Dans les Likoutei Si’hot Noa’h volumes 1 à 35 des Likouteï Si’hot, le Rabbi développe des enseignements d’une étonnante actualité. L’arche, la colombe, l’arc dans la nuée ou la dispersion de Bavel deviennent sous son regard autant de clés pour le service de D.ieu, l’éducation et le rapport à autrui. Voici, Si’ha par Si’ha, l’intégralité de ces enseignements.

 

 

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 1


Quand les soucis débordent : la leçon de l’arche de Noa’h

Le Déluge ne fut pas uniquement une sanction frappant une génération corrompue ; il fut également un acte de purification. On peut appliquer ce même enseignement aux « eaux abondantes » que représentent les tracas de la Parnassa. Bien qu’ils paraissent semer le trouble et la confusion dans l’esprit de l’homme, ces soucis possèdent en vérité une vertu purificatrice. Car c’est précisément à travers eux que l’homme s’efface de sa propre réalité, qu’il parvient au Bitoul de son existence, et qu’il devient ainsi un réceptacle apte à contenir la sainteté.

Les eaux du Déluge se composaient de deux sources distinctes. Il y avait d’une part « l’abîme immense », Tehom Rabba, qui correspond aux tracas d’ordre purement matériel ; et d’autre part « les écluses des cieux », Aroubot HaChamayim, qui désignent les préoccupations liées à l’activité communautaire et au service public. Ces deux catégories de soucis constituent, elles aussi, un véritable déluge. Pour échapper à ses flots, l’homme doit pénétrer à l’intérieur des Tevot de la Torah et de la prière, ces paroles saintes qui forment autant d’arches protectrices.

Noa’h ne reçut pas l’ordre d’entrer seul dans l’arche : il lui fut commandé d’y faire pénétrer son épouse, ses enfants, ainsi que « tout ce qui vit ». Il ne s’agit donc nullement, pour l’homme, de ne se préoccuper que de son propre salut. Au contraire, il lui incombe de faire entrer dans la Teva son épouse et ses enfants, c’est-à-dire ses disciples qui reçoivent son enseignement. Car c’est justement par ce souci d’autrui qu’il méritera l’assistance d’En Haut, afin que son étude de la Torah et sa prière soient accomplies comme il se doit. Bien plus, l’homme doit également introduire dans la Teva « tout ce qui vit », c’est-à-dire l’ensemble des êtres et des choses avec lesquels la Hachga’ha Pratit, la providence divine, l’a mis en relation, et qui seraient perdus sans l’influence qu’il exerce sur eux.

Il existe un Maamar, un discours ‘hassidique commençant par les mots « Rabbi Akiva dit : Heureux êtes-vous, Israël », qui fut prononcé lors de la Parachat Noa’h, en l’année 5667 (1906). Son lien avec la Parachat Noa’h tient à ceci : les deux expressions « Devant Qui vous purifiez-vous ? » et « Qui vous purifie ? » correspondent à deux degrés de la Techouva. Le premier est le repentir qui efface les fautes ; le second est la Techouva évoquée par le verset « et l’esprit retournera vers D.ieu ». Ces deux degrés représentent le mouvement qui descend d’en haut vers le bas et celui qui s’élève du bas vers le haut, qui sont précisément les deux aspects de l’arche de Noa’h : les Tevot de la Torah et les Tevot de la prière.

Le service divin désigné par « et l’esprit retournera » est celui de la Messirout Nefech, le don de soi, et il concerne chaque Juif sans exception. En effet, toute brisure par laquelle l’homme se brise lui-même relève déjà du don de soi, selon le principe « que m’importe une mise à mort totale ou une mise à mort partielle ». Même l’homme de grande stature doit savoir que, privé du service du don de soi, il ne possède aucun lien avec la sainteté, ainsi qu’il est écrit : « Je réside dans les hauteurs et dans la sainteté, mais aussi auprès du contrit et de l’humble d’esprit ». Enfin, la finalité de cette sortie hors de sa propre réalité est que, même lorsqu’il revient à son existence ordinaire, l’homme en demeure imprégné et que le service accompli auparavant continue de se faire sentir en lui. 

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 3


Se faire un nom et recevoir la récompense de tous

« Et nous nous ferons un nom » doit passer par une réalisation spirituelle, comme la construction d’une Yechiva.

La faute de la génération de la dispersion fut de ne vouloir que « nous nous ferons un nom », sans aucun contenu spirituel dans leur vie. La leçon : en cette génération, après le déluge, il faut bâtir des Yechivot, et c’est ainsi que l’on se fera un nom.

Avraham « reçut la récompense de tous » parce qu’il s’occupa d’élever les hommes de sa génération.

« Dix générations de Noa’h jusqu’à Avraham… jusqu’à ce que vienne Avraham, qui reçut la récompense de tous. » Si Avraham, et non Noa’h, reçut la récompense de toutes les générations qui l’avaient précédé, c’est que la génération de la dispersion méritait une récompense pour l’unité qui régnait entre ses membres. Seulement, elle ne put la recevoir, car elle s’était attaquée au principe même de la foi. Avraham s’étant occupé des hommes de sa génération, il recueillit aussi ces étincelles. La génération de Noa’h, en revanche, n’avait droit à aucune récompense, et même si elle y avait eu droit, Noa’h ne l’aurait pas recueillie, puisqu’il ne s’était pas occupé de ses contemporains. La leçon : en rapprochant les Juifs par la voie de la bonté, on élève toutes les étincelles, y compris celles des générations passées.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 5, Si’ha 1


Parler en bien de son prochain

L’enseignement « puisque le verset le mentionne, il fait son éloge », ou « l’essentiel de la descendance des Justes, ce sont les bonnes actions », n’apparaît qu’ici, et non la première fois que Noa’h est nommé, car il y était mentionné en rapport avec « Voici la descendance d’Adam ». Il nous enseigne que parler en bien de son prochain sert la Paracha et le service de Noa’h.

Rachi commente (6,9) : « Voici la descendance de Noa’h. Noa’h était un homme juste : puisque le verset le mentionne, il fait son éloge, comme il est dit : La mémoire du juste est en bénédiction. Autre explication : pour t’enseigner que l’essentiel de la descendance des Justes, ce sont les bonnes actions. »

La première explication, selon laquelle « descendance » se rapporte à « Noa’h engendra » du verset suivant, tandis que « Noa’h était un homme juste » est dit en passant, « puisque le verset le mentionne », est la principale, car au sens simple « descendance » désigne les enfants. Elle présente cependant une petite difficulté : il est un peu forcé de dire que la Torah interrompt son propos par une incise. Rachi cite donc une seconde explication : « pour t’enseigner que l’essentiel de la descendance des Justes, ce sont les bonnes actions ». Mais cette seconde explication se heurte à la difficulté déjà relevée, puisqu’au sens simple « descendance » signifie les enfants.

Dans les deux explications, il faut comprendre pourquoi « Voici la descendance de Noa’h » n’est pas dit dans la Paracha Béréchit, lorsqu’il est mentionné pour la première fois, ni à propos des autres Justes qui y sont cités. (Quant aux Justes mentionnés plus loin dans la Torah, on peut dire que tel est le sens du mot de Rachi « pour t’enseigner » : pour les autres Justes, on l’apprend de Noa’h.)

L’explication : la Paracha Béréchit traite de « Voici le livre de la descendance d’Adam ». Tous ceux qui y sont énumérés le sont uniquement pour exposer la descendance d’Adam, et il n’y avait donc pas lieu de parler d’eux, car là n’est pas l’essentiel.

Certains commentateurs proposent une troisième lecture, selon laquelle « Noa’h était un homme juste » prolongerait « Et Noa’h trouva grâce aux yeux de D.ieu ». Mais Rachi l’écarte, même comme troisième explication, en citant le mot « Voici », Elé, en tête de son commentaire : Elé ouvre un sujet nouveau, contrairement à Véélé, dont le Vav ajoute à ce qui précède.

Du vin de la Torah : « La médisance tue trois personnes. » Car la parole révèle ce qui était caché dans la pensée, et de même, parler du mal qui se trouve en un homme le fait apparaître. Or « la mesure du bien est plus grande » : parler en bien de quelqu’un donne de la force à son service, et fait apparaître le bien qui est en lui. C’est pourquoi « puisque le verset le mentionne, il fait son éloge » figure dans la Paracha Noa’h, qui parle du service de Noa’h, et non dans la Paracha Béréchit, qui évoque la grâce accordée à Noa’h par un éveil venu d’en haut : « il trouva grâce », car une trouvaille vient d’en haut.

On en tire une leçon sur l’importance de parler en bien de son prochain, d’autant que celui qui parle en reçoit lui aussi une bénédiction, car notre Père ne nous bénit que lorsque « nous tous sommes comme un ».

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 5, Si’ha 2


Le lion, la peine de Noa’h et la joie de la mission

Selon l’explication « seul Noa’h », on comprend mal pourquoi le verset ne dit pas explicitement « seul Noa’h ». Selon l’explication « il gémissait à cause de la peine que lui donnaient les bêtes », on ne voit pas pourquoi ce manque ne toucha que Noa’h et non ses fils. Et selon l’explication « il tarda à nourrir le lion », la difficulté est que ce lion aurait dû être un Eideler, un lion raffiné. Du vin de la Torah : un manque dans les choses indispensables ne doit pas troubler l’homme, mais il doit tout donner à autrui en son temps.

Sur le verset (7,23) « Il ne resta que Noa’h », Rachi commente : « Seul Noa’h, tel est le sens simple. Selon le Midrach, il gémissait et crachait du sang à cause de la peine que lui donnaient les bêtes et les animaux. Autre explication : il tarda à nourrir le lion, qui le mordit. C’est de lui qu’il est dit : Voici que le juste est rétribué sur la terre. »

La difficulté porte sur les mots Ak Noa’h. Partout où figure le mot Ak, il introduit une nouveauté que l’on ignorerait sans lui. (Par exemple, après que la Torah a dit que « tout animal de la terre vous servira de nourriture », on aurait pu penser que le membre arraché à un animal vivant était permis, et le verset enseigne donc : « Mais, Ak, la chair avec son âme, son sang, vous ne la mangerez pas. ») Or on ne voit pas ce qu’il y a de nouveau à ce que Noa’h soit resté en vie. Rachi explique donc : « seul Noa’h ».

Mais cette explication est difficile : si le sens est « seul Noa’h », on ne comprend pas pourquoi la Torah ne l’écrit pas explicitement. Rachi cite donc le Midrach Aggada, selon lequel Ak est une restriction : Noa’h resta, mais diminué, gémissant et crachant du sang. Les détails du Midrach sont d’ailleurs suggérés par le mot Ak : celui qui gémit pousse un Oï, qui commence par la lettre Aleph, et le mot hébreu pour « cracher du sang » commence par la lettre Kaf. Cela vient en outre à la suite de « Il effaça tous les êtres », ce qui montre que le manque de Noa’h était considérable, et l’on en déduit qu’il « crachait du sang ».

Selon le Midrach Aggada, il reste à comprendre pourquoi seul Noa’h fut atteint de ce Ak, de ce manque, et non ses fils, qui aidaient certainement leur père dans l’arche.

Rachi explique donc : « il tarda à nourrir le lion, qui le mordit ». Le lion étant le roi des animaux, il est logique que ce soit Noa’h en personne qui le nourrissait.

Il en résulte cependant une autre difficulté : le lion sauvé du déluge aurait dû être un Eideler, un lion raffiné, et Noa’h le nourrissait. Il est donc difficile d’admettre qu’il l’ait mordu pour un simple retard de repas. Rachi cite donc le verset « Voici que le juste est rétribué sur la terre ». Toutefois, la difficulté de cette explication est plus grande que celle de la précédente, et c’est pourquoi Rachi place d’abord l’explication « à cause de la peine que lui donnaient les bêtes ». (Une note précise qu’il faudra dire que la peine de Noa’h était plus grande, parce qu’il était plus âgé, et que l’ordre de nourrir les animaux lui avait été adressé à lui personnellement.)

Du vin de la Torah : lorsqu’un Juif a reçu une mission du chef de notre génération, il peut penser que cela démontre son importance et qu’en principe les honneurs lui reviennent. Il affirme alors qu’il renonce aux honneurs, mais demande pourquoi il connaît des soucis. On lui répond que « cela s’est déjà produit dans les temps anciens », chez Noa’h. Il objecte que, lorsqu’il « gémit », il peut accomplir sa mission par acceptation du joug, mais non dans la joie. On lui répond que l’enseignement « il gémissait » se tire de ce que « il ne resta que Noa’h » figure dans le même verset que « Il effaça ». Lorsqu’il considère « l’effacement » de notre génération et qu’il mesure qu’il en a été sauvé, il éprouve la plus grande joie d’avoir échappé au déluge. Et si, pour sa propre personne, un manque même dans les choses indispensables ne doit pas le troubler, envers autrui il doit tout donner en son temps : il lui est interdit de retarder la nourriture du lion.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 10, Si’ha 1


la fenêtre et la pierre précieuse

Tsohar : selon les uns, une fenêtre, ce qui explique l’expression « tu feras à l’arche » ; selon les autres, une pierre précieuse, que l’on pouvait porter dans toutes les parties de l’arche. Il existe deux manières de révéler la Divinité : ouvrir une fenêtre dans les vêtements de la nature, et faire en sorte que la nature en vienne à briller par elle seule.

Sur le verset (6,16) « Tu feras un Tsohar à l’arche », Rachi commente : « Tsohar : selon les uns, une fenêtre ; selon les autres, une pierre précieuse qui les éclairait. »

Or le mot Tsohar est au singulier, et il faut comprendre comment une seule fenêtre ou une seule pierre précieuse pouvait éclairer toute l’arche, d’autant que l’arche était divisée en étages et en compartiments.

L’explication : il est évident que l’ordre divin de construire l’arche ne détaillait pas tout, et que Noa’h veilla de sa propre initiative à ce qu’il y ait de la lumière dans l’arche, avec de l’huile ou par d’autres moyens. (C’est pourquoi Rachi ne cite pas une troisième explication selon laquelle le Tsohar serait de l’huile : il va de soi que Noa’h en avait emporté.) Il faut donc dire que la Torah, en employant le mot Tsohar au singulier, qui ne suffit pas à éclairer toute l’arche, vise un surcroît de lumière. Rachi en donne deux explications. La première, une fenêtre, est la principale, car elle explique l’expression « tu feras à l’arche » (et non « tu introduiras dans l’arche » ou une formule semblable). Mais elle soulève une difficulté : on ne voit pas à quoi pouvait servir une seule fenêtre pour toute l’arche, divisée en étages et en compartiments.

D’où la seconde explication, « une pierre précieuse », que l’on pouvait porter dans toutes les parties de l’arche.

Du vin de la Torah : il existe deux façons d’éclairer l’arche. Le service commence par l’ouverture d’une fenêtre dans les vêtements de la nature, afin de voir la lumière qui les traverse, à la manière de la Providence individuelle. Mais « selon les autres », ceux qui ont déjà atteint ce degré, il existe une autre voie, « une pierre précieuse qui éclaire » : la pierre brille de sa propre lumière, autrement dit on dévoile la nature et on la transforme en révélation.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 10, Si’ha 2


Ils ne virent pas la nudité de leur père

Celui qui voit le mal chez son prochain non seulement qu’il doit le corriger, mais il doit y voir le signe que ce mal se trouve dans une certaine mesure aussi en lui. Lorsqu’on voit le mal chez autrui, il ne faut en voir que l’aspect négatif : on a le devoir de corriger son prochain.

Sur le verset (7,8) « De l’animal qui n’est pas pur », la Guémara explique que « le verset a fait un détour » afin d’employer un langage décent. Or, dans le verset (9,23) « Leurs visages étaient tournés en arrière, et la nudité de leur père, ils ne la virent pas », il faut comprendre pourquoi le verset doit préciser « ils ne virent pas la nudité de leur père », après avoir déjà dit « leurs visages étaient tournés en arrière ».

On le comprendra en rappelant l’explication du Baal Chem Tov : lorsqu’un homme voit quelque chose de mauvais chez son prochain, c’est comme un miroir, et on lui montre d’en haut que ce défaut se trouve en lui. A priori, on peut s’étonner et se demander d’où tirer cela, car on pourrait dire que, si on lui montre ce défaut, c’est pour qu’il agisse sur son prochain.

L’explication : « Le Saint, béni soit Il, n’a rien créé en vain », y compris le moindre détail, et chaque détail créé l’a été « pour Sa gloire ». Dès lors, s’il voit le mal qui est chez son prochain, autrement dit s’il voit non seulement qu’il doit agir pour l’aider à corriger, mais aussi le mal en tant que tel, c’est que ce détail lui a été montré d’en haut parce qu’il se trouve également en lui. Tel est le sens de « la nudité de leur père, ils ne la virent pas » : ils ne virent que ce qu’ils devaient faire pour réparer, mais non le mal en tant que tel.

La leçon : lorsqu’on voit un Juif dans une situation regrettable, il ne faut en voir que le côté positif, le devoir de l’aider à corriger la chose. Mais « la nudité de leur père, ils ne la virent pas » : on n’a pas à voir ni à ressentir le mal qui est en autrui.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 10, Si’ha 3


La feuille d’olivier

La feuille d’olivier avait poussé après le déluge sur un arbre qui n’avait pas été effacé, et c’est ainsi que Noa’h sut que « les eaux avaient diminué sur la terre ».

« La colombe revint vers lui… et voici, une feuille d’olivier arrachée était dans son bec » (8,11). Il faut comprendre d’où la colombe prit cette feuille d’olivier, puisque « Il effaça tous les êtres » semble inclure aussi les feuilles d’olivier.

(Les raisons données par le Midrach, selon lesquelles elle l’aurait prise au Gan Éden, ou en Erets Israël, où le déluge ne tomba pas, s’accordent mal avec le sens simple du verset : selon le sens simple, il est impossible d’entrer au Gan Éden, et il faut dire que le déluge tomba aussi en Erets Israël.)

Il faut également comprendre comment Noa’h sut, grâce à la feuille d’olivier, que les eaux avaient diminué sur la terre, puisque cet olivier aurait pu se trouver au sommet d’une haute montagne ou en un lieu semblable.

L’explication : on constate que l’olivier est un arbre particulièrement robuste, et l’on comprend donc que certains oliviers n’aient pas été effacés. La feuille rapportée par la colombe avait poussé après le déluge, et Noa’h comprit que les eaux avaient diminué sur la terre, puisqu’il s’était écoulé assez de temps pour qu’une feuille pousse.

Du vin de la Torah : le Torah Or explique que le déluge était une purification, à la manière d’un Mikvé. Il est donc d’autant plus satisfaisant de dire, conformément au sens simple du verset, que le déluge toucha aussi Erets Israël, puisqu’il en résulte que la purification s’étendit elle aussi à Erets Israël.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 15, Si’ha 1


cent vingt ans pour bâtir l’arche

Noa’h construisit l’arche de ses propres mains, et c’est pourquoi « il y travailla cent vingt ans » : l’acte de construire faisait partie du commandement, afin d’éveiller ses contemporains à la Techouva.

Rachi : « Il y travailla cent vingt ans. » Il faut comprendre pourquoi Noa’h n’accomplit pas l’ordre de D.ieu avec empressement, d’autant que la Torah atteste à son sujet : « Noa’h fit tout ce que D.ieu lui avait ordonné. »

L’explication : le Rogatchover cite deux conceptions, selon que le commandement consiste en l’acte de construire, ou que « le commandement est le résultat, et non la construction ». Rachi considère que le commandement est l’acte. En effet, l’intention divine en ordonnant de bâtir l’arche était que Noa’h éveille ses contemporains à la Techouva. C’est pourquoi D.ieu lui dit « Fais pour toi » : Noa’h devait construire l’arche en personne, car elle n’était pas seulement destinée à exister une fois bâtie, l’acte de construire faisant partie du commandement. Tel est le sens de la question de Rachi demandant pourquoi D.ieu lui imposa la peine de cette construction, autrement dit pourquoi Il l’ordonna de telle sorte que Noa’h fasse tout seul. La réponse est que l’acte faisait partie du commandement, afin d’éveiller les gens de sa génération à la Techouva, comme on l’a dit.

Ce qui contraint Rachi à cette lecture, c’est l’ordre des versets : il est d’abord dit (6,14) « Fais pour toi une arche », et seulement ensuite (6,17) « Et Moi, voici que J’amène le déluge, des eaux ». On en déduit que l’arche ne servait pas seulement à échapper au déluge, ce qui relève de son existence, mais qu’elle avait une finalité propre : que Noa’h éveille ses contemporains à la Techouva, ce qui relève de l’acte de construire.

L’ordre adressé à Noa’h était « Fais pour toi », et le Rogatchover explique que « pour toi » signifie « à partir de ce qui t’appartient », de ses propres biens. On peut dire que cette explication est liée au fait que Noa’h reçut l’ordre de construire l’arche en personne. Pour le comprendre, rappelons que pour la Mitsva de la Souka aussi il est dit « Tu feras pour toi », car la Souka ressemble par plusieurs points à l’ordre de construire l’arche : l’acte de construire y est une Mitsva, elle doit être « à toi », et toutes deux ont pour but de protéger, du déluge ou du soleil. On relève pourtant deux différences entre l’arche et la Souka : Noa’h devait construire l’arche en personne, et l’arche n’était que pour lui, alors qu’un autre peut construire la Souka pour quelqu’un, et que l’on s’acquitte de son devoir dans une Souka empruntée. L’explication : Noa’h n’implora pas la miséricorde pour ses contemporains, et le salut n’était que pour lui ; il fallait donc qu’elle soit « pour toi », « à toi ». La Souka, elle, exprime l’unité et la paix, si bien que la Souka de son prochain est « vraiment à lui ».

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 15, Si’ha 2


Les sources de la sagesse et la venue de Machia’h

Le développement des sciences de la nature a pour but qu’on les emploie au service de D.ieu, et la découverte des lois de la nature révèle l’unité de D.ieu dans le monde.

« En l’an six cent de la vie de Noa’h… toutes les sources du grand abîme jaillirent et les écluses du ciel s’ouvrirent » (7,11). Le Zohar enseigne : « En l’an six cent du sixième millénaire, les portes de la sagesse s’ouvriront en haut et les sources de la sagesse en bas, et le monde se préparera à entrer dans le septième. »

Le sens en est le suivant : « Tout ce que le Saint, béni soit Il, a créé, Il ne l’a créé que pour Sa gloire. » Le développement des sciences de la nature a donc pour raison qu’on les emploie pour D.ieu et pour Sa Torah.

C’est là une préparation à la venue de Machia’h, lorsque « toute chair verra » : la chair matérielle verra la Divinité. Les ondes radio et d’autres inventions en offrent une illustration matérielle, un exemple tangible de « l’œil qui voit et l’oreille qui entend ».

L’or a été créé pour le Temple. Il ne suffit donc pas de l’employer pour les choses du monde, dont le service de D.ieu tirerait profit : il faut l’employer pour le service de D.ieu proprement dit. Il en va de même pour les sciences de la nature, et cela se réalise par l’enseignement de la ‘Hassidout à la radio et par d’autres moyens.

Plus profondément, la découverte des sciences, en tant que telle, prépare la venue de Machia’h : plus la science progresse, plus elle révèle l’unité qui existe dans le monde, et cette unité, que mettent au jour les sciences de la nature, découle de l’unité simple de la Divinité.


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 15, Si’ha 3


Ils ne cesseront pas

Un idolâtre qui observe un jour de repos est passible de mort, car le rôle des nations est de maintenir le cadre du monde, tandis que le service des enfants d’Israël consiste à unir les mondes supérieurs, le repos qui dépasse le monde, et les mondes inférieurs, le cadre du monde.

« Ils ne cesseront pas » (8,22). Et la Guémara enseigne : « Un idolâtre qui observe le repos est passible de mort. » Il faut comprendre le lien entre cet enseignement de la Guémara et le sens simple du verset, ainsi que la raison pour laquelle il est interdit aux nations de chômer, alors que le repos semble lié à la création (« Il acheva… Son œuvre qu’Il avait faite, et Il se reposa »), qui concerne le monde entier, y compris les descendants de Noa’h.

L’explication : avant le don de la Torah, il fallait que les mondes supérieurs et les mondes inférieurs existent chacun pour soi, afin que le don de la Torah les unisse. Ce sont les deux époques d’avant et d’après le déluge. Avant le déluge, le monde ne faisait que recevoir de D.ieu : il relevait des mondes supérieurs, d’où la longévité de ses habitants, et lorsqu’ils fautèrent et perdirent leur lien avec D.ieu, ils périrent. Après le déluge, le monde relève des mondes inférieurs : il peut être affiné de l’intérieur, même après la faute, d’où « Je ne recommencerai plus ». C’est pourquoi le signe de l’alliance est l’arc, créé à ce moment, qui traduit l’affinement de la vapeur montant de la terre : cette vapeur est devenue assez « fine » pour refléter les rayons du soleil.

(Ces deux époques, avant et après le déluge, préparent les deux mille ans de Torah, qui réunissent mondes supérieurs et mondes inférieurs. Ainsi, Its’hak naquit après que « les années eurent diminué », ce qui relève des mondes inférieurs, mais il naquit alors qu’Avraham et Sarah étaient âgés, contre l’ordre de la nature, selon l’ordre d’avant le déluge, ce qui relève des mondes supérieurs.)

Le cadre du monde, le temps et l’espace, est mouvement, et le repos dépasse le monde. C’est pourquoi le Chabbat, qui est repos, ne se ressent que dans l’intériorité du monde. Or la tâche et le service des enfants d’Israël consistent à unir mondes supérieurs et mondes inférieurs, à faire descendre la sainteté qui dépasse le monde, celle du repos, dans le monde, qui est mouvement. C’est pourquoi le repos du Chabbat est ressenti de manière manifeste chez les enfants d’Israël, tels qu’ils vivent dans le monde. Quant aux nations, « elles ne cesseront pas », afin que subsiste le cadre du monde, auquel les enfants d’Israël uniront alors les mondes supérieurs.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 15, Si’ha 4


Les lois des descendants de Noa’h et l’ordre donné à Moché

Les descendants de Noa’h, dont l’âme intellectuelle est marquée par le sentiment de soi, doivent accomplir leurs commandements parce que D.ieu les a ordonnés à Moché ; c’est seulement ainsi que leur parvient l’effacement de soi qui vient des enfants d’Israël.

« L’homme est aimé, car il a été créé à l’image ; un amour supplémentaire lui est révélé en ce qu’il a été créé à l’image, comme il est dit : Car à l’image de D.ieu Il a fait l’homme. » Les Tossefot Yom Tov expliquent que « l’homme est aimé » se rapporte aux descendants de Noa’h, et que cela fut dit aux enfants d’Israël parce que Moché Rabbénou ordonna d’amener tous les habitants du monde à accepter ces lois. L’affection portée aux descendants de Noa’h naît de ce que les enfants d’Israël leur disent qu’ils ont été créés à l’image. (En effet, « un amour supplémentaire lui est révélé » vise les enfants d’Israël, et les descendants de Noa’h doivent savoir que leur valeur, « l’homme est aimé, car il a été créé à l’image », leur vient de ce qu’ils reçoivent des enfants d’Israël.)

Il faut toutefois comprendre pourquoi les descendants de Noa’h doivent accomplir leurs commandements parce que D.ieu les a ordonnés à Moché au mont Sinaï, et non en vertu de l’ordre donné à Noa’h.

L’explication s’appuie sur une Si’ha du Rabbi précédent : l’âme intellectuelle d’un descendant de Noa’h conduit l’homme au sentiment de soi et à la grossièreté. (Car l’intelligence pure, qui s’élève plus haut que le moi de l’homme, ne s’obtient que par l’effacement de soi ; et toute la compréhension des sciences profanes relevant du sentiment de soi, l’intelligence, elle aussi, en est marquée.) Il en va autrement de l’âme intellectuelle des enfants d’Israël, sur laquelle agit l’âme divine afin qu’une dimension divine s’y attache.

Dès lors, pour que les descendants de Noa’h accomplissent leurs commandements comme il convient, non « par décision de leur raison », qui relève du sentiment de soi et ne fait pas d’eux des « sages » parmi les nations, mais à la manière des « Justes des nations » et de leurs « sages », il faut que l’effacement de soi leur parvienne par l’influence des enfants d’Israël, en qui il réside : ils doivent accomplir les commandements parce que D.ieu les a ordonnés à Moché, ce qui relève de l’effacement de soi.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 15, Si’ha 5


Le Noun inversé de ‘Haran

« Jusqu’à Avraham », et non jusqu’à la mort de Téra’h, car Téra’h fit Techouva. « La colère brûlante, ‘Harone Af, de D.ieu sur le monde » : le Af, le nez, qui dépasse la sagesse, ne se communiquait pas de manière intérieure, et c’est pourquoi les hommes vivaient longtemps. Avraham, lui, incarne la transmission intérieure.

Sur le verset (11,32) « Et Téra’h mourut à ‘Haran », Rachi commente : « À ‘Haran : le Noun est inversé, pour te dire que jusqu’à Avraham, la colère brûlante de D.ieu pesait sur le monde. »

Rachi dit « jusqu’à Avraham » et non jusqu’à la mort de Téra’h, bien que ce soit apparemment le sens simple du verset, car selon lui Téra’h fit Techouva. Il faut donc dire que la colère tenait à l’état du monde dans son ensemble. D’où « jusqu’à Avraham » : le Noun inversé sépare « Téra’h mourut à ‘Haran » du verset suivant, « D.ieu dit à Avraham », moment où la colère cessa. (Il précise « jusqu’à Avraham » et non jusqu’à la mort de Téra’h car, selon Rachi, Téra’h mourut longtemps après l’ordre adressé à Avraham, si bien que la colère cessa avant sa mort.)

Le verset doit préciser que la colère de D.ieu pesait sur le monde aux premières générations, car ces générations vivaient longtemps, et l’on aurait pu croire qu’une qualité qu’elles possédaient avait procuré de la satisfaction à D.ieu.

Selon le vin de la Torah, la longévité des premières générations venait de ce qu’elles étaient nourries par la bonté de D.ieu : du point de vue de la bonté qui dépasse l’enchaînement des mondes, les actes des créatures d’en bas ne comptent guère.

Cela est suggéré par l’expression de Rachi, ‘Harone Af. ‘Harone vient d’une racine signifiant « brûler, dessécher », comme dans « ma gorge est desséchée ». Une gorge desséchée signifie que l’intelligence passe mal vers les émotions par la gorge. Mais le Af, le nez, dépasse la sagesse, car l’odorat atteint un niveau qui dépasse l’enchaînement des mondes. C’est pourquoi Rachi précise « ‘Harone Af dans le monde » : le flux venait alors d’un niveau plus haut que l’ordre de l’enchaînement des mondes. Mais cet ordre ne dura que jusqu’à Avraham, car lorsque commencèrent « les deux mille ans de Torah », et que tout devait se transmettre de manière intérieure, l’influence divine passa par l’intelligence de la Torah.

Cela est suggéré par la forme du Noun inversé : le Noun évoque les cinquante portes de Bina, qui dépassent l’enchaînement des mondes, et le Noun final, droit, exprime la transmission de la lumière de manière intérieure, jusqu’au plus bas.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 20, Si’ha 1


A quarante ans, Avraham reconnut son Créateur

L’interdit de l’idolâtrie porte sur la pensée de l’intelligence. C’est pourquoi le Rambam souligne que l’idolâtrie est réfutée aussi par la raison, et affirme qu’« à quarante ans », âge de la maturité de l’intelligence, « Avraham reconnut son Créateur ». La « génération d’Avraham » commence lorsqu’il amena ses contemporains à connaître leur Créateur par leur propre intelligence.

Sur le mot « en ses générations » (6,9), Rachi commente que certains l’interprètent en éloge et d’autres en blâme : « S’il avait vécu dans la génération d’Avraham, il n’aurait compté pour rien. »

Il faut comprendre cela, car Avraham avait 58 ans à la mort de Noa’h. Noa’h vécut donc dans la génération d’Avraham, et l’on ne voit pas comment dire « s’il avait vécu dans la génération d’Avraham ».

Le Rambam écrit qu’Avraham avait quarante ans lorsqu’il reconnut son Créateur. Le Raavad le conteste, citant une Aggada selon laquelle il le reconnut à trois ans, avec pour allusion le verset « Parce qu’Avraham a écouté », d’après la valeur numérique du mot Ékev. Il faut comprendre pourquoi le Rambam retient la version de quarante ans, et non 48 ou 50.

On le comprendra en se demandant d’abord pourquoi le Rambam, dans son code de lois, s’étend sur l’histoire du monde, racontant comment « à l’époque d’Énos, les hommes se trompèrent… » et retraçant toute l’évolution de l’idolâtrie, sans mentionner l’essentiel : que l’homme avait reçu l’interdit de l’idolâtrie, et que durant toutes ces années on transgressa l’ordre de D.ieu.

L’explication : si la plupart des commandements portent sur des actes, dans l’interdit de l’idolâtrie l’essentiel est « vous ne vous égarerez pas » par la pensée du cœur et de l’esprit. C’est pourquoi le Rambam souligne que l’idolâtrie est réfutée aussi par la raison, et insiste : « ils se trompèrent… leur raison s’égara… des faux prophètes… des menteurs ». Et c’est pourquoi il retient la version « à quarante ans, Avraham reconnut son Créateur », car à quarante ans l’intelligence atteint sa maturité.

Il faut alors comprendre la suite, où le Rambam explique qu’à l’époque de la descente des enfants d’Israël en Égypte, « le grand principe planté par Avraham fut presque déraciné, jusqu’à ce que, par l’amour de D.ieu pour nous…, Il envoie Moché, le maître de tous les prophètes ». Cela semble souligner le contraire : même chez les enfants d’Israël, ce principe fut déraciné, jusqu’à ce qu’ils reçoivent la prophétie, qui dépasse l’intelligence. L’explication : bien que le rejet de l’idolâtrie s’impose à la raison, l’homme ne peut se fier à sa seule intelligence, et il a besoin d’une foi qui dépasse la raison et la compréhension.

Tel est le sens de « la génération d’Avraham » : le moment où Avraham amena ses contemporains à connaître leur Créateur, non seulement parce qu’« il les avait vaincus par ses preuves », mais par leur propre intelligence. Cela eut lieu après sa venue en Erets Israël, où « il planta dans leur cœur ce grand principe ».

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 20, Si’ha 2


Les années de Noa’h

Rachi n’a pas besoin d’expliquer que l’année du déluge ne compte pas dans les années de Noa’h, car les comptes d’années de la Torah ne sont pas exacts : l’an 600 de Noa’h, où commença le déluge, peut désigner le début de la 600e année, lorsqu’il avait 599 ans accomplis.

Au sujet des années de Noa’h, le Midrach enseigne que l’année du déluge n’est pas comptée. (En effet, Noa’h avait 600 ans au début du déluge, les eaux « séchèrent » au bout d’un an, et il mourut 350 ans après le déluge, alors que le verset dit qu’il vécut neuf cent cinquante ans, et non neuf cent cinquante et un.)

Il faut comprendre pourquoi Rachi n’explique pas cette difficulté, puisque Noa’h semble avoir vécu 951 ans et non 950. Il faut dire que, pour Rachi, l’explication est si simple qu’il n’est pas nécessaire de la formuler.

L’explication : lorsque la Torah rapporte le nombre des années d’un homme, elle ne vise pas l’exactitude mais un ordre de grandeur, car on se règle sur la majorité. L’an 600 peut donc s’étendre de l’entrée dans la 600e année, à 599 ans accomplis, jusqu’à la fin de l’an 600, au seuil de 601. Au sens simple, Noa’h vécut donc 950 ans seulement.

(Car lorsque la Torah compte les années d’un homme, ce n’est pas pour que nous connaissions son âge avec précision, mais pour que nous sachions quand certains événements se sont produits.)

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 20, Si’ha 3


La rigueur changée en miséricorde

Dans la Paracha Béréchit, on pourrait expliquer « D.ieu dit : J’effacerai » en ce sens que l’attribut de miséricorde, qui vient en premier et domine, a consenti à l’attribut de rigueur. Mais puisque dans notre Paracha il faut nécessairement comprendre « Elokim se souvint » en ce sens que l’attribut de rigueur s’est changé en miséricorde, il est logique de comprendre que « D.ieu dit », avec le Nom de miséricorde, signifie que l’attribut de miséricorde s’est changé en rigueur.

Sur le verset (8,1) « Elokim se souvint de Noa’h », Rachi commente : « Elokim : ce Nom désigne l’attribut de rigueur, qui se changea en attribut de miséricorde par la prière des Justes ; et la méchanceté des impies change l’attribut de miséricorde en rigueur, comme il est dit : D.ieu dit : J’effacerai l’homme, avec le Nom qui désigne l’attribut de miséricorde. »

Il faut comprendre pourquoi Rachi n’explique pas dès la Paracha Béréchit que l’attribut de miséricorde se changea en rigueur, et attend la Paracha Noa’h pour le faire.

L’explication : dans la Paracha Béréchit, une autre lecture est possible. Rachi y écrit : « Il vit que le monde ne pouvait subsister ; Il fit passer d’abord l’attribut de miséricorde et l’associa à l’attribut de rigueur. » « Il fit passer d’abord » signifie que l’attribut de miséricorde l’emporte et prévaut sur celui de rigueur : la rigueur devrait s’appliquer, mais la miséricorde domine. On aurait donc pu comprendre « D.ieu dit : J’effacerai » en ce sens que l’attribut de miséricorde consentit à celui de rigueur, d’où le déluge, car s’il n’y avait pas consenti, le déluge n’aurait pu avoir lieu, puisque la miséricorde a la préséance.

Mais dans notre Paracha, où il est dit « Elokim se souvint », et où il faut nécessairement comprendre que la prière des Justes change la rigueur en miséricorde, il est logique d’expliquer « D.ieu dit : J’effacerai », dans la Paracha Béréchit, en ce sens que la méchanceté des impies change la miséricorde en rigueur.

Et pour que puisse être conclue l’alliance promettant qu’il n’y aurait plus de déluge, il fallait que l’attribut de rigueur y consente lui aussi, en se changeant en miséricorde.

Selon l’intériorité des choses : parmi les versets des Zikhronot de Roch Hachana, on récite « Elokim se souvint de Noa’h », bien qu’à Roch Hachana l’essentiel soit le souvenir des enfants d’Israël et non celui du monde entier. C’est que l’alliance conclue avec Noa’h garantit que le monde soit conforme à l’intention divine, qui est pour Israël.

Cela s’exprime dans l’alliance « ils ne cesseront pas », qui procède de la puissance infinie : les créatures étant limitées, elles devraient changer, et si elles ne changent pas, c’est par la puissance infinie qui est en elles. Autrement dit, la stabilité du monde exprime non un voilement, mais une révélation de la puissance infinie.

On comprend ainsi le Midrach sur le verset « D.ieu sentit l’odeur agréable » : « l’odeur d’Avraham notre père sortant de la fournaise, l’odeur de ‘Hanania, Michaël et Azaria, et l’odeur de la génération de la persécution ». Pour que l’alliance avec le monde soit conclue, les sacrifices de Noa’h ne suffisaient pas : il fallait le don de soi. Le don de soi exprime en effet « Je n’ai pas changé », et cela ne se révèle qu’à travers le voilement et la dissimulation du monde, car c’est précisément en exil que se manifeste le don de soi. Cela concorde avec ce qui précède : la stabilité du monde est une révélation de la puissance infinie.

Tel est le sens du changement de la rigueur en miséricorde : la nature en vient à révéler la Divinité, car par la valeur essentielle des âmes d’Israël, enracinées dans l’Essence infinie, béni soit Il, « qui n’est aucun des attributs », l’attribut de rigueur lui aussi se change en miséricorde.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 21, Si’ha 1


Un blâme qui devient un éloge

« Certains l’interprètent » en blâme : bien que ce ne soit pas un défaut pour Noa’h, pour nous, qui « interprétons » en vue de notre propre conduite, ce n’est pas la conduite qui convient, mais un blâme.

Sur le mot « en ses générations » (6,9), Rachi commente que certains de nos Maîtres l’interprètent en éloge, et que d’autres l’interprètent en blâme. Il faut comprendre comment cela s’accorde avec l’enseignement « Juge tout homme favorablement », et pourquoi le verset dit « en ses générations » si c’est seulement pour faire connaître le défaut de Noa’h.

L’explication : la Torah veut éviter que nous nous trompions en pensant que la conduite de Noa’h était parfaite. Bien que ce ne soit pas un défaut pour Noa’h, puisqu’il ne vivait pas dans la génération d’Avraham, nous, qui « interprétons » en vue de notre conduite, devons savoir que, pour nous, la conduite de Noa’h est un blâme.

Le Zohar rapporte une controverse entre Rabbi Yehouda, qui incarne l’attribut de bonté, et Rabbi Its’hak, qui incarne celui de rigueur. Selon Rabbi Yehouda, si Noa’h ne pria pas pour ses contemporains, c’est qu’il n’avait pas de mérite des Patriarches auquel rattacher sa prière, comme en avait Moché ; selon Rabbi Its’hak, il aurait dû prier pour eux malgré tout. On peut l’expliquer dans le même sens : Rabbi Its’hak veut dire que nous, nous devons prier, contrairement à Noa’h. On peut dire aussi que c’est un éloge pour Noa’h : puisqu’il est écrit « en ses générations », qui est un blâme, et que d’autres apprennent de lui qu’il faut prier pour les gens de sa génération, cela devient un éloge pour Noa’h.

La leçon : même lorsqu’un homme s’est efforcé, comme la Torah le demande, d’agir sur ses contemporains sans y parvenir, il ne peut dire « j’ai sauvé mon âme » : il a le devoir de prier pour les gens de sa génération.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 25, Si’ha 2


Quarante jours de pluie

Les quarante jours du déluge forment une seule réalité, et « Il les fit d’abord descendre avec miséricorde » englobe les quarante jours. Ce n’est qu’ensuite que l’eau de chaque jour se changea en déluge.

Sur le verset (7,12) « La pluie tomba sur la terre quarante jours », Rachi commente : « Plus loin il est dit : Le déluge fut. Mais lorsqu’Il les fit descendre, Il les fit d’abord descendre avec miséricorde, afin que, s’ils se repentaient, ce soient des pluies de bénédiction… »

Cela demande explication, car le verset dit « La pluie tomba sur la terre quarante jours » : pendant les quarante jours, ce fut de la pluie et non un déluge.

L’explication : les quarante jours forment une seule réalité. (Le déluge venait réparer le fait qu’ils avaient importuné le Créateur en Lui faisant façonner des enfants illégitimes, et les quarante jours de la formation de l’embryon constituent un seul processus.) Lorsqu’Il les fit descendre, ce fut donc une seule descente, englobant toute l’eau des quarante jours. Et c’est seulement lorsqu’Il vit qu’ils ne se repentaient pas que l’eau de chacun des quarante jours se changea en déluge.

L’explication intérieure : le déluge est « les eaux de Noa’h », un apaisement de l’esprit destiné à purifier le monde, à la manière des quarante Séa du Mikvé, qui forment eux aussi une seule mesure. On peut donc dire que chaque jour du déluge comportait deux aspects : le déluge, pour punir les impies, et la pluie, venue purifier le monde.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 25, Si’ha 3


Sors de l’arche

« Sors de l’arche » : il faut sortir de l’état des jours de Machia’h pour faire une demeure dans les mondes inférieurs, ce qui est le plaisir du Créateur, plus élevé que le plaisir de la créature.

Au sujet du verset (8,16) « Sors de l’arche », il faut comprendre pourquoi un ordre fut nécessaire pour sortir de l’arche, une fois la terre asséchée.

L’explication : l’arche offrait un reflet des jours de Machia’h, et tous les animaux y vivaient en paix. On comprend donc que Noa’h et les animaux n’aient pas voulu sortir, et qu’il ait fallu un ordre particulier.

La raison de cet ordre était que s’accomplisse « Croissez, multipliez et remplissez la terre ». Spirituellement, c’est la révélation de la puissance infinie, qui se manifeste par la faculté d’engendrer, sur la terre, autrement dit la demeure dans les mondes inférieurs : le plaisir du Créateur, plus élevé que le plaisir de la créature qui régnait dans l’arche.

La leçon : l’homme doit sortir de l’état qui ressemble aux jours de Machia’h, l’étude de l’intériorité de la Torah, pour accomplir « croissez et multipliez », autrement dit agir sur autrui.

Autre leçon : Noa’h accomplit l’ordre « Croissez et multipliez » tout en sachant que ses enfants pourraient fauter, car « les secrets du Miséricordieux ne te regardent pas ». Il ne faut donc pas tenir compte des inquiétudes d’ordre spirituel, ni des inquiétudes d’ordre matériel, qui font de l’homme un être de peu de foi ; il faut accomplir l’ordre divin « Croissez et multipliez ». Au contraire, c’est précisément l’accomplissement de l’ordre divin qui procure la véritable paix de l’âme.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 30, Si’ha 1


Le déluge, louange de D.ieu

Le déluge est « la louange du Saint, béni soit Il », à l’image de « comme les eaux recouvrent la mer ». Et pourtant « il n’y aura plus de déluge », car l’intention est que « la connaissance de D.ieu » soit ressentie dans la terre proprement dite.

Le Midrach enseigne : « Au commencement de la création du monde, la louange du Saint, béni soit Il, montait des eaux… La génération du déluge se leva et se rebella… Que ces hommes s’en aillent et que reviennent ceux qui occupaient ces lieux auparavant. C’est ce qui est écrit : La pluie tomba sur la terre… » Autrement dit, les eaux du déluge étaient en essence une chose sainte, « la louange du Saint, béni soit Il ».

On le comprendra en rappelant l’enseignement des Sages selon lequel « la Torah a précédé le monde ». Dès lors, même si « un verset ne sort pas de son sens simple », il faut dire qu’en haut, dans la Torah qui a précédé le monde, « le mal ne séjourne pas auprès de Toi », et que tout ce qui est dans la Torah est désirable.

L’explication : le fait que le monde entier fut recouvert d’eau représente l’immersion dans les eaux de la connaissance pure, selon le verset « La terre sera remplie de la connaissance de D.ieu comme les eaux recouvrent la mer ».

Et pourtant D.ieu dit « Il n’y aura plus de déluge… », car l’intention suprême est que ce soit « comme les eaux recouvrent la mer » seulement au sens de la comparaison, que « la connaissance de D.ieu » soit ressentie dans la terre proprement dite, et non que la terre soit détruite et anéantie.

C’est ce que Rachi suggère en écrivant que, lorsque « la terre fut sèche », elle devint « sèche comme il convient », Kehilkhata : lorsque la Torah descendit sur la terre naquit la Halakha, la révélation de la parole de D.ieu dans les voies du monde, dans la terre proprement dite.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 30, Si’ha 2


Comme s’il avait bâti un monde

Selon le Rambam, le devoir rabbinique de croître et multiplier prolonge le commandement de la Torah. C’est pourquoi il écrit « comme s’il avait bâti un monde », ce qui est le contenu même du commandement de la Torah.

Le Rambam écrit (lois du mariage, chapitre 15, loi 16) : « Bien qu’un homme ait accompli la Mitsva de croître et multiplier, il lui est ordonné par les Scribes de ne pas cesser de procréer tant qu’il en a la force, car quiconque ajoute une âme d’Israël est comme s’il avait bâti un monde. »

On objecte que la Guémara (Yevamot 62b) donne une autre raison : « Rabbi Yehochoua dit : s’il a eu des enfants dans sa jeunesse, qu’il en ait dans sa vieillesse, car il est dit : Le matin sème ta semence, et le soir ne laisse pas reposer ta main, car tu ne sais pas lequel réussira, l’un ou l’autre, ou si les deux seront également bons. » Il faut donc comprendre pourquoi le Rambam s’en écarte et avance une autre raison.

Pour le comprendre, rappelons que l’on peut lire de deux façons la règle « qu’il en ait dans sa vieillesse » : soit c’est, dans le prolongement de l’obligation de la Torah, une obligation rabbinique de poursuivre la Mitsva de croître et multiplier ; soit c’est une loi et une obligation rabbinique distincte.

On peut dire que le Rambam retient la première lecture, et qu’il s’écarte de la formulation de la Guémara pour souligner que l’obligation tirée du verset « Le matin… », cité par la Guémara, prolonge la loi de la Torah. C’est pourquoi il écrit « quiconque ajoute… est comme s’il avait bâti un monde » : tout ajout dans la Mitsva de croître et multiplier fait partie de « bâtir un monde », qui est le contenu de la Mitsva de la Torah. Cela ressort de notre Paracha, où D.ieu dit à Noa’h, et pas seulement à ses fils, « Croissez et multipliez », bien qu’il eût déjà des fils.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 30, Si’ha 3


Je verrai le signe et Je Me souviendrai

Elokim ne désigne pas nécessairement l’attribut de rigueur, car ce Nom peut signifier « autorité ». C’est seulement dans ce verset, qui s’écarte de l’expression « entre Moi » employée auparavant, qu’il faut l’entendre comme l’attribut de rigueur : il s’agit d’une alliance supplémentaire, selon laquelle même lorsqu’une accusation inhabituelle s’élève, « Je vois le signe et Je Me souviens ».

Sur le verset (9,16) « L’arc sera dans la nuée, Je le verrai pour Me souvenir de l’alliance éternelle entre Elokim et toute âme vivante », Rachi commente : « Entre Elokim et toute âme vivante : entre l’attribut de rigueur d’en haut et vous. Il aurait dû écrire : entre Moi et toute âme vivante. Mais voici son interprétation : lorsque l’attribut de rigueur viendra vous accuser, Je verrai le signe et Je Me souviendrai. »

Il faut le comprendre, car les versets s’expriment couramment ainsi, disant « entre Elokim » au lieu de « entre Moi », et l’on ne voit pas d’où tirer qu’Elokim désigne ici l’attribut de rigueur. Il faut comprendre aussi la longueur de l’expression de Rachi, ainsi que plusieurs autres précisions.

L’explication : la difficulté de ce verset est qu’il semble entièrement superflu, tous ses détails ayant déjà été exposés dans les versets précédents.

Rachi explique donc que le verset vise une alliance supplémentaire : la première alliance était conclue entre Elokim et la terre, et dans notre verset, « entre Elokim et toute âme vivante », l’alliance est conclue avec l’attribut de rigueur.

Mais le Nom Elokim figure aussi dans les versets précédents, et la difficulté revient : on ne voit pas ce qu’ajoute notre verset. Rachi explique donc : « Il aurait dû écrire : entre Moi », comme dans le verset précédent ; si le verset change d’expression, c’est qu’il s’agit d’un ajout, comme on l’a dit.

L’explication : Elokim signifie « autorité », et ce Nom ne désigne donc pas partout l’attribut de rigueur ; parfois il signifie que D.ieu est le maître du monde. C’est seulement dans ce verset, qui change d’expression par rapport au précédent, qu’il faut l’entendre comme l’attribut de rigueur.

Cette seconde alliance est nécessaire parce qu’il arrive qu’une accusation inhabituelle s’élève, à la manière de « le Satan accuse à l’heure du danger ». C’est pour cela qu’est conclue l’alliance avec l’attribut de rigueur, « Je vois le signe et Je Me souviens » : l’attribut de rigueur se change en bonté, à la manière de « Elokim se souvint de Noa’h », où la prière des Justes change la rigueur en miséricorde.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 35, Si’ha 1


Les générations d’Avraham, de Moché et de David

« La génération d’Avraham, la génération de Moché et la génération de David » correspondent à « Israël », qui n’est pas impressionné par le monde, à la « Torah », qui affermit la création, et à la « royauté », achèvement de l’élévation obtenue par le service divin. Le service de Noa’h n’était qu’une préparation à l’accomplissement de la Torah et des Mitsvot.

Sur le verset (6,9) « Noa’h était un homme juste, intègre en ses générations », le Zohar dit : « Mais dans d’autres générations, il n’aurait compté pour rien, comme la génération d’Avraham, la génération de Moché et la génération de David. »

Si le Zohar cite précisément ces trois générations, c’est qu’elles constituent l’accomplissement du but de la création du monde, créé pour Israël, Avraham, pour la Torah, Moché, et pour la royauté, inaugurée par David.

Dans le service de l’homme : le niveau d’Avraham consiste à ne pas être impressionné par le monde. Moché incarne la Torah : le service de l’homme assure la stabilité et l’affermissement de la création, selon l’enseignement des Sages sur le verset « La terre eut peur, puis s’apaisa ». La génération de David, achèvement de la royauté par Machia’h, est l’élévation que le service de l’homme opère dans le monde.

On trouve chez Noa’h une forme de ces trois services : il ne se laissa pas impressionner par le monde, c’est par lui que le monde subsista, et dans l’arche régnait un reflet des temps futurs. Pourtant « il n’aurait compté pour rien », car tout cela relevait de l’éducation. Le propre de l’éducation est que l’accomplissement des Mitsvot n’y est pas une fin en soi, mais une préparation à autre chose : leur accomplissement à l’âge adulte. Il en va de même pour Noa’h, qui accomplit surtout les Mitsvot entre l’homme et son prochain, selon le verset « Il l’a formée pour être habitée » ; au regard des Mitsvot entre l’homme et D.ieu, ce n’était qu’une préparation à l’essentiel de leur accomplissement.

Plus profondément, selon l’explication du père du Rabbi, Avraham, Moché et David correspondent aux trois couronnes : la Torah, la prêtrise et la royauté. La couronne se pose plus haut que la tête : le service de Noa’h était lié à l’achèvement du monde, alors que les trois couronnes opèrent un achèvement et une élévation qui dépassent le monde.

La leçon : ces trois services ne doivent pas découler seulement de la compréhension humaine, sans quoi « ils ne comptent pour rien », mais de la couronne, l’ordre de D.ieu, qui dépasse le monde.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 35, Si’ha 2


La perfection du sacrifice

La perfection d’un sacrifice comporte plusieurs degrés, et le sacrifice des enfants d’Israël doit atteindre une perfection plus élevée que ceux des descendants de Noa’h. Une tache blanche dans l’œil n’est pas un défaut pour les descendants de Noa’h, car ils n’ont pas accès à la vision de la Divinité.

Le traité Zeva’him enseigne que les descendants de Noa’h peuvent offrir sur un autel privé un animal atteint d’un défaut, pourvu qu’il ne lui manque pas de membre. Il en va de même, après le don de la Torah, du sacrifice d’oiseau, que le défaut ne rend pas impropre.

L’explication : le défaut et le membre manquant relèvent de la même règle, l’exigence que le sacrifice soit entier. Mais l’intégrité comporte plusieurs degrés, et les sacrifices d’animaux des enfants d’Israël exigent une intégrité plus élevée que ceux des descendants de Noa’h. Le sacrifice d’oiseau est celui du pauvre, et n’a donc pas à atteindre l’intégrité requise pour le sacrifice du riche.

On peut ainsi résoudre la difficulté des Tossafot : dans le traité Zeva’him, Rabbi Akiva dit qu’un animal présentant une tache blanche dans l’œil, « s’il est monté sur l’autel, n’en descend pas », et les Tossafot demandent pourquoi il a choisi précisément ce défaut. L’explication intérieure : le sacrifice, Korban, consiste à rapprocher les forces et les sens. Les descendants de Noa’h n’ont pas besoin de l’intégrité de l’œil, qui représente la vision de la Divinité, car leur lien à la Divinité passe seulement par la compréhension, qui est de l’ordre de l’ouïe. Il en va de même au début du service divin, le sacrifice du pauvre, qui n’exige pas la perfection de la vision. Mais le sacrifice des enfants d’Israël, qui portent en eux une parcelle divine d’en haut, exige la perfection de la vision de la Divinité.

La vision de la Divinité commença au don de la Torah, comme il est écrit : « Tu as été rendu témoin pour savoir. » Depuis, chacun doit atteindre la perfection de la vision de la Divinité. Il en va de même de la compréhension de la Divinité : dans les dernières générations a été révélée une explication plus intérieure de l’unité de D.ieu, à savoir qu’il n’existe rien en dehors de Lui. Maintenant que cela a été révélé, chacun est tenu de le comprendre, d’y croire et d’atteindre cette perfection.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 35, Si’ha 3


Les générations qui n’eurent pas besoin de l’arc

L’arc fait que D.ieu ne détruise pas, même une partie du monde, car après le déluge, même la punition est une réparation. C’est pourquoi, selon Rachi, plus de deux générations n’eurent pas besoin de l’arc, contrairement au Midrach, selon lequel seules deux générations, où le Juste protégeait toute une génération d’impies, n’en eurent pas besoin : lorsque tous les hommes d’une génération sont des Justes, il n’y a aucune pensée de détruire le monde.

Rachi commente (9,12) : « Pour des générations éternelles : le mot est écrit en forme défective, car il y eut des générations qui n’eurent pas besoin du signe, parce qu’elles étaient formées de Justes parfaits, comme la génération de ‘Hizkiyahou, roi de Yehouda, et celle de Rabbi Chimon bar Yo’haï. » Rachi s’écarte du Midrach : le Midrach laisse entendre qu’il n’y eut que deux générations, alors que Rachi écrit « comme », ces deux générations n’étant qu’un exemple.

La différence entre Rachi et le Midrach tient à ceci : Rachi considère que « ils étaient des Justes parfaits » se rapporte à tous les hommes de la génération, et qu’il y eut de nombreuses générations entièrement composées de Justes, qui n’eurent donc pas besoin de l’arc. Le Midrach, lui, considère que les générations qui n’eurent pas besoin de l’arc étaient entièrement composées d’impies, mais qu’il s’y trouvait un Juste parfait protégeant toute la génération, même si tous ses membres étaient impies, si bien qu’elles n’eurent pas besoin de l’arc ; et une telle justice n’exista qu’en deux générations.

Le fond de leur controverse est la définition du besoin du signe de l’arc. Il faut d’abord soulever une question considérable : on ne voit pas comment dire que, chaque fois qu’apparaît l’arc, c’est que D.ieu veut amener un déluge sur le monde. Au sens simple, l’arc est un signe permanent, rappelant que, si D.ieu en venait à vouloir amener un déluge, Il Se souviendrait grâce au signe de l’arc. Mais chez Rachi, cette lecture est impossible, car sur le verset (9,14) « Lorsque J’amasserai des nuées sur la terre », il commente : « lorsqu’il Me viendra à l’esprit d’amener l’obscurité et la destruction sur le monde », ce qui conduit à « l’arc apparaîtra dans la nuée ». Or on ne voit pas comment dire qu’en dehors de quelques rares générations qui n’eurent pas besoin de l’arc, D.ieu voulut amener un déluge sur le monde entier.

L’explication : « l’obscurité et la destruction », et l’action du signe de l’arc, concernent aussi une petite partie du monde. La punition du déluge fut un « effacement », et non une réparation, venue d’un regret portant sur la création dans son ensemble. Depuis le déluge, l’expression « J’effacerai » n’est plus employée, pas même pour Sodome et Gomorrhe, car la punition est infligée pour un bien et non pour détruire. Tel est le sens de « lorsqu’il Me viendra à l’esprit… » : seules ces deux générations ne comptèrent même pas une petite partie du monde que D.ieu voulût effacer. Dans toutes les autres générations, s’il n’y eut évidemment aucune pensée d’effacer le monde entier, il y eut une pensée d’effacer une partie du monde, « l’obscurité et la destruction » pour une partie du monde.

C’est pourquoi Rachi considère que ces deux générations ne sont qu’un exemple : il y eut de nombreuses générations où la conduite de tous les enfants d’Israël fut telle qu’il convient, et où ils ne méritaient nullement, à D.ieu ne plaise, la punition du déluge.

L’opinion du Midrach, selon laquelle seules deux générations n’eurent pas besoin de l’arc, s’explique selon l’intériorité des choses : le déluge devait produire un monde nouveau. Si précisément les générations de ‘Hizkiyahou et de Rabbi Chimon bar Yo’haï n’eurent pas besoin de l’arc, c’est que toutes deux sont liées à Machia’h, qui renouvelle le monde.

 


Likoutei Si’hot Noa’h
volume 25, Si’ha du 7 Mar’hechvan


De là, D.ieu les dispersa

La perfection du service consistant à faire une demeure dans les mondes inférieurs ne s’atteint que dans le plus bas des niveaux, sous lequel il n’existe plus rien. C’est le lien entre le 7 Mar’hechvan, jour où le dernier des Juifs rentrait chez lui, à l’endroit le plus éloigné de Jérusalem, et « De là, D.ieu les dispersa » : D.ieu les dispersa afin qu’ils préparent le monde entier au service des enfants d’Israël.

Le 7 Mar’hechvan tombe dans la semaine qui suit la Paracha Noa’h, et il faut donc dire qu’il existe un lien entre eux. Pour le comprendre, rappelons que, puisque « l’on monte en sainteté », le retour des enfants d’Israël à l’état de « chacun sous sa vigne » comporte une qualité supérieure au temps du pèlerinage. En effet, c’est précisément à leur retour du pèlerinage qu’ils se consacraient au service consistant à faire une demeure dans les mondes inférieurs, par lequel on atteint le plaisir du Créateur, plus élevé que le plaisir de la créature.

Cette qualité existait chez la plupart des enfants d’Israël avant même le 7 ‘Hechvan, date à laquelle le dernier d’entre eux rentrait chez lui. Mais l’essentiel de la demeure dans les mondes inférieurs se réalise dans le plus bas des niveaux, sous lequel il n’existe plus rien, dans le lieu le plus éloigné de Jérusalem. De plus, la demeure établie dans le lieu le plus bas ajoute une perfection à tous les autres lieux, à l’image de la demeure d’un homme, qui n’est parfaite que lorsqu’il est maître de toutes ses pièces, non seulement de celles où il vit principalement, mais aussi des pièces secondaires.

Il en va de même pour l’ensemble des enfants d’Israël : la perfection est atteinte lorsque chacun se trouve à sa place et accomplit son service propre, et non lorsque tous se trouvent à Jérusalem. Cela a même une portée halakhique : plusieurs Mitsvot liées à la terre ne s’appliquent que lorsque « tous ses habitants y résident », et sans être mêlés, chaque tribu se trouvant dans sa région.

C’est le lien avec la fin de la Paracha Noa’h, qui raconte que les hommes de la génération de la dispersion voulaient tous habiter ensemble, contrairement à l’intention divine, qui veut que l’homme remplisse la terre et la soumette. C’est pourquoi « de là, D.ieu les dispersa » : afin que, par leur service, l’accomplissement des sept lois des enfants de Noa’h, ils préparent le monde au service des enfants d’Israël.