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Lorsque Roch Hachana coïncide avec le Chabbat, la Mitsva de la sonnerie du Choffar, pourtant d’origine biblique, n’est pas accomplie. Le présent Kovets, publié pour Nitsavim-Vayéle’h 5786, reprend une Si’ha du Rabbi qui interroge ce silence à la lumière des sources talmudiques et de la pensée ‘hassidique. Au fil de l’analyse se dévoile une distinction fondamentale entre l’annulation active d’une Mitsva et sa simple non-application, avec des répercussions jusque dans la conception la plus intime du Chabbat et de la Techouva.
une coutume ancienne, une question qui demeure
La loi selon laquelle on ne sonne pas le Choffar lorsque Roch Hachana tombe un jour de Chabbat remonte, selon la Guemara, à une décision prise du temps où le Beth Hamikdach existait encore. À l’époque, la sonnerie n’était permise, un jour de Chabbat, que dans l’enceinte du Sanctuaire lui-même, non dans le reste du pays. Après la destruction du Beth Hamikdach, Rabban Yo’hanan ben Zakaï établit que la sonnerie serait désormais permise partout où siégeait un Beth Din compétent, à l’exclusion, toutefois, du cas où Roch Hachana coïncide avec Chabbat, situation pour laquelle il maintint l’interdiction générale.
Le texte souligne d’emblée la difficulté que pose cette Halakha. Il ne s’agit pas d’un interdit rabbinique ordinaire porté sur une pratique elle-même permise : la sonnerie du Choffar est une Mitsva de la Torah, l’un des commandements les plus solennels de Roch Hachana. Comment se fait-il alors qu’une décision des Sages ait pu, ne serait-ce que dans certaines circonstances, suspendre l’accomplissement d’une Mitsva biblique ?
une distinction entre annuler et ne pas accomplir
La Si’ha introduit ici une distinction centrale, développée à travers plusieurs sources ‘hassidiques. Il existe une différence essentielle entre le fait d’annuler activement une Mitsva déjà en vigueur, et le fait que les circonstances mêmes empêchent, dès le départ, que l’obligation ne s’enclenche. Dans le premier cas, les Sages viendraient contredire une injonction divine explicite ; dans le second, ils définissent simplement le cadre dans lequel cette injonction s’applique, cadre qui, de fait, exclut le Chabbat coïncidant avec Roch Hachana.
Le Rabbi illustre cette idée par une image tirée du service du Roi : de même qu’un serviteur, à qui l’on n’a pas explicitement ordonné une tâche particulière, n’est pas en faute de ne pas l’accomplir, de même la non-sonnerie du Choffar un tel Chabbat ne constitue pas une transgression de la Mitsva, mais l’absence, structurelle et voulue, de son cadre d’application.
deux formes de soumission au divin
La discussion s’approfondit alors dans une direction plus intérieure. Le concept de Bitoul — la soumission, l’effacement du moi devant D.ieu — est présenté sous deux formes distinctes. La première est celle d’un Bitoul actif : l’homme, conscient de sa propre existence, choisit consciemment de s’effacer devant la volonté divine. La seconde est un Bitoul plus radical, presque ontologique, où l’existence même du sujet est vécue, en un sens, comme absorbée dans son origine, sans qu’il y ait à proprement parler acte de soumission puisqu’il n’y a plus, structurellement, de séparation à surmonter.
Cette distinction se répercute directement sur le rapport entre le Chabbat et les jours de semaine. En semaine, la Avoda — le service divin — consiste à transformer et à élever le monde par l’action, par la Mitsva accomplie concrètement, y compris par la sonnerie du Choffar. Le Chabbat, en revanche, se caractérise justement par la cessation de cette action extérieure : sa sainteté propre réside dans un état d’union déjà atteint, où l’effort de transformation active n’a, en un sens, plus lieu d’être de la même manière.
le lien avec le Beth Hamikdach et la royauté divine
Le texte relie ensuite cette problématique à la dimension de la royauté divine, thème central de Roch Hachana. La sonnerie du Choffar proclame D.ieu Roi sur le monde ; or la manifestation pleine de cette royauté, explique la Si’ha, est intrinsèquement liée au Beth Hamikdach, lieu où se concentre la présence divine dans le monde matériel. C’est pourquoi, dès l’origine, la sonnerie hors du Beth Hamikdach un jour de Chabbat n’entrait pas dans le cadre naturel de la Mitsva : ce n’est qu’après la destruction, et par une extension bienveillante des Sages, que la sonnerie fut autorisée en dehors du Sanctuaire — extension qui, elle-même, ne pouvait s’étendre jusqu’à inclure le cas où Roch Hachana tombe un Chabbat.
l’appel « vous êtes tous debout »
Un développement particulier est consacré au verset d’ouverture de la Paracha Nitsavim, « Atem Nitsavim Hayom Koulkhem Lifné Hachem Elokékhem » — « vous êtes aujourd’hui tous debout devant l’Éternel votre D.ieu ». Le Rabbi relève que cette Paracha est lue, presque invariablement, juste avant Roch Hachana, et que son message — l’unité totale du peuple d’Israël, « tous ensemble », au-delà des catégories et des rangs — prépare précisément l’entrée dans le jour du jugement. Lorsque Roch Hachana tombe un Chabbat, cette unité prend, selon la Si’ha, une coloration supplémentaire : le Chabbat lui-même exprime un état d’unité et d’élévation qui rejoint, sur un autre plan, celui proclamé par le verset. La sainteté du jour se suffit alors à elle-même, sans nécessiter l’acte extérieur de la sonnerie pour atteindre son but.
une leçon pour la Avoda de chacun
La Si’ha se referme, comme souvent chez le Rabbi, sur un enseignement pratique. La distinction entre l’action extérieure et l’état intérieur de Bitoul n’est pas réservée aux jours où Roch Hachana coïncide avec Chabbat : elle éclaire, pour chaque personne et à chaque instant, la différence entre les moments où le service de D.ieu s’exprime par l’effort et l’action concrète, et ceux où il s’exprime par une présence intérieure silencieuse, tout aussi réelle bien que moins visible. Le mois d’Elloul, période de préparation à Roch Hachana, est présenté comme un temps où ces deux dimensions doivent se rejoindre : l’effort actif de Techouva, et l’approfondissement d’un lien intérieur qui, à l’image du Chabbat, n’a pas toujours besoin de se traduire en acte extérieur pour être pleinement vécu.
en écho aux dates du calendrier ‘hassidique
Le Kovets rappelle enfin, en clôture, plusieurs dates marquantes qui accompagnent cette période de l’année : la naissance du Rabbi Rachab, le jeûne du Guedalia, et la proximité de Roch Hachana avec les anniversaires de naissance de plusieurs figures de la dynastie de Loubavitch, dont le Tsemah Tsedek. Ces coïncidences calendaires, souligne le texte, ne sont jamais fortuites dans l’approche ‘hassidique : elles invitent à percevoir, dans le déroulement même de l’année, un fil conducteur qui relie l’histoire du mouvement Habad à la préparation spirituelle de chaque fidèle à l’approche du jour du jugement.













