Des images montrent Liron Afriat, un jeune Habad parisien, proposant à un voyageur d’accomplir la Mitsva du Loulav au beau milieu d’une rame de métro. Entre les sièges violets et le plan de ligne, le bouquet des quatre espèces se dresse, tenu avec attention par un passager en sweat à capuche. Une scène simple et forte, qui rappelle qu’en ces jours de Souccot, la Torah se diffuse partout, jusque dans les transports en commun.

 

 

 

Il suffit d’un regard sur la photo pour comprendre. D’un côté, Liron Afriat, coiffé d’une kippa, lunettes et doudoune sombre, tient dans la main l’étui en plastique qui protège d’ordinaire le Loulav. De l’autre, un un jeune voyageur juif, capuche sur la tête, serre dans ses mains la branche de palmier entourée de myrtes et de saules, et l’Etrog jaune vif. Autour d’eux, la vie du métro continue : des passagers assis, le ronronnement de la rame, le plan des stations au-dessus des portes.

La scène, captée en photo et en vidéo, circule depuis quelques jours et touche par sa spontanéité. Rien de spectaculaire, pas de mise en scène : simplement une proposition faite d’un Juif à un autre, entre deux stations, pour accomplir un commandement de la Torah.

Le Mivtsa Loulav, héritage du Rabbi

Ce geste n’a rien d’improvisé. Il s’inscrit dans l’une des campagnes lancées par le Rabbi pour permettre au plus grand nombre de Juifs d’accomplir les Mitsvot, quel que soit l’endroit où ils se trouvent. Chaque année, pendant les jours de Souccot, des milliers de Ba’hourim et de Chlou’him sillonnent les rues, les marchés, les gares et les centres d’affaires avec un Loulav et un Etrog, abordant les passants avec une question devenue familière : « Êtes-vous juif ? Voulez-vous faire la bénédiction sur le Loulav ? »

Le Rabbi insistait sur le fait qu’aucun Juif ne devait être privé de cette Mitsva, simplement parce qu’il n’a pas acheté ses propres quatre espèces ou qu’il ne se trouve pas près d’une synagogue. Si le Juif ne vient pas au Loulav, c’est le Loulav qui ira au Juif. Le métro, lieu de passage par excellence où se croisent chaque jour des milliers d’anonymes, devient alors un terrain naturel pour cette mission.

La démarche est brève : quelques secondes pour réciter la bénédiction, prendre les quatre espèces ensemble, les agiter dans les six directions, puis rendre le Loulav. Mais pour beaucoup, ces quelques secondes ont le poids d’une rencontre. Il n’est pas rare qu’un voyageur n’ait pas tenu un Loulav depuis son enfance, ou qu’il ne l’ait jamais fait.

Quatre espèces, un seul peuple

Le symbole de la scène dépasse d’ailleurs le cadre du wagon. Selon le Midrach, les quatre espèces représentent quatre catégories de Juifs. L’Etrog, qui a goût et parfum, évoque celui qui possède à la fois l’étude de la Torah et les bonnes actions. La branche de palmier, dont le fruit a du goût mais pas d’odeur, désigne celui qui étudie sans multiplier les actes. Le myrte, parfumé mais sans goût, correspond à celui qui accomplit des bonnes actions sans étudier. Quant au saule, dépourvu de l’un comme de l’autre, il représente celui qui n’a encore ni l’un ni l’autre.

La Torah ordonne pourtant de les réunir en un seul bouquet : la Mitsva n’est accomplie que si les quatre sont liés ensemble. Aucun ne peut manquer, aucun n’est de trop. Voir Liron Afriat tendre le Loulav à un voyageur en sweat à capuche, dans l’anonymat du métro, c’est un peu voir ce bouquet se composer sous nos yeux, au-delà des apparences et des parcours de chacun.

Une image qui parle en ce moment

Dans le contexte actuel, marqué pour de nombreux Juifs de France par l’inquiétude et une certaine tentation de la discrétion, la photo prend une résonance particulière. Elle montre une identité juive vécue sereinement, dans l’espace public, sans provocation ni crainte, avec la simplicité de celui qui propose un cadeau.

Elle rappelle aussi que Souccot est appelée « le temps de notre joie ». Cette joie ne se limite pas à la soucca familiale ou à la synagogue : elle se partage, elle se transmet, elle se propose au premier venu. Liron Afriat n’a pas attendu que le voyageur vienne à lui ; il a fait le premier pas, dans l’esprit même de la Chli’hout.

Le geste de Liron Afriat rejoint ainsi les innombrables scènes semblables qui se déroulent en ce moment aux quatre coins du monde, de Paris à New York, de Jérusalem à Buenos Aires, partout où un Loulav peut être tendu à un Juif.

Entre deux stations, un bouquet de palmier et un Etrog ont suffi à relier une vie à la Torah : la diffusion de la Torah ne connaît ni terminus ni correspondance manquée.