Quand l’adversité devient une Chli’hout de vie : le témoignage de Sarah Pinson, qui a transformé sa propre souffrance scolaire en une vocation pour créer des écoles où les enfants viennent avec joie.
Par Mme Shterna Sarah Pinson, émissaire à Nice, en France, est directrice de l’école locale Kerem Menachem.
Adapté d’un interview réalisé par JEM
Un changement imposé et difficile
L’été 1968 marque un tournant dans la vie de Sarah Pinson. Lorsque la seule école secondaire juive pour filles du Bronx ferme ses portes, ses parents, le rabbin Mordechai et Rachel Altein, émissaires de Habad depuis les années 1940, prennent une décision qui bouleverse son quotidien. Sarah et sa sœur devront désormais fréquenter Beth Rivkah, l’école secondaire Habad pour filles de Crown Heights, et loger chez leurs grands-parents.
Cette transition s’avère particulièrement ardue pour Sarah . L’adaptation à cette grande école animée devient un véritable défi. Nouer des amitiés, trouver sa place, s’habituer aux comportements des autres élèves si différents de ce qu’elle avait connu jusque-là : tout lui semble insurmontable. Les appels téléphoniques répétés à ses parents témoignent de son mal-être profond.
La tentation de l’abandon et la sagesse du Rabbi
Arrivée à la fin de sa dixième année, Sarah atteint ses limites. Déterminée à quitter l’école, elle se retrouve face au Rabbi lors d’une audience privée organisée par son père. Cette rencontre va changer le cours de sa vie.
Le Rabbi lui prodigue alors deux leçons fondamentales qui la marqueront à vie. D’abord, il lui enseigne l’importance de mener à terme ce que l’on entreprend : « On ne doit pas abandonner quelque chose en cours de route. » Ensuite, il lui fait comprendre une vérité essentielle sur la nature humaine : « Nous ne voulons pas toujours faire ce qui doit être fait, mais ce n’est pas une raison pour ne pas le faire. »
Ces paroles résonnent encore aujourd’hui dans la vie de Sarah, qui y puise la force de persévérer face aux défis.
Une lettre qui change tout
En classe de terminale, Sarah reprend espoir. Convaincue que sa « misère » touchera bientôt à sa fin, elle nourrit de nombreux projets : université, séminaire différent, tout sauf rester à Beth Rivkah. Suivant les conseils de son père, elle décide d’écrire au Rabbi, comme à « un meilleur ami et un père aimant. »
Dans cette longue lettre, Sarah déverse littéralement son cœur et partage ses rêves pour l’avenir. Mais les mois passent sans réponse. Elle finit presque par oublier qu’elle avait écrit cette lettre, jusqu’au jour où sa famille se rend au 770 pour une audience privée en l’honneur de la Bar Mitsvah de son frère.
La révélation d’une Chli’hout
Rav Leibel Groner, le secrétaire du Rabbi, l’interpelle : il a une réponse pour elle. À sa grande surprise et à celle de son père, la réponse manuscrite du Rabbi s’étend sur plusieurs paragraphes – une longueur inhabituelle pour une jeune fille de dix-sept ans.
Après avoir expliqué pourquoi l’université ne serait pas une option appropriée pour elle, le Rabbi lui révèle sa véritable Chli’hout : puisqu’elle a elle-même vécu toutes les lacunes du système scolaire qu’elle avait mentionnées dans sa lettre, il lui appartient de les corriger. Elle doit trouver la solution et s’assurer que les enfants aiment l’école.
Le Rabbi précise que cette Chli’hout nécessite d’abord d’acquérir les connaissances et l’expertise nécessaires, d’être déterminée et de ne pas se laisser décourager par les cyniques. Il conclut sa lettre par ses bénédictions pour le succès.
La transformation : de victime à Chli’houtnaire
Cette révélation opère une métamorphose complète dans la perception que Sarah a d’elle-même. Elle n’est plus une « victime misérable qui souffre », mais une personne investie d’une Chli’hout. Si elle perçoit que quelque chose ne va pas, cela signifie que Dieu lui indique qu’elle est celle qui peut y remédier.
Sarah reste donc à Beth Rivkah et termine ses études au séminaire des enseignants. Le message de cette lettre l’accompagne chaque jour de sa vie, lui donnant la force de surmonter tous les défis qui se présentent à elle.
Une Chli’hout accomplie : l’école où les enfants viennent avec joie
Aujourd’hui, Mme Sarah Pinson dirige avec son mari une école qui incarne parfaitement la vision du Rabbi. Avec près de 400 élèves, leur établissement à Nice, en France, rayonne par sa vitalité, ses idées novatrices et ses projets passionnants. L’école jouit d’une excellente réputation dans le pays.
Leur approche vise à créer une expérience juive vivante pour leurs élèves, dont la plupart ne viennent pas de foyers religieux, tout en maintenant un haut niveau d’apprentissage. Mais l’essentiel pour eux réside ailleurs : que les enfants arrivent chaque matin à l’école avec joie et amour, parce qu’ils veulent venir.
C’est exactement la Chli’hout que le Rabbi avait fixée à Sarah : « Tu as détesté l’école, alors va faire en sorte que les enfants soient heureux à l’école. C’est ton travail. »
Les mots du Rabbi : un défi à relever
Dans sa lettre à Sarah Pinson, dont le texte complet figure dans les Igrot Kodesh volume 27 page 524, le Rabbi écrivait :
« Il est certainement raisonnable (et normal) pour un jeune d’avoir soif de trouver un défi, quelque chose de nouveau, etc… Il existe un défi tout trouvé pour les jeunes filles juives comme toi, qui doit être relevé. À savoir, les lacunes que tu as mentionnées dans l’atmosphère des séminaires (et des écoles en général) qui peuvent être corrigées, mais seulement par celles qui les ont elles-mêmes ressenties et rencontrées. Cependant, comme tout bon objectif, cela nécessite une préparation personnelle, et jusqu’au point de déployer de grands efforts. Plus spécifiquement : acquérir des connaissances suffisantes dans les matières étudiées dans les séminaires, une expertise pédagogique, et la ferme décision de ne pas se laisser décourager si tu n’obtiens pas de résultats immédiats, ni de te laisser influencer par les pessimistes. Et après cela, commencer à changer l’atmosphère, etc., avec enthousiasme et dévouement. Et Dieu Tout-Puissant te donnera, sans aucun doute, le succès. »
La Chli’hout de Habad à Nice : 45 ans d’engagement au cœur de la Côte d’Azur
Depuis près d’un demi-siècle, la Chli’hout Habad de Nice rayonne sur toute la Côte d’Azur, incarnant parfaitement la vision du Rabbi de Loubavitch d’apporter la lumière de la Torah dans tous les coins du monde, même dans les endroits les plus inattendus.
Une présence historique et familiale
Le Beth Habad Nice Côte d’Azur, présent depuis 45 ans sur la région, s’est imposé comme un pilier de la vie juive locale. Cette Chli’hout porte l’empreinte d’une famille entièrement dévouée à la Chli’hout : Rabbi Nissan Pinson, envoyé par le Rabbi en 1960 à Tunis, a transmis cette vocation à ses cinq enfants qui servent tous comme émissaires Habad dans leurs villes respectives.
Aujourd’hui, Rav Yossef Itshak Pinson et son épouse Mme Shterna Sarah Pinson dirigent cette Chli’hout d’envergure depuis leur siège principal au 22 Rue Rossini à Nice. Leur travail s’appuie sur une équipe de 13 émissaires répartis dans 5 départements, créant un véritable réseau de soutien communautaire.
Au service d’une communauté dynamique
La Chli’hout s’adresse à une communauté substantielle : environ 25,000 Juifs vivent à Nice, un chiffre qui augmente considérablement pendant les mois d’été avec l’afflux de vacanciers. Cette réalité touristique unique de la Côte d’Azur a façonné l’approche de Habad, qui doit répondre aux besoins tant des résidents permanents que des visiteurs de passage.
La Chli’hout organise des repas pour les Chabbat et fêtes, propose des cours quotidiens de Torah, des activités pour jeunes, étudiants et adolescents, ainsi qu’une aide aux personnes nécessiteuses. Cette diversité d’activités reflète la philosophie Habad d’accueillir chaque Juif, quel que soit son niveau d’observance.
L’école Kerem Menachem : une réussite exemplaire
Au cœur de cette Chli’hout se trouve l’école Kerem Menachem, dirigée par Sarah Pinson, qui accueille plus de 300 élèves. Cette institution incarne parfaitement la vision éducative du Rabbi : créer un environnement où les enfants viennent à l’école avec joie.
En 2021, 100% des collégiens ont obtenu leur brevet avec mention, témoignant de l’excellence académique de l’établissement. Mais au-delà des résultats, c’est l’atmosphère particulière de l’école qui frappe les visiteurs. Récemment, Rabbi Shmuel Rabinowitz, le Rav du Kotel, a visité l’école et s’est déclaré « profondément impressionné par le niveau de connaissance de la Torah des élèves, la chaleur et l’esprit de l’environnement éducatif ».
Un rayonnement régional
La Chli’hout à Nice ne se limite pas aux frontières de la ville. Le réseau Habad s’étend sur toute la Côte d’Azur avec des centres à Antibes, Cannes, Monaco, Mandelieu, Saint-Tropez, Saint-Jean-Cap-Ferrat, et même Ajaccio, créant une véritable toile de soutien spirituel et communautaire.
Cette implantation géographique permet à Habad de répondre à la spécificité de la région : accueillir une population juive diversifiée, souvent en déplacement, dans un cadre méditerranéen où se mêlent résidents, touristes et communautés d’affaires internationales.
Un engagement sans faille
L’engagement des émissaires niçois s’est particulièrement illustré lors des moments difficiles. Pendant l’attentat de Nice en 2016, Rav Pinson et les autres rabbins locaux ont passé la nuit dans le centre d’aide aux victimes, offrant du soutien aux familles juives et non-juives, démontrant que leur Chli’hout dépasse les frontières confessionnelles.
Cette approche universelle reflète l’enseignement fondamental du mouvement Habad : « La Torah a été donnée dans un désert. C’est pour nous enseigner que l’importance de la Torah et des mitsvot ne se limite pas à des lieux géographiques particuliers ».
Ainsi, la Chli’hout Habad à Nice illustre parfaitement comment l’héritage du Rabbi de Loubavitch continue de s’épanouir, transformant la Côte d’Azur en un lieu où la tradition juive millénaire rencontre la modernité méditerranéenne, créant une synthèse unique au service d’une communauté vivante et dynamique.















