Le Chabbat Vayigach 7 Tevet 5729 (28 décembre 1968), un Farbrenguen historique se tint au 770 Eastern Parkway, au lendemain du retour sur Terre de la mission Apollo 8. Le Rabbi saisit l’occasion pour délivrer un enseignement d’une portée universelle sur la responsabilité de chaque individu envers la Création tout entière. S’appuyant sur les détails mêmes de l’exploit spatial, il répondit à une question fondamentale qui traversait les esprits de toute une génération : la Torah a-t-elle le droit de s’immiscer dans la vie privée de chacun ?
Un événement sans précédent dans les annales de l’humanité
La veille de ce Farbrenguen, le monde entier avait les yeux rivés sur les écrans de télévision. La mission spatiale Apollo 8 venait de s’achever après une semaine en orbite lunaire — la première fois dans l’histoire que des êtres humains voyaient de leurs propres yeux la face cachée de la Lune. Après s’être placé en orbite terrestre, le vaisseau avait effectué le transfert vers l’orbite lunaire, photographiant la face éclairée et la face obscure de l’astre, avant de ramener ses trois astronautes sains et saufs sur Terre, au moment et à l’endroit précis qui avaient été programmés. Sept mois plus tard, le 20 juillet 1969, la mission Apollo 11 franchit une nouvelle étape : Neil Armstrong fut le premier homme à poser le pied sur la Lune, prononçant cette phrase aussitôt entrée dans la légende : « Un petit pas pour l’homme, un pas de géant pour l’humanité. »
Ce soir-là, le Rabbi prit la parole en ces termes : « Hier a eu lieu un événement unique dans les annales de l’Histoire. Un vaisseau spatial avec trois hommes à bord s’est approché de la Lune, tournant autour d’elle à plusieurs reprises, photographiant sa partie éclairée et sa partie cachée, puis ils sont revenus sains et saufs sur Terre, au moment et à l’endroit précis qui avait été programmé. »
La question qui troublait une génération
Vingt-quatre heures avant la fin de ce voyage spatial, une conférence organisée par le mouvement Habad avait été le cadre d’un échange qui allait trouver une réponse inattendue. Un participant avait posé cette question, d’une franchise désarmante : « Je ne comprends pas pourquoi, d’après la Loi de la Torah, un homme qui mange un aliment non cacher devrait être puni de 39 coups de bâton. À mon sens, s’il ne veut pas manger cacher, c’est son affaire personnelle, cela n’engage que lui. La Loi juive ne devrait interdire que les actes qui portent préjudice à autrui ou à la société. Elle ne devrait pas intervenir lorsque le préjudice est strictement personnel. »
Le Rav qui présidait le débat se trouva dans une position délicate. Comment expliquer, à une salle remplie de jeunes Américains nourris aux valeurs de la liberté individuelle, qu’une loi religieuse puisse ordonner de punir quelqu’un de 39 coups de bâton pour avoir accompli un acte en apparence aussi anodin que de manger un aliment non cacher ? Il s’en tira par une réponse technique : l’exécution d’un tel châtiment exigeait la présence de deux témoins, un avertissement préalable, et la transgression devait être commise dans les instants qui suivaient cet avertissement. Autant de conditions qui rendaient la sanction pratiquement inapplicable. Cette peine était avant tout un marqueur de la gravité morale de la transgression, non une sentence systématique.
La réponse était exacte, mais elle ne répondait pas au fond de la question. Même si ce châtiment n’était appliqué qu’une fois par siècle, la question demeurait entière : pourquoi la Loi juive s’immisce-t-elle dans la vie privée de chacun ?
Chaque homme, un monde entier
Nos Sages nous ont enseigné que chaque être humain doit se considérer comme si le monde avait été créé pour lui seul. Le Rambam précise cette pensée : « L’homme doit se considérer comme étant à moitié méritant et à moitié coupable. Il en va de même pour le monde entier. Une seule transgression peut faire pencher la balance et entraîner l’homme — et le monde entier — du mauvais côté. Une seule Mitsva, en revanche, peut faire pencher la balance du côté du mérite et conduire ainsi le monde vers la délivrance. »
C’est à la lumière de cet enseignement que la réponse se dévoile. Manger un aliment non cacher n’est pas un acte anodin, et n’est pas davantage un acte strictement privé. Toute la Création est tributaire de chacune de nos pensées, de nos paroles et de nos actes — pour le meilleur ou, que D.ieu nous en préserve, pour le pire. Quel crime serait plus grand que celui d’un homme qui, sciemment, nuit à son entourage, à sa famille, à la société tout entière, pour la simple raison qu’il préfère manger un morceau de viande non cacher ?
L’enseignement que la Providence nous offre
Le Baal Chem Tov nous enseigne que « l’homme doit tirer un enseignement dans le service de D.ieu de chaque événement dont il est témoin ». Et voici que la Providence Divine nous a offert, précisément en ces jours, un exemple vivant et saisissant.
Trois hommes adultes ont reçu pour mission de mettre de côté toute considération personnelle — même les plus intimes — et de suivre ensemble, dans les moindres détails, les directives qui leur étaient dictées. On leur a dit exactement quoi manger et en quelle quantité, combien de temps dormir, dans quelles positions se maintenir, et jusqu’aux chaussures qu’ils devaient porter.
Si l’un d’entre eux avait été tenté de s’y soustraire, on lui aurait rappelé que cette mission avait coûté plus d’un milliard de dollars — une somme qui inspire un respect immédiat. Et il ne s’agissait pas de leur argent, mais de celui du gouvernement américain. Lorsqu’on dit à quelqu’un que son comportement engage une telle somme, il obéit sans discuter, acceptant sans résistance cette « intrusion » dans sa vie privée, même s’il ignore tout des raisons profondes qui motivent les instructions des scientifiques.
Et que dire si l’enjeu n’était pas un milliard de dollars, mais la Création tout entière ?
Un petit pas, un pas de géant
Ainsi se conclut l’extraordinaire enseignement que le Rabbi tira de cet événement. Accomplir une Mitsva, c’est un petit pas pour l’homme — mais un pas de géant pour l’humanité. Chaque geste, chaque acte, chaque pensée porte en lui le poids du monde. Telle est la grandeur vertigineuse de la responsabilité humaine selon la Torah : non pas l’oppression de la liberté individuelle, mais la conscience que chaque individu est, en lui-même, un univers dont les actes résonnent jusqu’aux confins de la Création.manité!









