Rav Chmouel Azimov et son épouse Bassie, Chlou’him à Paris depuis 1968, ont initié l’incroyable “révolution juive” en France, ont rapproché des dizaines de milliers de juifs de leurs racines juives et ont créé plus de 100 institutions communautaires. C’est le mardi 30 avril 1968, 2 Iyar 5728, jour anniversaire de Rabbi Chmouel Schneerson, le Rabbi Maharach, 4ème Rabbi de Loubavitch, qu’ils arrivent à Paris, envoyés par le Rabbi.
Né en Russie en 1945, le Rav Chmouel Azimov avait à peine 3 ans lorsque sa famille est arrivée à Paris, fuyant le régime communiste soviétique. Pour la plupart des hassidim Habad quittant l’URSS à cette époque, la France n’était qu’un lieu de transit vers la Terre Sainte ou les États-Unis. Le Rav Haim Hillel Zyslin-Azimov, son épouse Reisha et leurs enfants firent partie des rares familles qui choisirent de s’établir définitivement en France. En 1948, Paris, encore marquée par les ravages de la Seconde Guerre mondiale, ne comptait plus qu’une modeste communauté juive, principalement constituée de survivants de la Shoah, souvent éloignés de leurs racines religieuses.
Les premières années au service de la Torah
Le jeune Chmouel commença sa carrière comme enseignant dans l’un des Talmud Torah dirigés par son père. Le Rav Haim Hillel Azimov, pionnier de l’éducation juive d’après-guerre, n’hésitait pas à faire du porte-à-porte pour recruter des élèves. Son dévouement extraordinaire permit la création de plus de 20 Talmud Torah à Paris et dans sa périphérie, posant ainsi les premières pierres de la renaissance juive en France.
Lorsqu’il atteignit l’âge d’entrer à la Yéchiva, il rejoignit la Yéchiva Tomhei Tmimim Loubavitch de Brunoy, institution prestigieuse fondée en 1947 par Rabbi Yossef Itshak Schneersohn, le sixième Rabbi de Loubavitch. Ce fut là qu’il approfondit sa connaissance de la Torah et développa sa vision du hassidisme.

La Bar Mitsva du Rav Azimov à la Yechiva de Brunoy en 1958
Une vocation précoce auprès de la jeunesse
Dès l’âge de 17 ans, alors qu’il était encore étudiant à la Yéchiva de Brunoy, le jeune Chmouel, affectueusement surnommé « Moulé », commença déjà son action auprès de la jeunesse juive. Sa Bar Mitsva, célébrée en 1958, marquait déjà le début d’un engagement qui allait durer toute sa vie.
Moulé s’était donné pour mission de contribuer au développement personnel et spirituel des jeunes de sa communauté. Il jouait un rôle essentiel dans l’intégration des nouveaux étudiants parisiens au sein de la Yechiva, les familiarisant avec la vie hassidique et un judaïsme intransigeant. Sa maturité légendaire et sa capacité à prendre des décisions réfléchies lui valurent rapidement le respect de son entourage.
Son dévouement allait bien au-delà de l’enseignement traditionnel. Il veillait à fournir aux étudiants du lait sous surveillance stricte, garantissant une cacherout irréprochable. Il captivait les étudiants de la rue Guy Patin par ses cours sur le Tanya, texte fondamental de la pensée hassidique, contribuant ainsi à l’épanouissement spirituel de ses pairs et à la transmission des valeurs du judaïsme hassidique.
La rencontre décisive avec le Rabbi
En 1963, à seulement 17 ans, le Rav Chmouel Azimov entreprit son premier voyage transatlantique. Accompagné de deux autres étudiants de la Yéchiva de Brunoy, il s’envola de Londres pour rencontrer Rabbi. Cette rencontre allait changer le cours de sa vie et, par extension, celui du judaïsme français.
À leur retour, les trois jeunes hommes reçurent pour mission de commencer des activités communautaires à Paris, tout en poursuivant leurs études à Brunoy. Ils s’attelèrent à cette tâche avec ferveur, se rapprochant des jeunes juifs originaires d’Afrique du Nord et des enfants de survivants de la Shoah, souvent assimilés. Plusieurs de ces jeunes, après avoir étudié la Torah avec eux, rejoignirent la Yéchiva de Brunoy, inaugurant ainsi un cycle vertueux de transmission.

Le mariage et l’envoi en mission à Paris
En 1967, Chmouel épousa à New York Bassie Shemtov, la plus jeune fille du célèbre hassid Rav Bentsion Shemtov de mémoire bénie. Sur les conseils du Rabbi, le jeune couple s’installa à Paris, malgré les craintes familiales de Bassie concernant la ville.
Ils arrivèrent le mardi 30 avril 1968 (2 Iyar 5728), jour anniversaire du Rabbi Maharach, troisième Rabbi de Loubavitch, et veille des célèbres événements de Mai 68. Ce timing symbolique marquait le début d’une transformation radicale du judaïsme en France. Suivant scrupuleusement les directives du Rabbi, le couple se consacra à l’enseignement, le Rav Azimov y dédiant, selon les instructions reçues, la moitié de son temps.
Moulé et Bassie étaient parfaitement préparés pour fournir des réponses aux jeunes juifs en quête d’absolu durant cette période troublée. C’est à ce moment que naquit le « Groupe », premier noyau de jeunes hommes et femmes qui, plus tard, répondraient à l’appel du Rabbi en devenant eux-mêmes des émissaires.

La fondation du Beth Loubavitch
En 1972, quatre ans après son arrivée, le Rav Azimov et son épouse ouvrirent le premier Beth Loubavitch au 8 rue Lamartine, dans le 9ème arrondissement de Paris. Ce centre devint rapidement un phare pour la communauté juive parisienne. Au fil des années, sous son impulsion, des centres Loubavitch s’établirent dans tous les arrondissements de Paris et dans de nombreuses villes de banlieue.
Avec sa vision profondément hassidique et l’intérêt qu’il portait à chacun, « Moulè » et Bassie ont investi tous les aspects de la vie communautaire juive, travaillant sans relâche, en coopération avec toutes les organisations communautaires de la ville et les autorités municipales.
Un héritage impressionnant en chiffres
Aujourd’hui, le Beth Loubavitch constitue un véritable pilier de la communauté juive en France. Ses réalisations sont impressionnantes :
- Un réseau scolaire accueillant 2500 élèves
- 400 berceaux de crèche
- 30 centres de Talmud Torah
- 1500 cours hebdomadaires pour 25 000 participants
- 2 séminaires d’études européens
- 100 000 Michloa’h Manot distribués et 2500 lectures de la Méguila à Pourim
- 50 000 kits distribués pour ‘Hanouccah
- Des éditions de livres et de ressources éducatives
- Des visites aux malades et aux communautés isolées
- Des aides aux familles en difficulté
- Des clubs pour le troisième âge
- Des Chabbats pleins pour étudiants et lycéens
Avec plus de 40 centres Loubavitch, une école qui accueille 2000 élèves et environ 200 Chlouhim œuvrant sur tout le territoire, le Rav Azimov et son épouse ont construit les bases solides d’une communauté juive florissante qui offre éducation, soutien spirituel et opportunités de croissance à ses membres.
Un rayonnement qui se perpétue
Les quelque 200 Chlouhim qui dirigent aujourd’hui les centres Habad de Paris sont tous des élèves formés par le couple Azimov. Cette réalité témoigne de l’impact profond et durable de leur enseignement et de leur dévouement. En établissant des relations maître-élève exemplaires, le Rav Azimov et son épouse ont réussi à transmettre les valeurs et les principes du hassidisme Habad-Loubavitch à une nouvelle génération.
Le Rabbi suivait de près l’évolution de la vie juive à Paris, ville où lui et son épouse avaient vécu pendant environ 7 ans à partir de 1935. Un jour, la Rebbetzin Haya Mouchka confia au Rav Azimov : « Nous avons semé, à vous de récolter ! », faisant allusion à cette période parisienne qui avait préparé le terrain pour la renaissance à venir.
Mme Bassie Azimov quitta ce monde le 17 Hechvan 5772 (14 novembre 2011), suivie par le Rav Chmouel Azimov le 12 Hechvan 5775 (5 novembre 2014). Leur héritage perdure à travers les institutions qu’ils ont fondées et les milliers de vies qu’ils ont touchées et inspirées à revenir vers leurs racines juives.
Grâce à la vision et au dévouement du Rav Chmouel Azimov et de son épouse, la France abrite aujourd’hui l’une des plus grandes communautés juives de la diaspora, avec une vie juive parisienne florissante comptant environ 350 000 juifs. Leur œuvre constitue un exemple remarquable de ce que peuvent accomplir la foi, la persévérance et le dévouement au service d’une communauté.















