C’est au cœur de la Calabre, terre bénie des étroguim depuis des siècles, que se joue chaque été un rendez-vous aussi discret qu’essentiel. Rav Reuven Matusof, Chalia’h du Rabbi à la Lichka, y a retrouvé Rav Moché Lazar de Milan, 92 ans, gardien vigilant des vergers depuis près de soixante ans. Une rencontre qui incarne la transmission ininterrompue d’un savoir-faire minutieux, veillant à la cachrout du fruit le plus scruté de l’année.

 

 

Loin de l’agitation des grandes villes, sur la bande côtière que les Italiens appellent la Riviera dei Cedri, les citronniers ploient sous des fruits d’un jaune profond. C’est ici, sur une quarantaine de kilomètres le long du littoral calabrais, que pousse le cedro Diamante, ce cédrat lisse recherché dans le monde entier pour la mitsva des quatre espèces. Et c’est ici que Rav Reuven Matusof s’est rendu pour la récolte, comme il le fait fidèlement depuis quatre décennies.

Une visite au cœur de la récolte

La venue de Rav Matusof n’a rien d’une simple inspection administrative. Chaque fruit destiné aux communautés Habad du monde entier doit répondre à des exigences d’une extrême rigueur, et cette exigence commence dans le verger lui-même, arbre après arbre. Sur place, Rav Matusof a retrouvé Rav Moché Lazar, figure incontournable de la production des étroguim de Calabre, qu’il connaît de longue date et dont l’autorité fait référence parmi les Loubavitch.

Pendant de nombreuses années, les deux hommes ont parcouru ensemble les rangées de cédratiers, s’arrêtant sur les fruits mûrs, échangeant sur l’état de la récolte et sur les critères qui feront qu’un cédrat sera retenu — ou écarté. La scène résume à elle seule l’esprit qui préside à cette filière : une attention portée au moindre détail, transmise d’une génération de superviseurs à la suivante.

Soixante ans de vigilance pour les étroguim « Altein »

Rav Moché Lazar, installé de longue date à Milan, veille sur les vergers de Calabre depuis le milieu des années 1960. Six décennies durant lesquelles il a arpenté ces terres chaque été, garantissant que les cédratiers ne soient pas greffés — condition absolue de la cachrout du fruit — et que chaque étrog corresponde aux normes les plus strictes. C’est sous sa surveillance que sont produits les étroguim dits « Altein », dont la réputation s’est bâtie précisément sur cette continuité et cette fiabilité.

Cette longévité n’est pas anodine. Elle assure une mémoire vivante des vergers : quels arbres sont sains, quelle parcelle a donné les plus beaux fruits, quelle exploitation mérite confiance. En restant fidèle au poste année après année, Rav Moché Lazar a fait de sa présence une garantie en soi pour tous ceux qui recherchent un étrog irréprochable.

Quarante ans d’expertise au service du Rabbi

De son côté, Rav Reuven Matusof consacre depuis une quarantaine d’années son énergie aux étroguim de Calabre. Il fait le lien entre les vergers italiens et les communautés qui attendront, à l’approche de Souccot, de recevoir des fruits d’une qualité irréprochable. Son expertise est telle qu’il est régulièrement invité à donner des conférences pour expliquer, dans le détail, tout ce qu’il faut savoir sur le choix d’un étrog.

Dans la démarche de Rav Matusof, il y a bien plus qu’une compétence technique : il y a la conscience d’accomplir une Chli’hout, une mission confiée par le Rabbi. Chaque déplacement en Calabre s’inscrit dans cette fidélité, celle d’un émissaire qui prolonge sur le terrain la volonté du Rabbi de doter les ‘Hassidim des plus beaux étroguim.

La Calabre, terre d’élection depuis l’Admour Hazakène

L’attachement de Habad à la Calabre ne date pas d’hier : il plonge ses racines jusque dans le désert du Sinaï. L’Admour Hazakène, Rabbi Chnéour Zalman de Liadi, fondateur de la ‘Hassidout Habad, enseignait ainsi que lorsque D.ieu ordonna à Moché Rabénou de prendre un étrog à Soukkot, le peuple juif se trouvait au désert, là où nul étrog ne poussait ; Moché Rabénou dépêcha alors des messagers, par le biais des Nuées de Gloire, pour aller récolter des étroguim en Calabre. Cet enseignement, rapporté par le Rabbi, est consigné dans les Iguerot Kodech (vol. 13, p. 110, repris dans le Choul’hane Menahem, vol. 3, p. 225‑226), ainsi que dans le Sefer HaSi’hot 5691 (p. 141), le Sefer HaSi’hot 5710 (p. 380) et le Sefer Haminhaguim‑Habad (p. 65).

Depuis, chaque Rabbi a maintenu cette prédilection, au point que, pour les ‘Hassidim Loubavitch du monde entier, l’étrog de Calabre demeure le seul choix envisageable.

Après la Seconde Guerre mondiale, alors que des inquiétudes surgissaient quant aux pratiques de greffage chez certains cultivateurs, le Rabbi a exigé qu’une supervision rabbinique permanente soit mise en place, avec la présence constante de deux superviseurs sur le terrain. C’est dans ce cadre que se sont succédé les grands noms de la surveillance des vergers calabrais, jusqu’à Rav Moché Lazar aujourd’hui.

Un fruit sous très haute surveillance

Ce qui se joue dans ces vergers tient à quelques règles intransigeantes. L’étrog doit provenir d’un arbre non greffé, sans quoi il est disqualifié. Il doit également atteindre une taille minimale, présenter une teinte jaune caractéristique, conserver une peau intacte et ferme, et préserver son pittam, cette petite protubérance au sommet du fruit dont l’intégrité est particulièrement recherchée.

Le micro-climat de la région — la rencontre de l’air chaud venu de la mer et de l’air froid descendu des montagnes, sur une terre meuble adaptée aux racines délicates du cédratier — crée les conditions idéales pour cette culture exigeante. Mais aucun climat ne remplace l’œil humain : c’est l’examen fruit par fruit, qui transforme une simple récolte en une garantie de cachrout.