L’annonce de la nomination d’un ‘Hassid Loubavitch comme député à la Knesset a suscité un vif intérêt dans les rangs des ‘Hassidim. Mais elle a aussi ravivé une question ancienne et sensible : celle de l’opposition constante du Rabbi à la participation des Juifs pratiquants à une coalition gouvernementale. Retour sur une position halakhique que le Rabbi a exprimée avec une fermeté peu commune, durant plusieurs décennies.
Une nomination qui fait parler
Rav Chabtaï Katach, ‘Hassid Loubavitch et président du conseil religieux de Lod, a été désigné cette semaine comme le prochain député appelé à siéger à la Knesset. Il occupera le siège laissé vacant par Dan Illouz, à la suite de la démission de ce dernier et de son passage au parti Israël Beiténou.
Dans un entretien accordé au site Kikar HaChabbat, le nouvel élu a défendu sa démarche. Le Likoud, a-t-il expliqué, est un parti populaire au sein duquel le secteur ‘harédi a également son mot à dire. Il estime pouvoir représenter le public religieux tout aussi bien que les autres représentants qui siègent aujourd’hui à l’Assemblée.
Une vision politique présentée comme un prolongement de la Chli’hout
Rav Katach a également tenu à inscrire son engagement dans la continuité des enseignements du Rabbi. La Chli’hout des ‘Hassidim Habad, a-t-il rappelé, consiste à aller vers chaque Juif, sans jamais s’interroger sur le secteur ou le milieu dont il est issu. À la Knesset aussi, dit-il, il voit une forme de Chli’hout : celle qui consiste à rapprocher les différentes composantes du peuple.
Si beaucoup se réjouissent de savoir qu’un ‘Hassid Loubavitch pourra désormais faire avancer, de l’intérieur, des dossiers en attente, d’autres rappellent que le Rabbi a maintes fois souligné la nécessité pour Habad de demeurer en dehors du champ partisan. Le fait le plus éloquent à cet égard reste que, à une seule exception près, le Rabbi n’a jamais indiqué aux ‘Hassidim pour quel parti voter.
Une distinction entre le mouvement et l’individu
Il convient toutefois de distinguer la position de Habad en tant que mouvement de l’engagement personnel d’un ‘Hassid. Rav Katach n’est pas un représentant officiel de Habad, mais un militant politique actif de longue date : son entrée à la Knesset ne saurait donc être interprétée comme une implication du mouvement dans la vie politique israélienne.
Cela dit, une question autrement plus grave se pose, et elle touche à un principe que le Rabbi a défendu sans relâche : l’interdiction d’entrer dans la coalition gouvernementale.
Voter, oui ; siéger dans la coalition, non
À de nombreuses reprises, le Rabbi a encouragé les ‘Hassidim à prendre part aux élections, et les a même vivement pressés de le faire. Il leur a expressément demandé de voter pour la liste fidèle à la Torah et aux Mitsvot.
Mais parallèlement, le Rabbi s’est montré d’une fermeté absolue : il est formellement interdit d’entrer dans la coalition, car ceux qui y siègent portent l’entière responsabilité de toutes les décisions gouvernementales, dont certaines sont contraires à la Halakha — le service militaire des jeunes filles, la profanation du Chabbat, le soutien apporté à des lieux de culte non juifs, et bien d’autres encore.
La lettre du 28 Tamouz 5715 (1955)
Dans une lettre rédigée le 28 Tamouz 5715 (1955), à la veille des élections de cette année-là, le Rabbi explicite clairement la différence entre le fait de voter pour la Knesset et celui de participer au gouvernement.
En prenant part aux élections, écrit-il en substance, on renforce le camp religieux sans pour autant assumer la responsabilité des lois et des décrets, puisque l’on conserve la capacité de protester avec la plus grande vigueur contre la moindre atteinte au judaïsme, fût-ce contre une simple coutume. Il en va tout autrement lorsque l’on entre dans la coalition : par sa participation même, on endosse alors la responsabilité de l’ensemble des lois et des décrets adoptés.
À la même époque, le Rabbi écrivait au célèbre Machpia Rav Volf Greenglass, de Montréal, au Canada. Celui-ci était en correspondance avec son cousin, Rav Yechaya Acher Zelig Margolios, un zélote de Jérusalem qui s’opposait au principe même du vote. Après avoir exposé l’obligation absolue de participer au scrutin, le Rabbi ajoute que l’entrée dans la coalition est, selon lui, interdite, précisément parce qu’elle implique une participation à des décrets contraires à la Torah et aux Mitsvot.
La lettre au Rav Chlomo Yossef Zevin
À l’approche des élections pour la quatrième Knesset, les membres du parti Mizra’hi se préparaient déjà à occuper des postes ministériels dans le futur gouvernement. Le Rabbi adressa aussitôt une lettre au Rav Chlomo Yossef Zevin, qui entretenait de bonnes relations avec les dirigeants du Mizra’hi.
Sa position, y écrit le Rabbi, est sans ambiguïté : la participation à la coalition, et à plus forte raison l’exercice d’une fonction ministérielle qui conduit à cautionner une transgression, est absolument interdite selon le Choul’han Aroukh. Le risque de faute existe dans la plupart des ministères, et peut-être dans la totalité d’entre eux. En tout premier lieu au ministère des Cultes — au pluriel — où se posent des questions relevant de l’interdiction même d’Avoda Zara.
Et la gravité en est multipliée, poursuit le Rabbi, lorsque celui qui appose sa signature au bas d’un décret est un homme qui met les Téfilines : son geste vaut alors comme une déclaration supplémentaire, affirmant qu’il conviendrait de prendre part à de tels actes — que D.ieu préserve.
À ceux qui plaidaient la nécessité de siéger au gouvernement pour traiter des dossiers essentiels, à commencer par le financement des institutions religieuses, le Rabbi répondait dans cette même lettre que les Mitsvot et les transgressions ne sauraient être traitées comme des marchandises que l’on échangerait les unes contre les autres. Si une chose est interdite, aucun bénéfice — fût-il d’ordre spirituel — ne saurait la rendre permise.
La campagne du Mihou Yehoudi
Lorsque éclata la controverse du Mihou Yehoudi, « Qui est Juif ? », le Rabbi lança une vaste campagne pour obtenir l’amendement de la loi. Des membres du Mizra’hi siégeant alors au gouvernement israélien, le Rabbi exigea leur démission, plutôt que de les voir porter la responsabilité des conséquences dramatiques de l’assimilation au sein du peuple juif en Eretz Israël.
Lors du Farbrenguen de Chabbat Hagadol 5730 (1970), le Rabbi s’exprima en des termes particulièrement tranchants. Ceux qui siègent au gouvernement, déclara-t-il, auraient dû frapper du poing sur la table et affirmer qu’une telle chose ne pouvait avoir lieu : c’est contraire à la Torah, cela doit être abrogé, faute de quoi ils quitteront le gouvernement.
Le Rabbi poursuivit en expliquant pourquoi, de manière générale, il est interdit de siéger au gouvernement. Il est interdit, dit-il, de continuer à y siéger, car s’associer à ceux qui édictent des lois contraires à la Torah est prohibé par la Torah elle-même. Certains soutiennent qu’il n’y a là aucune interdiction ; selon son opinion, c’est bel et bien interdit.
Dans un télégramme adressé au Rav Isser Yehouda Unterman, alors Grand Rabbin d’Israël, le Rabbi écrivait que chaque représentant du judaïsme qui siège aujourd’hui au gouvernement appose un sceau supplémentaire d’approbation religieuse sur tout cela, à l’encontre de la Torah de vérité. Or, ajoutait-il, la sécurité et le moral d’Am Israël ne sauraient être renforcés par ce qui contredit la vérité.
L’évolution de la Moetset Guedolé HaTorah
Il faut souligner que, durant des décennies, la Moetset Guedolé HaTorah — le conseil des Sages de la Torah du parti Agoudat Israël — a partagé la position du Rabbi, considérant qu’exercer une fonction ministérielle revenait à assumer la responsabilité des actes du gouvernement, y compris de ceux qui contreviennent à la Torah.
Au fil des années, cependant, et largement dans le souci d’obtenir davantage d’influence et de moyens, cette position s’est progressivement assouplie. On autorisa d’abord la participation à la coalition, puis les postes de vice-ministre, et plus récemment encore de véritables portefeuilles ministériels.
Des précédents et des questions encore ouvertes
Certains rappellent qu’il existe des précédents de ‘Hassidim Loubavitch ayant siégé à la Knesset. Ainsi Rav Leizer Mizra’hi, qui y siégea avec l’accord du Rabbi, empêchant la formation d’un gouvernement de gauche jugé dangereux. Il prit part à la coalition et exerça même les fonctions de vice-ministre.
Reste enfin une question qu’il conviendrait de clarifier : l’opposition du Rabbi visait-elle uniquement l’entrée dans la coalition, l’exercice d’une charge ministérielle, ou bien toute forme de participation au gouvernement ?
















