Le dix-huit Elloul, anniversaire du Baal Chem Tov et de l’Admour HaZaken, n’est pas la fête d’un homme mais celle de deux grands luminaires dont la lumière éclaire le monde entier. Réuni au 770 de Ramat Chlomo, le Rav Ye’hiel Kotzer a ouvert la Farbrenguen par la célèbre parabole du voyageur endormi, pour enseigner que le pire état spirituel consiste à se croire en plaine alors que l’on gravit la montagne de l’orgueil. De cette image découle tout le message du mois: se réveiller, se corriger, et entrer à Roch Hachana dans une joie véritable.

 

 

הרב יחיאל קוצר Rabbi Yechiel Kotzer - YouTubeLe Rav Yechiel Chaim Kotzer (né en 1972) est actuellement le directeur spirituel (Menahel Rou’hani) de la Yeshiva Tomchei Temimim à Beitar Illit et un émissaire (Chalia’h) du Rabbi de Loubavitch dans la localité de Har Shmuel (Givat Ze’ev). Avant cela, il a été pendant de nombreuses années un émissaire important de Habad dans la ville d’Eilat.
Jeunesse et éducation : Il est né au Kibboutz Dovrat dans la vallée de Jezreel, de parents qui se sont rapprochés du mouvement Habad durant son enfance. Il a étudié dans les yeshivot Tomchei Temimim à Lod puis à Kiryat Gat. En 1992, il est allé étudier à la yeshiva centrale du mouvement au « 770 » à New York (Brooklyn), dans le cadre de l’année d’études traditionnelle appelée « Kvoutza ».
Missions (Chlihout) et service militaire : À la fin de ses études, il est d’abord parti en mission en Russie pour soutenir les activités locales de Habad. De retour en Israël, il s’est engagé dans l’armée israélienne (Tsahal) et a servi comme combattant et sergent de section dans la brigade d’infanterie « Givati ». En 1996, après son mariage avec Pnina Yehudit Cohen, le couple a passé un an et demi en mission en Thaïlande.
Ses nombreuses années à Eilat : De retour de Thaïlande, il a rejoint l’équipe des émissaires d’Eilat. Il s’y est beaucoup investi, en particulier auprès des touristes dans les hôtels de la ville. Au fil des ans, il a été nommé Rav de la Grande Synagogue Rashbi, puis émissaire de la zone de l’hôtel Dan. À partir de 2008, il a également officié en tant que Rav d’un séminaire Habad pour filles (Midracha) ouvert dans la ville. En 2014, il a eu l’honneur de représenter l’ensemble des émissaires (Chlou’him) lors du discours principal d’un grand événement de gala à Jérusalem.
Vie personnelle et parcours récent : En 2017, sa première épouse, Efrat Pnina Yehudit, est décédée des suites d’une grave maladie. Ses funérailles ont réuni des milliers de personnes. Le Rav Kotzer s’est remarié par la suite avec Yocheved Volner (née Stern) et a déménagé dans le quartier de Har Shmuel, devenant le nouvel émissaire du Rabbi pour cette zone. En 2018, il a pris ses fonctions actuelles de directeur spirituel à la Yeshiva de Beitar Illit.
Ces dernières années, il est également très actif dans la diffusion du judaïsme sur Internet, proposant régulièrement des cours et des vidéos inspirantes sur les réseaux sociaux.

 

Le jour qui insuffle la vitalité dans Elloul

Le dix-huit Elloul n’est pas un anniversaire ordinaire. La tradition enseigne que, ce jour-là, le mazal de chacun domine, mais il s’agit avant tout d’un anniversaire universel, celui de deux grands luminaires, le Baal Chem Tov et l’Admour HaZaken, Rabbi Chnéour Zalman de Liadi. Leur naissance n’appartient à aucun individu en particulier: elle est une source de lumière pour le monde entier. C’est pourquoi la manière la plus juste d’entamer une Farbrenguen, comme le Rabbi le rappelait, est de commencer par un récit.

La parabole du voyageur endormi

Le Baal Chem Tov racontait une parabole que Reb Grounem, célèbre machpia de Loubavitch, rapportait à propos du travail sur les traits de caractère et des difficultés du service de D.ieu.

Un homme loua un cocher et s’installa dans la voiture pour rejoindre une certaine ville. Fatigué, il s’endormit en chemin. La route devait franchir une montagne, et à chaque tronçon de la longue montée, l’attelage peinait davantage. Le voyageur, lui, dormait. Lorsqu’ils atteignirent le sommet, où s’étendait un vaste plateau, l’homme se réveilla. Le cocher, cherchant sans doute quelqu’un à qui parler pour tromper l’ennui, lui demanda ce qu’il pensait de cette haute montagne. Le voyageur, encore engourdi, répondit: quelle montagne? Nous roulons en plaine. Pour lui, il n’y avait aucune différence entre le début du trajet, qui se déroulait effectivement sur du plat, et ce moment où il traversait le plateau du sommet. Le cocher ne discuta pas. Ce n’est qu’en amorçant la descente abrupte de l’autre versant, une fois le plateau achevé, que le voyageur comprit enfin sur quelle hauteur il s’était trouvé.

Le sens de la parabole concerne l’orgueil, la Gaava. Tant qu’un homme gravit les degrés de l’orgueil, il dort, spirituellement et même intellectuellement: il vaque à ses affaires, gère un commerce, dirige une maison, sans percevoir le moindre changement en lui. Il s’élève, s’élève encore, et ne s’éveille qu’une fois parvenu au plateau, quand son état est devenu pour lui la norme. Un événement exceptionnel, lui, il le ressent comme exceptionnel; mais ce à quoi il s’est habitué, il ne le remarque plus. Il en va ainsi de la faute: dès qu’un homme la répète et s’y accoutume, elle devient à ses yeux permise, et il ne comprend même plus pourquoi on la nomme faute. C’est ma façon de faire, c’est ainsi que je vis, se dit-il, persuadé de rouler en plaine. Or c’est l’état le plus dangereux qui soit, car celui qui se croit en plaine n’a aucune raison de se corriger.

On raconte, comme une plaisanterie, l’histoire de cet automobiliste qui roulait à contresens sur l’autoroute. Son épouse l’appelle, affolée, pour l’avertir qu’un fou circule en sens inverse. Il lui répond qu’il n’y a pas un fou, mais des centaines de fous roulant à contresens. Habitué à sa direction, le fait que tant d’autres avancent en face ne fait à ses yeux que confirmer leur folie et sa propre normalité.

C’est là toute la question du mois: quand commençons-nous à nous réveiller? Le Rabbi enseigne que jusqu’au dix-huit Elloul règne le travail de la Techouva, tandis qu’à partir de ce jour commence le service de D.ieu dans la joie. Les deux ne se contredisent pas. On peut partager le mois: se corriger d’abord, puis entrer dans Roch Hachana à partir d’une joie authentique, celle d’avoir le mérite de couronner le Roi. Seul le Juif a le privilège, à chaque instant, de couronner le Roi: quelle obligation, mais surtout quel mérite.

Se corriger dans la joie

Le Baal Chem Tov donnait encore une autre parabole. Un homme voulait se rendre d’une ville à une autre, sans bien connaître la région. Il croyait suivre la bonne route et marchait, marchait, marchait. À mi-chemin, il croise quelqu’un et lui demande combien de temps il lui reste avant d’atteindre sa destination. On lui répond que la ville qu’il cherche se trouve exactement dans la direction opposée, qu’il doit rebrousser chemin jusqu’à son point de départ, puis repartir dans l’autre sens.

Deux regards sont alors possibles. Le premier gémit: tout ce chemin parcouru, tout cet effort, pour rien. Le second se réjouit: grâce à D.ieu, je me suis arrêté à temps; qu’en aurait-il été si je n’avais pas croisé cet homme? J’aurais atteint une autre ville en croyant avoir atteint la mienne. Ce second regard est celui qui rend la joie possible. C’est le sens de la question des Sages, qui est riche? Celui qui se réjouit de sa part. Car celui qui ne possède pas ce sentiment ne sera jamais satisfait: il lui manquera toujours quelque chose, et le plus grand fortuné du monde continuera d’acheter, faute de pouvoir jouir de ce qu’il a. Se réjouir, c’est reconnaître: béni soit D.ieu qui m’a ouvert les yeux maintenant.

L’Admour Ha’Emtsaï, le Rabbi Dovber, illustrait ce mouvement par l’image d’une mère dont l’enfant tombe dans une bassine d’eau. Dans un premier temps, elle crie: qu’ai-je fait? Puis, aussitôt: que faisons-nous maintenant? Le premier cri, c’est la prise de conscience que l’on se croyait en plaine alors que l’on se trouvait sur la montagne. Mais le second suit immédiatement, animé de gratitude: béni soit D.ieu de m’être ressaisi, et maintenant je répare. Voilà le grand renouvellement ‘hassidique. Dans le monde des Yechivot, on associe la Techouva au pleur, au regret, à l’amertume, jamais à la joie. Le Baal Chem Tov, lui, ne nous laisse pas nous effondrer là même où, en apparence, il faudrait sombrer dans l’abattement. La Techouva elle-même doit se faire dans la joie.

Il faut d’ailleurs se méfier d’une erreur répandue. Beaucoup disent: laisse-moi, je suis en pleine descente. Mais qui a décrété que tu étais en descente? Le verset dit Ess’halekh, je marcherai, et non simplement éélekh: il ne s’agit pas d’une action à sens unique, mais d’un aller-retour. On s’approche de D.ieu par la Mitsva, puis, à l’exemple de David dans sa prophétie, on marque un temps pour entrer dans l’humilité véritable, dans le sentiment de sa petitesse réelle, non pas, à D.ieu ne plaise, pour reculer vers la faute, mais pour reconnaître que ce que j’ai accompli ne vient pas de moi. C’est ainsi que la Tsedaka abaisse l’orgueil: tout vient de la main de D.ieu, et de Sa main nous Lui donnons. L’homme n’est qu’un canal; l’orgueil, lui, bouche le canal.

Un grand D.ieu dans un petit livre

Dans l’une de ses causeries, le Rabbi rapporte un mot de Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev. Lorsque celui-ci vit le Tanya pour la première fois, il s’exclama: quelle grandeur, faire entrer un D.ieu si grand dans un livre si petit. Or Rabbi Lévi Its’hak n’était pas homme à de simples formules gracieuses; chacune de ses paroles portait un contenu. Que signifie donc faire entrer un grand D.ieu dans un petit livre?

Le grand D.ieu, c’est le travail général du Baal Chem Tov, qui consiste à éveiller le point juif au fond de chaque Juif, d’une manière enveloppante, un Makif. De même que la Torah ne pouvait descendre dans le monde sans une longue préparation, il fallait d’abord Adam et les Justes des premières générations, puis Avraham, puis sept générations encore jusqu’à Moïse, de même la ‘Hassidout ne pouvait paraître sans la préparation générale accomplie par le Baal Chem Tov, ses disciples et le Maguid de Mézéritch. C’est cela, le grand D.ieu.

Le petit livre, c’est le Tanya, l’innovation de l’Admour HaZaken. La ‘Hassidout de ‘Habad porte ce nom parce qu’elle est ‘Ho’hma, Bina, Daat, sagesse, compréhension et connaissance. Elle refuse de se contenter de la seule foi. La foi, la Emouna, demeure certes le fondement premier, une chose immense; mais elle reste de l’ordre du Makif. Le renouvellement de l’Admour HaZaken consiste à faire descendre cette foi dans le détail, dans la compréhension intime, afin que le cerveau se remplisse de la sagesse, de la compréhension et de la connaissance de la grandeur de D.ieu. Car tant que tout demeure enveloppant et extérieur, un homme peut, sans vraiment le maîtriser, agir contre la volonté divine, puisque le libre arbitre existe et que rien au monde ne peut le contraindre. Faire entrer un grand D.ieu dans un petit livre, ce n’est donc pas un joli mot d’esprit, c’est une voie entière dans le service de D.ieu: chaque matin, faire passer la foi affirmée dans le Modé Ani jusque dans le raisonnement, tout au long de la prière, jusqu’à en faire un travail personnel et non plus seulement une adhésion englobante.

Éduquer à l’autonomie

On rapporte une parabole sur la poule et l’œuf. Lorsque le poussin est prêt à éclore, la poule donne quelques coups de bec au sommet de la coquille, amorçant une brèche, puis laisse le poussin achever seul le travail avec son propre bec pour se dégager. On demanda: si tu sais percer le sommet, pourquoi ne pèles-tu pas toute la coquille, abrégeant ainsi de moitié le chemin du poussin? La poule répond: le sommet, je l’ai fait; désormais je t’ai donné les clés, à toi d’éclore. Ce que l’homme obtient au prix de l’effort devient sien, devient une part de lui-même. Chaque difficulté ne fait que le rendre plus mûr, plus lucide, plus avancé. Voilà l’éducation à l’autonomie: ne pas s’appuyer indéfiniment sur le Juste.

Le Tséma’h Tsédek illustrait ce danger. Un ‘Hassid lui amena son petit garçon en disant: bénissez-le, et de lui-même il deviendra ‘Hassid. Le Tséma’h Tsédek répondit: voilà trois générations, le grand-père, le père et moi, que nous peinons pour qu’il n’y ait pas de ‘Hassidim par simple inertie, et tu me dis que de lui-même il deviendra ‘Hassid? Le ‘Hassid par inertie se contente de suivre le courant: il faut danser à Sim’hat Beth HaChoéva, il danse; il faut voyager auprès du Rabbi, il voyage; il faut étudier la ‘Hassidout, il étudie. Mais il n’a pas de colonne vertébrale propre, pas de service personnel, pas de question sur ce qu’il doit accomplir dans le monde de D.ieu.

Cette dérive du courant se retrouve dans l’éducation. Le Rabbi Rachab disait qu’il fallait consacrer trente minutes par jour à réfléchir à l’éducation des enfants, précisément pour ne pas se laisser porter par le courant. Car chaque enfant est un monde entier, un dilemme en soi, et ne ressemble pas à son frère né deux ans plus tôt. Réfléchir à l’éducation, c’est se demander ce qui manque, ce qu’il faut changer, ce que l’on fait de travers. Se laisser porter, c’est répéter les mêmes erreurs. À notre génération, cette réflexion réclame beaucoup d’aide du Ciel.

Pour éduquer, encore faut-il savoir entrer dans l’univers de l’autre, se revêtir de ses vêtements. Un enseignant, un jour retardé parce qu’il accompagnait son épouse à la maternité, arrive à la porte de sa classe et voit un enfant lui désigner sa montre. Machinalement, l’homme se met à s’expliquer, à se justifier de son retard, lui qui arrive toujours à l’heure. Or l’enfant voulait simplement lui montrer la belle montre neuve qu’il venait de recevoir en cadeau. C’est nous qui sommes compliqués, pas l’enfant. De même, un cocher entra un jour chez un Rav absent et demanda à ses élèves s’il lui était permis de prendre une femme divorcée. Les élèves éclatèrent de rire, croyant à une question de mariage interdit à un Cohen. Mais l’homme demandait seulement s’il pouvait faire monter dans sa voiture une femme divorcée: dans sa langue, prendre signifiait charger, transporter. Comprendre autrui, c’est parler sa langue et non la sienne.

Il faut ajouter que le réveil au judaïsme ne doit pas naître de l’hostilité. Certains ne se souviennent de leur judaïsme qu’à cause de l’antisémitisme, revenant vers la foi après avoir reçu des coups pour ce qu’ils étaient. Si tel a été leur chemin, béni soit D.ieu qui les a ramenés. Mais le judaïsme ne devrait pas se fonder sur l’opposition subie; il doit jaillir de la reconnaissance et de la compréhension que c’est la vérité.

Le gobelet d’argent du Maguid

Un Rav vint rendre visite au Maguid, qui vivait dans une grande pauvreté. Pour la Nétilat Yadayim, on lui tendit un gobelet des plus simples. Au repas, l’hôte demanda pourquoi le Maguid se servait d’un ustensile si ordinaire, alors que lui-même possédait chez lui un gobelet d’argent, acheté en Europe. Le Maguid répondit: pourquoi voyagerais-je à travers l’Europe tandis que mon gobelet d’argent reste à la maison? Mieux vaut que le gobelet d’argent demeure en Europe, et que moi je reste chez moi. Autrement dit, tout ce qu’un Juif voit ou entend doit lui enseigner une voie dans le service de D.ieu, et la leçon ici touche à l’essentiel et à l’accessoire, l’Ikar et le Tafel.

Le Rabbi relevait une différence saisissante entre le matériel et le spirituel. Celui qui voyage en Inde veut voir les attractions et les paysages, mais il tient à loger dans un hôtel et à conserver son propre confort; il ne songe pas à vivre comme les habitants du lieu. Dans le domaine matériel, l’homme ne renonce jamais à ses standards: il les transporte partout, quitte à les payer. Dans le domaine spirituel, en revanche, on abaisse volontiers son niveau, se contentant de ce que l’entourage propose, se disant que ce qui suffit à l’autre suffira bien. Contradiction révélatrice: le matériel touche l’homme plus profondément, c’est pourquoi il s’y montre inflexible et se fait souple dans le spirituel.

Nul ne demande de revenir deux siècles en arrière ni de renoncer à la voiture et à la climatisation. La seule question à se poser est celle du centre de gravité: où se porte mon attention, qu’est-ce qui sert d’essentiel et qu’est-ce qui sert d’accessoire? Ce point est décisif pour la vie ‘hassidique au foyer et pour le message que reçoivent les enfants. De quoi les parents se réjouissent-ils, de quoi s’irritent-ils, de quoi ont-ils parlé une demi-journée durant? En pelant toutes les histoires, l’enfant perçoit sans qu’on le lui dise ce qui touche vraiment ses parents, le matériel ou le spirituel. S’il rentre à la maison et sent que ce qui compte, c’est le gobelet d’argent, c’est cela qu’il retiendra.

On raconte, à ce propos, ce mot rapporté d’un prédicateur de Roumanie qui prononça un long sermon sur l’interdit de voler. Son bedeau conclut à sa suite: ce que le Rav a dit est excellent, mais ce qui se trouve sur la table, il faut le prendre. Il arrive que le matériel prenne une telle place que l’on continue de dire des paroles de Torah alors que chacun sait, et que soi-même on sait, que ce qui nous anime réellement demeure le matériel.

La joie véritable révèle ce qui compte. Il est écrit que le visage de Rava s’illuminait lorsqu’il trouvait un enseignement nouveau, non lorsqu’il trouvait un gobelet d’argent. Si un enfant comprend que le vrai cadeau à offrir à son père n’est pas un objet, mais le fait de revenir du Talmud Torah en disant qu’il a été attentif à l’étude, qu’il peut répéter les paroles du Rav, qu’il a réussi son examen, et si le père s’en réjouit sincèrement, alors l’enfant saisit ce qui habite son père et comprend que c’est là la vérité. L’enfant admire son père dès le plus jeune âge et cherche à le rendre heureux; mais ce qui rendra le père heureux dépend de la définition qu’il a fixée pour lui-même de l’essentiel et de l’accessoire. Si le père se réjouit de l’accessoire, l’enfant se réjouira de l’accessoire; s’il se passionne pour l’équipe de football et ses places coûteuses, l’enfant voudra lui aussi partager cette passion, se disant que si c’est bon pour son père, il en veut sa part.

Le générateur de Kfar Habad

Aux premières années de Kfar Habad, on utilisait un générateur le Chabbat, question sur laquelle le Rav Gorelik, premier Rav du village, tranchait selon la directive du Rabbi. Mais lorsqu’on surchargeait l’appareil, il finissait par céder. Un vendredi, on sentait déjà le générateur faiblir, menaçant de rendre l’âme à l’entrée du Chabbat et de plonger tout le monde dans l’obscurité, sans possibilité de réparation.

On rapporte qu’un élève de la Yechiva se rendit alors chez le Rav Gorelik pour lui demander s’il était permis de basculer la Yechiva sur le courant électrique ordinaire, puisque le générateur ne tenait plus. Le Rav refusa: laissez sur le générateur; s’il cède, il cédera; vous étudierez à la lumière des bougies, il fera chaud, il fera froid, vous vous débrouillerez. L’élève repartit. Or, quelques instants plus tard, un homme du village posa exactement la même question, et le Rav lui répondit: passe au courant électrique. L’élève, déconcerté, revint et demanda si le Rav avait changé d’avis. Homme d’esprit, le Rav Gorelik répondit par une autre question: dis-moi, pourquoi un Cohen n’a-t-il pas le droit d’épouser une divorcée, alors qu’un simple Israélite le peut? La réponse tient dans la personne à qui l’on parle. Ce qui est interdit à celui dont la sainteté est plus élevée est permis à l’autre; la Yechiva, à l’image du Cohen, est tenue à un standard plus exigeant que le reste du village.

Le riche qui se croit riche

Le Rabbi Maharach, Rabbi Chmouel, se déplaçait avec de beaux attelages. Interrogé, il expliquait que dans ce monde, le plus indispensable est gratuit: l’air, et jadis l’eau, que l’on puisait librement au puits ou à la rivière sans rien payer à personne. Il existe des âmes particulières, rattachées à des choses que le monde ne valorise pas et qui n’ont pas de prix, et qui savent en faire usage. Mais pour la plupart des hommes, la richesse est une épreuve. Celui qui ne sait pas définir l’essentiel et l’accessoire y succombe.

Des ‘Hassidim se plaignaient un jour auprès du Rabbi Maharach: pourquoi les riches restent-ils si longtemps en audience, en Ye’hidout? Le Rabbi Maharach donna deux réponses, sans doute complémentaires. Sur le plan matériel, il faut un long moment pour expliquer au riche qu’il n’est en réalité pas si riche: il entre gonflé d’importance, se croyant à la tête de millions, mais quand on descend dans le détail, on découvre que ces millions ne lui appartiennent pas, qu’ils reviennent à la banque et aux emprunts qu’il a contractés pour vivre au-dessus de ses moyens, chose aisée à comprendre à l’ère du crédit. Sur le plan spirituel, même le riche dont la fortune est réellement sienne demeure un grand pauvre, car la véritable richesse touche à l’intériorité et non au portefeuille.

À propos de cette place démesurée du matériel, on rapporte encore la scène d’une nuit de Ye’hidout, où les gens se tenaient en file ordonnée. Quelqu’un s’aperçut qu’on introduisait certains par une porte dérobée et s’en indigna d’autant plus en apprenant qu’ils avaient payé. Mais que faire, répondit-on, chacun affirme que sa situation relève du danger vital et qu’il doit entrer sur-le-champ. Si cent personnes tiennent le même discours, il faut bien créer un ordre à l’intérieur de cette urgence générale, faute de quoi rien ne peut fonctionner. L’Admour HaZaken enseigne d’ailleurs qu’il existe une limite à la Tsedaka, celle du cinquième, sauf lorsqu’il s’agit de réparer des fautes ou de sauver une vie, cas où l’homme donne tout ce qu’il possède pour son âme.

Roch Hachana et le trône de la miséricorde

Cette définition de l’essentiel et de l’accessoire est le fondement même de Roch Hachana. Le dénominateur commun de toutes nos prières de ce jour, matérielles comme spirituelles, tient en une seule chose: que le Saint béni soit-Il quitte le trône de la justice pour s’asseoir sur le trône de la miséricorde. Tous les ajouts liturgiques visent cet unique but.

C’est pourquoi certains passages conviennent à ce jour et d’autres non. La ligature d’Its’hak, la Akédat Its’hak, s’accorde à Roch Hachana, car elle proclame que notre père a saisi le couteau parce que Tu l’avais ordonné. En revanche, on évoque avec la plus grande prudence l’épisode où Sara demande qu’Ichmael soit chassé au désert avec Hagar, tant ce jour est un lieu sensible où chaque mot doit être pesé. Pourtant, ce renvoi lui-même exprime la miséricorde véritable. Car la vraie compassion consiste à rejeter ce qui ne doit pas demeurer. Sara comprend que si Ichmael reste un instant de plus, il n’y aura plus d’Its’hak, plus de peuple d’Israël, et toute la bénédiction sera perdue. Là réside la différence entre la bonté et la miséricorde: la bonté, le ‘Hessed, donne sans s’interroger sur les conséquences du don, tandis que la miséricorde, le Ra’hamim, se demande précisément ce que produira ce don, quitte à juger que l’heure n’est pas au don mais au retrait.

Un éducateur de la génération précédente commentait ainsi le verset elle jeta l’enfant sous l’un des buissons: il est des parents qui abandonnent leur enfant sous les buissons, et notre tâche d’éducateurs est de l’en relever. Le Saint béni soit-Il a certes béni Ichmael, et Sa miséricorde s’étend sur toutes Ses créatures, jusqu’aux plus basses qu’Il maintient en vie; c’est là l’affaire de la Techouva. Mais dans le foyer, il faut définir l’essentiel et l’accessoire. Lorsque Hagar prétendit valoir mieux que Sara, elle bouleversa la hiérarchie de la maison. Or il arrive que la servante s’empare de la place de sa maîtresse, que le matériel s’empare de la place du spirituel et prétende régner. Roch Hachana est précisément le jour où l’on redéfinit à neuf l’essentiel et l’accessoire: l’essentiel, c’est Sara, c’est Its’hak, c’est l’éducation juive.

Ce monde, écrit l’Admour HaZaken, est fait d’affaires dures et mauvaises qui prennent le dessus. C’est un escalier descendant: qui ne s’efforce pas de monter est entraîné vers le bas. On proteste alors: qui m’a fait descendre, je n’ai pas descendu. En vérité, on est resté immobile, mais les marches mouvantes vous ont porté vers le bas. Dans un monde qui nous enveloppe à ce point de sa matérialité, le ‘Hassid dispose d’une force particulière: celle de savoir définir l’essentiel, au prix d’un effort constant. Dans les générations d’autrefois, la maîtrise de soi, l’iskafia, trouvait aisément à s’exercer, car la nourriture même faisait défaut. Notre génération, comblée d’abondance de toutes parts, des boissons les plus rares aux mets les plus fins, doit veiller d’autant plus à ne pas oublier cette hiérarchie qui touche notre âme même.

Notre mission: la diffusion des sources

Le Rabbi s’exprima un jour à propos de la campagne des Téfilines en des termes qui pourraient surprendre: notre véritable tâche est la diffusion des sources, la Hafatsat HaMaayanot. Même la pose des Téfilines n’est pas, en soi, notre mission propre; nous l’accomplissons parce que nul autre ne le ferait à notre place. Notre mission demeure la diffusion des sources, qui passe à travers les Téfilines, à travers le matériel, à travers tout. Dresser une belle table pour mieux distribuer les portions, c’est excellent, à condition de ne pas confondre le moyen et la finalité.

Le Rabbi précisa la nature de cette diffusion dans une lettre adressée au Rav Touvia Blau, qu’il félicitait: heureuse est sa part, puisque son extérieur, sa ‘houtsa, ce sont des étudiants de Yechiva. Car dans les Batei Habad du monde, on consacre bien souvent l’essentiel de son temps à autre chose qu’à la diffusion des sources proprement dite, non par manquement, mais parce qu’il faut d’abord éteindre des incendies et séparer des unions interdites avant de pouvoir enseigner un cours de ‘Hassidout. Tel Chalia’h aspirerait à se consacrer à la Hafatsat HaMaayanot, mais que faire dans une communauté où la moitié des couples sont mêlés? Il faut néanmoins comprendre la distinction: même la pose des Téfilines n’est pas encore la diffusion des sources, sauf si, ce faisant, on transmet un enseignement de ‘Hassidout dans une voie de compréhension et de saisie.

Le Baal Chem Tov, lors de son élévation d’âme, demanda au Machia’h quand il viendrait, et reçut cette réponse: lorsque tes sources se répandront au-dehors. Notre tâche est donc de faire venir le Machia’h, et cette ‘houtsa, cet extérieur, peut fort bien se trouver assis à côté de soi, dans la maison d’étude. Voilà pourquoi nous ne sommes pas seulement appelés Temimim, mais ‘Hassidim, ‘Habadnikim, du nom de la sagesse, de la compréhension et de la connaissance. Comme dans un dispositif militaire, il y a l’intendance, la technologie, tout un ensemble, mais au bout de la chaîne se tient le combattant: tous sont là pour lui, et non lui pour tous.

Rien dont s’émerveiller

Une distinction fondamentale sépare l’étudiant de Terre sainte de l’étudiant de l’étranger, l’Israélien de l’Américain. En Terre sainte, la frontière entre le sacré et le profane est tranchée et nette: l’un est plongé dans ceci, l’autre dans cela. Un machpia d’Amérique écrivit au Rabbi qu’il était très impressionné de voir ses élèves exceller à la fois au baseball et dans l’étude de la ‘Hassidout. Le Rabbi lui répondit qu’il n’y avait là rien dont s’émerveiller, absolument rien.

Cette réponse peut sembler en tension avec la manière si connue dont le Rabbi rapprochait ceux qui n’étaient pas encore ‘Hassidim, leur proposant de s’asseoir, s’adressant à eux avec chaleur. Mais tout ce qui touche au rapprochement, le Rabbi l’encourageait sans réserve, se réjouissant de chaque pas accompli. Ce qui touche en revanche aux Temimim, à ceux qui devraient être pleinement immergés, appelle une autre exigence: un éducateur qui se dit émerveillé de voir ses élèves briller en ‘Hassidout tout en excellant au baseball n’a, sur ce point précis, rien dont s’émerveiller.

Il existe en effet une différence entre l’amour d’Israël et l’amour de soi. À force de chercher le mérite d’autrui, comme le faisait Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev, qui trouvait une défense à tout, on finit par se défendre soi-même. On rapporte de ce Juste que, voyant un homme fumer à Yom Kippour, il conclut à sa vertu, plaidant qu’un Juif sachant que le jour est saint et l’acte interdit ne mentirait pas. Défendre autrui est une grande chose; mais peu à peu, insensiblement, on se met à plaider aussi pour soi, à s’accorder l’indulgence, à excuser ses propres manquements. C’est l’amour de soi, et c’est un défaut. Reb Grounem, le machpia de Loubavitch, disait à propos de la confession nous avons trahi qu’il ne fallait pas alléger la charge. Un bâton extérieur ne suffit pas à réveiller: le travail doit venir du dedans.

Se corriger soi-même

On raconte que l’Admour HaZaken, sur le point de monter en voiture pour quitter Mézéritch, reçut du Maguid deux formules, deux voies nouvelles dans le service de D.ieu. Le Rabbi enseigne que notre affaire à nous consiste à nous corriger nous-mêmes, car nul autre ne le fera à notre place.

Les mouvements circulaires ne mènent nulle part. Celui qui tourne en rond marche, marche, marche, et n’aboutit à rien: sur le plan sportif, il brûle peut-être des calories, mais il ne progresse pas d’un centimètre, puisqu’il revient toujours au même point, tournant autour de lui-même en se répétant que tout va bien. Se corriger, au contraire, c’est avancer. À ce sujet, on cherchait à rapprocher le Maguid de Doubno du Maguid de Mézéritch, tant on estimait son niveau. Mais le Maguid de Mézéritch dit: laissez-le, il a traversé le monde des paraboles et s’est laissé prendre à ce jouet qu’est le machal; laissez-le dans ce monde-là. Fréquenter la compagnie de l’Admour HaZaken, de Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev, du Baal HaFla’a, de Reb Zoucha et de Rabbi Élimélekh, tous des hommes d’une immense élévation, cela n’est pas notre lot; à nous revient le travail patient de nous corriger nous-mêmes.

Un jour entier pour l’examen de conscience

Le dix-huit Elloul, avec les jours qui suivent, correspond aux jours de Tichri, chaque jour venant réparer un mois. Il convient donc de revenir sur le dernier Roch Hachana. Comment s’est-il passé? Souvent, on ne s’en souvient plus du tout. Certains objectent qu’un seul jour ne saurait réparer tout un mois; d’autres avouent ne même pas se rappeler ce qui s’est passé, si bien qu’un jour supplémentaire leur paraît superflu. Or c’est justement cet oubli qu’il faut corriger. Ce qui nous touche, nous nous en souvenons; ce qui ne nous touche pas nous traverse sans laisser de trace. Que réparer, ce que nous avons mangé, ce que nous avons acheté? Nous réparons ce qui nous touche. Si nos prières du dernier Roch Hachana ne nous laissent aucun souvenir, cela même exige réparation.

On rapporte l’arrivée en Amérique d’un émissaire du Rabbi Rayats, un Juif de petite taille venu s’adresser à une assemblée. Toute la salle se leva à son entrée. Il fit signe à tous de se rasseoir. Un homme qui l’avait précédé sur place l’apostropha: qui t’a dit que c’est pour toi qu’on s’est levé? On s’était certes levé pour lui, en tant qu’émissaire du Rabbi Rayats, mais l’autre voulait le remettre à sa place. L’émissaire, loin de se troubler, répondit en ‘Hassid: maintenant, il faut recommencer à étudier le Tanya, à comprendre que le Bénoni décrit par le Tanya, c’est peut-être de moi qu’il parle.

L’examen de conscience, le ‘Hechbon Néfech, est difficile précisément parce qu’il touche. Il est plus aisé de frapper la poitrine d’autrui et de lui prescrire un examen de conscience. Mais ce n’est pas à cela qu’un soldat est destiné. Tout ce qui te coûte est la chose juste; tout ce qui ne coule pas de source pour toi est la chose juste. Cherche le trésor là où l’on ne creuse pas, car c’est là qu’est la lumière, tandis qu’ici règne l’obscurité. On t’a donné un jour entier: dis merci si tu l’emploies vraiment à réfléchir. Un jour, c’est immense, à condition d’y être présent. Demande à un enfant en classe combien de temps le sépare de la récréation: il répondra que c’est très long, alors qu’il reste cinq minutes durant lesquelles il regardera l’horloge cent fois. Puis la récréation d’une demi-heure lui paraîtra fugace. Le long et le court dépendent de ce qui nous saisit.

L’examen de conscience dans la joie

Le Rabbi écrivit un jour à un jeune homme qui lui avait soumis un billet une seule réponse: Mikvé. Tu n’étais pas au Mikvé avant d’écrire ta lettre. Avant même d’aborder le fond de ta question, la réponse est le Mikvé. Pourquoi commencer par là? Parce que le Mikvé, ce sont quatre parois qui t’entourent. Un Mikvé exige quatre parois, sans quoi l’eau s’échappe là où le mur manque. Des limites, des mesures acceptées: un, deux, trois, quatre; je ne suis pas sans frein. La berge d’une rivière retient de même toutes les eaux; toute l’idée d’un rassemblement d’eaux tient à ce qui les garde. Tu m’écris une lettre pleine de moi, moi, moi; va d’abord au Mikvé, accepte des limites, et nous parlerons.

L’examen de conscience et la joie ne se contredisent nullement. Malheur à nous si nous faisions notre ‘Hechbon Néfech dans l’abattement: où aboutirions-nous? Il faut le mener dans la joie, dans la conscience heureuse de notre part. De même qu’un homme doit connaître ses défauts, il doit connaître ses qualités, et surtout ce qu’il en a fait pour le service de D.ieu. On peut être le plus grand des génies, une lumière du monde, sans que le Saint béni soit-Il en retire le moindre profit: où sont donc allés tous tes traits d’esprit, sinon à toi-même et à tes propres affaires? Même dans l’étude, il faut se souvenir de D.ieu. L’Admour HaZaken écrit que celui qui étudie des heures durant doit garder à l’esprit qu’à chaque heure correspond une combinaison différente du Nom divin. Combien nous sommes-nous souvenus de D.ieu au fil de l’étude, combien au sein de la Mitsva? Combien de parts de la Mitsva ont servi à nous glorifier, et combien ont été accomplies pour le Nom de D.ieu?

C’est là le sens du verset marche humblement, l’Hatsnéa lékhet. Les ‘Hassidim déployaient de grands efforts pour que leurs actes ne se révèlent pas, dans un monde de publicité où tout se sait. Ces paroles n’ont rien perdu de leur saveur: si le monde publie, fais en sorte de ne pas te publier toi-même. Car ce qui se répand malgré toi, ou à ton insu, garde toute sa pureté, tandis que ce que tu publies par toi-même n’est déjà plus ta vitalité intérieure. Certes, il est parfois une Mitsva de publier une Mitsva, quand il s’agit d’une sanctification du Nom sans mobile personnel; mais le mauvais penchant, rusé dans son art, sait toujours te fournir les meilleurs arguments, alors qu’au fond tu sais que ce n’est pas pour le Ciel.

On racontait à Jérusalem l’histoire d’un grand ‘Hassid que l’on invitait souvent à parler, et que l’on présentait par un certain titre honorifique. Un jour, lassé, il fit remarquer qu’il eût préféré l’ordre inverse des mots. Qui n’est pas immergé dans ces choses ne saisit pas la différence entre les deux formules; mais lui la percevait, et elle le touchait en son âme. Or pour qui accomplit-on ces choses, sinon pour D.ieu? Que t’importe alors qu’on les publie ou non? La publicité relève des intérêts. On peut tromper une partie du monde tout le temps, on peut tromper tout le monde une partie du temps, mais on ne peut tromper tout le monde tout le temps, et soi-même, à coup sûr, on ne se trompe pas.

Toute maxime du Hayom Yom que nous lisons, surtout celles qui se pressent au mois de Tichri, sont des paroles de vie: sois entier avec D.ieu ton D.ieu, je place D.ieu constamment devant moi. Chacun trouvera une maxime plus ardue et une autre plus légère. Mais marcher humblement, c’est éprouver sa propre vérité, c’est parvenir à peler toutes les fables que l’on se raconte à soi-même une vie durant, et à dire: je me suis trompé, je suis plongé dans des futilités. On enseignait que l’envie, le désir et l’honneur retranchent l’homme du monde, correspondant aux âges de la vie. Mais interrogeons-nous vraiment sur ce qui nous habite. Quand donc travaillerons-nous sur cela? Non pas un examen tourné vers autrui ni vers le Ciel comme prétexte, mais un examen de conscience adressé à D.ieu. On t’a donné un jour entier pour réfléchir à ce qui fut le dernier Tichri; sinon, nous ne faisons que tourner en rond dans un monde de slogans. Celui qui a lancé le slogan n’y croit pas lui-même: il vante un produit qu’il ne consomme pas. C’est un monde de mensonge, entièrement creux. Viens donc avec cette conscience que tu disposes de douze jours pour travailler vraiment sur toi-même, et dis alors: heureux sommes-nous, qu’elle est bonne notre part, qu’il est agréable notre sort.

Le’haïm ve’haïm.