans. Face à une telle mise en cause, il fallait démontrer que les livres appartenaient bien à la communauté et non à des intérêts privés.

‘Hanouka sous un jour nouveau

Il y a quarante ans, le Rabbi éleva la fête de ‘Hanouka à un niveau extraordinaire. Pour ceux qui s’en souviennent ou qui ont étudié cette période, le Rabbi lança un programme articulé autour de trois axes : multiplier les allumages publics, ouvrir un maximum de Beth Habad, et organiser des rassemblements pour les personnes âgées ainsi que des Kinousim pour les enfants.

Au même moment, le Rabbi demanda la réalisation d’un album photographique. À l’époque, on ne pouvait pas envoyer des photos par internet comme aujourd’hui. Il fallait développer les pellicules, et pourtant le Rabbi voulut que l’ouvrage paraisse en dix jours, pour Zot ‘Hanouka. Le titre de cet album, que tout le monde connaît, fut « Let There Be Light » – que la lumière soit – avec trois points comme dans le Hayom Yom.

Cette année-là, le Rabbi tint trois Farbrenguens en vingt-quatre heures. Le Chabbat précédant la fin du procès, il déclara qu’il fallait parler de la Sim’ha. Et lorsqu’il annonça qu’il ferait lui-même un Farbrenguen, chacun comprit que quelque chose d’exceptionnel se préparait.

Le jour du verdict

Le mardi matin, vers midi, la nouvelle parvint à Crown Heights : le verdict était tombé. Naturellement, tout le monde afflua vers le 770. C’était a priori un jour ordinaire, et le Rabbi se trouvait dans son bureau. Mais dehors, la musique retentissait et personne ne savait exactement comment les événements allaient se dérouler.

Face à l’affluence considérable et à l’approche de l’heure de Min’ha, le Machkir demanda au Rabbi si l’on pouvait prier en bas, dans la grande synagogue. Le Rabbi acquiesça. Chaque minute apportait son lot de découvertes.

Lorsque le Rabbi entra dans la Choule, celle-ci était plus remplie que lors de Sim’hat Torah, alors que c’était un jour de semaine ordinaire. Des gens étaient venus de partout, des Yechivot environnantes. Un Bahor décida de monter la Bima de Sim’hat Torah, ce qui n’était pas habituel en cette période de l’année. Quand le Rabbi entra et vit cette estrade, la majorité des présents se trouvait déjà sur un autre plan spirituel.

Le Rabbi monta à sa place, on commença Min’ha, les chants s’élevèrent. En plein milieu de la prière, le Rabbi se tourna vers le Machkir et demanda un Koss. Dès que l’on vit cette demande, chacun comprit qu’il y aurait autre chose, sans savoir quoi exactement. Le Rabbi prononça alors une Si’ha devenue célèbre, que tout le monde a écoutée et répétée depuis, où il développa toute la signification du Kitroug et fit le parallèle avec l’histoire de l’Admour Hazaken.

Une semaine de festivités

La nuit qui suivit fut une nuit blanche. Tout le monde dit Lehaïm, un grand Farbrenguen se tint avec différents Machpiim qui donnèrent des explications sur les événements. C’était mardi soir.

Le mercredi, la journée sembla reprendre son cours normal. Ceux qui allaient à la Yechiva s’y rendirent, d’autres dormaient encore. Mais quand le Rabbi revint du Ohel, ce fut un moment d’une intensité particulière. Le secrétaire annonça simplement qu’on allait prier dans la Choule, en bas.

Soudain, en plein milieu de la prière, après Maariv, le Rabbi commença à parler. Cette Si’ha conféra un cachet supplémentaire à la valeur de Hé Tevet. Le Rabbi déclara que ces jours constituaient un moment propice, que chacun devait écrire un Panne, et qu’il fallait séparer l’argent de la Tsedaka du Panne pour faciliter le tri.

Ce jour devint mémorable. Des millions de demandes arrivèrent du monde entier. Le Rabbi ne partit pas au Ohel avec un seul sac comme à l’accoutumée, mais avec douze sacs remplis de Pannes et de demandes de bénédictions.

Le jeudi, quand le Rabbi revint, chacun comprit que l’on était entré dans une période de festivités. Le dimanche suivant, le Rabbi remercia tout le monde d’être venu et expliqua qu’on avait terminé la semaine, qu’on était passé dans le circuit des sept jours de la Création. Une fois qu’on célèbre pendant une semaine entière, on prend tous les jours de la semaine et on les transforme selon cette dimension particulière.

L’année suivante et la fixation de la fête

L’année suivante, la partie adverse fit appel. À un moment donné, la victoire fut confirmée, mais le Rabbi ne permit pas de célébrer tant que l’appel était en cours.

Lorsque vint le premier anniversaire de Hé Tevet, une grande discussion s’engagea parmi les Machpiim. Fallait-il célébrer comme l’année précédente, pendant vingt-quatre heures complètes ? Ou bien, vu la réaction du Rabbi concernant l’appel en cours, fallait-il s’abstenir ? Les avis étaient très partagés.

Certains prirent l’initiative d’afficher une grande annonce. Les Machpiim vinrent et s’indignèrent : qui avait pris cette responsabilité ? Mais lors du Farbrenguen de Chabbat, le Rabbi commença par ces mots : « On vient d’annoncer qu’aujourd’hui c’est Hé Tevet. » Et il développa toute une Si’ha pour expliquer ce qu’il convenait de faire désormais.

Le Rabbi répéta à plusieurs reprises que ce jour devait être attaché aux livres et au souvenir du Kitroug. Il demanda que chaque année, on marque cette date en agrandissant sa bibliothèque et en achetant des livres. C’était également un moment propice pour demander toutes les bénédictions, et cette qualité s’étendait sur toute la semaine qui suivait.

Le sens profond de Hé Tevet

Certains peuvent s’interroger : pourquoi cette insistance sur les livres ? Le Rabbi lui-même expliqua que l’enjeu dépassait largement la question des ouvrages. C’était une remise en cause bien plus large que le Rabbi avait dû affronter.

Un parallèle fut établi avec ‘Hanouka. Cette fête survint après quatre années durant lesquelles le Beth Hamikdach était tombé entre des mains étrangères. Pendant quatre ans, il n’y eut aucun allumage avec de l’huile pure, aucune célébration du Chabbat dans le Temple. La situation était terrible.

Puis vint le miracle. Les Maccabées furent libérés, toute l’histoire se déroula. Et pourtant, quand la Guemara demande « Qu’est-ce que ‘Hanouka ? », elle répond qu’à la fin de cette histoire, il y eut une petite fiole d’huile qui dura huit jours. Cette question, posée par les décisionnaires mais aussi par le Rabbi : est-ce vraiment tout ? Le miracle des huit jours est certes très grand, mais ‘Hanouka représente bien plus que la Menora. Pendant quatre ans, elle ne fut pas allumée du tout !

Lorsque les Sages fixèrent ‘Hanouka, ils canalisèrent toute cette dimension dans un acte précis : l’allumage des lumières. De même, le Rabbi canalisa la portée immense de Hé Tevet dans l’achat et l’étude des livres.

Le respect dû aux livres

Le Rabbi enseigna comment on témoigne du respect aux livres : par le fait qu’on les utilise jusqu’à les user. Si à la maison les livres restent tous neufs, c’est très regrettable. Le véritable honneur rendu au livre réside dans son étude assidue.

C’est ainsi que doit s’exprimer la célébration de Hé Tevet. Celui qui dirait qu’il se moque des livres, que l’essentiel est ailleurs, n’aurait peut-être pas entièrement tort sur le fond, mais ce n’est pas ce que le Rabbi demanda. La fête fut fixée autour d’actes concrets.

Les livres encore en attente

Le Rabbi parla également des livres qui attendent encore leur délivrance, ceux qui demeurent bloqués en Russie. On constate qu’une force négative veut à tout prix retenir quelque chose de saint, une chose incompréhensible et illogique. Là-bas, on s’entête à vouloir garder ces livres des Rabbis.

Le Rabbi investit beaucoup d’énergie dans cette cause et déclara que c’était un moment propice pour la délivrance de ces ouvrages également. Il établit clairement un lien entre la délivrance des livres et la Gueoula générale. Tout reviendra à sa place.

Conclusion et appel

En conclusion de ce Farbrenguen, l’essentiel fut rappelé : Hé Tevet est un jour où l’on doit renforcer son lien avec la ‘Hassidout et étudier ce que le Rabbi demanda d’étudier, au minimum une fois par semaine. Il convient d’en parler autour de soi, aux enfants, à la famille.

Quand nous accomplissons notre travail, quand nous organisons un Farbrenguen, quand nous faisons tout ce qu’il faut, le Rabbi nous bénit assurément et nous accorde tout ce que nous souhaitons. Il faut surtout écrire un Panne, pas forcément le jour même, mais dans la semaine qui suit, car toute cette semaine conserve la qualité propice de Hé Tevet pour demander des bénédictions.

Cette année revêt une dimension particulière : nous entrons dans la quarantième année depuis ces événements. Que D.ieu fasse que nous méritions ensemble toutes les bénédictions, et que très prochainement nous vivions la Gueoula complète avec la venue du Machia’h.

 


 

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